‹ Voyage autour du mondeChapitre 30 sur 98 · CHAPITRE XIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIU

ILB DM aiTLAH.

L'Ile de Ceyian, que les naturels nomment Lakka, s'appelait autrefois Lakdiva et Sinhala, de la racine sanscrite sinhal (lion ). Située dans le tropique du Cancer, elle se prolonge du 6* au 10" de latitude N. et du 77*^ au 80* de longitude E. Au nord, elle touche au détroit de Manar, passe impraticable aux navires, qui la sépare dé la presqu'île de Dekkan, et elle occupe ainsi une des avenues du golfe de Bengale. Son périmètre est de trois cents lieues et sa surface d'environ sept cents lieues carrées. Sa forme est à peu près celle d'une poire, dont l'île de Jafna- Patnam serait le bout. Ses côtes, plates, basses, accidentées de bancs de sable, sont assez dangereuses ; mais d^excellents ports et des havres nombreux balancent cet inconvénient. A Ceylan , les moussons correspondent avec celles des côtes de Coromandel et de Malabar. Ces moussons sont des vents périodiques qui soufOent dans la mer des Indes, du S. 0. d'avril en septembre, et du N. E. de septembre en avril. Dans la mousson du S. 0., la côte malabre, qui a le vent en face, est sujette à de fréquents sinistres, tandis que la côte de Coromandel, abritée par la terre indienne, jouit d'une température égale et d'une mer magniOque. Dans les six mois de la mousson du N. E., la chance est inverse. Placée sur la limite de ces deux zones, Ceylan offre, dans une moindre étendue, le même accident atmosphérique. Toutefois ce contraste n'est guère sensible que sur les côtes;

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les montagnes et les forêts de l'intérieur y modifient les allares de la brise , et atténuent sa violence. La saison pluvieuse y a lieu en mars et en avril. Quoique plus rapprochée de Téquateur que la péninsule indienne , Ceylan n'est pas brûlée comme elle par le soleil : les brises de TOcéan » qui circulent et jouent autour de ses côtes » y tiennent Tatmosphère toujours renouvelée et rafraîchie. Dans Tintérieur, pu la mousson n'arrive pas, de hautes forêts suppléent à son influence.

Ceylan abonde en minéraux et en fossiles. Le fer s*y trouve dans toutes ses combinaisons , ainsi que le manganèse. Composée de masses granitiques , presque partout homogènes et de première formation, Tile offre aussi quelques quartz, du mica et des couches calcaires , pleines de coquillages pétrifiés. Dans les rochers , dans les lits des rivières, dans les terres d'alluvion, on trouve une foule de pierres précieuses, les saphirs bleus et verts, les améthystes, le rubis, la topaze, une sorte d*opaIe et des cornalines. Le cristal de roche y abonde; la statue de Bouddha, dans le temple de Kandy, est un monolithe de cette matière.

Le Mahavilla, le Kalay, le Kalou et le Walleway sont les principales rivières de rile ; elles prennent toutes leur source dans le pic d*Adam : trop rapides pour être navigables , elles sont inutiles au commerce intérieur, que paralyse en outre le mauvais état des routes. De la part des rois de Kandy , possesseurs originaires de Ceylan , c'était calcul politique de rendre impraticables les abords de leur royaume central. Entourés de forêts épaisses , avec une garde d'éléphants et de bètes féroces, ils pouvaient croire que les Européens, maîtres des côtes, leur laisseraient au moins la souveraineté de Kandy, dernier fleuron de la couronne chingulaise. Cette illusion a duré jusqu'à la fin du dernier siècle, époque où les Anglais, conquérants des comptoirs littoraux, complétèrent la soumission des tribus intérieures.

L'histoire primitive de Ceylan est toute pleine de ces merveilleuses allégories qui caractérisent les traditions asiatiques. La chronique chingulaise raconte qu'un jour les habitants de Tannasserin , sur les rives du Gange , virent sortir du soleil levant un être de majestueuse figure , qui leur ordonna de quitter leurs huttes sauvages et de se b&tir des maisons. Il régna , et ses descendants lui succédèrent sous le titre de Souriàvas (fils du soleil). L'un de ces souriavas, Vidja-U^djah , fut le premier empereur de Ceylan ; il débarqua sur cette lie avec sept cents hommes, et soumit la contrée qui adorait aussi le soleil sous le nom d'Isouara. Après lui régnèrent Singa-Bahou et Vidja-Comara , qui épousa la fille du roi de Hathourah (Maduré). Divers princes se succédèrent jusqu'en 379 de notre ère, où le culte de Bouddha fut introduit dans Ttle par le prêtre Mihidouma qui arriva tout exprès de Maddadisay. « Il traversa les airs, dit la version chingulaise, et s'abattit sur un rocher d'Anouradapoura , au moment même où le roi Deveni-Petissa passait dans cet endroit au retour de la chasse. Surpris de voir cet homme en larges vêtements jaunes, le prince s'arrêta, et le missionnaire, au lieu d'attendre les questions du monarque, se prit à l'interroger. Satisfait de son intelligence, il lui prêcha le bouddhisme et le convertit lui et ses sujets. »

Depuis lors Ceyian fut plutôt aux prêtres qu*aux rois. Tous les malheurs qui survinrent de cette époque jusqu'à l'invasion européenne, ne proviennent que de vengeances sacerdotales. Ici» pour la mort d'un prêtre, un déluge a lieu, et quatre cent soixante- dix villages sont détruits : le roi, foudroyé, est précipité aux enfers. Là , une sécheresse et une horrible famine pèsent sur le pays parce qu'un autre prince s'avise de trouver mauvais qu'un Brahmane fasse la cour à la reine. A part ces catastrophes minutieusement consignées, l'histoire chingulaise se borne toute à des incidents aussi graves que la construction de pagodes , la découverte d'une dent de Bouddha , le suicide d'un roi qui se jette dans le bûcher d'un poëte qu'il aimait.

