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CHAPITRE IX

ILB DB rSAMOB.

Port-Louis , vu de la rade, a des aspects variés et saisissants. Au fond du tableau, et comme penchée vers la ville, saillit la haute montagne du Pouce avec ses flancs boisés et ses cascades blanches. Sauvage et sombre à sa crête , on dirait que ce mont prend des teintes moins austères à mesure qu*il descend vers Port^-Louis, où il meurt en pente douce sur une pelouse de demi-lieue carrée. D'autres chaînes de rocs semées de forêts complètent l'encadrement du bassin : à droite, elles enceignent le rayon de la Grande-Rivière , verger de File de France , petit Eden coupé d'eau et de verdure , animé de pirogues de nègres et de bateaux caboteurs ; à gauche , elles vont mourir au Coin-de-Mire sur une grève basse , couverte de champs de cannes, et bordée par de longues lignes de récifs. Sur un plan plus rapproché la scène change : voici la pointe aux Canonniers, batterie à fleur d'eau qu*on dirait sortie de la mer avec les bouquets de cocotiers qui la flanquent ; et en regard les ouvrages de l'Ile aux Tonneliers et du Fort-Blanc, appareil de défense infranchissable à une escadre ; puis, en face , des milliers de mâts et de vergues en lignes horizontales ou parallèles, si serrées, si noires, que c'est à peine si des fragments de maisons, d'arbres , de toitures , de môles, indiquent par échappée qu'une ville est derrière eux.

Quand le Corporal Trim eut pris son rang dans le Trou-Fanfaron , je fis mes adieux au joli sloop , à son capitaine , à ses officiers et au brave Tom Mill , qui voulut lui-même me conduire à terre. A l'Ue de France , j'étais en pays compatriote, car les Anglais, en débaptisant cette terre, n'ont pas pu la dénationaliser. Loin de pactiser avec ses nouveaux maîtres , on dirait que chaque jour elle s'en éloigne davantage. Port-Louis est toujours le petit Paris : luxe , modes , jouissances d'arts , besoin de nouvelles, émotions politiques, tout y arrive de nos ports; rien de Londres ni de Liverpool. En dépit d'une surtaxe de 15 pour 100, les produits de nos manufactures sont préférés à tous les autres.

C'est que les souvenirs hiistoriques de l'île de France ont une place daus les

annales de la République et de VEm(Hre. Dans le cours de cette guerre maritime, qui n'eut en vingt-six ans que de courtes intermittences y quand nos escadres décimées dans les mers européennes laissaient sans protecteurs nos possessions coloniales, l'ile de France se défendit vingt ans elle-même » prit l'offensive par ses corsaires et rançonna Topulente compagnie des Indes. On cite encore à Port-Louis les prises de la Bellone^ qui salua souvent les forts en traînant à sa remorque des galions de douze et quinze cents tonneaux. Ailleurs nous étions tributaires du pavillon britannique, à TUe de France c'était lui qui nous payait une dlme de passage dans FOcéan indien. Aussi , molestés dans cette mer, les Anglais eurentils à cœur de dépister nos corsaires de leur foyer. Us arrivèrent devant Port-Louis avec un tel appareil de forces qu'il fallut capituler. La paix de \%ik changea en droit consenti ce droit de conquête.

Je n'étais pas étranger à Port-Louis : j'y avais un ami, un Languedocien fixé dans l'île depuis 1817. Verger, c'était son nom, m'accueillit avec un cri de surprise 9 et courut dans mes bras. Ruiné en France par des spéculations malheureuses , il avait recommencé sa fortune à Port-Louis. Il s'y était installé au quartier du Rempart, dans une maison délicieuse , dont une jolie mulâtresse faisait les honneurs. Il l'avait prise par caprice , il l'avait conservée par amour. Entre eux ce lien avait pris la valeur d'un mariage légal ; les préjuges coloniaux n'admettent rien au delà. Blanche presque autant qu'une Européenne, grande, admirablement faite , elle avait su se créer quelques ressources d'éducation. Elle touchait du piano, dessinait, causait littérature et romans comme une Parisienne.

Je m'installai dans la maison de mon ami ; on me donna un pavillon au fond du jardin, un noir à mes ordres, et une Malabare pour prendre soin de ma garderobe. La maltresse de la maison alla même jusqu'à m' envoyer son palanquin , espèce de litière garnie de coussins où l'on peut s'allonger et dormir au chant des nègres qui la portent. Mais j'étais encore trop Européen pour user de ce dernier raffinement du sybaritisme créole. D'ailleurs , je voulais voir à mon aise, marcher ou stationner à mon gré ; et mes allures d'observateur se seraient peu, accommodées de ce mode nouveau de transport. Dans le mois où nous étions , la chaleur est excessive à l'Ile de France , et il fallut renoncer à mes vêtements de drap. Mon ami se chargea de ma toilette. Vestes, pantalons , gilets de percale blanche, renouvelés deux ou trois fois par jour; large chapeau de feutre gris, cravate flottante , tel était l'uniforme du pays. Je m'y accoutumai sans peine.

