‹ Voyage autour du mondeChapitre 78 sur 115 · CHAPITRE QDATORZIÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QDATORZIÈUE

aviùt encore des terres à découvrir, on aurait pu utiliser peut-âlre avec succès ce flair si puissant des chiens pour reconnaître des pays au vont desquels on passait sans les voir. — Dans la baie dii Sandal, ces parfums avaient an cachet vraiment particulier; aucun de nous ne se rappelait avoir jamais été frappé par nne odeur aussi suave , et l'on se demandait quelle en était Torigine , lorsque notre compagnon M. Bava; nous apprit qu'elle devait provenir d'une grande et belle flenr, assez semblable & celle du jasmin et que portent des arbres élevés.

Au fond de ta baie du Sandal et sur les bords de la mer s'élèvele poste militaire de Chépétiéhé; c'est en face de ce point que nous jetâmes l'ancre. Nous étions alors assez prés de la cAle pour distinguer ses moindres détails : elle est découpée par deux lignes horizontales superposées, qui s'expliquent par deux soulèvements successifs de l'île ; la bande supérieure est trés-blanche et tranche assez vivement avec la partie qu'elle surmonte; cette dilîérence de teinte vient probablement de ce que la partie supérieure étant émergée depuis plus longtemps, est plus complètement transformée en calcaire que la partie inférieure, qui serait plutàt encore à l'état de corail.

Sur la gauche, un morne madréporique , celui XHiacho, contrastait d'une façon bizarre avec l'uniforme horizontalité du reste de l'île.

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La mer arait cette admirable limpidité qui étonne toujours le voyageur arrivant dans ces parages; penchés sur les bords du navire, nous apercevions sur le sable blanc, et à une profondeur de près de vingt mètres, de grosses masses de coraux eacore vivants qui affectaient les formes et les couleurs les plus variées.

On s'empressa de déjeuner, puis la baleinière prit la direction de la terre, où, à cause de la violence des lames, le débarquement s'opéra sur le dos des naturels accourus en foule.

A terre, nous avions devant nous, à l'extrémité d'une longue allée de cocotiers taillée dans une forêt de ces beaux arbres, la maison du commandant; celte construction avait plus de solidité et de confort que celles que j'avais vues à la Nouvelle-Calédonie; sur la droite, les cases des soldats, assez exiguës, s'étalaient sans symétrie ni régularité; en arrière, dans une clairière naturelle oii la terre végétale est assez abondante, était établi un vaste jardin où l'on s'étonnait de rencontrer surtout des légumes d'Europe avec des dimensions colossales; chose étonnante, les arbres fruitiers, lescaËers, etc., n'y prospéraient point.

I^ mauvais côté des lies Loyalty, c'est leur manque complet de cours d'eau ; les pluies les plus violentes pénètrent aussitôt dans ce sol caverneux, qui résonne à chaque instant sous le simple choc

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GHAPITaS QUATOHZIÈUE. S11

du pied de8voya,<{eurs; ces grotlessouterraiues permettent parfois anx eaux de s'échapper, parfois aa.Bsi elles sont imperméables et les conservent, formant ainsi des réservoirs dans lesquels les habitants viennent chercher de l'eau potable: c'est ainsi que sur un des c6tés du jardin du poste se trouve une grotte qui fournit l'eau nécessaire à l'arrosage et même à l'alimeutatiou des hommes; son orifice naturel ne surplombant point la nappe d'eau, on a dû percer juste au-dessus d'elle un puits qui permet de puiser le liquide avec des seaux.

Pour les Européens il faut beaucoup plus d'eau que pour les indigènes ; ceux-ci , ne buvant presque jamais, faisant cuire leurs aliments snr la braise de leurs foyers ou dans l'eau de la mer, n'ont pas cherché k découvrir sous leur sol ces nappes d'eau douce; ils se contentaient de pratiquer une entaille évidée à la base des cocotiers, dont le tronc penché se prêtait k leur projet : les eaux de pluie, suivant les parois de l'arbre, venaient emplir cette cavité, dont le contenu, quelque minime qu'il fût," leur suffisait; mais depuis notre arrivée, nous avons fait des puits, quelque&-uns sont arrivés à de l'eau saumàtre, d'autres à de l'eau douce, et je ne suis pas éloigné de croire que des recherches intelligentes amèneront presque toujours, dans ces îles, k découvrir autant de nappes d'eau potable qu'il en sera nécessaire pour l'alimentation des habitants.

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En arrirant à terre, Bairay fut reça à bras ouverts par le chirurgien du poste , un de ses vieux camarades ; et je fus invité à partager cette bonne forlune, qui se présenta d'abord sous la forme d'un frugal repas , composé de langoustes , d'ignames fritea et de l'inévitable porc frais; notre bute s'offrit ensuite k nous servir de cicérone pour visiter les environs, ce que nous acceptâmes avec empressement.

Nous nous rendîmes d'abord à une grotte souterraine, célèbre dans le pays : elle est située le long d'un sentier qui traverse l'ile et va du poste de Cképénéhë à Oué; ce cbemin a été tracé an milieu de la forêt qui recouvre cette grande terre, forêt admirable, luxuriante, avec arbres gigantesques. C'est BOUS les vastes ombrages de ces grands bois que le voyageur sent s'éveiller tout son enthousiasme; mais aussi que de sujets d'admiration pour le naturaliste et le poëtel Mille essences végétales l'environnent, le dominent; ta c'est un arbre an tronc immense s'élevaot comme une gigantesque colonne: ici les lianes aux feuilles bizarres, les aroïdées grimpantes se soudent, se croisent, s'enchevêtrent; cependant la couche d'humus n'a guère plus d'un pied d'épaisseur et repose directement sur la roche coralligèue ; mais les racines vont puiser la vie dans les fissures du corail déjà pleines d'humus que l'eau pluviale y a entraîné; parfois même la terre véyétale manque tout à fait; les racines des arbres se

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