L'arrivée de Lorenzo d*Almeîda , vers le milieu du xyi* siècle , vint mêler un peu de drame européen aux annales indigènes. C'est sous le règne de Darma- Praccaram que l'amiral portugais chercha à la pointe de Galle un abri contre la tempête. A la vue des nouveaux débarqués , les naturels coururent en toute hàtc à Cotta, capitale de l'tle, et racontèrent au roi qu'il venait d'arriver des hommes blancs et parfaitement bien faits , vêtus d'habits et de chapeaux de fer, buvant du sang (du vin), mangeant des pierres (du biscuit], armés d'instruments qui produisaient des éclairs et lançaient des boules qui frappaient les murailles.

Le roi envoya son frère aux Portugais , et les reçut ensuite à sa cour. La bonne harmonie dura tant que vécut Darma-Praccaram ; mais, à l'avènement de son successeur Bouwanika, une guerre civile donna aux Portugais l'occasion d'intervenir dans les affaires du pays. Ils inondèrent l'tle de troupes, et se fortifièrent dans le port de Colombo.

Bientôt une guerre naquit entre les naturels et les Européens, guerre qui devait, sauf de rares intermittences, se prolonger pendant plus de deux siècles, en passant des Portugais aux Hollandais, des Hollandais aux Anglais. Vers 163i, Simon Corréa, chef des Portugais, en était venu à ( niever deux fois de vive force Kandy, nouvelle résidence de la royauté chingulaise, quand Radjah-Singba, s'alliant aux Hollandais, prit sa revanche et chassa de Colombo et de l'tle entière tous les soldats et colons portugais.

Alors le règne de la Hollande commença sur cette tle. La France essaya bien vers 1672 d'y organiser un comptoir et un poste militaire. Delahaye , étant venu mouiller dans le port de Cottiar, avec quatorze bâtiments, obtint de Radjah-Singha la permission de bâtir un foit , à la construction duquel les naturels du pays aidèrent eux-mêmes. Obligé de remettre à la voile, cet amiral laissa un chargé d'affaires , Laine de Nanclars de Lannerole , en promettant d'appuyer bientôt de renforts français la fondation naissante; mais cette parole n'ayant pas été tenue, notre chargé d'affaires végéta sans considération à la cour de Kandy, et notre fort passa entre les mains des Hollandais.

Les guerres entre ces derniers et les insulaires se poursuivirent , pendant une eentaine d'années, avec une alternative de succès et de revers. Le résultat démontra aux uns l'impossibilité d'occuper le centre de l'Ile , aux autres l'inutilité

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d'ane attaque contre les établissements littoraux. En 1782, une escadre anglaise commandée par sir Hector Munroc parut dans la baie de TriDcomalay > prit terre sans opposition , et enleva la ville par un audacieux coup de main ; mais Tamiral anglais ayant quitté la baie pour aller réparer sa flotte à Madras, M. de SuOren mouilla à son tour devant Trincomalay, et flt flotter sur son fort le pavillon français. Toutefois, en 1796, une nouvelle descente de troupes anglaises eut lieu à Negoumbo. De ce port, le général Stewart se porta sur Colombo, chef-lieu des possessions européennes de Ceylan. Cette ville se rendit presque sans coup férir. Quoique la garnison hollandaise fût aussi nombreuse que le corps assiégeant, la trahison ouvrit aux Anglais les portes de Colombo. Le gouverneur Van Anglebeck signa une capitulation sans en prévenir ses ofGciers.

A la suite de ce pacte peu honorable, les troupes anglaises soumirent le littoral, possédé tour à tour par les Portugais et par les Hollandais y et depuis ce temps aucune puissance européenne n'a cherché à contester leur droit d^occupants. Il n'y eut plus alors que des guerres d'intérieur contre les rois de Kandy, guerres souvent funestes aux Anglais. En 1804 , après la prise de la capitale chingulaise par le colonel Johnston^ un armistice fut conclu et dura jusqu'en 1814, où le conflit reconmiença. Un détachement, sous les ordres du major Hook, se porta de Colombo sur Haugwaly, et plusieurs autres corps, au nombre de trois mille hommes, devaient lui servir de réserve. Avec ces forces, le chef anglais marcha sur la capitale chingulaise, et s'en empara le 6 mars 1815. Les trésors des anciens rois de Kandy tombèrent au pouvoir des vainqueurs ; et enfln une proclamation du lieutenant général Robert Brownrigg annonça aux insulaires que S. M. George III prenait possession de Ceylan. De nos jours quelques révoltes intérieures ont eu lieu, mais les baïonnettes des nouveaux maîtres en ont fait justice.

Telle est l'histoire de Ceylan : quoique cette lie soit aujourd'hui tout anglaise, on peut cependant la diviser en deux parties, le royaume de Kandy et les colonies européennes. Ces dernières occupent le rivage et entourent les provinces intérieures conune d'un anneau elliptique. Le royaume de Kandy est divisé en provinces subdivisées en districts.