Port-Louis se divise en ville proprement dite et en quarlicrs ou camps. Le camp malabare est peuplé d'Indiens ; le camp libre, de mulâtresses. De tous les monuments de la ville, les seuls qu'on puisse remarquer sont la caserne construite par les Français et l'aqueduc qui conduit les eaux , par-dessui> un ravin profond , depuis la grande rivière jusqu'à la ville , ouvrage en pierre et en brique qu'on doit au gouverneur Labourdonnais. .Le château du gouvernement est destiné à s'en aller en pièces par un beau jour de tempête : bâti en fer-à-cheval, formé de charpentes qui chaque jour se disjoignent, humide, incommode, mal meublé,

c'est le plus détestable séjour cpi'oii puisse imposer à un fonctionnaire. Aussi le général ColleviUe » alors administrateur de la colonie au nom des Anglais, demeurait-il de préférence dans sa charmante villa da Réduit, habitation fraîche et ombragée, au milieu des parterres de fleurs , des cascades et des quinconces.

Dans la même journée nous pûmes voir toute la ville. Notre première course fut pour le quartier qu'un incendie dévora en 1816 : c'était le plus beau , le plus riche de Poit-Ix>ais. Les magasins les mieui approvisionnés , les hôtels les plus somptueux et une magnifique bibliothèque publique, tout s*abima en une nuit. Au jour il n'en restait plus que quelques murailles noircies. Malgré le secours des pompes » ralQucnce des colons , le dévouement des noirs , on ne put rien sauver. Une seule maison de commerce perdit 30,000 barriques de vin ; des cargaisons de riz et de sucre, des dépôts de soieries d'Europe et de châles de Vlnde, des masses d'indigo et de thé, se réduisirent en peu de temps à quelques monticules de cendres. Aujourd'hui encore le dommage est à peine réparé , et la rue qui longe le rivage est la seule qui ait repris un air de fête et d'opulence. Ses petites maisons à un seul étage, peintes de différentes couleurs, avec leurs treillis verts et leurs bouquets de bois noir ou de cocotiers, forment encore un des plus jolis alignements qu'on puisse voir. Plus loin , et toujours au bord de l'eau, se groupent des demeures de plus grande apparence, plantées d'avenues et pourvues de jardins. Ce sont, pour la plupart, des lieux de délassement et de retraite , où le négociant vient respirer vers le soir les brises du large et se reposer du tracas des aflaires.

Du quartier brûlé , mon hôte me conduisit au quartier de la Douane , où s'opérait le débarquement des marchandises. C'est une place assez étroite , couverte de quelques baraques de préposés et toujours enveloppée d'un nuage de poussière. Là, deux ou trois cents noirs déchargeaient des accons et des chaloupes. Ces esclaves, presque tous Malgaches ou Mozambiques, portaient sur le dos de larges sillons où les verges de rotin avaient inscrit leur date. Les uns frais et saignants encore, les autres à peine cicatrisés, témoignaient que ces malheureux recevaient des corrections à peu près quotidiennes. Je me vis forcé de subir le spectacle de ce supplice. Un noir, tenté par l'occasion, venait de dérober une poignée de figues sèches dans une caisse entr'ouverte , et trente coups de rotin devaient lui faire expier sa gourmandise. Le patient résigné vint se placer sous les verges du commandeur, espèce de chef sectionnaire , esclave comme ses subordonnés, mais investi de la confiance du maître. Un noir est toujours en costume pour subir le rotin. A part une espèce de bandage qui lui couvre les parties sexuelles, il est complètement nu. Le coupable présenta donc au commandeur ses larges et musculeuses épaules, et l'exécuteur frappa. A chaque coup, c'étaient des contorsions horribles , et vers la fin surtout , quand le rotin frappa sur les chairs vives , le noir poussa des hurlements. J'étais indigné, quand Verger m'entraîna : a Vas-tu faire conune ce philanthrope qui a failli nous révolutionner la colonie? me dit-il. En deux mots, voici toute la question. Sans les noirs, point de colonies;

sans le rotin , point de noirs. Il ne faut pas sortir de là. Ce n'est ni toi ni moi qui résoudrons le problème. A Port-Louis, ce n*est rien; mais tu verras dans les habitations du S. 0. C'est là que les planteurs sont durs. »

