CHAPITRE XX
L'Hhidoustan , aux jours primitifs de son histoire , fut appelé par ses naturels des noms dé Djambou-Wypa (arbre de Djambou) et de Baratak-Handa (le pays de Baratha ). Us le divisaient en pays septentiîonal , pays moyen et pays méridio-
nal. Qaaot à sa déDomination moderne, les saYants ne s'accordent point sur sa valear étymologique : la racine la plus Yraie semble pourtant se trouver dans le nom du fleuve Sindh ou Hind qui coule à TO. du pays.
Quoi qu'il en soit, ce qu*on nomme Uindoustan est aujourd'hui enclavé entre l'Hymalaya au N. ; le Khamti à l'E. ; le Kaboul , le Moultan et le Sindh à 1*0. ; enfin au S. la mer des Indes : c'est tout le pays gisant du S"" au 35^ de lat. N. et du Gd"" au 90* de long. É. La chaîne de l'Hymalaya» qui le termine sur toute la frontière septentrionale , offre les plus hauts sonunets de tout le globe connu. Tandis que le point culminant du continent européen s'élève à peine à 2,400 toises audessus du niveau de la mer, l'Asie nous montre son pic de Tchamoulari , sur les limites du Boutan, haut de 4,400 toises , le Dhowalgiry et le Djawahir dans le Népaul , avec 4,390 toises pour le premier, et 4,026 pour le second.
Là coulent aussi des fleuves beaux et bienfaisants : l'Indus ou le Sindh qui se jette dans le golfe d'Oman ; le Nerbuddah qui flnit au golfe de Cambaye ; le Kavery, le Kishna , le Godavery ; enfin le Gange et ses affluents qui tous descendent vers le golfe du Bengale. Ce dernier fleuve est pour l'Inde ce que le Nil est pour rÉgypte ; sacré comme lui , comme lui fécondant par ses crues périodiques.
Situé presque tout entier dans la zone torride , mais limitrophe d'une région / d'alpes et de glaces , THindoustan jouit d*une température douce , quoique inconstante. Les ouragans y sévissent avec une violence inconnue ailleurs , et nulle part la foudre ne retentit avec plus d'éclat. Ces phénomènes ne sont toutefois ni généraux ni uniformes ; ils varient suivant les localités. Ainsi la chaîne des Gattes, qui coupe la presqu'île du Dekkan du nord au sud , détermine presque toujours des contrastes atmosphériques entre ses deux versants d'est et d'ouest. La côte de Halabar est le point le plus malsain et le plus inondé de pluies; ensuite vient la côte de Coromandel, puis le Bengale, où il tombe souvent vingt-deux pouces d'eau par mois. Les parties les plus saines de la contrée ce sont les plateaux intérieurs entre les Gattes, les provinces entre la Junrnia, le Gange et le Sutledge, le Penjaub, le Lahore, le Kachmyr, le Népaul , dont le climat se rapproche de celui de l'Europe centrale. C'est là que les anciens voyageurs plaçaient de miraculeux exemples de longévité , là que vivaient les Cyrni , dont un grand nombre , suivant leurs récits , arrivaient à l'âge de cent cinquante ans ; là que vieillit ce prétendu fakir que l'historien Faria fait vivre trois siècles. Aujourd'hui qu'on y regarde de plus près , les habitants de ces pays ne dépassent pas les limites d'une existence moyenne. L'Hindoustan offre même , en général , plutôt des vieillesses précoces que d'étonnantes longévités. Des affections aiguës telles que le choléra y déciment fréquenmient les populations. Toutes les maladies de la peau, la lèpre surtout, y sont communes et intenses. Les Européens végètent dans ces régions humides et chaudes : aucun n'y conserve son teint vif et coloré ; la peau devient promptement blafarde , l'œil perd de sa vivacité. La moyenne de la vie y est beaucoup moins élevée qu'en Angleterre et en France.
Le sol de l'Inde avec ses nombreux accidents et ses plateaux étages, o0re
presque toutes les variétés des productions terrestres. On y fait deux récoltes par an. La principale est celle du riz, qui est le pain des Indiens. La flore indienne est Tune des plus riches qui aoient au monde. Les roses de Delhi et de Ghazjpour, d*où Ton tire Vailar ou essence , ont une célébrité venue jusqu'à nous dans les poésies des Orientaux. Au nombre des plantes utiles à Tindustrie, il faut citer rindigo, le tabac , le chanvre Je lin, la salsepareille, le datura, le coton, le bétel» Topium, le sésame et plusieurs espèces tinctoriales. Les provinces des Gattes et d'Aoud produisent du poivre en abondance. La canne à sucre prospère dans tout le Bengale, et surtout aux environs de Bénarès.
