CHAPITRE XL
iOAR.
Le k février, le Soleil atterrit sur Foulepointe. A peine ancré, le capitaine George sauta dans le canot et vogua vers la Pointe-aux-Bœufs. La plage qui s'étendait devant nous avec des sables noirs et d'une teinte presque métallique , allait aboutir
à un village' de quatre à chiq cents maisons d*un aspect agréable. Sur la droite s'élevait une petite batterie, et sur la gauche un bras de mer assez étroit en arrière du fort principal. Les pièces de cet ouvrage, dirigées sur la rade, pouvaient au besoin être tournées contre le village. Plus loin était le fort, défendu par une triple enceinte de bois, et portant dans ses embrasures des pièces de canon on plutôt des pierriers , dont le calibre était d'environ une livre.
Le capitaine ne resta qu'une heure à terre ; à peine eut-il touché de nouveau le bord , qu'il commanda Tappareillage. Quand le Soleil fut orienté , il me rejoignit, a Les Français ont échoué devant cette bicoque, me dit-il. Trois frégates n'en sont pas venues à bout ; avec ma goélette je Taurais prise, o II me raconta d'une manière sommaire la campagne de la Terpsichore , de la Nièvre et de la Chevrette^ sur laquelle je devais avoir ensuite plus de détails. Pendant son récit, nous gagnions du chemin ; nous reconnaissions Ftle aux Prunes avant de jeter f ancre devant Tamatave. Ce village offrait alors un aspect inouï de dévastation. Le fort qui le domine était labouré dans tous les sens comme un ouvrage qu'on aurait longtemps battu en brèche. C'était un stigmate de la guerre toute récente des Français contre les Hovas. Le 18 octobre , Tamatave avait été occupé de vive force par la division navale , et l'incendie du magasin à poudre avait fait sauter ses retranchements.
La yole du capitaine George me conduisit sur le rivage , où nous nous dimes adieu. II devait repartir le même soir. Il me mit entre les mains d'un certain M. Bellemine , mulâtre de l'île de France et grand agent commercial des caboteurs de Port-Louis. Cet homme n'avait échangé que quelques mots avec le capitaine; mais je compris qu'ils étaient décisifs. Quand George eut repris le large, nous marchâmes vers* sa maison , où nous arrivâmes , escortés de quelques naturels , les uns nègres , les autres olivâtres , un petit nombre presque blancs. La Ggure des nègres a tous les caractères du type africain ; les yeux veinés de sang, les lèvres larges et bouffies, le nez épaté, les pommettes saillantes, les cheveux courts et crépus, mais séparés en six tresses qui tombent du front jusqu'à la nuque. En passant devant le camp arabe, nous vîmes plusieurs familles de Séclaves, indigènes de descendance asiatique, fixés à Madagascar de temps immémorial et principalement adonnés au commerce. Les hommes sont vêtus à peu près comme les nègres : ils ont pour vêtement un sadik ou pièce de toile blanche, destinée à couvrir la partie inférieure du corps et qu'ils fixent autour des cuisses de manière à figurer une sorte de pantalon ; puis un seimboue , autre pièce de toile bleue avec laquelle ils se drapent presque à la romaine; leur teint est seulement cuivré , leurs traits ont la finesse et la régularité arabe ; leurs che- ' veux sont lisses et longs. Les femmes les arrangent à l'orientale par de longues nattes qui pendent sur leurs reins.
J'eus bientôt vu le pays , et je consultai mon bête pour savoir comment je pourrais continuer ma route vers l'Inde. Une occasion pour l'Inde , c'était presque un événement à Tamatave , et M. Bellemine me conseilla d'aller à Sainte-Marie où la
chance me serait meilleure. Un bateau caboteur partait le lendemain matin pour la Pointe-Larrée ; j*y pris passage. Débarqué sur ce point où gouvernait Corollaire, ^nce des Bétanimènes, mulâtre né d une Malgache et d*un officier supérieur de Fartillerie française, Tagent créole ne me conseilla pas d'y résider longtemps, à cause des hostilités toujours pendantes entre les troupes françaises et Kanavala , reine des Hovas. Profitant d'un armistice qui durait encore , j'entrepris de me rendre par terre à Tintingue où nous avions récemment formé un établissement militaire. Deux guides noirs de con6ance m'accompagnèrent dans cette route coupée de larges rivières et de marais profonds dans lesquels nous avions de Feau jusqu'à la ceinture. De distance en distance se montraient quelques oasis de terre ferme , couvertes d'arbres et de bruyères , où foisonnait le gibier. On y voyait par milliers les pintades, les tourterelles , les cailles, les merles, les pigeons verts et bleus. Vers le milieu du jour, mes deux guides marquèrent la halte sous un bouquet de palmiers où quelques provisions et quelques fruits cueillis sur les arbres nous composèrent un repas frugal. Réduit à Teau pour toute boisson, j'allais en puiser dans le marais voisin , quand un de mes nègres m'arrêta. Puis il chercha autour de nous, examinant les arbres des environs. Quelques minutes après, il me fit signe d'accourir; il avait trouvé un ravenila, qu'on a surnommé l'arbre du VOYAGEUR ; il en prit une feuille, à laquelle il donna la forme d'une coupe, puis, au moyen d'une entaille profonde, il fit jaillir du tronc une eau limpide et fraîche, que je savourai avec une espèce de sensualité. La source était si abondante que mes deux noirs en burent chacun à leur tour sans l'épuiser.
Quelques milles plus loin , nous entrâmes dans une forêt prodigieuse, où des arbres gigantesques élançaient dans l'air un dôme de verdure , tandis qu'au-dessous les groupes de cocotiers formaient une seconde voûte toute festonnée de lianes qui jetaient d'une branche à l'autre leurs guirlandes de feuilles et de fleurs. Dans l'épaisseur de ce bois, nous eûmes une vive alerte. Un parti d'Hovas le traversait. L'officier qui était à sa tête avait un uniforme rouge et des épaulettes écaillées à la façon anglaise. Il baragouinait quelques mots de français, et, autant que je pus le comprendre, il me conseilla d'accélérer mon voyage, parce que l'armistice allait expirer. Quelques heures après , je traversais la rivière de Fandarase , et je prenais asile dans notre établissement militaire de Tintingue. C'était une langue de terre qui s'avançait dans la mer, et que défendait un ouvrage palissade de bastions, soutenu par un clayonnage en gazon et en branches d'arbres. Cinq bastions flanquaient la redoute principale ; des fossés entouraient le rempart ; un pont-levis assurait les communications avec l'intérieur ; des chevaux de frise, très-forts et très-acérés, défendaient l'approche des murs. L'espace renfermé entre la mer et le retranchement était couvert de cases où logeait une garnison française de 400 hommes environ.