Kandy, capitale de Ceylan, est assise sur les bords d'un lac artiflciel, au milieu d'une grande vallée. Cette ville est pleine de temples, dont le principal est celui de Dalada-Malegava. C'est le lieu saint par excellence, la cathédrale de Ceylan, car elle renferme la dent de Bouddha , relique de la plus haute valeur. Le temple est petit, obscur, mystérieux, mais étincelant d'or, de pierres précieuses et de riches brocarts ; des fleurs suaves y parfument l'atmosphère , des jets d'eau limpide y jaillissent de toutes parts. Au fond, sur une espèce d'autel, paraissent deux figures de Bouddha , l'une en cristal , l'autre en vermeil , et à côté , deux karandouas, ou châsses à reliques. La plus grande de ces karandouas, d'une circonférence de dix pieds environ , est d'argont massif doré en dehors , et marqueté de pierres précieuses. C'est dans ce coffre que se conserve la dent de Bouddha, dent jaunâtre, enveloppée dans une feuille d'or pur et placée dans une botte d'or,

qui a elle-même trois ou quatre autres enveloppes successivement plus grandes , outre le grand coffre ou karandoua. Les Anglais, maîtres de Kandy, ne respectèrent pas une dent si richement logée ; ils enlevèrent tout , coffre et relique , et depuis les Chingulais disaient : a Ils sont bien maîtres du pays ; car quiconque possède la dent de Bouddha a le droit de gouverner quatre royaumes. »

L'île de Ceyian est entièrement couverte de monuments du Bouddhvme. Les hypogées de Damboulou et les wiharés de Halvatté et d*Asgbiri en sont les principaux. Le Malvatté est un petit couvent où logent une quarantaine de prêtres soumis à la règle et voués à la prière et à renseignement. L'Asghiri , plus petit « est la répétition du Malvatté. Toutes ces maisons saintes sont entourées de bosquets de cocotiers et de figuiers immenses, arbres solitaires et vénérés.

Les desservants de ces temples sont tirés de deux collèges établis à Kandy. De ces séminaires bouddhiques sortent deux ordres de prêtres ; le premier comprend ceux qui, tenus encore dans une espèce de noviciat, n*ont que le grade de Samerero (enfant de prêtre). Ces titulaires revêtent la robe jaune, se font raser la tête et les sourcils, et peuvent être employés à quelques cérémonies. A l'âge de vingt ans, le Samerero quitte ce costume, endosse la tunique blanche, et se présente devant un collège de vingt docteurs qui lui font subir un examen. S*il échoue, il reste dans le grade inférieur ; mais s'il sort triomphant de cette épreuve , c'est pom* lui l'occasion d'une investiture publique. On le pare solennellement de la robe d'Oupasanpada (plein de religion), et, vêtu des insignes de son nouveau titre, on le promène dans toutes les rues de la ville. La dignité de prêtre est la plus haute qualité du Chingulais. A ce rôle sont affectés une grande influence sur le peuple et des revenus prélevés sur sa pieuse crédulité. Dans les villages pauvres , la dtme dévolue au desservant se paie souvent en nature , et il n*est pas rare de voir un docteur rentrer dans son wiharé , avec une douzaine de coqs pendus à sa ceinture. Une règle assez austère a précisé les devoirs et les pratiques sacerdotales. Elle est observée avec scrupule, et les infracteurs sont punis. (^ conduite des prêtres , morale et inoffensive , ajoute encore au profond respect qu'on a pour leur personne et pour leur caractère. Les rois eux-mêmes ne s'asseoient pas en présence d'un ministre du culte de Bouddha.

Ce culte est du reste un mélange informe de traditions et de rites bizarres , qui ne semblent aboutir qu'au matérialisme. Le bouddhiste croit que tout ce qui existe, dieux, démons, hommes, animaux, vient de l'air, du feu, de l'eau et de la terre, mis en contact avec Prané et Uitta, la vie et Tintelligence. Un homme peut devenir dieu, un dieu démon, homme ou animal, suivant que telle ou telle matière prédomine dans son organisation. La mort n'est qu'un changement de forme : l'anéantissement de la pensée est l'état le plus parfait. C'est, on le voit, du pythagorisme, à quelques nuances près. Après rétemité de la matière, vient la pluralité des mondes. L'univers n'a pas eu de commencement, disent les bouddhistes» et il n'aura jamais de fin. 11 existe vingt-six cieux, dont les vingt premiers servent de demeure aux Brachmi- Loches, êtres supérieurs à nous, d'une beauté indi-

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cible, grandissant à mesure qu'ils s*éloignentrde notre planète, tous du sexe mascqUd , et exempts de passions charnelles. Les six cieux inférieurs sont peuplés d*espèces analogues à la nôtre , avec quelques perfectionnements graduels. Ces croyances ne sont qu'une variété évidente des doctrines brahmaniques.

