CHAPITRE XXVI
QOGHIMGHIMI. — POVLO-GOMDOR. — SAiaOMa.
L'heure du départ était venue ; le capitaine Tsin-Foug, prêt à déraper, ne nous avait laissé que peu d'heures pour nos adieux. Nous en profitâmes pour visiter une fois encore le digne évéque de Siam, et pour remercier don Silveira. M. de Sozopolis nous embrassa les larmes aux yeux, a Je ne reverrai jamais notre France, me dit-il ; mais le dernier regard que je jetterai sur ce monde sera pour elle. » Il me donna le nom de quelques parents, me supplia de les aller voir quand j'aborderais dans la patrie, me remit des lettres pour les missions de l'Asie orientale , puis à ces marques d'affectueux intérêt il joignit ses pieuses bénédictions.
Notre visite à don Silveira s'était prolongée , et, quand nous arrivâmes sur le
pont de la jonqne , Tancre était haute et le courant nous emportait. Des officiers de la douane yisitaient tous les recoins du bord pour s'assurer qu'aucun sujet de Sa Majesté siamoise ne s*esqulvait de ses États. Le soir du môme jour, 5 août, nous mouillâmes devant le village de Kiong-Foe que pressait une verte ceinture de jardins et de bosquets. Une petite course à terre nous initia aux procédés de culture usités dans le pays et à Taménagement des terrains. Les paysans qui peuplaient ces environs nous parurent d'un naturel bon et paisible ; seuls dans la campagne, nous nous y trouvâmes en sûreté comme dans les contrées les plus civilisées de FEurope. Le lendemain , nous passâmes devant les forts que Ton nomme fonts Pegouans, à cause de la colonie qui habite leur voisinage. Il est aisé de distinguer ces émigrés du reste des Siamois, aux cheveux longs et nattés des femmes » et aux membres tatoués des hommes. Chez les Pegouans ce tatouage est poussé jusqu'à l'extravagance ; ainsi une personne de qualité a non-seulement les jambes et les cuisses bariolées de lignes bizarres, mais porte encore sur la poitrine , en caractères pegouans ou mons , une inscription dont chaque lettre a pour le moins un pouce de longueur.
Quelques heures de jusant rapide nous conduisirent de là à Pak-Nam et aux bouches du fleuve. De ce point, la vue la plus animée se déroula devant nous. La mer qui mourait en angle aigu dans le fond du golfe , les hautes montagnes de l'est , les landes marécageuses de l'ouest, tout cela mêlé de barques qui remon* taient ou descendaient, de caravanes qui se croisaient sur la rive , d'arbres verts et élancés , d*oiseaux de terre et de mer bruissant au milieu d'un paysage silencieux , tout cet ensemble de rumeurs et de calme, d'eau et de verdure^ ravissait le regard blasé parle monotone aspect des contrées intérieures. Le seul inconvénient de cette station était dans les légions de dévorants moustiques qui ne nous laissaient reposer ni jour ni nuit.
L'air du large chassa ces myriades d'insectes : nous vînmes mouiller devant les Iles Si-Chang que les anciens navigateurs ont nommées les ties hollandaises. Elles sont au nombre de huit, dont la plus étendue peut avoir un mille dans sa plus grande largeur. Les vents périodiques de ces mers étant plutôt contraires que favorables à notre route, nous nous tînmes en vue des côtes qui lious envoyaient leur brise. Nous doublâmes ainsi le cap Lyant au delà duquel TO. S. 0. devenu traversier nous permit de faire bonne roule. Le lendemain parut devant nous un singulier archipel composé d'une tie principale, autour de laquelle s'échelonnent une vingtaine d'tlots. C'est le groupe appelé sur les cartes Hon-co-Throu , ou plus correctement Hon-co-Tre. Enfin, le 11 août, le patron chinois signala Poulo-Ubi et le cap de Kambodje, pointe sablonneuse et basse, angle avancé, dont l'un des côtés regarde la mer de Chine , l'autre le golfe de Siam. Poulo-Ubi est une Ile escarpée et verdoyante, où deux ou trois familles de Cochinchinois cultivent des champs de maïs, et vendent quelques cochons aux bâtiments de relâche dans ce havre.
La pointe de Kambodje une fois doublée , nous donnâmes dans la mer de