Cette thèse philanthropique nous avait conduits loin : nous étions encore sur le même sujet après avoir visité tour à tour les chantiers, l'église, la jolie fontaine du port , quand nous nous trouvâmes devant un café qui fait face à la salle de spectacle, a Entrons, me dit Verger ; aussi bien , il est temps de mettre fin à une discussion trop longue, t Là, nous rencontrâmes une foule de jeunes créoles fumant , jouant au billard; tous d'une grâce et d'une gaieté parfaites, de manières aisées et nonchalantes , d'une mise où le plus grand luie n'était que de la propreté. On rit beaucoup ; on causa de la France et de Paris surtout , ce centre d'activé impulsion, qui va rayonner si loin. J'étais là depuis deux heures à peine que déjà je comptais trente amis à l'ile dé France. L'un voulait m'entraîner à dtner, l'autre au bal ; celui-ci avait un palanquin à la porte pour me conduire à son habitation ; celui-là une yole avec ses rameurs pour une fête en rade ; c'était à en être confus. Enfin mon hête prit un parti décisif : me poussant par les deux épaules, il me jeta hors du café.

La nuit arrivait , et avec elle Port-Louis prenait une autre physionomie. Les nègres travailleurs avaient cessé leur chant monotone ; les uns , accroupis en cercle à l'angle des rues , terminaient leur frugal repas de brèdes , de maïs ou de manioc ; les autres se pressaient à la porte des vendeurs d'arack pour y boire leur petit verre sur le comptoir. L'arack est le rhum des nègres ; on l'obtient aussi de la fermentation de la canne à sucre. Dans un coin du Champ-de-Mars , une bande d'esclaves s'était groupée en rond. Nous nous approchâmes, «t C'est une Chéya^ une danse mozambique, » me dit mon ami. La fête conunença. Élevé sur une espèce de tertre, un vieux Cafre , aux cheveux gris, aux yeux sanguinolents, plaça entre ses jambes une espèce de tambour sur lequel il frappait avec ses poignets. Près de lui, un second musicien mettait en jeu un singulier harmo^ nica , composé d'un simple fil d'archal tendu sur un bâton , et en tirait des sons aigres avec une baguette. Puis, cinq ou six voix entonnèrent un chant africain, doux, traînant, mélancolique. En même temps, un nègre et une négresse s'élancèrent demi-nus. Leurs premières passes furent sans caractère ; ils s'approchaient l'un de l'autre, mollement, avec insouciance, puis s'éloignaient en pirouettant sur eux-mêmes. Mais peu à peu , comme si un magnétisme graduel eût agi sur leurs sens, ces visages ternes et mous devinrent expressifs. C'était d'abord la première phase d'une passion ; la langueur dans les traits , le geste timide et insinuant; puis, quand le charme avait agi, par degrés toute cette pudeur s'en allait ; l'attitude devenait moins décente , les mouvements plus lascifs , les poses plus licencieuses. La musique suivait cette progression. Dans le dernier paroxysme, quand le couple danseur se rapprocha au point que les genoux claquèrent l'un contre l'autre, que les haleines se confondirent, ce fut parmi cette foule d'esclaves une ivresse convulsive , des trépignements , des cris

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et des contorsions. La contagion des postures avait gagné les spectateurs. La place n'était plus tenable : nous partîmes , et , traversant de nouveau la ville, nous la trouvâmes resplendissante de lumières dans ses rues marchandes. Des magasins de soieries et de joaillerie, des cafés, des boutiques de conflseurs, de liquoristes, déployaient leurs brillants étalages le long des rues qui avoisinent le port. C'était mieux que dans nos villes de province, et ce quartier n'eût pas déparé une capitale.

Le lendemain , pour la première fois, j'assistai à un repas servi avec tout le luxe créole. La femme de mon ami y avait mis un amour-propre de mulâtresse. Ce fut une profusion de vaisselle plate et de porcelaine de Chine , un péle-môle de vins exquis , un luxe de nègres et de négresses , attentifs à épargner aux convives jusqu'à la fatigue d'un geste. Tous ces esclaves, hommes et femmes, étaient de Ggure agréable; on eût dit que la maltresse «du logis les avait choisis un à un. Au-dessus de la table dominait une espèce d'éventail fait de feuilles de latanier, et qui , ébranlé d'une manière constante et uniforme , maintenait de la fraîcheur dans Fair et chassait les insectes incommodes. Malgré soi , on se laissait aller à la séduction de cette vie somptueuse et sybarite. A travers les treillages, se tamisait une brise déjà tempérée par des bosquets d'acacias et de palmiers; l'eau, déposée dans des bardaques réfrigérantes, en sortait limpide et fraîche comme de la glace ; enfin , autour d'une table chargée de fleurs et de mets, quelques convives amis du maître de la maison et quelques ravissantes mulâtresses complétaient le gracieux ensemble du tableau. Notre hôtesse avait voulu me faire goûter la cuisine créole. D'abord parut le plat obligé de brèdes, espèce de morelles accommodées avec du petit salé : puis le kary classique des colonies , que nos restaurateurs parisiens ont dénaturé. Le vrai katy^ le riz au, piment, a des abords rudes pour les expérimentateurs. Il vous saisit à la gorge , vous brûle le palais, vous arrache Tépiderme ; mais on s'y habitue ensuite, et l'usage d'un pareil tonique est efQcace sous un ciel où la libre, toujours molle et détendue, a besoin d'un réactif contre la transpiration. Ensuite vint le gros du festin, avec un luxe de service, un abus de sucreries, une prodigalité de dessert dont on ne peut se faire une idée. J'y goûtai les fruits succulents qui abondent à l'tle de France, la mangue , la banane , l'ananas , mêlés aux plus belles variétés de notre Europe. Nous ne quittâmes la table que pour nous rendre au théâtre , où une loge nous attendait.

