CHAPITRE SEIZIEME. 8S
eanx tourmentées n Un homme k la mer! u tel
fut le cri sinistre qui, poussé par les' gabiers, balaya le pont avec l'énorme vitesse de la brise, apprenant le malheur à l'éqnîpage. Un timonier s'élança, une bacbe à la main, pour couper la bouée. Un vieux maître l'en empêcha d'an geste. C'était une bonne figure cependant qne celle du maître, malgré le hAle , les rides des fatigues qui la couvraient.
u Pourquoi , lui dis-je , ne pas avoir laissé conper la bonée ?
— Ne comprenez-TODs pas , me dit-il , qu'avec nn brouillard pareil le pauvre diable ne verrait pas la bouée, et qne, s'il la voyait, ces lames énormes ne lui permettraient pas de l'atteindre, surtout avec les vêlements dont il est couvert î
— Qui sait? ajoutai-je.
— Qui sait, en effet? dit le maître; mais qne vonlez-vous qu'il devienne sur une bouée, avec nn temps pareil et dans ces parages, oh il ne passe pas on navire tous les mois?»
Ce raisonnement était péremptoire. L'nrGcïer de quart crut tout aussi inntileque le maître d'équipage de couper la bouée , car il n'en donna pas l'ordre ; en tout cas on n'aurait pu songer à envoyer une embarcation à la recherche du malheureux gabier, alors môme qu'on l'aurait aperçu sur la bouée. C'était un bomme perdu. Il n'avait que dix-hait ans I
SK La MOTTVELLE-CALÉDONIE.
A bord d'une frégate, chacun vit à sa façon; le plus grand nombre des' officiers cependant ne quittaient la taUe de vbist ou d'écarté que pour prendre le quart ou laisser le maître d'hâtel dresser les couverts. D'autres utilisaient sérieusement le temps. Ils se perfectionnaient dans leur métier, étudiaient les langues, dessinaient ou lisaient. II faut reconnaitre cependant que le marin a besoin d'être foncièrement studieux pour travailler pendant ces voyages : il est de quart denx fois en vingt-quatre beures, c'est-à-dire que pendant huit heures il doit rester sur le pont, attentif à la marche, à l'allure du temps et de son navire. Hier c'était un soleil de feu, aujourd'hui c'est un vent glacé; hier c'étaient des torrents d'eau tiède, aujourd'hui c'est le brouillard et la neige; hier c'était le calme, et il fallait changer l'orientation du. navire & chaque bouffée des brises folles qui arrivaient de tous les points de l'horizon, aujourd'hui c'est un vent b K ployer le pouce » , on est à sec de toile , on ne s'entend plus parler, on songe à passer la nuit à la cape. On comprend qu'après huit heures de cetfe rude besogne, lorsqu'on rentre dans sa cabine ruisselant d'eau comme un dieu marin , on ait plutôt le goût de manger, boire et se reposer que celui de résoudre des équations. Cependant, je l'ai dit, quel' ques officiers trouvaient encore le temps de travailler.
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