Dans son enceinte toute militaire, Tintingue ne pouvait m'ofirir qu'une courte hospitalité. Le lendemain , je m'embarquai pour Sainte-Marie sur un aviso de guerre, et le jour même nous jetâmes l'ancre sous l'Ilot fortifié qui commande la
baie. C'est à Sainte-Marie , chef-lieu actuel des établissements français à Madagascar, que je résumai mes impressions sur cette lie, en les complétant de toutes les notions historiques recueillies sur les lieux , et surtout des précieux travaux de M. Ackerman , chirurgien en chef de notre marine miUtaire dans ces possessions. Je voulus d*abord visiter moi-même les deux établissements agricoles fondés par MM. Albran et Carayon, i*un sur Textrémité sud de Tlle à Ancarenne, planté de cafiers et de girofliers; l'autre à Tsaraac, dans le nord de Ttle, plus spécialement destiné à la culture de la canne à sucre, vaste habitation, avec de belles câses et des magasins, avec des canaux et un moulin en activité sur le cours d'une rivière. Ces deux essais pouvaient donner la mesure du parti que la France tirerait de Madagascar, si elle procédait à sa colonisation avec un plan suivi et des moyens sufGsants de réalisation. Voici bientôt deux siècles que tour à tour nous faisons valoir ou nous dédaignons nos droits sur quelques points de cette île, que nous y fondons à grands frais des échelles de commerce et de navigation pour les abandonner ensuite. 11 serait temps que Texpérience du passé profitât aux tentatives futures ; et le récit de tant d*avortements ne restera pas inutile , s'il détermine dans l'avenir quelque résultat plus durable et plus fructueux.
Ce fut en 1642, c'est-à-dire cent trente-six ans après sa découverte par le Portugais Lorenzo Almeïda , que Madagascar fut occupée par le sieur de Pronis , agent de la Compagnie française des Indes, en vertu d'une concession obtenue de Louis XIIK Toutefois, avant que la navigation par le cap de Bonne-Espérance eût révélé aux Européens modernes l'existence de cette ile, les anciens l'avaient connue et fréquentée. Nul doute aussi que depuis ces temps où les données géographiques étaient si incertaines , les Arabes aient visité Madagascar avant et après Mahomet. La race des Séclaves, qui peuple le nord de l'île, est évidemment d'origine arabique , et toutes les tribus blanches doivent y être venues du continent d'Asie. L'histoire des Kalyfes, successeurs du Prophète, parle d'ailleurs d'une guerre de quatorze ans soutenue , vers 880 de notre ère , contre les peuplades du Zanguebar, débarquées par milliers dans l'Irak et TYémen. Or, le Zanguebar fait face à Madagascar ; et, pour que des tribus africaines vinssent d'aussi loin attaquer les peuples de l'islamisme , il fallait que des relations eussent amené et motivé cette lutte opiniâtre.
Quoi qu'il en soit , quand de Pronis , après avoir exploré toute la côte , débarqua près de Manghéfia, ou port de Sainte-Luce, le terroir de Madagascar se fractionnait en provinces indépendantes les unes des autres, peuplées de tribus distinctes , et obéissant à des chefs divers. Manghéfia , où ce premier établissement fut tenté , ofirait quelques convenances : un port abrité des vents du large par la petite lie de Sainte-Luce ; un ruisseau qui coulait entre des prairies et des rizières; enfin le voisinage de hautes forêts pleines de bois de construction. Mais un grave inconvénient annula bientôt ces avantages. La fièvre décima les rangs des colonisateurs , et chaque renfort d'hommes qui arrivait de France ofirait un nouvel aliment au fléau. Ce fut alors qu'on songea à transporter le local français sur
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k péninsule de Tholaogar, âtuée par S^" 6' S. Là fut fondé le fort Dauphin : sur ou plateau qui dominait la rade, on construisit un fort en parallélogramme ; puis on chercha à uouer quelques relations avec les naturels du pays. Le roi de la contrée , Dian-Ramasch, se prêta à la colonisation nouvelle; mais bientôt les violences des Européens indisposèrent les Malgaches et nous créèrent des obstacles pour ravenir. De Pronis, comme les autres, s'occupa plutôt des moyens de réaliser une rapide fortune , que d'assurer à rétablissement des chances prospères et dm^ables.
Ce fut alors , yers 1648, que la Compagnie française des Indes envoya Flacourt à Madagascar. Cet homme courageux , mais inflexible , hautain et parfois cruel avec ses allures dévotes, gâta plutôt qu*il n'améliora les affaires. Les questions de forme étaient tout pour lui. Un ecclésiastique, l'abbé Nacquart, qui l'avait accompagné , ne voulait pas non plus que sa campagne fût infructueuse pour la grande question de prosélytisme , et il en résulta souvent quelques actes de barbare et maladroite politique. Dans l'ouvrage qu'il publia, à son retour en France, sur ses huit années d'administration coloniale, livre précieux même de nos jours et plein de faits que les notions modernes n'ont pas détruits , Flacourt a minutieusement relaté les succès d'étiquette , les triomphes de déférence , les victoires de religion qu'il remporta sur les Malgaches. Cependant il faut rendre cette justice & Flacourt , qu'il fut le premier à recueillir sur Madagascar quelques renseignements positifs. Il en nonuna les peuplades, et décrivit leurs mœurs.
Après lui , la Compagnie française des Indes envoya un troisième convoi sous les ordres de Chamargou. Comme Flacourt, le nouveau chef avait aussi son escouade de missionnaires , et dans le nombre un certain père Etienne , prêtre d'un fanatisme intolérant et farouche. Pour neutraliser la démence furibonde de ces apôtres, Chamargou n'avait ni la capacité ni la vigueur nécessaires. Opiniâtre et insoient vis-à-vis de^s subalternes et des naturels, il ployait devant la volonté des Pères de la mission. Aussi des malheurs sans nombre vinrent-ils fondre à la fois sur une colonie ainsi gouvernée. Dès le début, Chamargou avait cru devoir détacher en reconnaissance dans le pays des Matatanes, un simple soldat , Levacher, de La Rochelle, plus connu sous le nom de Lacase. Cet honune, ouvert et intelligent, devint bientôt l'ami des naturels ; il se mêla de leur politique, les aida dans quelques guerres, et reçut le surnom victorieux de Dian-Poussi. ïa première pensée de Lacase fut dutiliser cette influence acquise en faveur de ses compatriotes; mais soit que la conscient de ses services l'eût rendu moins souple vis-à-vis de ses chefs, soit que Chamargou ne fût pas inaccessible à un sentiment de jalousie envers le simple soldat, toujours est-il que Lacase ne trouva plus dès lors qu'injustice et ingratitude au fort Dauphin. Dégoûté , il déserta et passa chez les Malgaches avec cinq de ses camarades. Dian-Rasitate , souverain d'Amboule, l'accueillit et lui donna sa fille Dian-Nongue. A la mort du père, la femme de Lacase régna sur ses domaines : Lacase fut donc presque souverain malgache.
Pendant ce temps , le chef du fort Dauphin expiait cruellement son injustice :
la famine et la maladie avaient réduit sa garnison à 80 hommes. Les choses allaient au plus mal quand ie commandant Kercadio parut sur la rade ; il fit ployer Torgueil intraitable de Cbamargou , et détermina un rapprochement entre lui et Lacase. Mais bientôt Tintolérance des missionnaires attira d^autres périls sur la colonie. Le père Etienne avait obtenu une cinquantaine de soldats pour convertir ou soumettre la contrée ; les peuplades inofiensives des environs se soumirent à la bande du prêtre sans songer à la résistance, mais chez les Matatanes il trouva un corps d'indigènes qui le massacra lui et sa troupe. Cette vengeance fut le signal d'une guerre générale dans laquelle Chamargou et Lacase périrent. Depuis lors quatre-vingt-dii ans s'écoulèrent sans qu'il fût question de Madagascar.
