‹ Voyage autour du mondeChapitre 54 sur 98 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

iiVçoH. — aoumsM ha» l'Iui. — nanwmom dilooos^ — «mona m tAK-MATéo.

— LAO DM LA LAamiA.

Le jour suivant , quand nous nous retrouvâmes, Norberg avait un air de préoe* cupation qui me frappa. Il était distrait, absorbé : au déjeuner, il parla peu et ne dit rien de remploi de notre journée que nous réglions ordinairement en commun. Je le pénétrai ; je compris qu*il avait ses projets et qu'il voulait être seul. Alors j'allai au-devant de sa pensée, a Mon ami , lui dis-je , il est de rigueur que j'aille voir la maison Y...., à qui je suis recommandé. Excusez-moi si je vous laisse pendant quelques heures, Norberg. i» Je partis là-dessus, et j'allai voir dans Bidondo les compatriotes pour qui Verger m'avait donné une excellente lettre. J'entrai dans une maison vaste et riche où fourmillait une active domesticité. Dans les cours, dans les magasins , se révélaient l'ordre et l'opulence des maîtres : on y sentait leur main laborieuse et leur intelligente intervention. Quel contraste de ce comptoir affairé à l'indolente maison du négociant espagnol ! Encore quelques années, et toute la fortune de Manille sera entre les mains d'une vingtaine d'étrangers venus récenunent dans la colonie.

MM. y.... m'accueillirent à bras ouverts; un Français est chose assez rare à Manille pour qu'on tienne compte de tous ceux qui y passent. Ils me retinrent à déjeuner^ me flrent parcourir leurs entrepôts , visiter leurs bateaux caboteurs ou pantins , inspecter leurs magasins de détail.

Tout cela m'occupa pendant plusieurs heures, et mon absence fut assez longue pour laisser à Norberg une latitude sufBsante à l'exécution de ses plans secrets. Quand je regagnai le logis commun , tout était fini en effet : je le trouvai avec la mine bouleversée. Il aecourut vers moi : « J'ai besoin de vous voir, mon ami , j'ai fait une sottise, dit-il , une sottise qu'à mon âge on ne devrait plus se permettre ; un enfantillage. J'ai voulu profiter de votre absence pour aller voir dona Arellano. — Je m'en doutais. — C'était pure curiosité , mon ami, rien de plus. Eh bien , peu s'en faut que je n'aie causé une révolution dans Manille! Aller voir une dona quand l'époux est hors du logis , je crois , Dieu me pardonne , que c'est pour la première fois qu'un scandale pareil s'est donné à la contrée. Quand je me suis présenté à la porte, il fallait voir quelle épouvante s'est répandue parmi les gens de la maison ; ils ont refusé de me recevoir, et je les aurais plutôt exterminés tous que de les faire consentira m'introduire. Somme toute, j'en ai été pour mon extrav^ante démarche. — Je m'y attendais. Je savais mon Manille mieux que vous. Écoutez , Norberg , de pareilles incartades ne seraient rien ailleurs : ici tout est grave. Tsin-Fong ne sera prêt que dans quelque^ jours ; mais d'ici là nous

voyagerons dans Ttle. Un pontin de MM. V.... part ce soir pour le pays d*Ilocos , nous nous y embarquerons, s'il vous plalt. »

Ce fut fait ainsi. Le surlendemain , nous mouillions dans le port de Cagnocao , et nous prenions la route de Yigan , capitale de la province d*ilocos. L*aspect du pays ne démentait pas sa haute réputation de fertilité et d'opulence. La Cabessera de Yigan se compose de cinq villages qui se touchent. Vigan, le plus considérable de tous, est la résidence de Tévéque et de Talcade qui gouvernent les Ilocos. Dans notre route vers ce chef-lieu , nous parcourûmes une chaussée admirablement entretenue , bordée d'un côté et de Tautre de magniOques rizières , et plantée des plus beaux arbres qui viennent sous les tropiques. MM. Y.... avalent pourvu atout; nous devions loger chez Talcade. Comme ce fonctionnaire était alors en tournée , nous allâmes le rejoindre à Pavoye, situé au nord de Yigan.

