‹ Voyage autour du mondeChapitre 80 sur 115 · CHAPITRE QUATOBZlÈyB. SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATOBZlÈyB. SS

^tai( hérissé d'aspérités si nombreuses qu'il devenait semblable à une lave raboteuse.

Le morne d'Hiacho est orné de quelques maigres pins columnaires. La Mission, qui est établie sous la direction d'un Père mariste, est aussi de pauvre apparence et se dénonce par une petite église co'iiverte de chaume. Le prêtre était absent quand nous y arrivâmes, et nous fiimes reçus par Benoit, chef du village, qui nous fit, avec la bienveillance habituelle à ce peuple, les honneurs de sa case, qui était élégamment bfltie. Elle difiérait de celles des indigènes de la grande terre en ce sens que la porte en était plus grande et l'inténear moins enfumé , probablement à canse de la rareté des moustiques , en temps ordinaire, dans celte île, ce qui évite d'avoir besoin de les chasser en produisant une grande fumée dans l'intériear de l'habitation.

n ; a aussi des grottes remarquables k Hiacho, et le chef voulut bien nous y conduire lui-même. L'une de ces cavernes fournit de l'eau douce à la Mission. Elle est située du cAlé de l'intérieur des terres , cl, pour nous y rendre, nous dûmes circuler entre plusieurs groupes de cases indigènes entourées d'une forêt de papayers couverts de fruits. Nous commençâmes ensuite k descendre le long d'an chemin taillé dans le corail. Nous passâmes sous nn portique naturel formé par la roche madréporique , et enfin nous nous enfonçâmes en spirale dans on entonnoir

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«4 - LA NODVBLLE-GALÉDONIB.

profond. Cependant, de sa base, quelques arbres longs et minces s'élançaient en ligne droite k la recherche de l'air et de la lumière. D'un autre côté, des banians superbes , qui végétaient an-dessus de cette excavation , y laissaient tomber leurs racines adventices, qui, prenant pied çk et là, formaient de longs u haubans n . On nous dit que les indigènes dirigeaient parfois eux-mèmeB ces racines, les forçant à atteindre une grande longueur ; alors , par une torsion vigoureuse , ils les dépouillaient de leur écorce, obtenant ainsi une masse de fibres d'une seule venue, qui, battues et tordues, produisaient des câbles fort solides et d'une grande longueur.

Mous arrivâmes enfin à l'entrée de la grotte, dont l'intérieur est trës-sombre; mats un puits creusé par les missionnaires au-dessus de la nappe liquide permet de puiser l'eau avec plus de facilité. Pour percer ce puits, les missionnaires, dépourvus d'outils, employèrent un procédé qui rappelle un peu celui d'Annibal, bien qu'il soit beaucoup plus logique : ils faisaient de grands feux sur la pierre, de façon i la transformer en chaux sur une certaine épaisseur ; on peu d'eau délitait ensuite tout ce que le feu avait décomposé. De cette façon , par des feux et des arrosages successifs, ils percèrent la voûte calcaire qui les séparait de l'eau douce.

La seconde grotte est située entre le village et la mer, sur le tianc même du morne d'Hiacho; elle est

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GBAPITBE QUATOBZlfeUE. .Sg5

vasle et profonde , ses parois soDf armées de puissanles stalactites, qui étlncellenl par la lumière et résonnent par le choc.

Pendant que nous parcourions ces parages, le chef, qui ne nous quittait point, suivait avec attention et même avec intérêt la chasse aux reptiles, aux crabes et aux fossiles , que nous ne cessions de faire. Arrivés au village, ce chef dit quelques mots k ses jeunes gens et bientôt ceux-ci lui apportèrent un superbe crabe-coco, qu'il s'empressa d'offrir & notre naturaliste : il ne pouvait guère loi faire plus de plaisir. Ce crabe singulier vit à terre, les indigènes le prennent souvent sons les tas d'ignames qn'ils amassent pour l'hiver. Rapprochement bizarre, il se rencontre aux îles Pomoiou, qui sont madréporiques comme les Loyalty , mais à près de mille lieues de distance, tandis qu'on ne le trouve point h la Nouvelle-Calédonie, qni est si voisine. Ou a accusé cet énorme crustacé de grimper sur les cocotiers pour en détacher les fruits : c'est un crime dont il est fort innocent. Pour les gens de Lifou, qui le nomment zéUtca, il est comestible, mais il procure fréquemment de fortes indigestions aux Européens qui en mangent. Les naturalistes lui donnent le nom de erahe-^ocoj crabe-Pomolou, et enfio celui de hirgus-latro.