En 1768 , sous le ministère du duc de Prasiin , un nouvel essai de colonisation fut tenté : M. Démoda ve partit pour aller prendre possession du fort Dauphin an nom du roi de France. Ses instructions traçaient une marche plus pacifique que guerrière. Il fallait se concilier les peuplades malgaches, non les violenter. Cette fois on avait embarqué des agriculteurs au lieu de missionnaires; et sans doute cette tentative eût rencontré de plus beaux résultats , si on lui avait affecté plus de fonds 9 en la combinant sur une haute échelle. A la même époque, d'ailleurs, l'aventurier Beniowski vint se jeter à la traverse des projets de Demodave. Échappé courageusement des steppes de la Sibérie , ce Polonais était venu chercher fortune sur cette côte lointaine. Son caractère hardi, ses plans merveilleux séduisirent les ministres français. Deux millions furent gaspillés par lui dans l'établissement de la baie d'Antongil , tandis qu'on avait mis soixante et quelques mille francs seulement a la disposition de M. Demodave. Plus tard, des rapports ayant dessillé les yeux du gouvernement, Beniowski fut obligé de quitter Pile : il alla aux États-Unis, y fit d'autres dupes, détermina une expédition contre Madagascar, et s'établit de nouveau à Antongil , jusqu'à ce que fatigué de sa turbulence, le conunandant Souillac envoya contre lui un petit corps français en 1T76. A la première rencontre, une balle tua Taventurier.
Pendant qu'au sud un poste militaire et commercial se reformait au nom du roi de France, le hasard déterminait un autre établissement européen à Sainte- Marie , petite île attenant à la côte orientale de Madagascar, et que les naturels appellent Nossi-Ibrahim : elle est habitée par une race plutôt arabe que nègre. Les baies de cette île servaient , depuis un demi-siècle , de repaire aux pirates de l'Océan indien ; ils s'y étaient naturalisés , y avaient contracté des alliances parmi les insulaires, et, grâce à eux, la trsifte des hommes, inconnue jusqu'alors dans ces contrées, y était devenue commune et lucrative. La prospérité toujours croissante de Sainte-Marie engagea enfin la Compagnie française des Indes à y diriger une expédition. Quoique l'Ile fût regardée comme le cimetière des Européens, une foule d'émigrants partirent sous la conduite d'un nommé Gosse; mais, par suite de quelques mesures maladroites, au bout de la même année, toute la colonie périssait victime d'une insurrection des naturels. De sanglantes représailles vengèrent les Français, et l'établissement se réorga-
Disa sons Finfluence d*an simple soldat de la Compagnie des Indes » Labigorne , qui avait épousé Bétie , fille d'un roi de Nossi-lbrahim et sœur de Jean Harre , soayerain de Foulepoînte. Cet homme, devenu ainsi intermédiaire entre ces insulaires et les Français, fut d*une utilité décisive à ia colonie renaissante. Des relations commerciales s*établirent avec le littoral du nord et du nord-est, et cette direction nouvelle porta un dernier coup à la colonie déjà si précaire du fort Dauphin.
De cette époque à la paix de 181&, le seul événement décisif qui se passa dans ces contrées, fut Tintervention d'une escadre française, sous les ordres de M. Hamelin, dans un débat entre le souverain de Foulepointe et celui de Tamatave. Alliés de ce dernier , nos vaisseaux s*embossèrent devant Foulepointe , et , après une vive et courte canonnade, emportèrent le village et le fort au moyen de quelques troupes de débarquement. Le résultat de cette guerre ne profita qu'eaux intermédiaires : Foulepointe et Tamatave reçurent garnison française. Cette période fut toute prospère. L'abondance régnait sur les points occupés ; les objets d'échange y affluaient, la gomme copal, le riz et les nègres. Les plus beaux parmi ces derniers se tiraient d'une province intérieure, séjour de ces Hovas qui allaient plus tard devenir les maîtres de la Grande-Terre. Leur souverain Dian-Ampointe méditait alors une conquête dont il légua l'accomplissement à son petit-fils Radama.
Le traité de 1815, ne stipulant rien pour Madagascar, impliquait la reconnaissance de nos comptoirs sur cette île. Seulement les Anglais essayèrent alors de se créer quelques postes qui pussent balancer les nôtres ; ils colonisèrent le port de Louqez , essai malheureux qui n'aboutit qu'au massacre des hommes débarqués. Battus sur ce point , les agents britanniques se rabattirent sur un autre. Déjà , vers ce temps, Radama, souverain des Hovas, révélait ses pensées d'agrandissement. On ne saurait préciser par quels moyens , par quels émissaires, l'amirauté de Londres parvint à fonder sa prépondérance à la cour du souverain malgache ; mais quand on vit plus tard ce conquérant marcher vers la soumission des peuplades du littoral , avec une armée travestie à l'anglaise , maniant le fusil à l'anglaise, avec des officiers aux uniformes rouges, on put deviner quelle politique avait passé par là, et reconnaître au besoin la main de M. Farquhar , gouverneur de Tile de France.
Cette révolution , qui s*opérait sous les yeux de notre marine et de nos garnisons , nous trouva impassibles et neutres. Dans la tendance qu'elle prenait , nous avions beaucoup à y perdre. Nous y assistâmes cependant l'arme au bras. Radama, dans l'espace des cinq années qui suivirent, écrasa tour à tour les chefs des Bombetocs^ des Séclaves, des Antavares, des petimsaras, des Bétanimènes, et une foule d'autres plus obscurs et moins redoutés. Le chef hova vint toucher aux portes de nos établissements, et nous n'eûmes pas seulement la pensée de rallier à la cause française cet homme qui se serait donné à nous si volontiers. Pour tout esprit observateur ^ c'était visiblement une transformation complète de cette I. ht
tie immense. Radama réalisait à Madagascar ce que Mohammed-AIy avait réalisé en Egypte. Il préludait à la civilisation par la conquête : la domination militaire devait le conduire à Tunité politique. Son armée était forte déjà, compacte, disciplinée à Teuropéenne ; les chefs étaient montés sur des chevaux venus du dehors, les soldats pourvus de fusils et de cartouches. Rien ne pouvait plus lui opposer de sérieux obstacles* Aussi le royaume des Hovas se développa-t-il bientôt dans tous les sens; Fintérieur de File, du 15' au 18' parallèle , releva du jeune conquérant; la capitale du nouveau royaume , Tananarive ou Émirae , devint une ville puissante, et, dès ce moment, on put prévoir que les fertiles provinces des côtes orientales ne resteraient pas à Tabri de ce vaste empiétement militaire.