A Pavoye , Tun des bourgs les plus importants du pays , une fête indigène fut improvisée en notre honneur. Elle débuta par Tapparition d*un régiment de deux cents jeunes filles assez bien vêtues et de l'âge de treize à quatorze ans. Organisées en bataillon , ces halasas ou vierges faisaient Texercice avec des fusils de bois. Elles maniaient cette arme inofTensive au son duHambour, avec une dextérité admirable. L'alcade ne sut pas nous dire quelle était l'utilité de cette coutume , et dans quelle guerre devaient servir ces nouvelles Amazones, a Cela sVst toujours fait ainsi , d répondit-il. Après les jeunes filles vinrent de jeunes garçons qui , à leur tour, simulèrent quelques évolutions , en brandissant des arcs et en lançant des flèches.

Dans i*après-m'idi , il y eut grand repas , comédie et musique. La table était dressée en plein air , sous un berceau de magnifiques orangers. Nous nous y assîmes au nombre de six convives , tandis que cinquante serviteurs circulaient autour de nous , les uns chargés de plats , les autres versant à boire , ou chassant loin de nous les insectes incommodes. Il serait impossible de mentionner tout ce qu'on nous servit ; cent sortes de mets au moins, pour ne rien exagérer, mais cela accommodé si étrangement, si bien empesté d'épices, de piment et de poivre, si mélangé d'ingrédients indous, chinois, malais et espagnols , qu*il y avait prudence à s'abstenir. Nous mangeâmes du pain, un pain blanc et parfait , le premier et le seul pain que j'aie trouvé en Asie.

Dans le cours du repas, un orchestre ne cessa de faire entendre sa musique aigre et bruyante. Ensuite vint un bal d'enfants, puis la danse sauvage des Tangnyanes, peuplade qui habite TE. de Luçon. Elle se compose d'hommes et de femmes qui forment des passes guerrières , le sabre à la main. Les danseurs sont presque nus ; mais les danseuses ont un costume assez décent.

La nuit venue, il y eut comédie. La pièce était sans doute l'œuvre de quelque Molière ilocos , car toute Tassistance riait aux éclats. Un Chinois assez poltron et fort ladre figurait dans cette parade comme faisant la cour à une Tagale ; la belle ne voulait pas du galant ; mais , d'accord en cela avec son mari , elle visait à le rançonner, et y procédait avec une grande adresse et une merveilleuse coquet-

terie. Placé entre Tamour et Tavarice , le Chinois balançait assez longtemps poar fournir matière à quelques scènes qui se dénouaient à sa confusion.

Le bourg de Pavoye , ou cette fête se passait , compte 18^000 habitants ; nous en trouvAmes 2^,000 à Batac. Ces deux endroits sont riches en coton et en riz.

En résumé , i*alcadée, ou gouvernement dllocos, est la meilleure qui soit aux Philippines : elle compte 320,000 âmes de population, en y comprenant i 0,000 Tanguyanes, peuplade à qui l'Espagne laisse son indépendance politique et religieuse , moyennant un léger tribut.

Bien faits, d'une belle figure, les Ilocos s'habillent d'ordinaire comme les Tagais ; seulement ils poussent le luxe jusqu'à endosser le dimanche la veste de soie noire. Nous en vîmes dans la campagne qui portaient une espèce de manteau court, recouvert en chaume , avec des braies garnies de la même manière; on les aurait pris pour des ruches ambulantes. Les femmes avaient une mise plus simple : le canezou, la cambaye, le tapis, se portaient comme à Manille. Les Ilocos se coiffent du salacot , et marchent presque toujours les pieds nus.

Les naturels de cette province , inteUigents et actifs , y ont établi des manufactures de soie et de coton. Ils fabriquent une étoffe légère et de couleur saillante, qui s'emploie pour les tapis des femmes. Le coton du pays est de qualité supérieure; la Chine le préfère à celui de Bombay. Outre les toiles fines, dont le tissage a été introduit par un moine , curé de Batac , on fabrique aussi des toiles à voile et de magnifiques couvertures.