Pendant que notre compagnon U. Bavay nous mettait ainsi au courant des mœurs de sa caplare.

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nous avions repris le chemin du poste, où nous trouvâmes réunis les principaux chefs et une nom* breuse population, que l'arrivée de notre batean avait attirée. Nous profitâmes de la circonstance pour nous livrer à quelques études à leur égard.

Les indigènes de Lifou sont presque tous convertis au christianisme. Ils sont catholiques ou protestants. Ceux-ci ont été instruits par des missionnaires anglais, arrivés des archipels environnants, de File Raro-Tonga surtout, avec des naturels de ces îles déjà convertis et qui leur servaient de catéchistes (teachers).

Cette difi'érence dans la religion de ce peuple les divise souvent et amène des querelles; lors de l'expédition que les Français entreprirent contre les gens de Lifou en 1864, par un motif que j'ignore , les habitants de l'île étaient persuadés que nous venions pour détruire les protestants et conserver les catholiques ; aussi les premiers fuyaient-ils devant nous pendant que les seconds s'approchaient sans défiance ; les premiers firent même une résistance assez vigoureuse pour des gens aussi mal armés; auprès de la première grotte que nous visitâmes on me montra le point oii, dans une de ces escarmouches , un de nos soldats fut tué roide par les indigènes, pendant que d'autres furent assez grièvement blessés. L'un des acteurs de l'expédition me racontait aussi que passant dans un village dont on

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ÇHAPITBB QnATOBZIÈUE, 381

voulait châtier les habitants, les alliés indigènes entrant dans toutes les cases pour voir si rien de précieux n'y avait été oublié par son possesseur en fuite , il entendit dans l'une d'elles un bruH semblahle à celui qui se produit lorsqu'on ouvre un coco d'un coup de hache; il entra aussitôt, car il avait soif et- pensait trouver du lait de ce fruit et se rafraichir, mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il se vit eu face d'un vieillard qui gisait sur le sol, le crâne ouvert en deux, pendant qu'un sauvage, l'air triomphant et brandissant sa hache ensanglantée, lui dit : ■ Tu vois, c'est un protestant •>, et il s'élança au dehors à d'autres exploits. — Ce vieillard n'avait probablement pas eu la force de s'enfuir avec sa fomille.

Les gens de Lifpu que nous pûmes apercevoir élaient vêtus suffisamment, les hommes d'une pièce d'étoffe enroulée autour de la ceinture, les femmes, d'une longue robe sans taille ; mais l'ancien costume, celui que portent encore ceux qui , réfractaires aux idées que nous avons introduites, vivent encore au milieu des bois , est ta nndité la plus complète ; ils n'ont même pas la feuille du Néo-Calédonien.

Les habitants de cette île se sont très-rapidement plies à nos usages, quels qu'ils soient; ils mettent à nous imiter en tout une sorte d'amour-propre ; à peine un poste fut-il établi que la plupart d'entre eux venaient se marier devant l'officier commandant

3M LA NOUVELLE-CALÉDONIS.

qui faisait les fonctioDs de maire ; le dimanche on se pare ; les femmes, véiues de robes neuves, coiffées de chapeaux plus ou moins élégants, un parapluie (l'on des plus grands luies) à la main, vont àl'ol^ceouse promènent avec une certaine allure de coquetterie.