En 1819 pourtant , le gouvernement français se prit à tourner de nouveau les yeux vers Madagascar. Une poignée de soldats et quelques spéculateurs parurent au fort Dauphin et à Sainte-Marie. Le premier de ces deux postes reçut une garnison que les naturels saluèrent avec joie. Sur le second s*établirent le commandant Carayon avec un petit nombre d^hommes pour la garde du drapeau, et M. Albran, jeune Marseillais, aux idées grandes et hardies, qui avait conçu le plan de créations agricoles, et qui, sans une mort précoce, les eût certainement réalisées. Dans le même temps , nos anciens comptoirs de la Grande-Terre étaient explorés par un officier de la marine française, M. Sylvain Roux, chargé de réveiller en notre faveur les anciennes sympathies des peuplades. Ce fut lui qui détermina l'embarquement à bord du Golo des jeunes princes malgaches , Berora, petit-fils de Jean-René, souverain de Tamatave et de Foulepointe, et Mandi- Tsara, petit-fils du célèbre Tsi-Fanin, possesseur deTintingue. Ces deux insulaires étaient mis par leurs parents sous la tutelle de M. Sylvain Roux , qui devait confier leur éducation aux collèges de notre capitale. A Paris , les services de cet officier furent appréciés et récompensés peut-être au delà de leur valeur. Avec le grade de capitaine de vaisseau, on lui donna le titre de commandant des établissements français à Madagascar. La corvette de charge la normande fut mise à sa disposition avec 100,000 francs de premiers fonds. Deux cents ouvriers de divers états s'embarquèrent avec lui pour aider à la colonisation nouvelle.
Cette expédition eut encore la plus malheureuse issue. Après une longue navigation, la Normande mouilla dans la baie de Sainte-Marie, où Ton persistait à vouloir fonder un chef-lieu. Dans le cours des premiers travaux de défrichement» la fièvre enleva trois cents hommes , et le reste , voué à une existence maladive , fut attaqué de nostalgie et de découragement.
Voilà ou nous en étions en 1822, quand les Hovas s*ébranlèrent pour combattre les Betimsaras et les Bétanimènes. Radama parut à Foulepointe , et s'établit sur la pierre même qui constatait la souveraineté de la France; il occupa ensuite Pointe-Larrée , s'empara de Tintingue, soumit tous les chefs nos alliés, pilla les convois destinés à la garnison de Sainte-Marie, sans que de tant d'actes, évidemment hostiles, il résultât autre chose que d'impuissantes et timides protestations. Loin d'en tenir comp'e, le souverain malgache prit l'initiative d'une rupture eq
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8'emparant du fort Dauphin , dont le pavillon fut outrageusement abattu ; et quand nous eùoies été chassés ainsi de toute la Grande-Terre, il médita même sur Saîute-Marie un projet de descente qui échoua seulement faute de transports. Ces affronts si directs trouvèrent notre gouvernement insensible. Vainement une insurrection des peuplades littorales sembla-t-elie « vers le milieu de 1825, tendre la main à une intervention française. Au lieu de venir en aide aux chefs scissionnaires, dont qaelquesmns avaient arboré nos couleurs, au brave Tsi-Fanin, souverain de Tintingue , qui mourut criblé de coups de lance , aux Séclaves , aux Betimsaras , aux Bétanimënes , on les laissa exterminer un À un par les Hovas ; on donna le temps à Radama de se consolider par de nouvelles victoires. En France et à Bourbon , on paraissait slnquiéter peu de Madagascar; et les colons de Sainte- Marie , réduits à leurs seules forces , isolés de la Grande-Terre , avaient peine à se maintenir eux-mêmes. La mort ne laissait pas de trêve à cette population européenne ; elle frappait les chefs conmie les soldats.
Pendant ce temps , Radama, de retour à Tananarive, gagnait à lui « par la clémence et par les faveurs « ceux que ses armes n'avaient fait que soumettre. Le Séclave Rafarla fut du nombre. Ce guerrier, dans la lutte récente , avait tenu tête aux troupes du souverain hova tant que ses munitions avaient duré; puis, ne trouvant plus ni fer ni plomb sous sa main , il lui avait envoyé l'argent de ses piastres fondues , et , cette dernière ressource épuisée , il s*était jeté au fort des bataillons ennemis, sabrant tout devant lui, jusqu*à ce que la fatigue Teût fait tomber mourant sur un monceau de cadavres. Conduit vers Radama : « Tu ne trouveras rien ici, lui dit-il, je t*ai envoyé jusqu'à mon argent. » Radama sut apprécier ce noble caractère. Rafarla devint son beau-frère, son ami, et l'un de ses principaux officiers.
Mais la cour de Tananarive fut témoin , à cette époque , d'une fortune bien plus rapide et bien plus singulière. L'étoile de la France voulait qu'à l'heure même ou nous semblions déserter notre propre cause , un incident fortuit nous conservât auprès du souverain malgache quelques ressources d'influence privée. C'était à une époque où Faction anglaise prévalait dans les conseils de Radama. Les ministres protestants, Jones et Griffiths, établis dans sa capitale, dirigeaient le mouvement civilisateur dans tout le pays ; ils y prêchaient une espèce de cours d'histoire à l'usage du prince et des grands , où notre nation était sacrifiée à la nation britannique. Eh bien! malgré notre impolitique éloignement, quand il fut question de nommer un chef supérieur à tous les autres , un maréchal du nouveau royaume , ce fut un Français que Radama choisit, un nommé Robm , ancien sous-officier. L'histoire de cet honune mérite d'être racontée.
Maréchal des logis dans l'armée du Nord en 1813, Robin passa en 1814 comme sergent dans les bataillons coloniaux et s'embarqua pour Rourbon. Là , incarcéré pour quelques actes d'insubordination justiciables d*un code rigoureux , il ne put supporter la pensée d'une peine dégradante , combina des moyens d'évasion , gagna nie de France, puis Madagascar en 1819. Avec l'autorisation de Radama, de
Tamataye il vint à Tananarive , où quelques ressources d'éducation le rendirent utile aux habitants. II donna des leçons de lecture , d*écriture et de calcul. L*un des naturels le prit en afTection. C'était un Malgache , qui , enrichi par le cabotage entre Madagascar et Maurice , avait épousé , dans cette dernière colonie, une Malabre avec laquelle il vivait alors retiré à Tananarive. Cet homme avait plusieurs enfants , dont Robin devint le précepteur. L'une de ses élèves » vive Malgache de quinze ans, lui ayant plu , il la demanda et Tobtint en mariage en 1825. Radama Tayaut appris , désira voir le précepteur français. En Tabordant , le roi lui demanda s'il avait servi sous Napoléon ; et , sur sa réponse affirmative, cette figure nègre s'anima tout à coup d'une expression indicible, a Ce fut là un grand homme , dit-il , grand homme .. grand homme, d Et lui montrant le portrait de l'Empereur pendu à la cloison : a Voilà mon modèle ; voilà l'exemple que je veux suivre. » A côté de ce tableau figuraient aussi les portraits de plusieurs généraux de France et d'Angleterre. L'entretien roula ensuite sur l'art militaire , sur la politique française , et les vues du roi des Hovas dans des questions aussi lointaines n'étaient dépourvues ni de justesse ni de sagacité. Depuis ce jour, Radama se plut aux conversations de Robin : on eût dit qu'il y cherchait un point de résistance contre son entourage d'émissaires anglais. Dans le but de trouver un motif à des rapports plus fréquents et plus utiles , il fut convenu que le chef hova prendrait de l'ex-soldat de l'Empire des leçons de lecture et de langue française. L'élève royal fit des progrès ; il les paya par le poste de secrétaire intime ; ensuite par le grade de colonel ou dixième honneur, car les Hovas calculent les grades d'un à douze , en partant du tambour pour arriver au maréchal. En relations journalières avec le roi , Robin était devenu son confident et son conseiller secret. Quelques nuages passèrent sur cette amitié , car le Français ne ménageait pas ses critiques, et le chef hova , entier et susceptible , ne les aimait guère ; mais le bon naturel de Radama le ramenait vers son conseiller, et leurs querelles finissaient toutes par un raccommodement.