Construite en bois , la salle de Port-Louis est d'une ordonnance mesquine. La troupe de comédiens français qui l'exploite se partage entre l'Ile de France et rUe Bourbon. Au moment où je débarquai, cette salle était devenue une arène politique , où les colons se repaissaient d'allusions contre la nation anglaise. Toute la jeunesse créole s'y donnait rendei-vous, tantôt pour applaudir avec fureur les scènes où notre orgueil national était caressé , tantôt pour provoquer et insulter les officiers de la garnison. Il en résultait un tapage à ébranler les voûtes , des cris , des tarépignements de pieds, des hourras , des silQets , des

menaces de tout genre. Le rideau tomba sm* ce vacarme , qui ne finit même pas avec la représentation.

J*étais destiné, dans ma courte station à Port-Louis, à passer d*une fête à Fautre. J'assistai d*abord à un banquet de maçons , puis à une réunion chantante , et enfin à un bal au palais du gouvernement , dont lady Colleviile fit les honneurs avec une rare affabilité. i)e vastes salons fourmillaient d'élégantes danseuses , toutes en blanc, satin, mousseline ou gaze, avec des fleurs ou des diamants dans les cheveux. Ces fenimes avaient en général les traits réguliers et expressifs , la taille svelte et gracieuse, le port plein de nonchalance et de majesté. Des fflles de douze à treize ans étaient aussi développées que nos Européennes à dix-huit. Une fois cette première jeunesse passée, Tâge ne glisse pas sur eUes sans laisser de profondes traces. A vingt ans déjà leur teint a perdu ses couleurs ; à trente ans, lenr beauté n*est plus qu*un souvenir. Les hommes ne sont pas à Vabri de cette vieillesse précoce.

Malgré mon désir de prolonger ma halte dans cette ville, il ne me restait que deux jours , deux jours que j*avaisslestinés à une tournée dans les habitations. Outre Port-Louis, Y\h de France, dans sa circonférence de quarante-cinq lieues, compte onze quartiers, les Pamplemousses, la Poudre-d'Or, Flac, la rivière des Remparts , les Trois-Ilots, le Grand-Port, la Savane, le quartier Militaire, Moka, les plaines Wilhems , les plaines Saint-Pierre. Ne pouvant tout voir, je m* attachai aux sites les plus curieux; et mon ami, toute affaire cessante , voulut m'accompagner.

Le lendemain , au point du jour, nous étions en route pour les Pamplemousses. Les Pamplemousses I Que de poésie dans ce mot pour un Européen ! j'y allai plein de mes jeunes souvenirs littéraires, j'y allai comme un croyant à la Mecque, espérant retrouver là tout mon Bernardin de Saint-Pierre , mon Paul et ma Virginie , sur qui j^avais tant pleuré ; reconnaître les torrents qu'ils avaient franchis, embrasser leur bon vieux nègre , causer d'eux avec le pasteur. Mon ami riait , prévoyant le dénouement. Quand les noirs s'arrêtèrent : « Eh bien ! lui dis-je , qu'as-tu donc?— Nous y sommes, répliqua-t-il , je descends. — Nous y sommes ! » A ce mot, toute la fantasmagorie se dissipa. Quelques mauvaises cases à nègi'es, un sol maigre, trois ou quatre bouquets de cocotiers, et au fond une masure. « Voilà réglise des Pamplemousses, ajouta-t-il en me la montrant. — 0 mécompte 1 ceci l'église des Pamplemousses, ceci le temple si-romanesque, si beau, si recueilli, de Bernardin? Et où est l'allée des bambous qui y conduit? où sont les tertres de verdure? et ses eaux? » Je voulais rebrousser chemin; mais il me calma, et m'entratnant par un sentier, il me conduisit au jardin du Gouvernement. J'y pris ma revanche. Dans ce local ont été réunis à grands frais les arbres les plus rares de l'Inde et de toutes les contrées intertropîcales. De longues allées de palmiers le coupent dans tous les sens , des canaux d'eau courante le vivifient. L'Asie, Java, Sumatra, Taïtî, les Canaries, les Açores, l'Amérique, l'Arabie, tout a fourni des représentants à ce congrès de végétaux.