L'inde a des forêts de bambous et de palmiers de toutes les sortes. Au nombre des arbres à fruit, il faut distinguer le figuier ou arbre des Banians, qu'on appelle encore arbre de Bouddha ou figuier des pagodes (ficus religiosa) . Il est sacré dans rinde, et chaque établissement religieux, temple ou chauderie , a d'ordinaire son arbre des Banians. Les branches sortent du tronc horizontalement , et se projettent ainsi à de telles distances , qu'elles pendent peu à peu vers la terre ; puis , quand elles l'ont touchée, elles s'y transforment : de tiges elles deviennent racines, s'implantent, prennent appui dans le sol et fournissent de nouveaux sucs au rameau qui les a poussées si loin. Cette reproduction spontanée se multiplie à l'infini , et un seul arbre suffit quelquefois pour créer autour de lui comme une petite forêt. Le plus célèbre de toute l'Inde est le cohir-bar^ dans le Guzurate. 11 a aujourd'hui deux mille pieds de circonférence autour de ses principaux troncs, tous plus gros que ceux de nos hêtres. C'est une tradition , parmi les naturels , que cet arbre a trois mille ans d'existence.
Quoiqu'on ait exagéré les richesses minérales de l'Inde, cette contrée oOre encore des mines de toutes espèces , et si ses hautes chaînes de montagnes étaient explorées, on y trouverait sans doute de nouveaux et inappréciables trésors. L'or, le cuivre, l'étain, le fer, le sel , s'y rencontrent , sans qu'on ait cherché à les utiliser par aucune exploitation bien conduite. Les mines de diamants de Golconde, qui des merveilleux récits de quelques aventuriers sont passées dans toutes les géographies , ces mines dont la crédulité européenne s'est longtemps repue , n'ont jamais existé que dans des imaginations romanesques. Des minéralogistes anglais ont coupé cette province dans tous les sens, fouillé le sol ; ils ont interrogé patiemment les traditions indigènes, consulté les archives de Seringapatnam ; et après tant de recherches, ils sont arrivés à cette conclusion que Golconde n'a point de mines de diamants. En revanche on trouve des pierres précieuses dans le Nirzham et le Balaghar. On y recueille aussi des rubis, des saphirs, des améthystes, et du beau cristal de roche.
Mais toutes ces beautés le cèdent à celles du règne animal. Nulle part la création ne se montra en ce genre plus prodigue et plus gracieuse. Au nombre des mammifères, nous signalerons d'abord les singes, qui viennent par milliers dans les villes, se perchent sur les toits des maisons , se font les commensaux des pagodes, et vivent presque à l'état de domesticité. La prodigieuse multiplicité de
ces animaux avait, du reste, été remarquée dans les temps antiques. Lorsque l'année d'Alexandre déboucha de la Perse dans le Penjaub , elle vit venir à sa rencontre une telle quantité d'êtres vivants qu'elle crut avoir en face Tarmée indienne ; elle s'apprêtait à combattre ces ennemis imaginaires, quand elle reconnut en eux des légions de singes.
Dans le nord de THindoustan courent des antilopes et des cerfs de toutes sortes. Les forêts du Bengale sont habitées par des axis mouchetés de blanc , comme nos daims en été : celles d'Orissa recèlent le jungly-gau ou ghyal, souche sauvage des bœufs domestiques de l'Inde. Le delta du Gange nourrit les superbes races de tigres aux rayures noires. Ailleurs se trouvent le buffle à la peau noire, aux cornes proclives ; la brebis à la laine soyeuse , la chèvre niaykay aux longues jambes; la chèvre du Népaul, à la queue si fournie, si ondoyante, qu'adaptée à des manches d*argent massif, elle flgure, sous le nom de chowries^ dans toutes les cours des nababs de l'inde ; les écureuils, les paons, les faisans, les coqs sauvages, naturalisés aujourd'hui dans tous les pays du monde. L'éléphant, le rhinocéros, le guépard, le chacal, peuplent les forêts, tandis que les fleuves offrent plus de deux cent cinquante espèces de poissons autochthones, à la tête desquels sont les gavials et les crocodiles bicarénés, monstrueux pythons qui dévorent les espèces plus petites. Puis vient cet immense reptile, le boa, qui atteint jusqu'à quatrevingts pieds de longueur.