Lors de la révolte des Séclaves , le colonel français fut mis à la tête du corps expéditionnaire envoyé contre eux ; il suivit le roi malgache dans les guerres de l'Ouest, et ce fut au retour de cette campagne que lui échut le titre de maréchal, douzième et dernier honneur que son protecteur lui conféra autant pour récompenser les services du militaire que pour faire honneur à sa qualité de Français. Un second acte non moins caractéristique, ce fut la nomination de Robin au commandement supérieur de la côte de TEst. Il y remplaçait le prince Corollaire, mulâtre de l'Ile de France et fils d'un officier supérieur de l'artillerie française. Successeur du roi Jean René, Corollaire, quoique Français d'origine, s'était montré peu bienveillant à notre égard , et les colons de Sainte-Marie avaient eu plutôt à se plaindre qu'à se louer de lui. Robin se montra tout autre : du jour où il gouverna sur cette côte , ses compatriotes y furent accueillis et protégés. Les caboteurs de Sainte-Marie purent venir s'approvisionner sur les marchés de la Grande-Terre ; l'abondance renaquit dans notre petite garnison , et , sans desser-
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vir les intérêts de son souverain , Robin trouva Toccasion de secourir nos malheureux colonistes.
En 1828, parut sur ces cAtes U corvette de charge la Seine ^ avec la mission de visiter tour à tour Sainte-Marie , Fouiepointe et Tamatave. A Foulcpointe , elle trouva pour gouverneur le Sëclave Rafarla , dont il a été question plus haut , et qai reçut en audience solennelle le commandant de la corvette et son état-major. Nos officiers , après avoir traversé une double haie de soldats noirs vêtus à Tanglaise, arrivèrent auprès de ce dignitaire, homme h la haute stature, au visage régulier, au regard vif et intelligent. Les premières visites d'étiquette furent suivies d un repas et d*une fête publique. Au repas, les femmes de Rafarla s'assirent près de nos marins ; Tune d'elles , la plus jeune et ftgée de dix-sept ans h peine , était la sœur du roi Radama , que le gouverneur de Fouiepointe venait d'épouser. Ces dames avaient un petit vernis d'éducation européenne ; elles parlaient presque toutes l'anglais. Au dessert , on but au roi de France et au roi des Hovas, et les salves de la corvette répondirent à l'artillerie du fort.
De Fouiepointe y la corvette vint à Tamatave , où résidait Robin , et cette visite combla de joie le maréchal de Radama, à qui les souvenirs de la patrie étaient toujours chers. Il descendit lui-même sur la plage pour y recevoir le commandant et ses officiers. Pendant le petit nombre de jours que la corvette stationna sur la rade de Tamatave , les plaisirs et les fêtes se succédèrent sans interruption entre la terre et le bord. Robin voulut mener ses compatriotes à une partie de chasse dans les forêts giboyeuses des environs ; il les accabla de tant de politesses et de tant de festins que le commandant crut devoir le traiter à bord, lui et les dames de sa maison , c'est-à-dire , sa femme, ses deux belles-sœurs et une demoiselle de compagnie, toutes les quatre mulAtresses, élevées à l'Ile de France et parlant assez bien le français. La Seine était pavoisée pour recevoir les convives ; l'équipage en ligne sur les gaillards, le navire mis en état, et le repas ordonné avec luxe. Mais la houle gâta tout : cette société de Malgaches, et la garde d'Hovas qui avait suivi le maréchal, furent prises du mal de mer. Dès lors la partie de plaisir se compliqua de nausées et de vomissements. Les bastingages étaient bordés de naturels qui grimaçaient horriblement à sentir ce plancher vacillant sous leurs pieds. Dans la chambre , on fit meilleure contenance ; et la journée finit encore par des toasts et des salves d'artillerie. Comme bouquet de la fête, le commandant remit au maréchal des lettres de grâce qui le relevaient de son juge* ment et purgeaient sa contumace. Robin accueillit cet acte comme une faveur.
A la suite de cette tournée toute joyeuse , les relations de Bourbon et de Sainte- Marié avec la Grande-Terre devinrent plus faciles et plus animées. Le nouveau commandant, M. Schœll, venu à la tête de 200 soldats yolofs, avait organisé Sainte-Marie sur un nouveau pied. Des cargaisons de bœufs et de riz s'obtenaient et se chargeaient à Tamatave et à Fouiepointe. Robin et Rafarla faisaient assaut de bienveillance à l'égard des Français ; et , malgré les menées du pasteur Jones, le roi Radama semblait s'éloigner chaque jour de la politique anglaise, pour se
rapprocher de nous. Malheureusement ce prince , jeune encore , était attacpié d*une maladie incurable; il mourut au mois de septembre 1828, les uns disent d*une Qstule , les autres d*un poison que lui versa la reine Aanavala-Manjoka. Quelle que soit la cause de cet événement, leA agents anglais y étaient préparés, et ils le firent tourner à leur avantage. Grâce aui insinuations d'un jeune Uova , son amant, Ranavala-Manjoka usurpa le trône. Andimiase, c'est le nom du favori, était un élève du ministre Jones , nourri de ses idées et formé à son école : jeune, beau , ardent , il allait prendre sur la maîtresse du royaume un ascendant qui devait profiter à ses instigateurs. En effet, la mort de Radama fut une réaction contre la France. Ranavala , à peine couronnée , fit justice avec le fer de tous les opposants, disgracia les dignitaires du roi mort, et manda Robin àXananarive pour cause de malversation. Le maréchal parut à la cour, se justifia, et se démit de son grade. Quelques instances que fît la reine, il ne voulut plus rester à son service ; ce même Corollaire qull avait remplacé lui succéda. Rafarla , Tami , le beau-frère du souverain mort , ne fut pas à Tabri de la proscription commune. Attiré dans un guet-apens , il périt sous vingt coups de sagaie.
Froissées par ces mesures réactionnaires, les peuplades prirent les armes contre la reine et contre Andimiase. Le sang coula dans toute la Grande-Terre, et une foule de proscrits cherchèrent asile sur Tlle Sainte -Marie, où commandait toujours M. Schœll. A la suite de ces bouleversements, la plus grande froideur était survenue entre nos autorités et les nouveaux chefs des provinces littorales : tout commerce était suspendu , toutes relations politiques annulées, quand une division navale mouilla dans la baie. C'étaient la frégate la Terpsiehore de li canons , la corvette l' Infatigable de 16, le transport le Madagascar de 6, et la goélette aviso le Colibri. Quatorze jours après parurent la corvette la Nièvre de 26, et la corvette la Chevrette de 16; ce dernier convoi portait des troupes d'infanterie et d'artillerie. A bord d'un des navires de la division «e trouvaient les deux jeunes princes malgaches Berora et Mandi-Tsara , qui revenaient à Tamatave après avoir achevé leurs études en France. A l'apparition de ces forces navales, on ouvrit des pourparlers avec les chefs de la côte; mais, soit que les ordres de la reine des Hovas le voulussent ainsi, soit que ses délégués fussent d'eux-mêmes malintentionnés pour les Français, les négociations n'aboutirent à rien. Si Ton faisait valoir auprès de Corollaire nos droits sur les points contestés de la Grande- Terre, il déclinait sa compétence, et si l'on insistait en demandant une entrevue directe avec Ranavala , il y opposait des instructions formelles qui ne lui permettaient pas de laisser monter aucun Français à Tananarive.