Quant aux hommes, ils sont très-iadustrieiix , ils font des nattes, des paniers et différents objets fort remarquables; ils ne sont plus tourmentés par le désir de faire la guerre; le cannibalisme a disparu depuis longtemps; obligés pour subsister de se livrer h des travaux de culture et de pèche trèspénibles, ils ne craignent point la fatigue comme les Polynésiens, et s'engagent volontiers soit pour travailler à la terre chez les colons, soit comme matelots; ils excellent dans celte dernière profession, qui leur paraît très-noble.

A cause de toutes ces qualités de leurs habitants , les Loyally ont élé plus visitées que la Nouvelle- Calédonie : les baleiniers y venaient recruter leurs équipages, yfairedesvivres; les forêts qui entourent la btiie du Sandal durent autrefois contenir quelquesuns de ces arbres précieux, aujourd'hui ils ont complètement disparu. En revanchei nous avons donné le tabac , qui croit à merveille et que tout le monde fume avec délices ; aussi , là comme dans les îles du voisinage, les affections pulmonaires font de grands ravages.

A une époque qni ne peut être éloignée et qu'on

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GHaPITRE QDATOBZliHE. 31,0

s'accorde à faire remonter â un siècle , quoique ce temps me paraisse bien court par rapport aux faits observés et accomplis , les habitants des Loyalty virent arriver plasieurs pirogues chargées d'hommes, de femmes, dont l'aspect, la langue étaient différents des leurs. Cette troupe étant nombreuse et armée, nul ne songea à l'attaquer; les étrangers s'installèrent donc dans l'ile la plus au nord du groupe et lui imposèrent même le nom d'Ouvéa, qu'elle porte encore, et qui est celui de l'ile d'où ils arrivaient, située par 13° SC de latitude sud et 178° 32' de longitude ouest. Ainsi cette horde audacieuse avait parcouru sur des embarcations aussi frêles que des pirogues, et à l'aventure, les trois cent cinquante lieues qui séparaient leur patrie de ces nouvelles terres. A la suite de quels funestes événements s'étaient-ils ainsi décidés à s'exposer avec leurs familles à d'aussi terribles dangers, et comment le sort les favorisa-t-il an point de leui faire rencontrer ces îles au milieu de cet immense océan? On suppose qu'à la suite de guerres et pour éviter la mort, toute une tribu d'Ouvéa s'était ainsi enfuie au hasard dans leurs grandes pirogues, n'ayant qu'une espérance, celle de rencontrer une terre hospitalière , et c'est ce qui leur arriva.

Ces nouveaux venus étaient actifs, remuants; peut-être durent-ils cette ardeur aux difficultés qu'ils rencontrèrent dès l'abord, toujours est-il qu'ils

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imprimèrent une trace profonde de leur arrivée, non-seulement aux Loyalty, mais encore à la Nouvelle-Calédonie; ce lont eux que d'EatrecasIeaux vit débarquer eu visiteurs à Balade, en 1793; ce navigateur reconnut bien en eux le type et le langage des « Iles des Amis n , dont il arrivait , et il ne put s'expliquer leur présence en an point si éloigné de leur patrie , oii cependant ils paraissaient être chez eux.

Quoique cette propagation rapide du type de ces étrangers au milieu du type primitif paraisse une chose surprenante, elle n'est au contraire que fort rationnelle , si l'on songe que les femmes ouvéas avec leu^s longs cheveux lisses etnoirs , leurs grands yeux en amande, leurs traits réguliers et leur peau assez claire, ont dû bientôt faire dédaigner aux Néo-Cal éd on i en s leurs femmes aux cheveux crépos, aux traits grossiers, à la peau presque noire; aussi chaque chef a-t-il fait tous ses efforts pour épouser une de ces belles étrangères, qu'on se gardait bien de lut refuser, car on achetait une alliance dont on avait besoin.

A Lifou , les femmes sont en général plus belles que les Néo-Calédoniennes , beaucoup d'entre elles ont les chewui lisses; il est remarquable que ce caractère se soit bien mieux conservé chez les lemmes que chez les hommes. .

Lifou est divisé en tribus indépendantes qui ont chacune leur chef; ceui-ci se trouvaient réunis auprès

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