Du reste , la morale du Bouddhisme est pure , simple et pratique. On enseigne au peuple à faire Taumône, à méditer sur Tinstabilité des fortunes humaines, à ▼ivre d*une manière proGtable aux autres et à soi, à aimer son prochain comme soi-même. Les prédications des bouddhistes ne sont que le développement de ces maximes. Dans les temples , le peuple offre à la fois et adore. Il porte des fleurs et dit sa prière pendant que Tofficiant arrange les bouquets devant limage de Bouddha. Les femmes sont, à Ceylan comme ailleurs, les plus ferventes habituées des wiharés. D'autres dieux sont encore invoqués : ce sont les gardiens de Tile, qui ont leurs prêtres pris parmi les bouddhistes et nommés Kapourales. Le dieu Kaltragan est le plus redouté de tous : son temple , situé dans l'ile de Ceylan, est Tobjet d'un pèlerinage où accourent des peuples de la presqu'île Indienne.

Les peuples aborigènes de Ceylan sont les Bedahs et les Chingulais : les Bedahs composent une race à demi sauvage qui se cache dans les forêts et particulièrement dans la province de Bantam. Mieux faits et moins bruns que les Chingulais, ils sont indépendants, vivent dans l'état de nature, ne reconnaissent aucune autorité et se nourrissent de leur chasse. Ils n'ont ni villes ni villages, pas même de simples cabanes : leur lit, le soir, est au pied d*un arbre qu'ils ont entouré d*un rempart de branches épineuses; ils s'y blottissent jusqu'au jour, à moins que quelque danger ne les fasse grimper sur le tronc. On a dit que ce sont là les peuples autoditbones de l'Ile, mais l'identité de l'idiome signalerait plutôt dans les Bedahs la portion des aborigènes qui se refusa aux conquêtes de la civilisation. Lorsque les Bedahs ont besoin de quelque objet manufacturé , comme de fer et d'étoffes , ils s'approchent des villes , déposent dans un endroit convenu du miel , de la cire ou de l'ivoire, et écrivent sur une feuille d'arbre ce qu'ils désirent en retour. Ces échanges ont une espèce de règle que les sauvages ont adoptée et àlaquelle ils se conforment.

Les Chingulais sont en général grands , bien faits et musculeux ; leur angle facial, comnie celui des races mogoles et malaies, n'est pas aussi ouvert que celui des Européens. Les femmes y sont presque toujours jolies et souvent belles. On compte à Ceylan comme dans l'Inde plusieurs castes dont les subdivisions vont à l'infini. Dans les castes supérieures sont les rois, les chefs guerriers et les prêtres ; la caste intermédiaire s'occupe à des travaux mercantiles, et la dbste inférieure est vouée au service. Cette dernière marche presque nue avec un morceau de fa»le autour des reins, plus ample chez les femmes, plus rétréci chez les hommes. Les femmes de cette caste ne peuvent ni se couvrir la poitrine, ni porter le parasol, ni se faire suivre par des esclaves , toutes attributions qui caractérisent les Chingulaises d'un rang élevé.

Le costume des honunes de distinction offre un singulier mélange d'ancienne

mode chingalaise et de vêtements européens. C'est une large robe blanche, brodée sur les bords ) qui tombe croisée jusqu'à mi-jambe comme une toge romaine , et par-dessus un gilet et un habit à la française, de riche étoffe , ornés de boutons d*or ou d*argent ou de pierres précieuses. Ajoutez à cela un sabre qu'ils tiennent de la main droite , des pantoufles rouges pointues, des cheveux nattés et touffus que contient un large peigne d'or , et vous aurez la figure exacte d'un grand de Cejlan. Derrière lui vient un domestique qui porte son bonnet et un parasol , formé d'une seule feuille de palmier. Les honunes de premier rang ont jusqu'à cinq ou six porteurs de ces mobiles ombrelles.

Les habitations des Chingulais sont légères et simples. Les murs en bois ou en bambou se lient par des attaches en fibres de cocotier. La famille couche toute péle-méle , et il en résulte un libertinage précoce que les parents ne songent pas même à empêcher. Les alliances se font de caste à caste. Quand un jeune homme a atteint ses dix-huit ans, son père lui cherche une compagne, et, quand tout est convenu, un astrologue fixe le jour du mariage. La cérémonie se réduit à deux repas pris en commun ; les familles des fiancés y saisissent le riz à pleines mains dans une pile dressée sur des feuilles de palmier Après ce témoignage dintimité, la future s'approche, et échange avec le futur des boulettes faites avec du riz et de la noix de coco. Un cadeau d'étoffe blanche complète la cérémonie. Chez les riches, ces pratiques ont quelques variantes. Les conjoints peuvent se quitter au bout de quinze jours de cohabitation. Il parait même, d'après des remarques récentes , que la polyandrie est au moins tolérée parmi les Chingulais. On y a vu des femmes qui avaient jusqu'à sept maris , comme aussi des hommes qui avaient plus de sept femmes. Les enfants qui naissent de ces mariages sont allaités par la mère et remis ensuite au père, qui les élève et les soigne. Ils portent deux noms, l'un pendant l'enfance, qu'on leur donne, l'autre depuis l'âge de vingt ans, qu'ils se choisissent.

Comme Bouddha est venu de l'orient , les Chingulais se couchent toujours la tête tournée vers ce point du globe. A leur mort seulement, on leur dirige la figure du côté de l'occident ; on lave ensuite le cadavre , on le revêt de ses plus beaux habits et on le pose sur un bûcher d'enveloppes de noix de coco. Un mort de distinction est porté sur un palanquin , au bruit des tam-tams, et au milieu d'une escorte de prêtres.

