CHAPITRE PREMIER
intime, qiii avaient déjà reçu les détails les plas circonstanciés & notre égard; car, malgré le manque de poste aux lettres, de télégraphe, de voies de communication commodes , les nouvelles se transportent extrêmement vite de tribu en tribu, et je savais que depuis longtemps déjà la présence d'une troupe de Français, visitant le nord de la Nouvelle-Calédonie, avait été signalée aux Nénémas. Notre arrivée à Venguébane dut éveiller dans l'esprit des naturels une foute de souvenirs de nature diverse et violente; nous débarquions exactement dans l'anse de sable ob autrerois des hommes de notre couleur, de notre langue, avaient débarqué; mais ceux-ci, ils les avaient lâchement surpris, massacrés et mangés. Je m'avançai vers le chef de Venguébane et lui dis : a N'est-ce pas en celte place que vous avez massacré mes compatriotes? n
Ma question fut traduite à tonte la foule qui nous environnait, parmi laquelle elle produisît un mouvement des plus marqués de curiosité et d'attenle. B C'est ici même , répondit Di-indé; il y a déjà longtemps de cela, car mes cheveux ont blanchi depuis, et l'enfanl qui venait de naître alors devient aujourd'hui un homme. Depuis deux jours nous suivions de l'œil la marche d'un bateau étrange, semblable k une grande moitié de noix de coco qui flottait sur la mer; il s'avançait toujours vers le nord, lorsque enfla il se trouva en face du canal
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qui sépare nos domaines de la grande île : il s'y engagea et bientôt loucha ce rivage ; seize hommes étaient à bord : quinze de la race et un de la nôtre; celui-là même était d'un pays ami , de la tribu de Hienguène.
» Lorsque ces étrangers abordèrent, le soleil avait déjà parcouru plus de la moitié de sa course ; c'était dans la saison où il est le plus élevé; tes compatriotes avaient soifet mes jeunes gens leur portèrent beaucoup de cocos , dont ils buvaient le lait avec avidité; ils nous donnèrent aussi quelque peu d'une nourriture (du biscuit) que nous trouvâmes excellente. Le soir venu, suivant l'usage, après avoir mangé, mes guerriers dansèrent, - et cela avec d'autant pins d'ardeur que les nouveaux venus semblaient prendre plus de plaisir à regarder cette fête; nos amis des iles voisines, attirés parla curiosité, se trouvaient là aussi, de sorte que les danses furent des plus animées. Suivant l'usage, chaque chef, chaque guerrier prit la parole sur ces visiteurs et parla à peu près ainsi : a Que viennent-ils faire ici, ces étrangers? les connaissons-nous? la couleur de leur peau, leur visage, leur langue, leurs habitudes ne sont pas les mêmes que les nôtres? S'ib s'éloignent d'ici, ils riront de nous et diront que nous sommes des femmes, que nous n'avons pas ose les attaquer. Il faut qu'ils restent ici, morts oa vifs.» Ces paroles excitaient les danseurs, qui pons-
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