Ha seconde journée, mieux remplie encore et plus fatigante, me conduisit aux plaines de Moka et de Wilbems par la rampe du Pouce. Au lever du soleil nous traversions la pelouse du Champ-de-Mars , et nous saluions au delà d'un petit bois un monument élevé à la mémoire du général Malartic , ancien gouverneur de rUe. Vue de sa base , la montagne du Pouce permet de détailler les divers mornes qui la composent et au centre desquels s*élève le piton d où son nom lui est venu. Mous commençâmes alors à gravir un sentier creusé dans le roc vif; nous reposant de coude en coude pour admirer la scène imposante qui se déroulait devant nous ; les rues de Port-Louis à nos pieds, à droite les Pamplemousses , à gauche la grande rivière, puis ces mille et un détails qui échappent à l'analyse; les mftts qui sortaient de l'eau comme un faisceau de piques ; les hauts palmiers , les calebassiers, qui s'arrondissaient en parasols; et près de nous des ruisseaux qui semblaient pressés d'aller se mêler à ce magnifique paysage. Plus haut, commence un autre genre de beautés : tout le système géographique de Tîle , tous ses mouvements de terrain ; la montagne Longue qui est Taréte la plus haute de ce système au N. N. £. ; le morne de la Découverte, le morne des Deui-Mamelles, Peter-Bot , le Piton , la montagne du Rempart , celle du Corps de Garde et une foule d'autres mamelons qui semblent s'adosser les uns aux autres , offraient matière à de nombreux relèvements. Au-dessus de nos tètes et autour de nous poussaient des forêts d'arbres entrelacés de lianes sarmenteuses qui produisent les effets les plus bizarres. Tantôt élancées de la base du tronc , elles tournent en spirale et figurent d'énormes serpents ; tantôt descendues des branches, elles vont à terre comme des cordages , y prennent racine , puis remontent en siphons et s'arrondissent en arcs de verdure. A ces hauteurs peu battues abonde l'espèce de singes qu'on nomme les singes verts , animaux à la queue traînante , à la grosse tête cherelue. Les uns, assis gravement sur l'aiguille d'un roc, nous regardaient passer à distance ; les autres, se balançant aux tiges des lianes , y exécutaient les plus étonnantes évolutions. A l'aspect de cette bande d'animaux , nos nègres se mirent à échanger avec eux des grimaces horribles.

LesplanteurSy pour qui les singes sont un fléau, leur font une guerre continuelle ; mais ces maraudeurs s'en vengent en dévastant des champs entiers de maïs et de bananes. Quand ils sont surpris , ils ne lâchent pas leur proie : ils fuient en l'emportant sous chaque bras , et les femelles chargent en outre sur leur dos leurs petits, qu'elles n'abandonnent jamais. Dans ces jours d'expédition aventureuse, les singes ne procèdent jamais isolément ; ils vont par bandes et placent des vedettes sur les hauteurs. Ces vedettes épient au loin et signalent le danger par un cri aigu. A cette alerte , toute la troupe se reforme , s'enfuit au cœur du bois, et s'abrite dans des creux impénétrables. Souvent le champ de bataille garde quelque victime , et le plomb des planteurs atteint un individu de la bande ; mais la vie est si dure chez ces animaux , qu'il est rare de les voir tomber sur place. Blessés, ils se blottissent dans un taillis, d'où leurs camarades viennent les retirer quand le chasseur s'est éloigné.

Comme je n'étais pas d'hmnear guerroyante , j'aurais passé sans mot dire à côté de cette troupe de singes/quand Tun d*eui s*ayisa de commencer les hostilités en nous décochant un fragment de roche , et les autres par imitation Grent pleuvoir sur nous une grêle de pierres. Fort de mon droit de légitime défense , j'ajustai alors le plus proche de nos agresseurs , et quelques grains de plomb Tatteignirent sans doute, car il me riposta par la plus épouvantable grimace , se frottant con- 'vulsivement les cuisses , montrant ses dents à nu jusqu'à la racine et les faisant claquer les unes contre les autres. A la détonation , les singes groupés sur les arbres voisins se dressèrent sur leurs deux pieds , croisèrent leurs bras sur la poitrine comme pour se tàter ; puis , après quelques secondes dMnunobilité , prirent leur élan et sautèrent de branche en branche jusqu'à ce qu'ils fussent tout à fait hors de vue.

Bientôt , par le travers d'une clairière qui contournait la montagne , nous aperçûmes dans le lointain les plaines de Wilhems, au bout desquelles, comme un filet d'argent, serpentait la rivière de Moka. Quelques heures de route nous conduisirent à ce magnifique plateau couvert de riches plantations et de fabriques élégantes. Le bambou est très-abondant dans ces parages , et les colons de l'Ile de France varient à Tinfini l'emploi de ce roseau gigantesque, qui monte jusqu'à une hauteur de 60 pieds.