La langue chingulaise est un idiome particulier à ce peuple, idiome dans lequel on« retrouve des mots dénaturés dont les radicales se rapportent soit à Tarabe, soit au sanscrit, soit au pâli. Les Chingulais écrivent avec un stylet de fer sur des feuilles de palmier, et colorent ensuite ces caractères avec une encre composée de charbon et d'huile. Leurs livres sont une collection de ces feuilles liées par une corde. Ils traitent de l'histoire, de la théologie , de la médecine et de l'astrologie. Les arts et les sciences ne sont guère avancés parmi ces insulaires. L'astrologie est seule en honneur chez eux : elle règle tous les actes remarquables de leur vie ; on consulte les planètes et les constellations pour tirer l'horoscope d'une nais-

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sance, d'un mariage, d'une maladie. Un fait singulier pourtant, au milieu de ces puérilités superstitieuses , c'est qu'on retrouve dans leurs calculs le nombre 432 , comme l'expression des divers mouvements combinés des corps célestes , nombre exactement conforme à celui des Brahmanes , et ( ce qui est plus caractéristique encore] avec les chiffres de Newton.

La capitale de Tile, Kandy, située au pied du pic d'Adam, offre dans ses environs des paysages pittoresques et très-accidentés. Sur les ruisseaux ou torrents qui les animent sont jetés des ponts légers faits avec de simples troncs de bambous et appuyés sur quatre pilotis ; quand on marche sur ces hardis chemins , on les sent ployer sous les pieds avec l'élasticité d'une corde. La campagne dans tout ce rayon est couverte de rizières, même sur les versants des collines auxquelles l'industrie chingulaise a su ménager des irrigations. Le riz est le principal produit agricole de Ceylan , et s^ récolte ne se fait pas sans donner lieu à quelques cérémonies religieuses. On couvre l'aire de cendres, sur lesquelles on dessine des iteurs et des arabesques ; ensuite on étalé des coquillages , des morceaux de fer ; après quoi chacun jette sa gerbe de.riz sur l'aîre.ainsi consacrée. IJn autre produit renommé de l'Ile est la cannelle. C'est un. arbre moyen, avec des feuilles comme celles de l'oranger, une fleur parfumée et blanche, un fruit jaqnâtre et gros comme une olive , d'où l'on extrait une huile propre à divers usages. La. seconde écorce, l'épiderme de cet arbre, est la cannelle. Séchée au soleil, elle prend la forme roulée sous laquelle, cette épice nous parvient en Europe. Parmi les antres produits végétaux de Ceylan, il faut compter l'arbre h paki, qui joue un grand rôle dans le système culinaire des * fiaturels , le vouren ou arbre puant, le godagandou ou arbre aux serpeilts, enfin: le. t^lipot, Vun des plus hauts arbres connus. * ;

Le règne animal de cette Ile oOre .en première ligoe ses races d'éléphants , estimés dans toute l'Inde .pour' leur fprce et leur intelligence. On les emploie au service domestique , où' ils se montrent d'une docilité et d'une aptitude surpre^ nantes; d'autres fois à la guerre, et alors on les enivre d'opium pour que, furieux et presque fous, ils courent sur les bataillons ennemis. Invulnérables aux lances et aux balles , rien ne peut les arrêter. Quelques-uns de ces pachydermes sont dressés à l'ofGce de bourreau, et ils apprennent si bien leur rôle qu'ils se trompent rarement sur la progression des supplices. Quand un criminel doit, avant de mourir, passer par la torture, ils lui arrachent les membres un à un et l'écrasent ensuite.

A côté de ces éléphants que l'homme a domptés et apprivoisés pour son usage , l'Ile de Ceylan en compte par milliers qui vaguent dans ses forêts , et qui sont plutôt les ennemis que les amis de Thomme. Cependant nul danger n'existe tant qu'ils vont par bandes, et les voyageurs en rencontrent ainsi groupés non- seulement sur les routes de l'intérieur, mais sur les chemins littoraux qui lient un comptoir à l'autre. Le seul péril est de tomber sur le passage d'un éléphant isolé (out-cast) et chassé, dit-on, de sa bande à cause de son mauvais naturel , ou plu- I. 45

tAt forcé de Tabandonner à certaine époque de l'année, à cause du nombre impair. Devenu Furieux, ranimai entre dans les villages, écrase les habitants, renverse les cases, déracine les arbres. On racpnte qu*un major anglais et sa famille, allant en palanquin de Trincomalay à Batticola , furent rencontrés par un de ces éléphant? isolés : à sa vue les porteurs prirent la fuite , et Tanimal se jetant sur le palanquin , le foula aux pieds , éventra les voyageurs , et , craignant de laisser parmi eux un être vivant , il les ramassa un à un avec sa trompe et acheva de les écraser contre les arbres voisins.