Les chevaux sont petits dans la province' dllocos, mais forts, excellents, et si nombreux , qu'on en compte dans certains villages jusqu'à trois par tête de naturel. Aussi les habitants vont-ils tous à cheval. Les maisons des Ilocos sont bâties en bambou : plus spacieuses que celles des Tagais , elles ont aussi un aspect d'aisance plus générale.

L'alcade des Ilocos commande à tous les capitaines de villages ou capitanes del pueblo; c'est lui qui nomme et qui destitue , c'est à lui qu'aboutissent les procès locaux , à moins que les parties n'en appellent à la grande audience de Manille. Ces exorbitantes attributions en font un petit despote , qui , de concert avec le dignitaire ecclésiastique, gouverne et rançonne la contrée. Peu payés par l'État, ces alcades trouvent le moyen de tirer de leur place des revenus énormes. Ils sont monopoleurs du commerce de leur province. Soit par crainte, soit par habitude, les paysans ne vendent qu'à eux seuls leurs récoltes , et cela à un prix qui laisse des bénéfices énormes sur la réalisation définitive.

Après cette courte station dans le pays des Ilocos, nous regnagnâmes les bords de la mer ; et , comme le pontin avait terminé son chargement , nous reparthnes en serrant la côte. Avant de doubler le cap qui ferme au nord la baie de Manille, notre barque longea la plage de Marivelle , où Renouard de Sainte-Croix assure avoir constaté un phénomène curieux de physiologie. « C'est au pied de cette montagne, dit-il, qu'on peut voir la nature humaine décrépite presque à son berceau. Les indigènes de ce canton reçoivent toutes les impressions de la fie de

si bonne heure , qu'à peine ont-ils atteint Tâge de la jeunesse , qu'ils ont toutes les formes de la caducité. On y voit communément des filles de dix à onzer ans qui sont mères , et d'autres qui ont les formes déjà très-fatiguées à dix-huit ans. Les hommes vieillissent un peu moins vite. On ne peut attribuer cette singularité qu'à la nature du sol , à la vivacité des eaux qui sortent des montagnes , à la chaleur journalière du climat , à laquelle succède toujours une grande fraîcheur. Ces habitants passent du IS"" au 33'' du thermomètre, pour retomber de nouveau à U"". Il pleut presque tous.le9 soirs régulièrement dans ce petit coin du globe « de manière que les sens se trouvent dans un travail continuel , qui finit par les user très- vite. Le corps prend sa croissance de très-bonne heure; car tous les enfants de dix mois marchent et parlent. Ce qu'il y a de surprenant, c est de voir sur ce point des Philippines la race humaine si déchue , quand partout ailleurs elle est si belle et si grande, n Passant aussi près de Marivelle, c'était sans doute l'occasion de vériGer un phénomène pour lequel le doute est encore sagesse ; mais la brise d'O. ayant fraîchi , notre patron ne voulut pas se laisser affaler sur cette cAte ; il doubla le cap et cingla directement vers la baie.

Avant d'arriver à Manille, il avait été décidé entre Norberg et moi que nos pèlerinages d'intérieur continueraient. Toujours attentionnés, MM. Y.... se chargèrent de régler notre itinéraire. Nous devions aller d'abord à la grotte dé San-Matéo^ l'une des merveilles du pays ; puis visiter M. la Gironnière, colon français, propriétaire d'une belle habitation assise sur les bords du grand lac intérieur, dit la Laguna.

Nous partîmes pour San-Matéo le jour même, traversant le Passig à San-Pedro- Maccatti , et prenant de là , à travers de fertiles montagnes, la route de May-Bongo. Nous étions montés sur des chevaux du pays , petits , rétifs , mais vigoureux. Ces chevaux n'avaient guère qu*une allure , celle du pas espagnol , sobro passa , espèce d'amble qui est aussi rapide que doux. Deux guides tagals et deux domestiques suivaient à pied.

