CHAPITRE PREUIER
SOD tourdu bul de mon voyage et de mon itinéraire ; qnoiqa'il fût sans inquiétude, on voyait que c'était avec respect qu'il regardait nos carabines. 11 ne me cacha pas sa baine pour les gens d'Arama, et c'est à ce sujet qu'il me fit connaître la trahison dont ses jeunes gens avaient été l'objet aulrerois. J'ai cité plus haut les termes dans lesquels il me mit au courant de ce drame. <i Notre vengeance fut si complète, dit-il en terminant, que je pensais avoir à jamais détruit la race. » Il peut y avoir du vrai dans ces paroles, car la tribu d'Arama est bien clair-semée aujourd'hui.
J^orsquc je fis part à Paa-nangué de notre projet de visiter l'île Venguébane, il suspendit sa marche, me regarda d'une façon étrange, puis parla rapidement à ses guerriers ; comprenant l'émolion que « Yenguébane n , prononcé par une bouche française , pouvait éveiller dans l'esprit du chef des Nénémas, et pour chasser l'embarras qui s'emparait de lui , je m'empressai de lui dire que mes compatriotes n'étaient point implacables comme eus, et que la vengeance tirée une fois de leur odieux massacre de mes malheureux compatriotes les mettait k jamais à l'abri de nos armes , à moins qu'ils ne commissent de nouvelles fautes. Ce discours, qne je rendis le plus franc et le plus pacifique possible, car après tout nous étions dans les mains de ces sauvages, produisit un excellent effet : Paa-nangué revînt à
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toute sa bonne humeur ; i] fut même , dès ce moment, plein i^e soin pour nous faire gagner le plus vite possible le but de notre voyage et nous donner tous les renseignements que ma curiosité lui demandait.
L'ile Venguéhane est située à quinze cents mètres de la pointe nord -ouest de la Nouvelle-Calédonie ; elle est reliée à la grande Paaba par un petit isthme de sable qui découvre à mer basse : l'aspect de cet îlot est verdoyant , sa forme est celle d'une langue de terre allongée, remplie de cultures indigènes, que domine un morne rougeftire; la population de celle terre, qui aune lieue de tour environ, forme un village assez considérable. Lorsque nous arrivâmes sur l'isthme sablonneux dont j'ai parlé, la mer était basse; une légère pirogue de pécheurs me prit avec mes hommes, et, poussée à la perche par quatre vigoureux Nénémas, nous transporta en quelques minutes sur l'autre rive, pendant que le reste des indigènes effectuait le passage par l'islhme et les hauts-fonds presque h. pied sec. Nos guides nous débarquèrent dans nne petite anse formée par deux pointes de rochers entre lesquels s'élaient amassés des sables qui supportaient çà et là quelques arbustes chélifs, tandis qu'au second plan se montrait la vigoureuse végétation que j'ai signalée. Nous fûmes reçus par le petit chef Di-inâê, Agé de cinouante ans environ, etPotdama, son conseiller
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