Quand le chef de la station vit que les démarches pacifiques aboutiraient toutes à des fins de non-recevoir, il se tourna vers une démonstration plus sérieuse : il opéra un débarquement sur Tintingue, et commença sur cette presqu'île l'étabUssement d'un poste militaire. Aidés par les naturels » nos soldats y improvisèrent en vingt jours un ouvrage retranché et bastionné , une poudrière , un magasin d'armes et des logements abrit s. Autour d'eux et conune par enctiantement se
groupèrent alors des tribus malgaches qui souffraient avec impatience le joug des Hovas. Elles s'organisèrent par camps palissades, et le circuit de la baie de Tintingue en fut bientôt cou?ert. A ce premier acte décisif, la reine Ranavaia ne répondit que par une protestation contre l'envahissement de la côte ; plus tard néanmoins elle nomma des ambassadeurs qui s'abouchèrent avec une députation firançatse, sans qu'on pût, de part ni d'autre, poser seulement les termes du débat. Alors nos chefs militaires passèrent outre. La division navale s'embossa devant Tamatave le 18 octobre , canonna le fort , fit sauter la poudrière et emporta le village. Une seconde victoire déblaya les environs et compléta notre triomphale rentrée à Tamatave.
Le plan de campagne poussa alors la division sur Foulepointe ; mais l'aveuglement du succès fit avorter cette nouvelle attaque. A la suite d'une longue et infructueuse canonnade , nos troupes d'avant-garde marchèrent contre les palis^ sades du fort. Le fort était vide. Après une décharge à mitraille, le colonel Rakéli l'avait évacué avec ses quatre cents Hovas ; il s'était retiré vers la plaine , an milieu d'une petite redoute en gazon , épaulée par un revêtement de sacs pleins de terre. Là , hors de la portée de l'escadre , il n'avait que notre feu de monsqueterie à essuyer. L'avant-garde , forte de 200 Français au plus , ne craignit pas de s'aventurer au loin ; elle croyait être soutenue par le gros de nos forces ; mais le commandant Schœll fut le seul qui comprit et seconda ce mouvement, a A moi les hommes de bonne volonté I » s'écria-t-il. Quarante-cinq volontaires partirent , et, avec ce renfort, M. Schœll marcha à l'attaque de la redoute. De son côté , le colonel hova , qui ne manquait ni de sang-froid ni de génie militaire , s'aperçut que le détachement, engagé ne s'appuyait sur aucune réserve ; il le laissa venir ; puis il lança contre lui une bonne partie de ses soldats. Alors une terreur soudaine s'empara des Français , ils regardèrent derrière eui , se virent isolés dans cette vaste plaine , en face d'un ennemi intrépide , fort de son nombre et de la connaissance des localités ; ils se débandèrent , n'écoutèrent plus la voix des chefs , et fuirent en désordre vers le rivage. Dans cette fatale retraite, le conmiandant Schœll, blessé, tomba dans les mains des Hovas, qui le décapitèrent et insultèrent à l'escadre en se faisant un trophée de ses insignes. Telle était la démoralisation des vaincus , que nul n'aurait échappé sans la présence d'esprit de l'âève Demarseau, qui fit jouer contre les assaillants la petite pièce de campagne qui armait sa chaloupe.
L'affaire de Pointe-Larrée , à quatre jours de là , fut une éclatante revanche de cet échec» Cette fois, on s'entoura de quelques précautions, et le résultai d'une attaque ne resta pas livré au hasard. On effraya les naturels par une canonnade bien nourrie , et par l'emploi d'obus qui labourèrent leur fort. En trois heures, 1800 projectiles tombèrent sur les positions ennemies. Sous l'impression de ce formidable début, marchèrent deux colonnes d'attaque appuyées d'un coips de réserve ; elles pénétrèrent dans les retranchements , malgré une pluie de balles et une forêt de sagaies , tuèrent les cauonniers hovas sur leurs pièces ,
et chassèrent la garnison du fort. Tout ce qui ne se sauva pas à travers la campagne fut fait prisonnier.
A la suite de ces hostilités , il y eut , entre les parties belligérantes , un répit et un armistice. Ils duraient encore quand je passai à Tintingue et à Sainte-Marie. Le prince Corollaire , désormais agent préféré de la reine , était monté en négociateur à bord de la Terpsichore^ moins pour traiter que pour protester. Cependant , rassurées par notre présence, les peuplades malgaches venaient à nous; elles croyaient avoir trouvé dans notre concours une force durable contre les Hovas ; elles s'appuyaient de notre patronage pour refuser obéissance à la reine. Les villages qui entouraient Tintingue se peuplaient chaque jour d*émigrants nouveaux , et Tavenir se présentait sous un meilleur aspect.
Voilà sous quelle impression je visitai nos possessions de Madagascar. Depuis lors et pendant que j*accomplissais mon long pèlerinage maritime, la position changea du tout au tout. La reine des Hovas prit nos établissements par la disette; elle coupa toutes les communications, affama nos partisans malgaches, et bloqua nos garnisons dans un circuit de quelques lieues. La mésintelligence se mit parmi nos chefs militaires ; on dédaigna les services de Robin , qui aurait pu seul déterminer dans Tlle des diversions puissantes; l'esprit d'intrigue et d1mprévoyance prévalut dans les mesures les plus essentielles ; et le résultat de tant de fautes fut Tévacuation de Tintingue , après Tincendie volontaire du fort et de tous les b&timents. Aujourd'hui comme en 1819, Sainte-Marie nous reste seule, parce que la barrière de la mer nous la garde , malgré toutes les erreurs de notre politique. Pour excuser-cette foule de mécomptes que tant de fois, et è des époques si diverses, nos colonisateurs ont essuyés à Madagascar, on s*est rejeté sur rinsalubrité du climat, en exagérant cette cause d'insuccès pour atténuer les autres. Si malsain que soit le littoral , il est à croire pourtant que les conditions atmosphériques s*y amélioreraient bien vite sous l'effort de travaux bien combinés. D'ailleurs , dans leur immense développement , il est impossible que les côtes de Madagascar n'aient pas des parties fertiles et salubres. Un coup d'œîl sommaire sur cette vaste région sufflt pour en convaincre.
Longue de plus de SHtO lieues, et large dans quelques endroits de 120, cette lie peut avoir 28,000 lieues carrées de surface. Une double chaîne de montagnes hautes de 1,200 toises environ, y forme un plateau central qui sépare deux parties maritimes à peu près égales. De ce plateau descendent une foule de rivières larges et poissonneuses , le Mourandava , le Mananzari , le Manangara , l'Andévouraute et le Mangourou, qui sort du lac d' Antsianake , dont le circuit est de 25 lieues. Quatre autres grands lacs se lient à lui et le continuent , et c'est dans cette masse d*eaux stagnantes qu'il faut voir la grande cause de l'insalubrité du climat.