Pamii les oiseaux, même variété : ce sont le loris au plumage cramoisi, le cacatoès à la livrée blanche; ensuite les couroucous au plumage d*or et vermillon, les malcohas au gros bec, les coucals aux plumes rigides, les boubous, les barbus, les pics et autres oiseaux grimpeurs ; enDn les magnlGques espèces de drongo, dont l'azur est si vif. A cette multitude innombrable d'êtres animés, il faut joindre les insectes les plus brillants ; des abeilles, presque toutes sauvages , et fournissant un miel aromatique ; des papillons de toutes les couleurs , des vers à soie , des fourmis noires et blanches , des sauterelles énormes et qui volent et s'abattent par nuées.
n faut s'arrêter dans cet aperçu des richesses de THindoustan « car on ne les saurait dire toutes. La nature a fait beaucoup pour cette contrée ; mais elle ne doit presque rien au travail de l'homme. Ce qu'on appelle l'industrie indigène se réduit à quelques manufactures de toiles de coton , qui de temps inunémorial ont formé un des principaux objets des exportations de la contrée. L'art de tisser et de teindre le coton, d'en assortir les qualités de manière à arriver du fort canevas à la percale et à la mousseline diaphane, est un secret traditionnel qui s'est perpétué de pères en Gis parmi certaines castes hindoues. On ne compte pas moins de cent vingt-quatre espèces d'étoffes de coton travaillées dans Tlnde et qui toutes ont leurs qualités et leurs destinations particulières. Outre ces étoffes de coton, on estime encore les soieries brochées de Surate , les draps et les châles de Kachmyr,les tapis de Patnah, les nattes de Bénarès, les armes blanches de Delhi, et les ouvrages en filigrane du Bengale. A côté de ces articles manufacturés
sont les produits du sol , qni complètent la nomenclatare des exportations , tels que le coton , le riz , Topium , le sucre , le nitre , le poivre , le bois de sandal , la gomme laque, Tindigo, la cannelle, la soie, la cochenille, les diamants et autres pierres précieuses, les perles, les poissons et les peaux de tigre. Quant aux importations , la liste en est plus longue encore : elle se compose de tous les objets manufacturés de TEurope, draps, velours, armes à feu, eaux-de-vie, vins, fils d'or, quincaillerie, etc. L'Arabie envoie dans le Bengale ses cafés, son encens et ses chevaux; la Chine, ses thés; la Birmanie, ses bois de teck; les Moluqnes, leurs clous de girofle et leurs noix muscades.
Fractionné par des conquêtes successives , peuplé de tribus militaires qui y campent plutôt qu'elles ne l'habitent , l'Hindoustan n'offre pas des divisions territoriales bien exactes et bien précises. 11 faut chercher l'explication de l'état actuel des choses non plus dans la géographie ancienne, mais dans l'organisation imposée au pays par la puissance anglaise. Deux genres de divisions peuvent être adoptés , l'un purement géographique , qui coupe cette vaste contrée en Hindoustan et en Dekkan,runet l'autre septentrional et méridional , le second politique, qui la partage en empire anglo-indien, en confédération desSeyks, en principauté du Sindhy, en royaumes de Scindia et de Népaul , enfin en comptoirs européens.
L'empire anglo-indien proprement dit se divise en trois présidences : Calcutta, Madras et Bombay. Elles sont gouvernées par des directeurs de la Compagnie et subdivisées en districts où résident un juge, un receveur-général et quelques autres employés. On a vu ce qu'étaient Madras et Calcutta. Le chef-lieu de la troisième présidence , Bombay , est une grande et belle cité de 300,000 Ames environ, située dans l'tie de ce nom, sur la côte de Malabar. Bombay est, après Calcutta, la ville la plus commerçante de l'Inde; elle est dans ces parages le premier port militaire de la Grande-Bretagne. De belles frégates et une multitude d'excellents navires de commerce sont sortis de ses chantiers. Outre les maisons européennes qui exploitent ce comptoir, on y remarque une foule de Guèbres et d'Arméniens, tous voués au négoce et possesseurs d'énormes fortunes. Aussi le cabotage est-il plus actif sur ce point que dans tous les autres ports de l'Hindoustan. Bombay est l'entrepôt des marchandises de la Malaisie, de la Perse, de l'Arabie et de l'Abyssinie. On y publie un journal en langue indigène et plusieurs gazettes en anglais.
