‹ Voyage autour du mondeChapitre 82 sur 115 · CHAPITRE QUATORZlèUB · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZlèUB

ment de la terre d'où leurs ancêtres sont partis pour venir s'établir sur ces plateaux de corail. Des souvenirs confus à cet égard leur font croire cependant que les iles Lifou ont changé de forme à la suite de leurs crimes, et qu'autrefois elles contenaient des montagnes et des cours d'eau comme une terre H régulière » . Une légende bien connue k <> Chépénéhé n et dont je vais donner un extrait, confirme celle croyance , si contraire cependant h ce que nous apprend irrécusablenient la géologie :

a Avant que les Visages pâles eussent paru, nos pirogues couvraient la mer et se jouaient des sombres replis des vagues en fureur; mais les forteresses flottantes des étrangers les brisèrent; leurs débris flottent au loin.

n Avant que les Visages pftles eussent paru , nos casse-téte frappaient des coups mortels ; notre zagaie aiguë traversait l'oiseau dans les airs , le poisson entre les eaux, l'ennemi bondissant sous les bois ; mais les balles sifflantes et invisibles ont brisé de loin le casse-téte et la zagaie dans les mains des guerriers .

Il Avant que la brise irritée nous ett amené ces commerçants trompeurs et avides , avant que nous connussions l'eau de feu qui enlève la force aux guerriers et la prudence aux sages, avant que les hommes de la Bible et ceux des cantiques se disputassent nos âmes;

SM LA ROUVELLE-GALÈOONIB.

» Avant tout cela, la terre de Lifou était arrosée par une eau limpide et féconde où se baignait le pied d'arbres superbes, pendant que leur feuillage se mirait avec complaisance sur leur surface polie.

" Des montagnes aussi s'élevaient vers la vonte lointaine de« cîeux, et les rivières en descendaient, bondissant au soleil, qui les faisait resplendir d'un éclat sans égal,

V Les esprits euxHnémes s'arrachaient aux séjours heureux et venaient jooir de cette merveilleuse nature .

> C'est alors qne la vertn des guerriers de Lifoa s'amollit et que ces fils des aigles se changèrent en oiseaux de la nuit.

Il AussitAJ les esprits, fujfant lenr contact impur, s'éloignèrent avec dégoût, le soleil se voila, la terre elle-même s'sgila comme pour recouvrir ces êtres dégénérés; les montagnes, affolées, furieuses, se renversèrent , les vallées tressaillirent , les fleuves disparurent dans les immenses crevasses du sol , et quand le calme reparut, Lifou n'était plus qu'une plaine stérile , où se montraient çà et là des cavités béantes pleines d'une eau bourbeuse. I

n Depuis, quelques arbres ont reparu et ont grandi ; mais où sont nos forêts sans bornes , nos montagnes plus élevées que les nuages, nos belles eaux étemelles; où sont ces esprits bienveillants qui venaient se mêler h nos jeux? v

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