ARCHIPEL DES SEYGHELLES.- ILES MALDIVES
et par le cœur. Ud compatriote est toujours le bien-venu chez elles ; et comme tel je fus Tobjet de la plus cordiale hospitalité. On me mit de toutes les fêtes» on me promena d'un bout de TUe à Tautre : je parcourus la ville d'abord , ou plutôt le village» qui se compose de petites maisons en bois» éparses sur un sol rocailleux» et d*an chantier où I'ob construit un assez grand nombre de bâtiments de moyen tonnage. De là il fallut courir les habitations où Ton m'arrangeait souvent de petites surprises» des bals, des collations champêtres. Sur Tune d'elles , je vis une pêche de la tortue : les pêcheurs guettent le moment où elle vient la nuit déposer ses œufs dans le sable » ils la renversent sur le dos » et la transportent au jour à bord de leurs bateaux : d'autres fois » ils s'approchent de l'animal endormi sur l'eau, le saisissent dans un filet à fortes mailles, ou le harponnent en traversant sa cuirasse. La chair de la tortue est mangeable quoique filandreuse; cuite elle prend une teinte noirâtre. Les œufs sont bons, et le sang, bu chaud, est» dit-on, un spécifique excellent contre le scorbut. Ces animaux ont aux Seychelles des dimensions énormes » plusieurs pèsent cent vingt livres : leur écaille a souvent quatre pieds de long sur trois et demi de large ; mais elle est commune et sans valeur. La tortue dite le caret est la seule qui fournisse T écaille qui sert aux ouvrages d*art. Le grand débouché des grosses tortues des Seychelles est h l'Ile de France et à Bourbon» où l'on en consomme près de douze mille par année.
Dans toutes les habitations que je visitai régnait la plus uniforme simplicité : une maison en bois à un seul étage , aérée » mais avec des salles spacieuses et des meubles frais et propres ; puis autour quelques cases pour les noirs , couvertes de feuilles de cocotier» et une espèce de cour au centre ; voilà ce qui se reproduisait dans toutes ces demeures des colons. Quoique situé près de l'équateur, l'archipel des Seychelles jouit d'un climat égal et sain. Point de ces brusques variations atmosphériques qui affligent les colonies plus voisines du tropique» point de ces ouragans qui les dévastent.
Une semaine de vie nomade à travers les habitations de Mahé avait complètement rétabli ma santé, déjà améliorée en mer. Quand je retournai vers la rade, je trouvai sur le môle mon capitaine qui venait de faire régulariser ses papiers chez le gouverneur anglais , et qui se disposait à mettre à la voile. Nous regnagnàmes ensemble le bord : le soir même le Victory reprenait la haute mer. Nous passâmes devant Praslin. La plus grande du groupe après Mahé, dont elle est éloignée de sept lieues dans le N. E., cette lie est haute, boisée» et peuplée de quelques habitants qui élèvent des bœufs ou pèchent des tortues. Une vaste et bonne rade présente à son entrée deux petits tlots , dont l'un , appelé Curieuse , a été transformé par les Anglais en hôpital où Ton déporte les lépreux de Tile de France.
Le reste de l'archipel dans sa partie N. est composé d'écueils ou de récifs de corail presque tous déserts. Quand le dernier fut resté à l'O. , le capitaine Lewis ordonna la route pour le cçnal des Maldives. Mais, à mesure que nous allions vers l'équateur» les brisés variables du S. E.» S. et S. 0. nous abandonnaient» et nous tombions dans la région des calmes. C'était d'ailleurs pour ces parages de l'Océan
indien une époque d'interrègne entre les deux moussons. Aussi , dans les dix-sept jours que nous mimes à atteindre la liauteur des Maldives, les forts courants qui portent à l'E. nous servirent-ils presque autant que des risées molles et capricieuses. EnBn le 31 mars nous primes connaissance du canal des Andoumatis, le plus large et le plus sûr de toutes les Maldives « et situé dans leur partie S. par un degré et demi de latitude boréale. En ligne directe du 9" de lat. N. au k"* de lat. S., s* échelonnaient les quatorze récifs de corail ou attols qui composent cet archipel. Avec des atterrages peu sûrs et un territoire avare de produits , les Maldives ne sont guère visitées par les navires du commerce , et les notions recueillies sur «Iles proviennent presque toutes d'explorations spéciales , ou d*aventureux voyageurs que les naufrages y ont jetés. Le commandant de la Favorite ^ qui les traversa en 1830 9 vient de livrer au public une appréciation générale de ce groupe.
cr L'archipel des Maldives est composé de quatorze récifs de corail ou altols : ils sont tous de forme circulaire , laissant entre eux des passages plus ou moins larges , plus ou moins dangereux , dans lesquels la sonde ne peut trouver fond. Chaque attol est séparément formé par une masse énorme de coraux , s'élevant du fond de la mer jusqu'à sa surface ; qu'elles soient le produit du travail d'une multitude d'insectes encore inaperçus ou d'une végétation marine , l'étonnement de l'observateur n'en est pas moins grand en voyant ces murailles en lignes tantôt droites, tantôt courbes, s'élever sans appui , d'une profondeur immense , et former enGn des lies malgré les efforts redoublés d'un Océan battu souvent par des ouragans terribles. Quelle suite de temps n'a-t-il pas fallu pour qu'un semblable ouvrage ait été achevé avec d'aussi faibles moyens ; pour que le corail , arrivé à la surface de la mer et privé de vie par le contact de l'air , tombant successivement en poussière , ait composé le sol des Iles qui lui doivent leur formation I Quelle suite étonnante de circonstances a conduit sur cette terre nouvelle, née pour ainsi dire au milieu des mers, les fruits du cocotier arrachés aux côtes lointaines par les vents et les courants I L'arbre a pris racine dans le sable pour lequel la nature semble l'avoir destiné ; le terrain , enrichi de ses débris , protégé par son ombre , s*est couvert de plantes dont sans doute les semences ont été aussi apportées par les eaux.
a Telle fut, suivant toute apparence, la première formation des Maldives; elles sont toutes à fleur d'eau. Dans l'intérieur du bassin formé par le cordon de coraO , et qui , dans quelques attols , peut avoir jusqu'à huit lieues de diamètre , sont de petites îles basses et couvertes , ainsi que la ceinture , d'une multitude de cocotiers. On ignore à quelle époque les Maldives furent peuplées ; mais on sait que depuis des temps bien reculés elles font le commerce avec la côte malabare , éloignée de cent lieues. Les premiers Européens que les naufrages jetèrent sur cet archipel y trouvèrent le mahométisme établi , des habitants actifs , industrieux, adonnés à la navigation sur une multitude de bateaux qui parcouraient les lies et allaient même à la côte de l'Inde, d'où ils revenaient avec la mousson favorable. Us y avaient porté du poisson sec , des cordages faits avec l'écorce du cocotier