Le bassin de Moka est le quartier de Tlle le mieux abrité contre la violence des vents. Aussi la végétation y est-elle plus belle et la récolte plus sûre que partout ailleurs. C'est dans ce rayon que se trouve la maison de campagne du gouverneur. On y arrive par un pittoresque chemin que traverse la rivière du Mesnil , sur laquelle un pont a été récemment jeté. Non loin de là se trouve la grande ca.scade du Réduit , d'où l'eau se précipite en vaste nappe d'argent d'une hauteur perpendiculaire de 120 pieds. Le paysage qui entoure cette chute d'eau est d*un effet merveilleux. Au milieu des fougères, des nopals et de vigoureux aloès, grandissent des arbres gigantesques , le bois de natte , le vaquois , le tackamaka et le bois de fer. D'espace en espace un barrage de rochers arrête la rivière ; stagnante alors elle forme de larges bassins , jusqu'à ce que, débordant le niveau de Tobstacle, elle reprenne son cours.

La campagne du gouverneur, le Réduit, se trouve placée dans une presqu'île de rocs volcaniques , sur un plateau étroit et élevé , et au confluent de deux torrents qui roulent plutôt qu'ils ne descendent de la montagne. L'aspect sauvage du lieu lui a fait donner le nom de Bout du monde. Sur cette base de lave quelques pieds de terre rougeâtre suffisent pour nourrir la plus belle végétation. La maison de campagne est plus longue que large , à un seul étage , et bâtie en bois comme toutes celles de la colonie. L'ameublement n'est pas somptueux , mais il est commode contre les chaleurs : tiré presque entièrement de la Chine , le bambou en fait tous les frais. Les meubles de l'Europe résisteraient difficilement au venf sec qui règne de mai en septembre , et encore moins à l'humidité chaude, inséparable de la saison des pluies. Au retour, nous passâmes à travers des plantations de

cannes, parsemées de blocs énormes. Toat le sol de Tlle présente les mêmes accidents ; on assure qu*il n'y aurait aucun avantage à le déblayer de ces masses basaltiqnes, qui servent à contenir le terrain et à rompre la forco des ouragans.

Ainsi, tantôt à pied, tantôt sur des montures, nous arrivâmes devant l'habitation de M. L***, riche planteur qui faisait valoir par lui-même sa propriété des plaines de Wilhems. Une belle étendue de terrain » trois cents nègres , et une des meillenres sucreries de Tile , tel était le capital de M. L***^ arrivé à Port-Louis depuis dix années seulement. Il nous reçut à bras ouverts, et fit disposer. pour nons ses deux plus jolis bancalangs (pavillons). A peine rafraîchis, il fallut, nous prêtant à sa petite vanité de propriétaire, visiter tout avec lui , d'abord son logement de maître, le camp des nègres, où ils sont classés sons la verge d un commandeur; ensuite les ateliers de travail, les magasins où s'entassent les récoltes, les cuisines, l'hôpital et la lingerie. La sucrerie, alors en activité de fabrication* nons intéressa longtemps. Des nègres revenaient des champs, chargés d'énormes brassées de cannes, et les déposaient près d'une meule qu'un cours d'eau mettait en mouvement. Le suc exprimé coulait au sein de réservoirs, d'où on le transvasait dans de grandes chaudières , chauffées à grand feu, pour la cuisson. Au bout d*un temps calculé , la clairée se coulait dans de grandes formes , destinées à la cristallisation du sucre, et quand la matière se trouvait coagulée , on la jetait sur une terrasse bien plane , où l'action de l'air et du soleil la blanchissait et lui donnait du grain. Devant la fabrique s'empilaient les bagasses, résidu des cannes qui avaient passé sous la meule. Elles devaient servir à la fabrication du tafia et de Tarack. M. L*** nous expliqua tous ses procédés d'épuration et de cuisson. De la sucrerie , il nous fit passer dans ses champs de maïs et de manioc , et dans ses plants de girofliers et de muscadiers. Pour rentrer à l'habitation, où nous rappelait le repas du soir, il fallut traverser de nouveau le camp des nègres, et nous les vîmes tous accroupis sur le seuil de leurs cases, dévorant leurs rations de manioc. Ces esclaves étaient robustes et dispos; les femmes, à demi nues conune les hommes , avaient des formes plus vigoureuses qu'élégantes. Toute cette population logeait, couchait là, presque pêle-môle. Il y avait bien, entre noirs, des mariages pour la forme , mais dans la nuit il se passait des choses étranges , tantôt en trocs volontaires, tantôt en infidélités sans nombre, d'où résultaient des scènes plutôt comiques que sérieuses. Lès races noires , avec leur sang hrûlé par le soleil , sont en général ardentes et passionnées. Mais, hommes et femmes, l'abus du plaisir les énerve de bonne heure et les destine à une caducité précoce. Il est rare qu'un nègre ou une négresse d'habitation vive au delà de cinquante ans.