Dans la présidence de Bombay, on remarque Pounah, cité de 100,000 âmes qui fut la résidence du Peichwa ou chef de la confédération maratte jusqu'en 1818, époque à laquelle lord Hastings l'occupa avec des forces anglaises; puis Surate, ce célèbre marché de l'Orient, qui, bien que déchu, a encore une population de 170,000 âmes; Ahmedabad, ancienne capitale du Guzurate, une des plus riches villes de l'Asie au temps du voyageur Thévenot , cité plus mongole qu'hindoue, qui a conservé 100,000 habitants et de magnifiques mosquées; Yisapour, capitale d'un empire célèbre, et aujourd'hui si déchue que Mackinston l'a
■odmiéé la Palmyre du Dekkan; Bisnagar, ville aux mwreiHettses ruines, reine de rinde par les restes de ses monuments , qai remontent aux plus beaux jours dn culte braroamique et de Tarchitecture hindoue.
La présidence de Calcutta , outre les grands centres de population déjà énumérés, offre encore Dakka sur le vieux Gange, cité manufacturière de 200,000 âmes, ancienne capitale de rHiodoustan ; Mourchidabad, capitale des Mongols de 17Û& à 1711 , aujomrd*hui siège d*une cour d'appel , où Ton compte 160,000 habitants, et résidence du nabab pensionné par la Compagnie ; Berhampour , lune des six grandes stations militaires de Tlnde , établissement tout moderne , dopt les casernes et les maisons s'alignent avec élégance et symétrie le long des rives du Gange; Patnah, capitale du Bahar, et n'ayant pas moins de 300,000 âmes; Mandji, célèbre par son arbre des Banians, dont Tombre, en plein midi, a 1,116 pieds anglais de circonférence ; Monghir , le Birmingham de llnde pour ses fabriques d'armes et d'acier; Boglipour, qui tisse la soie et le coton; puis Bénarès, la métropole du Bramamisme. cité sainte, où les rajahs hindous ont leur wakîl ou représentant religieux.
Bénarès, qui compte. plus de 600,000 âmes, est assez mal bAtie; ses mai-^ sens, décorées de verandabs et hautes de plusieurs étages, s'étendent le long du Gange ; elles renferment une population d'ouvriers, de pèlerins, de fakirs, population permanente ou flottante, mais toujours primée par la foule des brames (pà habitent ce siège de la suprématie religieuse. Dans les rues circulent librement des taureaux consacrés à Chiva , des singes protégés par le dieu Hanouman , et des mendiants qui harcèlent l'étranger de leurs lamentations et de leurs suppliques. Les monuments les plus remarquables de Bénarès sont la mosquée d*Âoreng-Zd>, le temple de Yisvischa et l'observatoire du rajah Djelsing. Bénarès possède en outre une foule d'écoles hindoues et mahométanes, au nombre desqoelles est l'université bramamique , fondée par le gouvernement anglais sous le nom de Vidalaya. Dans les environs se trouve Ghazipour, où stationne un camp anglais depuis la révolte de 1781 ; belle et florissante ville , célèbre par son délicieux climat et ses champs de rosiers. C'est à Ghazipour que mourut Comwallis : on lui a élevé une espèce de monument tumulaire en forme de dôme , d'une architecture bizarre et incorrecte. Les champs de rosiers de Ghazipour, dans une étendue de plusieurs centaines d'acres, offrent un coup d'œil ravissant. L'attar ou essence de roses s'extrait de l'eau de roses en exposant celle-ci pendant la nuit à l'air libre, dans de grands bassins découverts. Au lever du soleil, on enlève avec soin toute l'huile essentielle qui nage à la surface : cette huile €st l'attar. Pour obtenir en attar le poids d'une roupie (pièce d'argent de 2 fr. 50 c.], il ne faut pas moins de deux cent nulle roses épanouies. Aussi paie-t-on cette essence des prix fous. Le campement de Ghazipour est le plus sain de toute llade; on y envoie d'ordinaire les régiments dont la santé a été gravement dtérée dans des localités malsaines.
Haniki rayon de Bénarès et trente-quatre miHes plus loin dans l'ouest, au con-
flnent de la Joinma et du Gange , est Allahabad, réputée sainte parmi les Hindws et but d'un pieux pèlerinage. Ensuite parait Agra sur la Jumma, jadis résidence du Grand-Mongol Al&bar, aujourd'hui toute pleine de ruines. Les géographes lui donnaient récemment encore, sur la foi du voyageur Legoux de Flaix , 800,000 Ames, chiffre exorbitant qu'Hamilton vient de réduire à 60,000 dans une tournée féconde en rectifications pareilles. Le palais impérial d'Akbar, le Moti-Mesjid, mosquée bâtie en marbre, le Tadj-Mahal,- monument funéraire élevé par Cha- Djinnam à son épouse favorite, attestent, par leurs somptueux décombres , la magnifioence passée de ce séjour impérial.