Loin de prendre fait et cause pour les éléphants sauvages , les éléphants privé? leur donnent la chasse pour le compte de Thomme, et Percival nous a transmis la description de ces expéditions singulières : a Un mois ou deux avant de chasser réiéphant, dit-il, les naturels font une clôture autour d'un vaste terrain qu'ils choisissent toujours au milieu d*un bois de cocotiers et qui environne un étang. Cette clôture est formée de poteaux très -forts , joints ensemble par de grosses cordes dans lesquelles on entrelace les branches d*un arbre voisin , de manière à ce qu'elle ne soit pas visible. Lorsque cet enclos est achevé, les Chingulais se rassemblent en grand nombre avec leurs fenunes et leurs enfants , qui portent des tambours ou d'autres instruments bruyants. Cette multitude dirige sa marche à travers la forêt, et, lorsque la nuit vient, elle se sert de flambeaux. On a eu soin, quelques jours auparavant, de faire entourer toutes les mares d'eau où les éléphants ont coutume d'aller se désaltérer, par des hommes qui sont chargés de repousser ces animaux en les effrayant. Ils se portent donc , et par le besoin de boire et pour fuir les clameurs qu'ils entendent de tous les côtés, dans la partie du bois qui leur parait la plus tranquille , et où ils espèrent trouver de l'eau. Pressés de la sorte, ces animaux marchent en avant et gagnent enfin l'enclos, dont on ferme aussitôt toutes les issues. Il arrive souvent que la fureur transporte les éléphants sauvages lorsqu'ils viennent de perdre leur liberté , et l'on a recours alors à l'intelligence des animaux apprivoisés. Ceux-ci, dès qu'ils s'aperçoivent que l'un des captifs est intraitable, se pressent contre lui et le frappent avec leur trompe , jusqu'à ce qu'ils l'aient rendu parfaitement souple et soumis. »

Ceylan a en outre une foule d'autres animaux. On y voit le lion , le chat-tigre, l'hyène, l'ours, le porc-épic, le chacal , le renard-volant { énorme chauve-souris), le crocodile et une foule de serpents , dont M. Davy a décrit les variétés avec le plus grand soin. Comme médecin, il fit de curieuses expériences sur leurs poisons , et s'attacha surtout à combattre des craintes exagérées. A Ceylan , comme dans le continent d'Asie et d'Afrique , on trouve des psylles ou conjurateurs de serpents. Ils manient les plus venimeux de ces reptiles avec une hardiesse qui fait trembler, et ils prétendent avoir un charme contre leurs morsures. Leur seul charme est l'habitude de ce jeu plein de danger, une grande agilité dans les gestes, et une connaissance des moindres allures du serpent.

L'histoire naturelle de ces reptiles n'est pas le seul travail qu'on doive à l'infatigable docteur Davy : il est le premier Européen qui ait posé le pied sur le pic

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d'Adam , montagne sacrée à la fois et pour les adorateurs de Bouddha et pour ceux de Brahma. Son récit a quelques parties curieuses. Il s'y rendit de Colombo, passant par Pantoura et Ratnapoura, dans le Safifragan. Ce dernier endroit est un poste militaire situé sur une colline que dominent de majestueuses montagnes : dans cette halte , il fallut quitter les palanquins pour des chaises attachées à deux bambous qae des honunes portaient sur leurs épaules. Le premier village saillant dans ce chemin est Ghillemallé , assis dans une plaine riante et entouré d'une ceinture de palmiers et d*arbres à fruits. Tout ce canton est infesté de sangsues , très-communes dans l'Ile ; elles s'attachent aux jambes nues des naturels , et se glissent même sous les yôtements des Européens. On a vu des soldats anglais mourir d'épuisement à la suite de leurs morsures réitérées.

Le dernier lieu habité sur la route ^du pic est Palabatoula , ou se trouve un wiharé qui sert d'hôtellerie aux pèlerins. Au-dessus de cet endroit il faut gravir le mont à pied , par un sentier étroit , frayé au milieu de forêts impénétrables au soleil. Cette route fourmille de dévots qui vont faire leurs adorations au pied de Bouddha : ils font halte auprès des torrents nombreux qui traversent le pic , y prennent un repas frugal et s'y désaltèrent. Auprès d'un de ces cours d'eau , commence la montée sur un roc vif et glissant : ce chemin serait inabordable sans les degrés que les rois chingulais y ont fait tailler dans la pierre. Les trois premiers escaliers n'ont que trente-sept marches en tout ; mais le dernier en compte quatre-vingt-dix. Au-dessus, commence avec le cdne du pic la seule partie périlleuse du chemin : il n'est pas de mois où , saisi de vertige, un visiteur ne tombe brisé au fond d'un gouffre. Sans de fortes chaînes en fer, scellées dans le roc, qui servent de rampe près du sommet, le pèlerinage en l'honneur de Bouddha compterait encore bien plus de victimes.

Du haut du pic la vue plonge sur toute l'Ile de Ceylan , sur ses chaînes de montagnes qui se festonnent au nord et à l'est , et sur les plateaux plus rapprochés , qui se présentent comme un tapis bigarré de vert, de brun et de rouge. De ce tableau si vaste , quand il faut revenir à chercher autour de soi le but de tant d'ascensions fatigantes, on trouve, dans l'enceinte d'un petit mur en pierres, le sri-piada, ou l'empreinte du pied de Bouddha. C'est un creux peu profond, long de cinq pieds trois pouces , et large, de deux pieds sept pouces. Un rebord en cuivre garni de pierres précieuses, un toit flxé au rocher par quatre chaînes de fer, soutenu par quatre colonnes et entouré d'un mur, complètent l'ensemble de ce monument. Le toit est doublé d'étoffes bariolées, et ses bords sont parés de fleurs et de guirlandes. Tout porte à croire que cette empreinte, qui a quelque analogie avec un pied humain, a été taillée après coup. Les seuls abris que présente !e sommet du pic sont un petit bosquet de rhododendrons, regardé comme sacré par les naturels, et une petite maisonnette pour le prêtre officiant. Quand une bande de pèlerins arrive sur le pic, la cérémonie religieuse conmience : le prêtre, en robe jaane, se tient à côté de l'empreinte du pied et le visage tourné vers les fidèles rangés sur une ligne, les uns à genoux et les mains en l'air, les autres penchés en

avant et les mains jointes ; ensuite Toificiant récite phrase par phrase les articles du symbole, et Tassistance les répète après lui. Quand la prière est finie, le prêtre se retire : alors les pèlerins poussent un cri et la recommencent sous la direction du plus âgé de leur troupe, après quoi ils se saluent respectueusement les uns les autres en commençant par les vieillards, puis ils s'embrassent et échangent entre eux des feuilles de bétel. La cérémonie finit par des offrandes au pied de Bouddha.