Tout me plaisait à l'tle de France, climat, mœurs, habitants, et je n'y avais jusqu'alors trouvé que deux ennemis , les kakerlats et les moustiques. Le kakerlat ou kankrelat ( Blatta americana ) est un insecte vorace et fétide qui multiplie à l'infini, et qui, sans être dangereux, ronge et écorne tout, se glisse dans les balles de jonc , pullule dans les magasins et dans les boiseries des maisons de Tlle de France. Rien n'échappe à sa voracité, meubles, linge « habits, provisions; I. <o

c'est un véritable fléau. Quant aux moustiques , moins hideux et moins dégoûtants, ils sont plus incommodes h cause de leurs cuisantes piqûres. Les nouveaux débarqués sont l'objet des préférences de ces moucherons ; Os bourdonnent autour d'eux, les harcèlent, les piquent, et il en résulte souvent des plaies à la figure et aux mains. Leur poursuite est si incessante et si acharnée , que la nuit tout sommeil serait impossible si de vastes rideaux de mousseline n'entouraient pas les lits ; encore a-t-on de la peine à se faire à un bourdonnement sourd qui gronde comme une menace continuelle aux oreilles de l'Européen. Les créoles sont moins sensibles aux attaques des moustiques.

A mon arrivée j'avais communiqué mon itinéraire à mon ami ; je voulais aller à Madagascar par Bourbon. « C'est bien, m'avait-il répondu; ne Tinquiëte de rien; c'est mon aflaire. » Et depuis, je n'avais plus souflDé mot. Cependant, à notre retour de l'habitation de M. L***, je rompis le silence, a Viens avec moi , me dit mon hôte ; d et il me conduisit au café. Un jeune homme s'y trouvait, d'agréaUe et noble figure , portant dans ses traits une expression indéfinissable d'énergie et de douceur. Son teint était pâle , un peu hâlé seulement , ses cheveux noirs et lisses, ses yeux bleus. Je ne sais pourquoi , mais cette physionomie, au premier abord, m'inspira plus de répugnance que de sympathie, a Capitaine George, lui dit-U, voici votre passager pour Tamatave.— C'est bien , répliqua le jeune homme en attachant sur moi son regard fixe ; demain matin , à quatre heures , le Soleil dérape. — Nous serons prêts , capitaine. » Et , après cette courte entrevue , Verger m'entraîna, a Viens, me dit-il , nous n'avons pas de temps à perdre ; tes emplettes à faire , tes bagages à mettre en ordre d'ici à demain. Viens. ^ Quel est donc ce capitaine George? lui dis-je. — Un excellent marin, un fameux caboteur. — Et quel commerce fait-il? — Ahl quel commerce? Pardieul tous les commerces : commerce de bétes à laine, commerce de bétes à cornes. » Je me tus, mais tout cela me semblait louche. La figure toute fantastique du capitaine George cadrait mal avec un chargement de bœufs. Je suivis Verger machinalement.

Cette fois il me fit passer en revue les vastes magasins de l'Entrepôt, où s'empflaient les cargaisons de l'Europe et de l'Inde. On y voyait des barriques de vin par trente et quarante mille ; des pyramides de soieries, des montagnes d'indigo, de thé, de nankin. Ici on roulait des tonneaux ; là on pesait des caisses ; ailleurs on réglait des factures soit avec des piastres fortes , soit avec le papier-monnaie qui a cours dans la colonie.

a Voilà un commerce florissant , dis-je à Verger. — Moins qu'on le croirait , mon cher. Il y a des haillons sous ces paillettes d*or. Port-Louis est exploité, vois-tu, par une race de brocanteurs qu'on a surnommés baniants, dépisteurs de petites afiaires , fraudeurs de marchandises , détrousseurs des nouveaux débarqués qui ne savent pas se défendre. A l'arrivée d'un navire la grande comédie se joue. De ce qu'il porte , nul ne veut; tous demandent à grands cris ce qu'il ne porte pas. En fait de commerce , mon ami , il n'y a ici que du tripotage. Dans les premières années de la paix , l'Ile de France fut Xel-Dorado des diercheurs de