La végétation de ces contrées montagneuses nous parut encore riche et belle , quoique des nuées de langostas , espèce de sauterelle , eussent attaqué la verdure et jusqu'au tronc des arbres.

Le premier bourg qui s'offrit à nous, dans cette route, fut celui de May-Bongo, délicieusement jeté, sur chaque côté du chemin, au milieu de bouquets d'arbres touffus. Ensuite parut Maria-Kina au bord de la Nanka, site d'un effet enchanteur, bourg considérable qui compte 9,000 habitants; enfin, une lieue plus loin et sur la berge de la même rivière, se révèle San-Matéo où nous devions coucher. San-Matéo ne compte que fc.OOO âmes ; mais il entretient avec Manille un commerce important de bois de bâtisse. La qualité préférée pour cet emploi est le molavé^ essence tellement acide que les insectes ne peuvent l'entamer. On a vu de ces arbres qui, coupés et employés depuis deux siècles , paraissent aussi intacts que si la hache venait de les détacher du sol. Pour les faire arriver à Manille, on les précipite dans la Nanka, d*où ils descendent liés en radeaux par cet afQuent du Passig.

La grotte , bat de notre voyage, n*était qu'à une heure du chemin du yfllage. Nous arrivâmes par un magnifique sentier jusqu'à sa base , et de là à l'ouverture souterraine par une rampe courte et à pic. Il est impossible de rendre la beauté du tableau que nous avions alors sous les yeux. La ligne des premières collines nous cachait la mer; le paysage avait un cadre étroit, mais dans ce cadre que de riches et mystérieux détails I quel vallon complet avec sa rivière à nappe d'argent, ses crêtes boisées, ses plateaux en rapport ! quelle merveilleuse alpe tropicale !

Nous étions à rentrée de Texcavation et' près d'y pénétrer, quand une nuée de chauve-souris s*en échappa et vint se heurter contre nous. A cette irruption , il fallait voir nos pauvres Tagals se jetant le front contre terre , effrayés et disant que les nonos ou mauvais esprits qui habitaient la grotte détachaient contre nous leurs légions de sentinelles. Toutes nos instances ne purent décider ces pauvres diables à nous accompagner dans l'intérieur; ils restèrent sur le seuil, croyant oser beaucoup en allongeant la main pour nous procurer quelque clarté au moyen de torches résineuses. Pourvus de flambeaux , nous avançâmes Norberg et moi ; nous parcourûmes la caverne, nous la toisâmes sans trouver même un reptOe qui pût justifier les terreurs des naturels. L'excavation avait près de deux mille pas de profondeur sur une hauteur très-variable. Le sol était de roc et de terre, coupé de temps à autre par de grandes mares d'eau dans lesquelles nous entrâmes jusqu'à la ceinture. Du reste peu d'accidents intérieurs, peu de pétrifications dans ces souterrains , indignes , à tout prendre , de la grande réputation dont ils jouissent à Manille. Au retour, ce fut en vain que nous voulûmes édifier nos guides de ce que nous avions observé ; ils nous écoutaient à peine : quand nous leur parlions de la solitude de la grotte , ils recommençaient à nous citer tous les mauvais esprits qu'on y avait vus ; quand on leur affirmait qu'elle avait à peine deux mille pas, ils souriaient avec incrédulité , et disaient que la montagne , au su de tout le pays, se trouvait percée à jour, et que cette entrée caverneuse était le chemin de la Chine. Le grand pirate chinois Limahon, ajoutaient-ils, est venu par là, et il n'a pas pris d'autre chemin pour s'en retourner.

Aux montagnes de San-Matéo, à trois lieues de Manille , commence l'une des frontières des possessions espagnoles. Le reste de ce rayon non découvert encore est livré à des tribus sauvages qui occupent les sommets les plus élevés de la chaîne. Les Tagals nomment ces peuples Igorotes ou Negritos. Très-adroits à la chasse, ces Negritos viennent à San-Matéo échanger leur gibier contre du riz : ils sont presque nus , se couvrent les parties naturelles de peaux de bananes, et parlent assez facilement le tagal.

