‹ Voyage autour du mondeChapitre 86 sur 115 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

(aine disfaiice sur les bords de la mer; nons voulions connaître quels étaient ceux qui restaient ainsi à l'écart , lorsque la curiosité avait attiré près de nous tous les autres. Le fusil jeté snr l'épaule, le revolver à la ceinture, sons suivîmes la plage sablonneuse de la mer. Au bout d'un quart d'heure nous étions arrivés : autour du grand feu dont la lueur avait de loin frappé nos regards, se tenait assis le petit chef u mécontent n et à l' éléphant iasis que nous avions vu le matin ; peu satisfait de notre commandant, qui n'avait probablement point voulu se mêler de ses .affaires, ni lui ni ses gens n'avaient jugé convenable de se déranger pour nous rendre visite ; ils s'occupaient même des travaux ordinaires : le chef, de sa main alUigée , c'est-à-dire épouvantablement grosse, tordait, en les roulant sur sa jambe, des fibres de cocotier, pendant que ses sujets faisaient avec ces cordelettes des tresses pour les. coutures des pirogues. Lorsque, éclairés par la vive lueur du foyer, nous apparûmes aux regards de ce groupe tranquille , il eut un léger mouvement d'inquiétude, et chacun de ces hommes saisit ses armes, qui étaient, comme d'habitude, à la portée de leurs mains; mais nous n'étions que deux, et l'on reconnut aussitôt Bavay et moi-même. Les tomahawks et les zagaies reprirent leur position première ; de plus, on s'écarta pour nous faire place an feu. — Après une brève salutation , tous les indigènes

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reprirenl leur occupation première, an milien d'un silence complet ; au bout de quelques minutes , pendant lesquelles on nous observait soigneusement, ils se mirent à causer assez vivement entre eax, et il nous sembla évident que nous étions l'objel de cette conversation générale; c'est alors que le chef prit gravement la pipe que fumait mon compagnon, l'examina attentivement, puis Ispassaàsasuite, qui en fit autant : c'était une pipe dont le fourneau, taillé dans an bloc d'écume de mer, était assez volumineux; ces bons sauvages n'en avaient jamais vu de pareille, et ce qui semblait les étonner le plus, c'est qu'une pierre aussi grosse put être aussi peu lourde; elle lenr rappelait probablement ces ponces légères qu'apporte la mer sur leurs rivages et qui étaient l'objet d'un culte pour leurs ancêtres. — Les exclamations de ces insulaires à mesure qu'ils examinaient la pipe de mon ami , attirèrent d'autres indigènes, parmi lesquels une jeune femme quale chef nous présenta comme la sienne , et ce fui à notre tour d'être surpris, car l'épouse de ce chef portait au cou un collier d'un aspect étrange que nous n'avions encore va nulle part; mais lorsque nous voulûmes nous en approcher et y porter la main , la jeune Kanaque , se méprenant sur nos intentions, se recula vivement et disparut dans- les buissons environnants; nous nous retournâmes alors vers nos compagnons indigènes , qui ne sachant non

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plus comment prendre la chose, nous regardaient d'an air effaré; nous nous empressâmes de faire disparaître la fâcheuse impression que la fuite précipitée de la jeune princesse avait produite dans l'esprit de son mari et de ses sujets, en leur expliquant de notre mieux la canse de nos mouvements. Lorsque le petit chef, qui nous écoutait gravement et d'une mine un pen sourcilleuse , eut compris de quoi il s'agissait , il se mit à sourire, pendant que ses jeunes gens poussèrent en chœar un hurlement long et aigu : c'était leur façon d'éclater de rire. La jeune fugitive, rappelée, s'avança un peu honteuse , sortit son collier, et à la façon ordinaire, le jeta devant nous. Comme les Néo-Calédoniens , ces insulaires ne se font jamais rien passer de la main à la main, ils jettent à vos pieds les objets que vous leur demandez; un tison enflammé est la seule ■ chose qu'ils vous mettent directement dans la main. Ce collier, la cause de cette petite scène , était fait de la peau d'un serpent que l'on avait déshabillé sans le déchirer, puis , remettant la peau dans le bon sens, on y insuffla de l'air, qui y fut renfermé en nouant avec soin les deux extrémités de la peau. Ce serpent est marin ; son dos est d'un noir mat, le reste du corps est jaune serin ; Bavay le reconnut pour un pelamio btcotor.

Il se faisait tard, nous primes congé de cette petite tribu et revînmes coucher à bord.

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310 LA MOUVELLE-CALÉDONIE.

Le lendemain malin noas appareillâmes pour l'ile Fayakoué, où nous arrivâmes au bout d'une heure environ. Nous descendîmes aussitôt k terre , Bavay se faisant accompagner d'un charpentier, car il avait l'intention de recaeillircomme échantillons quelques s billes » des essences de bois les plas remarquables que nous poarrioDS rencontrer parmi les épaisses et grandioses forêts qui couvraient l'île en partie; ces échantillons devaient d'abord servir de guides dans l'exploitation que le gouvernement voulait faire de ces arbres pour la charpente, la construction, l'ébénisterie , etc. Ensuite, ils devaient être déposés dans le musée de Nouméa, dont Bavay était conservateur et qu'il avait en peu de temps trouvé le moyen d'installer et de rendre intéressant.

A l'endroit où nous primes terre se trouvait an joli village s'appelant Fayahoué, comme l'île elle^ même; les cases, ainsi qu'à Mouli, étaient assez éloicfuées les nues des autres. Deux missions sont établies sur ce territoire, l'une protestante, l'autre catholique; c'est dans cette dernière que notre ami Marias exerçait ses fonctions de catéchiste , et dans la visite que nous fîmes au P. Barriol, le missionnaire, en arrivant à terre, nous rencontrAmes Marins déjà très-aBairé ; il avait dès le matin tra-^ versé en pirogue le canal qui sépare Mouli de Fayahoué pour se rendre à son poste. — Ce fut

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