‹ Voyage autour du mondeChapitre 90 sur 115 · CHAPITRE BEIZIÈUE. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE BEIZIÈUE. S

ont fini leur temps. Elle s'en retourne emportant ceux qui viennent de passer plusieurs années dans l'ile, s'y sont créé des habitudes, des affections; et tous ces liens vont se briser ia moment même où l'officier de quart s'écrie : a Tout le monde sur le pont pour l'appareillage I « Les amis qui vous ont accompagné jusqu'à bord vous serrent une dernière . fois la main et reprennent la direction du rivage, le cœur gros, noD-seulement de vous quitter, mais encore d'abandonner ce grand navire qui représente one portion dn cher sol de la France , qu'on voudrait bien revoir aussi. Pour moi, je n'ai jamais eu de jours plus tristes , je n'ai jamais autant senti mon isolement que lorsque j'assistais ainsi au départ pour la France d'un navire emportant des amis I

Outre mes échantillons, j'emportai quatre " kagons ■ vivants, que je destinais aux jardins zoologiques de Paris. Papin, libéré du service, revenait en France sur la même frégate ; il avait fait pour ces oiseaux une ample provision de bulimes , — sorte de coquillage dont ils sont très-friands, — je les avais logés dans une cage k poules et j'espérais les conduire sains et saufs jusqu'au port. Les choses allèrent bien jusqu'à Tahiti ; là mes oiseaux vécurent à terre très-confortablement ; mais , plus tard , privés comme nous, hélas I de nourriture fraîche, ballottés par la grosse mer du cap Hom, ces intéressants bipèdes périrent de misère l'un après l'autre. *

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830 LA HODVELLE-GALËDONIE.

En quittant l'ile , la Sibylle prît au snd , pour s'éloigner de la zone des vents alizés et gagner celle des vents variaMes, od nous eûmes la chance de trouver, en effet, uie brise favorable. Hais il n'en est pas toujours ainsi , et la frégate qui précéda la ndtre mit près de deux mois pour se rendre k Tahiti. Contrariée par les vents, elle fut obligée d'aller doubler au sud la Nouvelle-Zélande, pendant que nous pâmes passer an nord de celte grande terre.

Dans cette nouvelle route nous perdîmes bientôt la tiède brise des tropiques ainsi que le calme de la mer. Entre l'île Norfolk et le nord de la Nouvelle- Zélande nous trouvâmes une brise violente et une mer démontée. Vers le soir, le grand hunier fut amené. Les gabiers s'occopèrent ensuite de carguer cette voile; mais l'un d'eus, dans un coup de roulis plus saccadé que les autres, perdit l'équilibre et tomba k la mer. A ce moment j'avais les jreux sur les matelots qui exécutaient la manœuvre ; je vis le malheureux précipité dans le vide, la tête la première; j'entendis son unique cri de détresse, qui m'arriva en même temps que le sifflement de la brise qui fouettait les plis de son caban de toile cirée. Il tomba le long du bord, et mon regard le chercha vainement au milieu du gouffre écumant et furieux sur lequel nous étions ballottés ; son corps n'avait même pas laissé une trace à la surface de ces

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