Cette courte et attrayante excursion nous avait mis en goût : celle de la Lagnna nous réservait des scènes plus curieuses encore. Nous partîmes de Bidondo dans une barque armée de Tagals vigoureux qui avaient peine à lutter contre un courant rapide. C'était pour la première fois que nous voyions aussi bien les bords du Passig. A droite et à gauche nous voyions fuir les maisons des faubourgs qui se mirent dans la rivière , nous admirions du côté de Bidondo ces délicieuses salles

de bains domestiques , construites au niyeau du courant , pour l'usage de chaque logis et de chaque famille. Quand Manille fut loin , quand ses clochers et ses remparts eurent disparu , la campagne nous étala ses sites ravissants « ses rizières balancées à la brise, ses bouquets de palmiers et de bambous, ses huttes indigènes au toit aigu , à la cage suspendue en Tair. Sur les mêmes eaux qui nous portaient, des milliers de pirogues chargées ou vides descendaient avec le courant , ou le remontaient comme nous.

Notre première halte eut lieu à Passig, village qui a donné son nom à la rivière de Manille. Passig n'est peuplé que de pêcheurs qui vont vendre à Bidondo le produit de leur journée. Au-dessus et avant d'arriver au lac, on trouve de fort belles habitations, propriétés de riches Espagnols.

EnGn la Laguna s'arrondit devant nous. Ce magni6que lac intérieur, qui a trente lieues au moins de circonférence , est partagé en deux portions inégales par une chaîne d*iles dései*tes , autour desquelles , comme dans tout le lac , on trouve de 25 à 30 pieds de profondeur. Cet immense réservoir d'eau douce provient de la multitude de ruisseaux et de petites rivières qui descendent des plateaux environnants. Peut-être aussi la disposition du sol détermine-t-elle sur ce point l'afflux souterrain de toutes les eaux qui coulent des hautes montagnes de l'intérieur. Renouard de Sainte-Croix, qui a bien vu cette lie, parait même croire que le lac a des communications avec les volcans qui l'environnent, cr Une preuve des plus fortes qu'on puisse en donner, dit-il , c'est qu'en 1800 on vit pendant les chaleurs une très-grande quantité de poissons morts sur la surface du lac , dont les eaux cessèrent d'être potables , et prirent une odeur fétide et corrompue. Le grand nombre de ces poissons qui flottaient ainsi jusqu'à Manille y flrent craindre une peste , ou tout au moins une épidémie. On envoya des médecins dans les villages pour chercher à reconnaître si l'on n*en découvrirait pas les symptômes. Le gouvernement Gt publier un arrêté qui défendait aux habitants de manger de ces poissons. On en fut heureusement quitte pour la peur. Une chose digne d'être remarquée, c'est qu'une très-grande quantité de ces poissons n'étaient pas entièrement morts; le corps paraissait conserver du mouvement et de la sensibilité, lorsque la tête était déjà en putréfaction. Le lit de la rivière en était rempli. On jugea que dans la communication avec le lac il s'était répandu beaucoup de soufire, et que c'était une des principales causes de cette mortalité : les eaux en étaient très-fortement imprégnées. Je ne me permettrais pas de rapporter ce fait, ajoute Sainte-Croix , s'il n'était attesté par tous les habitants de la colonie et par les procès-verbaux que j'ai eus entre les mains. »

Les premières terres que nous vîmes en entrant dans le lac étaient basses et noyées ; mais bientôt se révélèrent à nous des côtes abruptes dont les sommets étaient garnis de bois. Plus loin la scène changea ; les versants devinrent moins raides, et de magniBques villages où blanchissaient des églises et des couvents indiquèrent un pays d'opulence maritime et territoriale. Cela se prouvait encore et par l'aspect des plateaux en culture, et par l'élégance des cases béties sur la

grève , et par des myriades de grosses barques ou de petites pirogues , qui animaient les anses et les débarcadères. La pèche et ie cabotage pour les riverains, Tagriculture pour les autres , voilà comment se distribuaient les rôles dans cette population qui vivait à la fois et de son admirable lac et des terres fécondes qui Tentourent.

