‹ Voyage autour du mondeChapitre 19 sur 98 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ILlft DU qAF-TBRT. -- PASSAOB DB LA LIOBB. ~ ROGHBRS DB MARTIB-VAS.

~ ILB DB LA TRIflITé.

Le 25 septembre, ma galiote mit à la voile, non pas comme une coquette, mais lentement, gravement, en vraie matrone. Elle gouverna à l'O. pour reconnaître les lies du Cap-Vert. Le cinquième jour nous passions au S. de Santiago, et nous pouvions relever le reste de cet archipel portugais. Son aspect est nu et désolé : on dirait que toutes ces terres sortent d'une fournaise, tant elles sont brûlées. Des rocs pelés, jetés pèle-môle, découpés d'une façon bizan*e, se dressent vers le ciel avec des formes anguleuses. Cependant quelques vallées intérieures offrent de riches cultures. La population, quoiqu'elle se prétende d'origine portugaise, a pris sous cette latitude la couleur bronzée des mulâtres africains. Le clergé y est composé le gens de couleur et même de nègres. La principale production de ces

Hes est le sel , qai s'exporte au Brésil. Le cocotier, le bananier, le papayer, le tamarinier, Fadansonier, y abondent. On y récolte des oranges, des citrons, des goyaves, des figues, des melons d'eau d'excellente qualité. La vigne et la canne à sucre, rindigotier et le cotonnier prospèrent sur plusieurs points. Le riz et le maïs réussissent dans les années pluvieuses ; mais quand le temps sec a le dessus, ils y avortent calcinés par le soleil. Dans ces phases de stérilité surviennent des disettes horribles , et récemment encore l'archipel du Cap-Vert a été dévasté par cet épouvantable fléau.

La résidence des autorités portugaises est dans Ttle de Santiago, où Ton trouve la ville de Puerto-Praya, lieu de relâche pour les navires européens, Santiago, l'ancien chef-lieu , et Ribeira-Grande , qui contient quelques édifices. La ville de la Praya est située sur une hauteur où l'on ne peut arriver que par des chemins rapides et escarpés. Le débarcadère est en face d'une colline couverte de dattiera et de chétifs lataniers. Les autres tles de cet archipel, qui en compte dix , sont : Hato, riche en bestiaux et en coton; Fcego, théâtre d'un volcan très-actif; Brava ou Saint-Jean, qui produit des vins et du salpêtre; puis Boa-Vista, moins éievéa et très-fertile ; Sal , ainsi nommée à cause de ses salines ; enfin Saint- Nicolas, l'une des plus grandes du groupe, florissante à cause de sa ville manufacturière ; Santa-Lucia et San-Vicknte, cette dernière remarquable par son port, et San-Antonio , la plus peuplée de l'archipel et dominée par un pic trèsélevé.

Cette reconnaissance faite , nous naviguâmes vers la ligne équinoxiale. Notre galiote avait été rudement poussée jusque-là par les vents alises du N. E. , mais quand ils mollirent ce fut fini, elle ne bougea plus, on eût dit une bouée. La houle, flasque comme de l'huile, venait parfois la secouer ; elle roulait alors et n'avançait pas. Encore si cette station forcée avait eu lieu en terre ferme , on se serait résigné; mais par 5 degrés de latitude, entre le tropique et l'équateur , par un soleil perpendiculaire, avec une eau fétide dont on mesurait chaque verre; avec de la viande salée ou de la morue pour régal; puis pour promenade vingt pieds carrés, pour tout spectacle la mer qui dévore l'œil, toujours la même, toujours morne, pour toute compagnie un capitaine hollandais et son équipage] C'était à en mourir !

Heureusement qu'après huit jours de torpeur , la mer devint tout à coup turbulente et folle ; elle nous jeta de notre vie monotone dans une vie de brusques alertes, dans ces alternatives de calme et de rafales que les gens de mer appellent des grains. Tantôt ces grains fondaient sur le navire avec la rapidité de l'éclair, sans qu'aucun nuage leur servît de précurseur. Surpris par la secousse, les hauts mâts, les vergues craquaient ; le vent sifflait dans les cordages, les voiles éclataient et s'en allaient en lambeaux. D'autres fois la bourrasque se révélait par de larges et noires nuées qui se découpaient en festons sur le bleu de l'horizon ; d'autres nuages, légers et blanchâtres, couraient comme des flocons de neige dans une atmosphère inférieure , tandis que le groupe principal montait lentement au

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