CHAPITRE SEIZIÈME
Les derniers jours de notre traversée furent des plus agréables ; la brise et la mer s'étaient calmées ; la frégate se rapprochait des tropiques et la température était délicieuse. Nous nous étions organisés en cénacle, présidé par notre excellent commandant M. Rion. Pour tuer les heures, chacun de nous pre nait la parole à son tour et racontait une des aventures curieuses de son existence. Ces conversations eurent bientAt une telle vogue que nos auditeurs devinrent très-nombreux , et qne plus d'un enragé joueur de whist s'en plaignit ouvertement. Quelles charmantes -soirées, bous ce dôme immense de l'infini resplendissant de tous les feux des étoiles, et que je voudrais ponvoir vous redire aussi toutes ces aventures dignes des Mille et une Nuits que nous racontaient, les uns après les autres et dans leur style si pittoresque, chacun de ces citoyens du monde qui m'environnaient 1
Remontant vers le nord , noiis ressentîmes bientôt l'influence des alises qui devaient nous pousser vent arrière sur Tahiti, car nous avions dépassé dans l'ouest le méridien de cette ile ; nous passâmes dans le voisinage de u Râpa » , dont l'aspect seul dénonce l'origine volcanique; partout l'œil rencontre des pics ef&lés, des crêtes aux dentelures bizarres. Cette terre, située par 27* 3S' de latitude sud, est non-seulemenl bien en dehors des tropiques, mais elle est encore une des plus méridionales de ces
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tu LA NOUVELLE-CALÉDONIE,
groopes d'îlots volcaniques ou coralligènes qui constellent l'océan Pacifique et forment l'Océanie. Elle n'a doDC pa recevoir sa flore que des îles plus cbaades du nord dont elle est contemporaine; elle présente ainsi ce singulier phénomène d'une terre qui ne possède pas la flore qu'elle devrait avoir. Elle a des cocotiers dont les fruits ne mârisseul pas ; les K bouraos s , les « bancouliers » et autres végétaux qui , sous les tropiques , deviennent des arbres majestueux , sont ici des nains , c'est-à-dire qu'ils ne fournissent que des arbustes. Cet état de cboses est poussé à un tel point, que les indigènes mettent souvent plusieurs années k trouver le bois nécessaire à la construction d'une case. C'est encore avec plus de difficulté qu'ils se procurent des pièces de bois d'un diamètre assez grand ^pour leur permettre d'y creuser la vaisselle dont ils font usage.
Avant notre arrivée, le taro {arum esculentum} , et le poisson qui abonde , formaieul la sente nourriture de ce petit peuple; mais depuis qu'ils connussent nos légumes d'Europe, ils les cultivent avec un tel succès , que les caboteurs et les baleiniers y relâchent souvent pour s'en procurer.
Les indigènes (qui ne sont plus qu'au nombre de cent vingt, tandis qu'ils étaient douze cents lorsque Vancouver les visita en 1791) n'accueillent plus volontiers les Européens qui leur firent connaître les maladies de poitrine surtout, qui les dé-
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