fortune ; on y afflua des quatre points cardinaux ; on y Tint avec des pacotilles de toutes les sortes ; pacotilles de marchandises et pacotilles d'hommes. Dans les premières années, comme il y avait pénurie de tout, les chances furent belles; mais peu à peu on regorgea de monde et de denrées. Il y eut plus de spéculateurs que d'affaires , et la réaction arriva. Le sucre était, de tous les produits de llle, le plus demandé et le plus lucratif; on rasa les cafiers pour planter des cannes. Alors et peu à peu le sucre baissa jusqu'à ne pas produire les frais de manutention, et il fallut se retourner vers d'autres cultures. A Port-Louis, un autre vertige s'emparait des esprits. Avec les premiers bénéfices était venu le goût du luxe; au lieu des anciennes habitations, simples mais commodes, on bâtit des palais ; au lieu de modestes palanquins , on voulut des voitures et des chevaux de hiie. Les bals, les soirées, les thés somptueux, prirent le dessus sur les habitudes bourgeoises des créoles. On faisait assaut de fêtes et de festins , car l'usage était alors de mesurer le crédit et la fortune d'un homme sur le train de sa maison. Que résulta-t-il de tant de folies? des faillites, des pertes irréparables pour les négociants honnêtes, des prétextes de bilan pour les fripons. Depuis cette débâcle, la colonie a eu de la peine à relever son crédit au dehors. Les armateurs étrangers y ont été victimes de toutes les façons , par la baisse des prix , par les banqueroutes , par l'exagération des denrées et de la main-d'œuvre. Un séjour de trois mois à Port-Louis pour un navire, c'est une ruine. 11 n*y a pas de bénéfice d'armement qui y résiste , pas de prix de nolis qui le compense. Ce qui est pis encore, c'est que notre conunerce n'a pas de caractère précis : il est français par les sympathies et les souvenirs ; anglais par la force et par les convenances. Nos créoles demandent, des articles parisiens , et l'exagération des tarifs nous empêche de les fournir. II faut tromper, maquignonner, ou se ruiner.

a Quelque jour pourtant nos affaires reprendront une allure plus déterminée : la situation de l'Ile de France , son admirable port , son sol fertile , l'emporteront sur les sottises des hommes. La nature a tout fait pour nous ; il s'agit seulement de ne pas gaspiller ses œuvres. Id peuvent aboutir les jonques chinoises, les bateaux pontés de Manille , les ships de la compagnie des Indes , les caïques de l'Arabie , qui viendraient échanger les denrées asiatiques contre les chargements européens. Qu'on fasse de l'Ile de France un port franc, un bazar neutre, et réquilibre est rétabli , et l'âge d'or commercial naîtra sur un petit point de l'Océan indien. »

J'avais laissé parler Verger; et peu à peu cet homme, se sentant sur son terrain, 8*était échauffé, s*était grandi jusqu'à l'enthousiasme. Rentré dans mon pavillon , je mis en note cet entretien. Pauvre Verger 1 de longtemps encore il ne verra réaliser son utopie de port franc I C'est trop beau pour que la diplomatie s'y prête. Le soir il fallut dire adieu à cet excellent ami, qui encombra mon portefeuille de lettres de recommandation ; embrasser mon aimable hôtesse , qui avait presque les larmes aux yeux , et employer la nuit h quelques apprêts de voyage. A trois heures du matin j'étais à bord.

Le plus profond silence y régnait. Un mousse et un matelot bissèrent mes malles, et me firent descendre dans la chambre , où je m*endormis sur un canapé de bambou. li était neuf beures quand je me réveillai , et, au frémissement du navire , Je reconnus que nous étions à la voile. Des armes de toute espèce garnissaient la petite chambre où je me trouvais alors ; cet appareil , un peu martial pour un transport de bœufs, réveilla toutes mes défiances. Monté sur le pont, elles redoublèrent : mon caboteur était une goélette svelte et haut matée / chargée de toile , et filant sur Feau comme un corsaire : quarante gaillards , à mine rébarbative , encombraient son plancher, et à cheval sur le couronnement , le capitaine George , le cigare à la bouche et le chapeau de paille rabattu sur les yeux , avait Tair d'épier le moment de se mettre en colère. « Diable de Verger! » me disais-je, quand le jeune homme vint vers moi, et avec le plus gracieux sourire : « Monsieur, vous êtes chez vous ici : commandez les pilotins , les mousses , le cuisinier, tout est à vos ordres. Excusez-moi seulement si je vous laisse seul; les soins de la manœuvre... » C'était une excuse : le navire était orienté , la brise était faite , il n*y avait plus qu*à laisser courir ; mais je compris que cet homme craignait mes questions, et je me résignai, a Diantre! ajoutai-je pour me rassurer, Verger ne m'aurait pas envoyé dans un coupe-gorge ! » Pendant ces petits incidents , nous gagnions du chemin ; i'ile de France s'abaissait derrière nous , et les hauts volcans de fiourbon grandissaient à vue d'œil. A sept heures du soir, nous laissions tomber Tancre dans la rade de Saint-Denis. Tout le long de la cdte de Sainte-Susanne, nous avions vu se dérouler devant nous des bosquets de girofliers, des bois de cafiers, des champs de cannes à sucre, et, sur la plage, nous pouvions môme compter les noirs qui regagnaient leurs cases après le travail du jour.

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