ARCHIPEL DES SETGHELLES. — ILES MALDIVES
et de rbuile tirée de son fruit. Le cauris, petit coquillage adopté dans l*Inde comme monnaie inférieure , se trouve en abondance sur les récifs des attols , et forme une branche lucrative d'exploitation.
c Le caractère de cette population n'a jamais été bien jugé : chaque naufragé l*a peinte d'après l'accueil qu'il en a reçu. La plupart cependant la donnent comme bonne et hospitalière , mais redoutant beaucoup la visite des Européens , dont jusqu'ici de dangereux récifs et sa pauvreté Font garantie. Cependant ce pays malheureux , assiégé de tous cAtés par la mer , et dont les habitants arrachent avec peine leur subsistance à une nature ingrate , a eu aussi ses révolutions , ses guerres civiles et ses ambitieux. Vers le milieu de Tarchipel est un attol à l'extrémité sud duquel est située la petite lie du Roi , plus favorisée de la nature que les autres : elle possède une rade où les bâtiments , conduits par les pilotes du pays , peuvent mouiller en sûreté devant le village , résidence du souverain des Maldives, titre qu'un chef a pris et fait reconnaître successivement de tous les attols par la force des armes. S'il eût borné là son ambition , sans doute son nom serait encore ignoré des Européens ; mais il a voulu joindre les gains de la piraterie à ceux du commerce , qu'il avait centralisé dans son tie , pour le soumettre à des droits ; il arma de grandes chaloupes, s'empara d'abord des bâtiments indiens, puis osa attaquer les navires d'Europe faiblement armés qui passaient au milieu de ses possessions , et dont les équipages furent privés de la liberté. Ces actes de brigandage 9 dénoncés au gouvernement anglais de Bombay, furent promptement réprimés par le supplice des pirates capturés et par la menace qui fut faite au souverain de lui faire subir le même traitement, s'il n'était plus circonspect à l'avenir. Depuis cette époque , les passages entre les Maldives sont assez sûrs , et les caboteurs des établissements anglais commencent à fréquenter l'ile du Roi , où ils font un commerce avantageux pour eux et pour les habitants. »
Cet archipel tire son nom de Malé, principale lie du groupe. Les insulaires, qui paraissent une race hindoue mêlée d'arabe, sont bien faits et ont le teint olivâtre, avec le corps velu et la barbe épaisse. On y voit des femmes aussi blanches qu'en Europe. Les Maldiviens ont une langue particulière ; leur religion est le mahométisme, mais mitigé d'anciennes croyances empreintes de paganisme. Ainsi, pour calmer le dieu des vents, ils lancent sur les flots des barques pleines d'ambre et de bois odorant, auquel ils ont mis le feu, et ces autels, ballottés par la vague, vont promener au loin leurs nuages aromatiques. Les plus savants parmi les Maldiviens parlent l'arabe et expliquent le Koran. Les prêtres sont tout-puissants dans le pays , et de grands pouvoirs s'affectent à un poste de général en chef ou Pandiar. H n'y a point de villes proprement dites aux Maldives : ce sont des groupes de maisons jetées au milieu de forêts de cocotiers. Ces maisons sont presque toutes en bois. Le commerce de ces îles consiste en poisson salé , dont il s'exporte de grandes quantités pour toute la côte de l'Inde ; on y pêche le corail , l'ambre et les cauris ; on y fabrique des étoffes de soie et de coton , vêtements habituels des insulaires.
Au sortir da canal des Andoumatis et vers le 73* de long. E. , de fortes rafales du sud et une houle épouvantable nous révélèrent quelque grande perturbation lointaine. C'était en effet la queue du désastreux ouragan qui sévit avec tant de force contre les tles de France et de Bourbon, du 27 mars au 5 avril 1830. La corvette de TÉtat la Favorite, qui se trouvait alors dans les parages battus par le vent, ne se tira d'affaire que grâce aux prudentes manœuvres de son commandant et à la force de sa construction. La plus grande partie des navires de commerce mouillés sur la rade de Saint-Denis furent emportés malgré leurs ancres , et se perdirent dans la haute mer ; tous les champs furent dévastés , toutes les récoltes perdues, et les habitations elles-mêmes chavirèrent en certains endroits , renversées par la violence de la tempête. Dans les latitudes où nous nous trouvions alors, la brise n*arrivait qu'amortie et impuissante ; elle nous servit à faire route. Le 12 avril , nous relevions les montagnes méridionales de Tile de Ceyian, au-dessus desquelles domine le pic d'Adam. Le soir même, nous doublions la pointe de Dondres, et après avoir cAtoyé pendant deux jours la partie ouest de File, d'où la brise chassait vers nous le parfum des cannelliers , nous laissâmes tomber l'ancre le 14 avril dans la magniGque rade de Trîncomalay.