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CHAPITRE QDATORZIÈHE. 3SB

Cette légende si répandue aux Loyalty rappelle énormément le génie polynésien , an des plus poétiques du monde.

Combiea ne trouvai-je pas de chants semblables & Tahiti! On voit donc encore que l'influence des migrations polynésiennes s'est profondément fait sentir dans cet archipel.

Comme le Néo-Calédonien, l'habitant de Lifon tient pea à la vie , et il n'est pas rare de voir des jeunes gens, des jeunes filles, ponr un chagrin d'amour par exemple, aller se pendre; des enfants mêmes , dans le seul but défaire de la peine à leurs parents qui les auront contrariés, se donneront la mort.

Une de leurs coutumes les plus bizarres est celle qui veut que l'héritier présomptif d'un chef ne mange d'antres mets que ceux apprêtés par des vierges. M. Trêves, commandant du poste, nons racontait à ce sujet qu'une de ces jeunes filles , franchissant un endroit difficile, glissa, et dans le mouvement qne firent ses bras pour reprendre l'équilibre, ses mains touchèrent nn vieillard qui l'accompagnait, d'une façon si malheureuse, qu'on jugea nécessaire de la déchoir de ses fonctions.

Anx Loyalty la température est trés-réguliére , mais les orages sont fréquents et les pluies assez abondantes; on est aussi visité par des cyclones d'uneextréme violence; notre compagnon, M. Bavay,

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pensait aussi que le climat de Lifou est moins sa- (libre que ceini de la Nouvelle^alédonie , car sur six cas d'bépaiite qu'il eut l'occasion d'observer en deux ans à l'hôpital de Nouméa cbez des soldats venant des postes, quatre de ces malades arrivaient de LiTou.

Après quelques joars d'exploration et d'études danslabaieduSandal, il fallut se rembarquer; nous devions encore visiter le groupe d'Ouvéa avant le lépart; à notre grand regret, on ne devait pas visiter Mare, cette terre asset vaste (trente-quatre kilomètres de longueur sur vingt-neuf de largeur) , qui est encore, dans sa partie méridionale, l'asile dn cannibalisme et de l'ignorance, iandis que le nord a bien voulu recevoir des étrangers et des ministres protestants.

Nous étions à bord, prêts à appareiller, on attendait encore quelques centaines de cocos que les indigènes de Lifon devaient fournir pour les jardins et promenades publiques de Nouméa. On choisissait ces fruits à Lifon, car certaines variétés y atteignent une grosseur vraiment extraordinaire. Le commandant commençait à s'impatienter du retard que les indigènes mettfùent h nous apporter ces noix , lorsqu'on nous signala sur la mer, k ane assez grande distance, mais dans la direction des contours de la bde , nne masse flottante et d'une étrange tournure ; on aurait dit un immense serpent déroulant

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i CHAPITRE QUATORZIÈM». SOT

on rapprochant avec lenteur ses anneaui Bnr les vagnes; chacun de nous, intrigué au dernier point, étudiait avec sa lunette cette moastrueuse apparition , lorsqu'un naturel des Loyalty qui était à bord, comprenant notre surprise, la fit cesser en deux mots :

<i Ce sont, noDs dit-il, les gens de Lifou qui vous amènent des noix de coco. » En effet, au bout d'an qnarl d'heure, nous pûmes, avec la jumelle, distinguer sur cet amas confus qui s'avançait avec lentear, quelques Formes humaines qui, moitié nageant, moitié supportées par une longue chaîne de cocos, la poussaient et la dirigeaient vers notre navire.

n On dit que ce sont les meilleurs nageurs qui se noient; mais c'est qu'ils ne savent pas encore assez bien nager n , a écrit Alphonse Karr. Cette réflexion semble se justifier ici, où l'on ne connaît presque pas d'exemples de gens qui se soient noyés, malgré les exercices de natation d'une étonnante hardiesse auxquels ils.se livrent. Il est vrai qu'il serait possible que la densité de ces Océaniens fût moindre que la nôtre.

Hais revenons & nos navigateurs d'un nouveau genre. Ils avaient environ trois lïeues k parcourir pour atteindre notre bâtiment, et ils n'y arrivèrent que dans la soirée, flu moyen de l'enveloppe filandreuse qui entoure la noix de coco elle-même , ils

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SBe Ll NOUVELLE-CALÉDONIE. '

avaient lié deux à deux quatre ou cinq cents de ces fruits, de façon à former un chapelet qui avait près de cent mètres de longueur; cinq Kanaks, espacés le long de cette chaîne, h demi couchés sur elle, l'avaient ainsi amenée en nageant sur une mer asseï tourmentée , car elle est mal abritée des vents du large. Celaient, d'ailleurs , des hommes solides que ceux qui arrivaient ainsi; on eût dit des tritons de bronze, et dans leur immense chevelure scintillaient aux rayons du soleil mille perles d'eaa de mer; leur vaste poitrine aspirait et refoulait l'air bruyamment; parfois, dans le mouvement aspiratoire, leur large bouche s'emplissait d'ean qu'ils rejetaient ensuite au loin sur les vagues; vraiment on eût dit un groupe de ces personnages fabuleux qui formaient la cour de Neptune et sortaient parfois des profondeurs des eaux pour venir jouer au soleil parmi les vagues de la mer.

Les Océaniens trouvent très-naturel , et surtout très-commode, ce moyen de transport, qui semble si effrayant à des Européens, et quelque temps après notre passageàZri/ôu, le gouvernement ayant fait abattre des pins columnaires aux environs de Gadcho, dans le sud de la baie du Sandal, les naturels amenèrent à la nage à Cbépénéhé ces arbres gigantesques qui mesurent plusieurs mètres de circonférence sur une longueur de vingt à trente mètres; ils partaient le matin de Sadeko, ponssanl

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