Cette grande lie, sur laquelle la dynastie des souverains hovas a promené récemment son niveau militaire , est fractionnée en provinces ou pays. Celui des Antavares, ou peuples du Tonnerre, va du cap d'Ambre au cap de Foulepointe; il comprend l'Ile de Sainte-Marie. Les Retimsaras, ou peuples unis, sont ane
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agglomération de petites tribus industrieuses qui habitent les côtes de Foulepointe et de Tamatave. Plus loin viennent les Bétanimènes ou peuples de la Terre-Rouge, dont le chef-lien, Andévourante , est assis sur la rivière de ce nom. C'est la plus belle , la plus féconde » la plus peuplée des provinces littorales , et ses habitants sont les plus sociables de Vile. Les Antaximes ou peuples du sud sont pauvres, grossiers , pillards 9 sans industrie. Après eux sont les Antambasses , grands et robustes , gais et doux , mais paresseux. L'anse Dauphine , baie du fort Dauphin , est sur leur côte , et la vallée d' Amboule , arrosée et riche en pâturages , offrirait d'immenses ressources à un peuple plus actif. Les Antanosses au sud et les Tais* sambas à Fouest terminent la patrie australe de Madagascar ; ils obéissent encore à la même famille arabe qui possédait autrefois toute celte région. Les Antanosses ont su se maintenir indépendants contre les armes de Radama ; ils se disent tonjours amis des Français. Après les Taissambas , s'échelonnent , en remontant la côte , les Ampatris , les Mahafalles et les Caremboules qui habitent des terres peu cultivées, mais riches en bois et en pâturages. Leurs voisins de Tintérieur sont les Machicores. La province de la baie des Augustins, encore peu connue « est habitée par le peuple le plus hospitalier de toute Tile ; mais le sol y est peu fertile. Les environs de la baie de Mouroundava offrent des bassins plus riches où vivent plusieurs nations connues, au nombre desquelles on peut citer les Érindranous. De Mouroundava à Ancouala s*étend le pays des Séclaves , peuplade arabe , et la plus puissante de l'île avant que le royaume des Hovas eût réalisé ses empiétements. Autrefois , cette province était gouvernée par une reine qui résidait à Bombetoc, ville d'une population considérable « quoique la capitale soit à Mouzangaye» à laquelle on attribue 30,000 âmes. Les ports de Mouzangaye et de Bombetoc entretiennent un conunerce régulier avec les royaumes de Mozambique et de Zanguehar. Dans l'un et l'autre , dominent les Arabes , plus actifs et plus industrieux que le reste des insulaires. On y voit des boutiques, des maisons d'éducation et des mosquées. Le port de Louqez où les Anglais ont récemment échoué dans leurs projets d'établissement » est dans la circonscription du pays séclave.
Telles sont les peuplades qui habitent le long circuit elliptique que forment les côtes de Madagascar. Les tribus de l'intérieur, toutes enclavées aujourd'hui dans le royaume des Hovas , sont les Antambanivoules ou Ambanivoules , peuples du pays des bambous , les Antsianakes , les Andratsayes , les Bezonzons , les Antacayes , enfin les naturels du pays d' Ancove ou Hovas. Avant Radama , le royaume d^Ancove était déjà l'un des plus commerçants et des plus jpopuleux de Ttle. Les plaines et les montagnes y étaient couvertes de villages : le riz , le manioc , les patates, les ignames, la vigne, y donnaient d'abondants produits. Dans nulle autre province , avant que le souverain la prohibât , la traite des esclaves n'était plus active , ni plus fructueuse , à cause de la beauté des sujets. Des fabrique des poterie , de toiles de câlin et autres étoffes de coton , répandaient l'aisance dans cette région montagneuse. Depuis le règne du conquérant hova , cette prospérité , forte dotant d'éléments, a pris un développement incalculable. Aujourd'hui Tana-
narive ( Tanana-Arrivou ou Ermine } « capitale du royaame » oompte ciaquante mOle habitants. C'est un assemblage de petites bourgades situées sur un plateau verdoyant et dans un paysage enchanteur. Les proportions gigantesques de la végétation , dit M. Fontmichel qui Ta visitée , offrent un singulier contraste avec l*exiguïté chétive des habitations humaines » qui ne se recommandent à Fattcntion que par l'attrait de la nouveauté. Radama , qui avait le goût des constructions durables 9 et qui, proportionnellement à ses moyens d'exécution, a déployé autant de génie à Madagascar que Pierre V en Russie ; Radama Qt élever un temple à Jankar, le Bon Crénie, dont les murailles et les voûtes sont d'un architecte venu de Tlle de France. Le palais de Tranouvala , celui de Bessakane , plus spacieux encore , et le mausolée de Radama , ont été construits également d'après les règles de notre architecture. Parmi les autres établissements de ce roi, il faut citer le collège fondé sous l'influence des deux pasteurs anglais Joues et Griffiths , les écoles inférieures et l'atelier typographique , où Ton imprime à l'heure qu'il est une Bible malgache.
La population totale de Madagascar va , dit-on , à plus de i,000,000 d'&mes. A côté de la division par peuplades et provinces, existe aussi une division de races, observée par Flacourt et qui s*est perpétuée depuis. Quelques castes sont de pur sang arabe , comme les Zaffe-Ramini. Les Roandrians, leurs descendants les plus proches , issus d'eux sans aucun mélange. Les Anacandrians et les Ondzassis proviennent d'un croisement avec les indigènes nègres , et sont nommés toutefois Malates ou blancs. Les Zaffe-Ibrahim descendent soit des Juifs , soit d'Arabes émigrés avant l'hégire. Les Kassi-Mambou paraissent originaires des pays maures ou de la cAte de Zanguebar. Mais les tribus les plus considérables ont le teint basané et les cheveux plats des Indiens , ou la peau noire et les cheveux crépus des Cafres. La langue générale du pays parait se rattacher aux langues malaies , surtout au javanais et au timorien.
Depuis la transformation récente du pays , les anciens usages malgaches , les vieilles distinctions nobiliaires, ont éprouvé de rudes atteintes. L'autorité des voadsirisou seigneurs suzerains, celle des iohavohitz ou seigneurs de villages, l'influence des ombias ou prêtres, ont été vivement compromises par le mouvement civilisateur. Il est impossible que la puissance de tant de privilèges froissés ne détermine pas une réaction prochaine.
