‹ Voyage autour du mondeChapitre 27 sur 98 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

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Nous appareillftmes pour les Seychelles , le 25 février 1830. A part quelques gros temps, rien ne caractérisa notre traversée, qui fut lente et timide, au milieu d*ane foule d*écueils et d*archipels mal connus, qui gisent au sud des Seychelles. Le capitaine Lewis voyait toujours la terre sous Téperon de son brick ; tantôt File de Sable, dont le gisement a été fixé par M. Laplace à IS*" 53' lat. S. et 52° iV long. E. ; tantôt Filot Juan de Nova, dont la longitude, jusqu*ici douteuse, doit être rétablie , d*après le capitaine Owen , à kSf" 49' E ; puis la Galega ; la Providence, Saint^Pierre, Saint-Laurent, et d'autres bancs à fleur d'eau, auxquels les géographes n'ont pas môme donné de nom. La pratique de ces parages avait rendu défiant le marin anglais. Il savait tous les naufrages dont ils avaient été témoins, et entre autres celui de la flûte française rutile, qui s*y perdit en 1767, avec son équipage et quatre-vingts esclaves noirs. C'était une histoire horrible. Après l'échouement du navire, nos marins s'étaient jetés dans des embarcations et avaient pu regagner Madagascar ; mais telle était la terreur causée par ce mystérieux écueil, qu'on préféra y laisser périr les noirs naufragés, plutôt que de courir les dangers d*une reconnaissance. Quinze années après, l'intrépide capitaine Tromelin s'offrit néanmoins pour une recherche. Il trouva l'îlot sur lequel vivaient encore cinq femmes , reste des quatre-vingts nègres que la misère avait tués l'un après l'autre. Un peu d'eau saum&tre , des tortues et des coquillages les avaient nourries jusques alors.

Grâce à l'expérience de notre pilote, nous arriv&mes sans encombre en vue des Seychelles; nous relevâmes successivement Ttle Longue, la Moyenne, la Ronde, nie aux Cerfs , et Ttle de Mahé , où nous jetâmes l'ancre à peu de distance du rivage. Mahé ou Sainte-Anne nous sembla aride dans quelques parties , fertile et cultivée dans d*autres. Au milieu du demi- cercle que formait la rade, pointaient quelques maisons, entrecoupées de jardins ^ et comme adossées à une muraille basaltique, qui s*abaissait peu à peu vers la mer.

Autrefois compris sous la dénomination générale d* Amirautés, ces groupes d'iles, épars du k au 6» de latitude S. et du 50 au 55'' de long. E., ont été classés par nos navigateurs modernes en deux archipels distincts, dont l'un a conservé le nom d'Amirautés, et l'autre reçu celui de Seychelles. Le premier comprend onze Uots , inhabités et foulés , seulement à certaines époques , par les pécheurs de tortues. L'autre n'a pas moins de trente tlots, dont les plus importants ont été nom* mes ci-dessus.

Cet archipel, connu des Arabes et des navigateurs du xyi* siècle , fîit colonisé, vers 1741 , par des caboteurs français qui lui donnèrent le nom du gouverneur résidant alors à l'île de France. Dans les premiers temps, la pèche de la tortue fut la seule industrie du pays; mais depuis , le déboisement opéré par la hache ou par rincendie ayant découvert des terrains propres à la culture , une foule de créoles de Ttle de France , attirés par des concessions , se Bxèrent aux Seychelles. Le coton y vint à souhait , et la qualité obtenue fut classée au premier rang dans le commerce pour sa Qnesse et sa blancheur. Sous cette impulsion nouvelle, Mahé compta bientôt une population de 500 blancs et de 5,000 esclaves. Les Seychelles devinrent une succursale des îles de France et de Bourbon : un cabotage important s'y organisa et ouvrit des débouchés aux produits de son terroir. Plus tard les longues guerres maritimes de la République et de l'Empire jetèrent quelque perturbation dans la prospérité naissante de cet archipel : la prise de Ttle de France par les Anglais acheva de désorganiser ses relations. Elles se rétablirent à la paix de 1814* , mais cette fois pour le compte de la Grande-Bretagne, qui demanda les Seychelles comme complément de Maurice. Depuis lors, l'amirauté y tient une garnison avec un gouverneur.

Comme point de relâche sur la route des Indes, Mahé est devenue une station avantageuse. La petite navigation y a repris vigueur; on y échange des volailles, des moutons, des tortues et quelques bœufs : des barques plus fortes poussent jusque dans l'Inde avec des bois d'ébénisterie, et à Maurice avec des cargaisons de sucre. Un commerce tout récent a été trouvé par les dames de Mahé : c'est le tissage des feuilles de cet arbre singulier qu'on nomme le cocotier des Seychelles ou cocotier de mer ( Lodoicea Sechellamm ]. Elles font avec ces feuilles , larges et pointues, fortes et Hsses, des ouvrages gracieux et délicats, des éventails, des chapeaux qui imitent ceux de paille d'Italie. Le cocotier des Seychelles est plus petit que le cocotier ordinaire : pourtant son stipe droit et cylindrique peut dépasser une hauteur de quarante pieds; il croit lentement et ne produit, dit-on, qu'après un siècle. Son bois, mou et spongieux, n'est bon à rien. Quant au fruit, sa configuration étrange en a fait un objet de curiosité ; tout cabinet d'amateur d'histoire naturelle a son coco maldive, ou noix maldive. Dans son enveloppe, le fruit est sphérique; ce n'est que dépouillé qu'il acquiert cette forme, où les deux lobes saillants sont séparés par une ouverture oblongue garnie de fibres filamenteuses. C'est l'état dans lequel on le voit communément en Europe. L'amende intérieure est un aliment assez médiocre. Avant qu'elle fût plus connue, on lui accordait une grande vertu aphrodisiaque; et l'empereur Rodolphe chercha , dit-on , à s'en procurer une au prix de &,000 florins. De nos jours cette mystérieuse renommée s'est éteinte : la noix maldive , ou plutôt le coco des Seychelles , ne tente plus la fastueuse luxure des princes , depuis qu'il est devenu si banal et si déprécié. La coque seule , dure et noirâtre , sert à fabriquer quelques vases pour les usages domestiques. Les familles qui habitent Mahé sont encore aujourd'hui françaises par l'origine

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