L*un des derniers titres de célébrité de Ceylan est la pèche des perles qui s*y fait sur la côte occidentale , à peu de distance de Ttle de Manar. C'est vers le mois de février que cett| pèche a lieu. Quand le commissaire anglais a déterminé le jour de l'ouverture 'et les parages où elle se fera, on voit arriver de différents points plusieurs milliers d'individus, de mœurs, de nation, de croyance, de langage divers. Leurs bateaux , longs et larges , avec un mât et une voile , ne tirent guère que dix-huit pouces d'eau. La pèche se fait par adjudication , et il est rare que les Chingulais se mettent sur les rangs pour l'obtenir. Leur poltronnerie les tient à l'écart. Les adjudicataires habituels sont des noirs qui font plonger leurs hommes , presque tous venus de la presqu'île de Dekkan. Pendant deux mois ils ont le privilège de cette pèche. Pour intéresser leurs plongeurs , ils les paient en nature, dans une proportion calculée sur les produits de la pèche. Chaque barque est montée de vingt hommes , dont dix plongeurs. Le plongeur prend entre ses deux pieds ou lie autour de ses reins une pierre qui Tentratne au fond de l'eau. Les cordes d'amarre le retiennent à la barque , et , à de certaines indications, on le hisse à bord. Tenant un sac en filet d'une main et bouchant de l'autre ses narines, il ramasse des huîtres tant qu'il peut stationner en bas, puis on le ramène à fleur d'eau, et après lui la pierre qu'il a laissée au fond. Souvent, dans ce périlleux travail, le pécheur rend du sang par les oreilles et par les narines. Toutefois l'asphyxie n'est pas le plus grand danger que courent ces malheureux : sous ces latitudes équatoriales , les requins se montrent par bandes , et la pèche surtout leur offrant une proie quotidienne, ils n'ont garde d'y manquer. Contre de tels assaillants, les pécheurs malais n'ont que des ressources d'exorcisme. Un sorcier , à bord de chaque barque , conjure les voraces cétacés , et fournit les plongeurs d'amulettes et de préservatifs. En d'autres occasions, ces hommes hardis vont même jusqu'à se faire agresseurs ; ils cherchent le requin , le combattent et le tuent. En 1823, un plongeur de perles, robuste Malais de quarantecinq ans, était venu à la pèche avec son Gis. Dans une de ces immersions, un énorme requin attaqua ce dernier et lui emporta une jambe. A la vue du sang qui rougissait l'eau, à l'aspect du visage convulsif de son enfant, le Malais ne perdit pas courage, mais il s'arrêta à fleur d'eau jusqu'à ce que la dorsale du cétacé eût reparu : alors, prenant un couteau entre ses dents, il plongea. Pendant quelques minutes on le chercha vainement ; mais bientôt un violent remous et quelques traînées de sang indiquèrent qu'un combat sous-marin venait de s'engager. Ce combat durait depuis plus d'un quart d'heure ; le Malais revenait de temps à

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antre à la surface pour reprendre haleine , esquivait son monstrueux adversaire , le harcelait de profondes entailles dans les ouïes , dans le ventre , sur les flancs ; enfin , un dernier coup acheva Tanimal : la mer devint rouge , les ondulations cessèrent, et le cadavre flotta. Le Malais vainqueur poussait son trophée en nageant vers la barque.

La quantité dhultres perliëres qui se trouvent sur les bancs varie suivant les saisons et selon le mouvement des sables. L* accroissement de ces huîtres dure sept ou huit ans : elles sont d une nature si délicate , qu'elles ne souffrent pas le transport. Les perles se trouvent dans la partie la plus profonde de riiuitre. Elles sont plus belles sur les bancs de Ceylan que dans les autres. Quand la récolte est faite, il faut laisser pourrir les huîtres dans des puits, pour ne pas courir le risque de briser la perle en les ouvrant vivantes. Rien n*est plus variable que le résultat de cette pèche : tel canot ne rassemblera que trois cents huîtres dans sa journée, tandis qu*un autre en recueillera plus de trente mille.

Ces richesses du littoral de Ceylan nous conduisent à la nomenclature des comptoirs européens qui le peuplent. A Textrémité septentrionale de la grande lie, se trouve rile de Jafna-Patnam, qu*un petit canal en sépare. Entre cette Ile et la presqu'île, et dans un détroit large de douze lieues, se trouve le barrage que les Européens ont nommé /« pont d^Adam, barrage singulier qui semble être l'ancien point d'attache de File de Ceylan au continent asiatique. Ce barrage interdit la navigation du canal aux plus petits caboteurs. Récemment encore , des ingénieurs et des hydrographes anglais ont été envoyés sur les lieux par la Compagnie des Indes, pour voir si cet obstacle de la nature ne pourrait pas être surmonté par les efforts de Tart. Leur rapport a été favorable, et de gigantesques travaux vont être entrepris, assure-t-on, pour la canalisation de ce bras de mer.