La dernière et principale ville de ce rayon est Delhi , résidence de cet empereur mongol qui n*est plus guère qu*un prisonnier et un pensionnaire de la Compagnie des Indes. 11 habite le palais, magnifique édifice que l'évéque Haber regarde comme supérieur au fameux Kremlin de Moscou. C'est un vaste assemblage de bâtiments en granit rouge, environné de hautes murailles et d'un fossé profond dans un circuit d'un mille à peu près. Là végète obscurément le titulaire actuel de Tempire, Cha -Mohammed- Akbar, qui tient ses durbars (cours) aussi régulièrement que s'il était le maître sérieux de l'Inde. Delhi a été pendant longtemps le séjour des empereurs, et on le reconnaît à la grandeur et au faste des monuments qui lui restent. Des palais et des mosquées s'y montrent de toutes parts. La plus belle parmi ces dernières est le Djenia-Mesjid , qu'enceint une coloiinade de granit rouge marqueté de marbre. Avant l'invasion de Thamas-Kouli-Khan , Delhi était un vaste dépôt de trésors amassés par les souverains mongols. Cette catastrophe l'a ruinée : sa population qui, sous Aureng-Zeb, s'élevait à 2,000,000 d'habitants, n'en compte aujourd'hui guère plus de 300,000. Un résident anglais se tient constamment à Delhi pour surveiller le titulaire mongol.
Dans la présidence de Madras se trouvent Kondjeveran , remarquable par ses pagodes ; Arcot , ancienne capitale du Komatic méridional ; Vellore . station militaire ; Tripetty , célèbre par son temple ; puis plus bas dans le Kamatic , Trinomali avec une pagode à quatre tours dont l'une a deux cents pieds de hauteur et douze étages ; Tchillambaram , qui renferme aussi plusieurs pagodes de construction pyramidale : c'est dans l'une d'elles que se trouve le ISerta-Chabei ou chapelle de l'éternité , composée de mille colonnes qui , se groupant en quinconce , forment un parallélogramme au milieu duquel est le naos ou sanctuaire ; les colonnes , hautes de trente pieds , sont en granit et couvertes de sculptures religieuses. Cette pagode parait être un des plus anciens temples indiens. Plus loin est Tandjaore , voisine du Kavery , dont la population est de 30,000 Ames. Là aussi se trouve une pagode que lord Valentia regarde comme un des plus beaux édifices pyramidaux de l'Hindoustan ; ensuite viennent Tritchinopoli , cité de 80,000 Ames , et Seringham , l'une et l'autre remarquables par leurs temples ; Ramisseram , dont la garde se perpétue dans la famille des Pandarams ; Madourah, jadis très-importante et très-forte; Kotchin,' Kalikut, commerçantes et
maritimes; enfin Maogalore, dont les habitants , au nombre de 30,000, s'occa* pent de navigation et de cabotage.
En dehors de ces villes qui sont du ressort inmiédiat de la Compagnie aifglaise, l'Inde en coRipte d*autres qui relèvent d'une façon moins directe de cette puissante association de marchands. Telles sont, dans le royaume d'Aod, Lucknow avec sa population de 300,000 âmes , et dans laquelle un nabab tient une icour magnifique; dans le royaume du Dekkan, Hyder>Âbab, résidence du nizam et peu|riée de 200,000 Hindous ; Ellore, remarquable par des eicavations dans le roc, ornées de sculptures comme les hypogées égyptiens; enfin Mysore, dans le royaume de ce nom, d'où Hyder-Aly et son fils Tippoo résistèrent si longtemps aux Anglais. Au nombre des annexes le plus récemment acquises à l'empire angio -indien , annexes qu'on a désignées sous le nom d'Inde transgangétîque , sont les contrées détachées de l'empire des Birmans : à savoir les royaumes de d'Arrakan et d'Assam, des pays de Katchar, de Djinthia, de Garraus, etc., et ceux situés à l'ouest du Saluen , tels que Martaban , Yeah, Tavay, Tanasserim. La seule ville birmane qui mérite d*étre distinguée dans ces nouvelles conquêtes est celle d'Arrakan, cité bien dépeuplée et bien déchue aujourdhui. Du reste, jalonné de havres sûrs et profonds, le littoral contraste si fort avec les grèves plates et dangereuses de Coromandel , que tôt ou tard les navires de relâche dans le gidfé du Bengale prendront le chemin de Martaban et de Merguy .