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COCHINCHINE- — HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE

gaeur sur une très-petite largeur. La rivière la flanque et la défend de toutes parts. De temps à autre paraissent dans son enceinte quelques habitations en briques , couvertes de tuiles , mais le plus grand nombre des logements sont de pauvres huttes en chaume et en bambou. Sa population , y compris les troupes , s*élève à 60,000 Ames. Hué est par-dessus tout une capitale militaire. Ses greniers, 868 magasins, ses arsenaux, ses casernes construites sur le bord d'un canal navigable, sont des édifices qui feraient honneur à Tart européen. Suivant M. White, 100,000 hommes y ont travaillé pendant quinze ans. Le fossé qui environne la place a deux lieues de circuit et quatre-vingts pieds de large , les murs ont cinquante pieds de haut.

La vice-royauté du Tonquin forme la portion la plus populeuse et la plus importante du royaume. Sa capitale Retcho est située sur la rivière du Song-Koi. On n*est d*accord ni sur Timportance , ni sur retendue de cette ville. Richard la dit égale à Paris pour l'étendue, et M. de la Bissachère ne lui accorde que 40,000 habitants ; double assertion qui pourrait se concilier toutefois par Fisolement et la diffusion des logements entrecoupés de vastes jardins. Craivfurd de son côté assure que des marchands chinois, qui avaient fait plusieurs fois le voyage de Ketcho, estimaient sa population à un chiffre triple de la population de Hué, ce qui porterait la première à 150,000 Ames.

Le Kambodje , contrée peu connue des Européens , n*est pas un pays nul dans rhistoire asiatique. Puissant dans le i' siècle « il conquit la Cochincbine ; puis , attaqué par le roi de Siam et sauvé par Talliance cochinchinoise , il devint vassal à son tour, essuya des chances diverses, fut une annexe de Siam de 1786 à 1809 , époque à laquelle Ta-Koun, le bras droit de Gya-Long, la rallia définitivement à la couronne de Hué-Fou.

Le territoire duTsiampa, qui avoisine le Kambodje, occupe l'espace qui s*étend depuis le cap Saint-Jacques jusques et au delà de la province de Phu-Yen. Les naturels y semblent distincts des Cochinchinois et par la religion et par les habitudes ; ils ont plusieurs analogies avec les Malais de T Archipel , et la chronique javanaise cite au nombre de ses reines une princesse originaire du Tsiampa. La réunion de cette contrée à la couronne cochinchinoise ne parait pas remonter plus loin que de 1730 h 1740.

Ainsi quatre races bien distinctes habitent Tempire anamitique : le Cochinchinois proprement dit, le Tonquinois, le Kambodjien et le Loye ou naturel de Tsiampa , sans compter les colonistes chinois , malais , portugais , et les tribus sauvages des Moyes. Chacune de ces races principales a ses traits et son caractère.

Le Cochinchinois, on Ta vu, quoique intrépide à la guerre, a des mœurs sociables et douces; il vit sobrement et ignore les maladies, fruit de l'intempérance; du poisson, du riz, des ignames et quelques pistaches, telle est sa nourriture ordinaire. Son vice capital, celui qui domine tous les autres, c'est la malpropreté. Couverts de haillons et de vermine , les gens du peuple ne se montrent pas plus délicats sur le choix de leurs mets , mangeant la chair de

ralligator, se faisant une sauce friande avec le jus de poissons pourris , avalant avec délices un œuf près d'éclore, portant à la bouche les insectes vermineux dont ils se délivrent; sales enfin à provoquer le dégoût. Moins négligés dans leur personne , les grands ont d'autres défauts : ils sont fourbes , avares « rapaces et fripons. Vains comme les Siamois, ils le cachent davantage et remplacent envers rétranger la morgue par l'astuce. Les mœurs des Cochinchinois sont assez relâchées. La polygamie est permise chez eux conune à Siam , mais elle est rarement pratiquée. On paie une ou plusieurs femmes, qui deviennent une propriété dont on dispose comme bon semble. Les travaux les plus pénibles retombent sur réponse, qui nourrit ainsi l'indolence de son maître. Le mari a même le droit de punition corporelle, et il n*est pas rare de voir, dans les rues, de pauvres malheureuses couchées sur le dos et déchirées par le bambou du chef du ménage. Quant aux jeunes filles, elles sont libres, et peuvent au besoin abuser de leur liberté. Une faute n'est pas un obstacle à leur mariage.

Les naturels de Tsiampa ressemblent peu aux Cochinchinois. 11 y a chez eux mélange de mœurs malaises et asiatiques. Moins indolents et plus industrieux , ils ont aussi plus de tenue et de propreté. Leur voisin , le Kambodjien , est vigoureux et de haute taille; voué à la culture d'un pays riche et fertile, habitant des plaines ouvertes à l'invasion étrangère, il est pacifique de sa nature, doux et bienveillant. Les mêmes qualités se retrouvent chez le Tonquinois, qui constitue un type mixte entre la Chine et la Cochinchine. Le Tonquinois a le visage plat, ovale, moins brun que les autres Indiens ; ses cheveux sont longs, noirs et fort épais : une robe qui lui descend jusqu'au talon, est presque son seul vêtement.