Des vieilles coutumes malgaches, il en est une qui s'est perpétuée jusqu'à nous, et qui mérite d'être citée en exemple aux nations civilisées. C'est le serment du sang , ou l'alliance* solennelle contractée entre deux individus qui deviennent frères et s'obligent à s'aider l'un l'autre. La cérémonie a lieu en présence des chefs de l'endroit; les deux amis se font une incision au creux de l'estomac ; puis on imbibe deux morceaux de gingembre du sang qui en découle, et chacun mange le morceau teint du sang de l'autre. Le maître de cérémonie mêle alors dans un vase de l'eau douce, de l'eau salée, du riz , de l'argent et de la poudre ; il trempe deux sagaies dans ce mélange, et frappe les contractants avec l'arme qui
a fait la blessure ; ensuite il pi*ononee la formate suivante : t Grand Dieul maître des honmies et de la terre, nous te prenons à témoin du serment que nous jurons : que le premier de nous qui le faussera soit écrasé par la foudre ; que la mère qui l'a engendré soit déyorée par les chiens. » Après ce serment et ces imprécaticms , les deux frères lancent leurs sagaies aux quatre points cardinaux pour conjurer les mauvais génies. Ils attestent alors la terre , le soleil et la lune, et boivent chacun une portion égale du breuvage préparé , en priant toutes ces puissances de le faire tourner en poison pour celui qui ne tiendrait pas son serment.
Dans sa vaste étendue, Madagascar offre à Thistoire naturelle une nomenclature immense mais peu connue encore. Le règne végétal comprend le tanoma , arbre à résine , le sagoutier, qui produit la substance alimentaire et pectorale connue sous le nom de sagou , et dont les feuilles se tissent en étoffes ; le badamier pyramidal, l'aromatique bachi-bachi , la ravensara, ou cannelle-giroflée, dont la noix et la feuille ont un parfum exquis ; le voaène , arbrisseau sarmenteux , qui donne de la gomme élastique; enfln le sanga-fanga, qui a beaucoup d'analogie avec le papyrus des anciens.
Le règne animal est moins riche. On y trouve l'antamba , qui parait être de la famille des léopards , et le farassa , qui ressemble au chacal. L'hippopotame se voit encore au bord des rivières, des lacs et des marécages. Ce pachyderme s'y rapproche de l'espèce observée au cap de Bonne-Espérance. Avec ses jambes grosses et courtes , sa peau noire , lisse et huileuse , sa masse obèse et lourde , il parait voué à une vie toute sédentaire. Aussi , quoique pourvu d'énormes dents canines, il n'est pas Carnivore , et se nourrit d'herbages , de roseaux , de riz et de millet , qu'il engloutit par quantités énormes. Sa chair grasse est bonne à manger. On croyait autrefois que l'hippopotame dévorait jusqu'à des hommes ; mais Dampier, qui a observé ces animaux dans la baie de Natal en Cafrerie , a rectifié cette fable. Loin d'attaquer les hommes , cet amphibie les évite , et se jette dans l'eau à leur approche. 11 plonge jusqu'au fond , et y marche conmie sur un terrain sec. Le capitaine Covcnt assure en avoir vu rester une demi-heure au fond de la rivière. Quand il est tranquille , l'animal nage la tête à fleur d'eau et n'élevant au-dessus de la surface que ses narines, ses yeux et ses oreilles. Son cri ressemble tellement au hennissement du cheval, que son nom lui est venu de 16. Les autres animaux remarquables sont les zébous ou bœufs à la bosse de graisse , les &nes sauvages aux oreilles énormes, les sangliers, pourvus, dit-on, de cornes, des moutons à grosse queue , des tandrecs, sorte de hérisson , et le maki , espèce de singe particulière à l'Ile. Le gibier foisonne dans toutes les forêts ; les perroquets, les oies , les canards , les poules , les pintades , les ramiers , y volent par myriades. Ftacourt énumère plus de soixante oiseaux peu connus.
Retenu, faute d'occasion, à Sainte-Marie pendant le plus mauvais mois de l'hivernage , je voyais ma santé dépérir de jour en jour , et quelques symptômes d'aflection fiévreuse me faisaient craindre déjà une grave maladie, quand le brick anglais Yictory venant de Tlle de France jeta l'ancre dans la rade. Il devait
faire échelle à Tamatave poar se rendre ensaîte à Calcutta par Mahé et Trincomalay, Cétait, eii partie» mon itinéraire, et d'ailleurs toute direction était devenue bonne pour moi , dans l'état maladif où je me trouvais alors. Le capitaine devina ma pensée : il spécula sur elle, et je passai par d*assez rudes conditions. Toutefois 9 il faut lui rendre cette justice , qu'après avoir un peu judaîsé sur les termes de mon passage, il chercha à me le rendre aussi agréable que possible ; car c'était au fond un digne homme que H. Jonathan Lewis de Bristol. Une chose surtout me plut eu lui , c'est qu'il rendait justice aux Français dans l'occasion. Ancien officier de la marine militaire, il avait assisté à plusieurs cornbats où notre pavillon s'était vaillamment défendu : sa mémoire en savait tous les détails , et il aimait à les citer. Quand nous fûmes en vue de Tamatave , il m'accosta, a Monsieur le Français, me dit-il , il faisait chaud ici en 1812. — Comment donc, capitaine? — Oui, quand nous nous battîmes contre votre ISéréide^ qui tint tète, ma foi ! à trois bonnes frégates de Portsmouth. Tenez, voici où l'action commença. La Néréide était là sous le vent, moi j'étais ici, à bord du Sirius. Au début les forces se balançaient, trois frégates contre trois frégates; mais deux des vôtres se conduisirent mal. Restait la Néréide seule, qui les valait toutes ; elle reçut notre feu au large, tant qu'elle put, et ensuite elle arriva sur Tamatave, où elle s'embossa dans la rade, de manière à ne pas être tournée : juste dans la direction de ce bouquet d'arbres. Nous la serrâmes à un quart de portée , et nous la canonnftmes. Au bout d'une heure, tout était criblé, haché à sou bord. Son commandant était tombé au cri de Vive V Empereur! et avant de mourir, il avait dit au lieutenant qui le remplaçait : Ponée, jurez-moi que vous ne rendrez ma frégate qu'à des conditions honorables. — Je vous le jure, commandant. — En ce cas, je meurs content, embrassez-moi. — Et comment finit le combat? —Dignement, monsieur le Français. Le lieutenant Ponée nous envoya encore une grêle de fonte ; si bien qu'une de nos frégates fut obligée de quitter la ligne pour réparer ses avaries. Quand notre commandant vit cela, un canot parlementaire alla s'aboucher avec ces enragés. C'était pitié de continuer dans l'état où ils étaient. On croyait qu'ils se rendraient à merci. Loin de là! — J'ai promis à mon commandant, répondit le brave Ponée, de ne rendre la frégate qu'à des conditions honorables; ces conditions , les voici : l'équipage quittera la Néréide avec armes et bagages ; il sera nourri et entretenu aux frais de l'Angleterre, jusqu'au moment où l'Amirauté le fera transporter dans le port de Brest. Dites oui ou non , d'ici à une demtheure, sinon le combat recommence. — Il l'eût fait, si notre commandant ne s'était pas montré moins têtu que lui. On lui accorda ce qu'il voulut ; et c'eût été horrible, en effet, de tuer tant de braves gens. Nous les primes à bord du Sirius^ nous bûmes avec eux de bons verres de grog, eux à leur empereur, et nous au roi George , et nous les conduisîmes à Maurice. Cette pauvre Néréide était si éclopée après le combat, qu'il fallut la faire remorquer par deux frégates, b J'avoue que, dans la bouche d'un Anglais, ce récit, glorieux pour notre marine, me toucha plus que cent bulletins officiels.