L*ile de Jafna-Patnam est riche en pacages et en bestiaux. Jafna, son chef-lieu, est à peu de distance du rivage. On y voit un fort. Peuplée de Hollandais , de Maures et de Malabars, son commerce de châles et d'étoffes n'est pas sans importance. De là , en reprenant la côte occidentale de Ceylan , on ne trouve rien jusqu'au golfe de Manar , bù s'élève un ouvrage fortifié : ensuite parait Arippo , où campe le bataiijon de troupes anglaises chargé de protéger les pécheurs de perles ; plus loin vient Negumbo, charmant village encadré de prairies et de bois de cannelliers.

Dans le sud, à quelques lieues de là, est Colombo, capitale du gouvernement anglais dans l'Ile de Ceylan , cité importante et bien défendue. Les maisons sont passablement construites, mais mal couvertes et dégradées par des nuées de corbeaux et des légions de «nges, qui en ébranlent les tuiles. Le port, ou plutôt la rade, n'est tenable que pendant quelques mois de Tannée , à cause des fortes brises de S. 0., qui y soulèvent une mer de tempête. Malgré cet inconvénient, Colombo est encore l'une des villes les plus peuplées de Tlnde; sa population est on mélange de Maures, d'Hindous, de Chinois, d'Arabes, de Persans, de Turcs, de Malais et d'Égyptiens, sans compter les colons européens, qui priment sur toutes

ces peuplades d*Asie et d*Afrique. Od peut, sans rien exagérer, porter à 60,000 âmes le chiffre de cette population. Le portugais corrompu est la langue habituelle de Colombo et des autres comptoirs de Ceylan. Le commerce de ce port roule tout entier sur les produits de Tile et principalement sur la cannelle. On y imprime actuellement un journal sous le titre de Geylan-Gazette.

Dans la famille européenne, ce sont aujourd'hui encore les Hollandais qui dominent à Colombo. Les mœurs de ces créoles sont molles et paresseuses. Leur vie se passe à boire, à fumer, et à se visiter les uns les autres. Le costume des fenunes , mélangé d'européen et de chingulais , ne manque pas d'élégance. Les vieilles Hollandaises mâchent continuellement une composition de feuilles de bétel, de noix d'arek et de chinam, espèce de chaux faite avec des coquilles brûlées, puis pilées dans un mortier.

De Colombo à Caltoura, la campagne est un verger continuel, coupé de rivières, de pâturages et de bois. La contrée abonde en gibier de toute espèce. Pointe-de- Galle se montre ensuite : c'est le port le plus commerçant et le plus populeux de nie après celui de Colombo. La ville noire , habitée par les Malais et les Hindous , est très-importante. Matourah, village armé d'un très-petit fort, est située à l'extrémité méridionale de Ceylan et à trente milles de la pointe de Galle. Ses environs sont célèbres par de belles chasses à l'éléphant. En 1797, on en prit soixante-seize dans une seule expédition de ce genre. De Matourah, si l'on remonte la côte orientale , on parcourt des forêts peuplées seulement de bétes féroces, et jusqu'à Trincomalay la seule halte qu'on puisse faire est à Batticola, petit fort bâti pour protéger la navigation des caboteurs. Comme comptoir commercial , Trincomalay n'est pas une ville aussi considérable que Colombo et Pointede-Galle , mais c'est le chef-lieu de la marine militaire à Ceylan ; sa large et profonde baie étant le seul havre de cette lie qui puisse recevoir des vaisseaux de haut bord. La contrée environnante est stérile, le climat chaud et malsain ; mais ces désavantages sont compensés par la sûreté du mouillage , par des arsenaux bien fournis , et de beaux chantiers de construction. Le dernier poste en remontant au N. E. est Malativoe , petit fort bAti dans une position pittoresque et au milieu d'une campagne féconde. Les forêts qui l'avoisinent sont abondamment fournies de gibier. Telle est la bonne volonté des indigènes de ce rayon, qu'il sufDt de leur donner un peu de plomb et de poudre, pour qu'ils rapportent, quelques heures après, les pièces de chasse qu'on leur désigne ; et cela sans exiger le moindre salaire.

Voilà ce qu*est Ceylan, tie plus importante jadis, à l'époque où le monde entier était tributaire de ses épices. Son commerce va décroissant chaque année , et ses perles, ses cuirs, ses cannelles sont cotés au rabais du prix courant européen. Ses exportations qui, à la paix de 181^, allaient à près de trois millions sterling, n'atteignent plus maintenant ce chiffre. Les registres des douanes de Trincomalay constatent de jour en jour de nouveaux déficits.

Quelque désir que j'eusse de visiter l'intérieur de Ceylan , la route de Trinco-

malaf à Kaody était alors trop peu sûre poar qu on pût s*y hasarder. Une barque malaise non pontée allait mettre à la voile pour Pondichéry : je pris passage à son bord, qaoiqae je n'eusse pour me faire comprendre du patron que quelques mots de méchant portugais. Confiant dans mon étoile , je n*hésitai pas néanmoins à m'aventnrer sur un frêle morceau de bois : nous partîmes deTrincomalay le 22 avril 1830.

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