Le gouvernement de l'empire anamitique a les formes les plus absolues et les plus despotiques, quoiqu'il affecte, comme celui de la Chine, des dehors paternels et bienveillants. On peut dire qu'en ce pays c'est le b&ton qui gouverne l'État et la famille. Le bftton est mis en jeu pour les petits délits comme pour les grands crimes , pour les derniers sujets comme pour les mandarins. Nul Européen n'a visité un port cochinchinois sans avoir pris sur le fait ce grand argument. M. Crawfurd le vit appliquer à de pauvres acteurs ambulants qui avaient déplu à Son Excellence le mandarin des éléphants, dans une représentation donnée dans la cour de son palais. M. Laplace fut plus heureux encore : il trouva le moyen de faire bfttonner un mandarin qui s'était permis d'accompagner le commandant français aux montagnes de Marbre et de lui laisser visiter la pagode souterraine , sans avoir obtenu pour ces deux faits l'autorisation préalable de la cour de Hué. D'autres peines 9 comme la décapitation, la cangue et la prison , sont bien plus rarement appliquées , et seulement dans les cas de vol , d'adultère , de meurtre, de trahison et de malversation.

La population de l'empire anamitique a été diversement estimée par des observateurs européens. En 1818, le chiffre, d'après M. de La Bissachère, était de 32,000,000. Du reste, ces évaluations ne peuvent être qu'approximatives, car le recensement exact des provinces est regardé comme un secret d'État à la

cour de Hué-Fon. On sait seulement avec quelque exactitude que la population chrétienne dépasse U)0,000 Ames , dont 300,000 dans le Tonquin» et le reste dans la Gochinchine et le Kambodje.

La religion dominante dans l'empire anamitique est le bouddhisme ou le culte de Fo. Déjà pourtant quelques hauts dignitaires , quelques lettrés pratiquent les dogmes de Confucius ; mais le peuple va dans les pagodes adorer Rouddha. Ces pagodes sont loin d'égaler en magnificence celles de l'Asie occidentale ; les prêtres sont moins respectés et beaucoup plus rares. On voit que le culte s'éloigne de son foyer. Il y a même parmi les classes inférieures des pratiques stupides et indéfinissables; elles adorent de bons et de mauvais génies, comme en Chine, et brûlent en leur honneur des papiers dorés. La seule croyance populaire qui élève l'âme est le culte rendu aux mânes des parents.

L'empire anamitique comprenant près de quinze degrés de latitude, le climat y yarie suivant les zones et leurs accidents. Les produits du sol se modifient suivant les latitudes « mais les plus abondants et les plus productifs sont le riz , le mais , l'igname et la noix de coco. L'arek , le bétel et le tabac , dont l'usage est général dans la contrée , donnent de belles récoltes. Les fruits les plus estimés sont l'orange et le lichi. La canne à sucre, dont la culture a fait des progrès rapides, fournit 40,000 pikouls pour l'exportation. L'indigo vert ou dina-^xaag, qui ferait à lui seul la richesse d'un pays , le coton , la cannelle , le thé , 1^^ poivre noir , le cardamome , le cinnamome, réussissent à souhait. Les plantations de mûriers blancs ont développé l'éducation des vers à soie. Les montagnes, outre quelques mines de fer, d'or et d'argent , ont encore leurs belles et profondes forêts, principale richesse du pays. C'est là qu'on trouve les bois de rose, de fer, d'ébène, de sapan, de sandal, les bois d'aigle et de calambac, ce dernier surtout , le plus précieux et le plus cher de tous.

La zoologie de la Cochinchine compte peu d'espèces qui ne lui soient communes avec les pays indiens. Les animaux sauvages y sont remarquables par leur force et par leur beauté. L'éléphant y atteint une taille colossale ; le tigre y est si dangereux et si redouté que le roi a afiecté une prime de quinze piastres pour un tigre mort; le rhinocéros , le léopard tacheté , le cerf, peuplent les forêts. Ces animaux sont en général l'objet d'une vénération profonde parmi les naturels , qui vont même jusqu'à attribuer une foule de vertus à leurs substances. Ainsi les os de tigre, mis en poudre, donnent du courage ; la cervelle d'éléphant de l'intelligence, et la cendre des cornes de cerf de l'agilité.

Quelques lignes sur le commerce extérieur de la Cochinchine compléteront cet ensemble de faits et d'aperçus. Si Gya-Long eût vécu plus longtemps , nul doute qu'il ne se fût établi des échanges nombreux et utiles entre les ports de son royaume et nos villes maritimes; mais la politique étroite de son successeur, ses défiances puériles, son système de fiscalité ruineuse , ont fermé le marché cochinehinois aux armateurs de France , d'Angleterre et du Bengale. Quelques navires à peine , presque tous de relâche , viennent jeter l'ancre à Touranne sur leur

route vers Macao. Des jonques de Chinois poursuivent seules et sans concurrence un commerce de petite navigation de Fai-Fo à Sincapour. D*autres bâtiments du môme pavillon ont accaparé le cabotage qui se fait entre les marchés cochinchinois, les Philippines , les ports de Tempire Céleste « ou les diverses échelles siamoises.

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