CHAPITRE QUINZIEME
anprès du Père et de son catéchiste indigène que nous puisâmes d'abord tous les renseignements nécessaires à nos recherches; ensuite, accompagnés du charpentier et d'une dizaine de jeunes et vigoureux insulaires qui devaient porter les billes de bois, nous nous enfonçâmes dans la forêt.
Le groupe Ouvéa passe pour être plus fertile que Lifou ; la forêt que nous parcourûmes était en effet fixée sur une assez épaisse couche de terre végétale. Mon compagnon ât couper une trentaine de billes d'arbres qui lui parurent remarquables, après quoi nous revînmes au village ; mais il n'était point tel que nous l'avions laissé : prévenus de notre arrivée, les insulaires s'y étaient rendus de toute part; nous en vîmes au moins quinze cents , hommes et femmes , réunis sous la forêt de cocotiers qui bordait le rivage; nous parcourûmes les groupes en curieux et nous y observâmes des hommes admirables par leur haute taille, leur vigueur apparente et la perfection de leurs formes. — Beaucoup d'entre eux avaient d'immenses chevelures, auprès desquelles s'éclipseraient les bonnets à poil de nos sapeurs. Ils ont le soin d'enduire de chaux cette exubérante végétation chevelue , qui devient alors d'un rouge jaunâtre ; on pense qu'ils agissent ainsi pour se débarrasser des parasites , qui autrement , imprenables dans ce fourré, ravageraient à l'aise leur épiderme.
Les femmes se sauvèrent à notre approche,
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3ia LA HOUVELLE-CALiDONIE.
mais bientAt l'&ppâl de quelques menus objets les rendit moins faroucbes. Beaucoup d'enlre elles avaient les cheveux lisses ; nous en aperçûmes qui étaient fort bien faîtes, et leurs grands yeux noirs étaient surtout remarquables. — La plupart avaient orné leur cou de colliers en jade vert de Vile Ouen, el nous essay&mes en vain de leur en acheter, nos offres les plus brillantes ne parvinrent pas à les décider à se défaire d'an seul de ces ornements; il en est du reste ainsi dans les tribus de la Nouvelle- Calédonie , et si l'on veut arriver à posséder an de ces colliers, il faut suivre l'exemple d'un de nos amis, qui, chirurgien dans un de ces postes, achetait une seule perle à la fois qu'on finissait par céder à ses offres, à ses obsessions; il mit plusieurs années pour composer de cette façon un de ces colliers de jade. Vers le soir, les chefs principaux vinrent à bord, où ils regardèrent le navire sans paraître , suivant leur habitude, manifester le moindre élonnemenl. Cependant un gros câble fixa leur attention, ils l'examinèrent longtemps, causant vivement entre eux; enfin l'un d'eux se décida à nous demander par gestes sï cette grosse corde avait été faite à leur manière, c'est-à-dire sur la cuisse.
Quelques autres s'amuBèrent longtemps à regarder deux officiers qui jouaieut aux dames; lorsque ceux-ci eurent terminé, deux de ces spectateurs indigènes prirent gravement place devant le damier
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et firent une partie assez raisonnable. Connaissaientils ce jen auparavant, c'est probable.
Notre journée s'écoula ainsi à causer avec les indigènes, à lear faire quelques achats et à les étudier.
Le lendemain nous retonmÂmes à terre dès l'aube, car nous avions formé le projet d'explorer l'ile; Marius et quelques antres insalaires nous guidaient. Nous suivimes d'abord la plage, qui est presque partout bordée de cocotiers magnifiques , chargés de fruits; derrière celte ligne d'arbres se trouvent des cultures indigènes d'ignames , de taros , etc. Le sol de ces champs paraissait marécageux et doit être inondé à la saison des pluies ; on nous a même assurés que dans l'est du village , à environ une lieue et demie, on rencontre trois marais qui communiquent entre eus; nous n'avons pu savoir si t'eau en était douce ou sanmâtre ; quant au fond de ces étangs, il est semé de nombreux blocs de corail, etieur surface est le séjour d'innombrables canards. — Au-dessus de ces roches coralligènes , poreuses, fissurées, on s'explique mal la présence de marais un peu importants, s'ils contiennent de l'eau douce.
Dans cette île, point de grottes pouvant, commet Lifou , conserver les eaux des pluies , mais quelques petits puits naturels, plus ou moins profonds, que nous rencontrions à chaque pas dans notre exploration; beaucoup de ces puits étaient si bien cachés
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su LA NOUVELLE-CALÊDONIB.
par les herties et les buissons que nous y serions infailliblemeat tombés, si nos guides, ireiltant sur nos pas avec sollicitude , ne nous avaient toujours prévenus à temps. — Tons ces puits ne servent point seulement & conserver de l'eau , les naturels savent encore utiliser l'imperméabilité de leurs parois en y plaçant avec de la terre végétale , aoitun bananier, soit an pied de laro, qui, ayant ainsi ses racines toujours humides , croit très-rapidement et rapporte beaucoup.
En somme, ces cultures paraissent assez misérables, quoique entretenues avec un très-grand soin, et, malgré l'apparence de fertilité du sol, les indigènes sont certainement ici plus mal partagés qu'à la Nouvelle-Calédonie ; les cannes à sucre sont fort petites, et on n'en voit pas de grandes plantations. Après cet examen, nous ne fiîmesplus étonnés de ce que les habitants du groupe Ouvéa allassent dans leurs pirogues jusqu'aux {les Beaupré, éloignées de dix lieues; pour y faire des plantations.
A notre retour au village de Fayahoué nous fîmes nos adieux à notre interprète et ami Marins, obligé de s'absenter. Quelque temps après, nous apprîmes avec peine que, surpris par un coup de vent entre les Loyalty et la Nouvelle-Calédooie , le navire qu'il montait avec plusieurs de ses compatriotes avait sombré; tous périrent. Avant de quitter ces braves gens , nous reçûmes la visite du jeune chef de l'île ,