L*babitation de M. de la Gironnière était située presque au fond de la Laguna. Nous y arrivâmes dans l'après-midi. Là , sur une langue de terre qui regarde Santa-Cruz , chef-lieu de la province , est un vaste logis de maître avec une aile attenante , maison bâtie presque à Teuropéenne , commode, aérée, à deux étages. Des magasins , une sucrerie en activité , d'autres dépendances moins considérables et un hameau tagal se groupent autour de l'habitation. Tout cet ensemble se nomme la Hala-Hala ; c'est la propriété d'un Français ^ M. de la Gironnière. La Hala-Hala a été créée , organisée , soignée , baptisée par lui. Il y a peu d'années ^ on n'y voyait qu'une forêt inculte, un marécage infect , avec quelques cabanes de forbans ; aujourd'hui ce sont de riches plantations, une manufacture prospère, un hameau tranquille et laborieux. La population d'indigènes, attirée parle bienêtre , y augmente à vue d'œil , les terrains environnants se dépouillent et s'ensemencent. Ainsi un de nos compatriotes aura la gloire d'avoir pris l'initiative du défrichement de cette terre espagnole. Nous reçûmes à Hala-Hala l'hospitalité la plus cordiale. Français et recommandés par MM. Y.... c'était assez d'un seul de ces titres auprès d'un homme excellent et plein de nobles qualités.

Le lendemain nos courses intérieures recommencèrent. Notre hôte nous donna des vestes et des pantalons de grosse toile; il nous couvrit la tête du salacot, coiffure utile à la fois contre la pluie et contre le soleil. Ainsi accoutrés, nous allâmes visiter Santa-Cruz , jolie petite ville assise au bord du lac dans une plaine couverte de moissons. Le couvent , l'église , les maisons blanches et propres se découpaient sur les montagnes boisées , et saisissaient le regard. Santa-Cruz , centre d'un commerce actif de vin de palme et d'eau-de-vie de coco , est peuplée de Tagals et de Chinois , les uns agriculteurs , les autres marchands. Malheureusement le site n'est pas salubre : la saison des pluies y détermine des inondations, et à leur suite viennent la fièvre et le choléra , qui prélèvent chaque année leur tribut de victimes.

Plus loin que Santa-Cruz et dans une gorge délicieuse , est le célèbre petit village de los Banos , qui a le premier attiré les Européens dans la province de Laguna» Comme son nom l'indique , ce village possède des bains d'eau minérale , dont les vertus étaient jadis en grand honneur à Manille. On citait, à l'appui, des cures extraordinaires et fréquentes, des miracles qui confondaient l'art des. médecins. La montagne à laquelle ce village est adossé est visiblement un produit volcanique , et la source qui en sort est au même degré que l'eau bouillante. Les eaux de los Banos paraissent efficaces, principalement contre les maladies de la peau. Autrefois il était de mode à Manille d'aller passer un mois de la belle saison dans cet établissement thermal , et sans doute, là comme dans toutes les localités

analogues, la salubrité de Tair, l'exercice du corps « fabsence de tout tracas domestique ou commercial , la vie réglée et méthodique , le régime sain et doux « faisaient plus sur les baigneurs que les propriétés curatives des eaux. Mais depuis un demi-siècle ce pèlerinage hygiénique est tombé en désuétude : l'invasion des Anglais en 1762, l'apparition des bandita dans une lie du lac, le prix élevé des bains , leur mauvaise tenue , ont peu à peu éloigné la foule du hameau de los Banos. Nol site pourtant, dans les Pyrénées et dans les Alpes, ne peut se dire plus imposant et plus beau. D'énormes blocs volcaniques , aux formes anguleuses, des aiguilles , des pyramides de roc , portent à leur plus haute crête des panaches d'arbres dont on ne sait ni l'âge ni le nom. Derrière ce premier plan de forêts et de montagnes , viennent d'autres montagnes et d'autres forêts , diverses d'aspect et de caractère : celles-là , plus hautes , montrent de loin le cours de leurs torrents en découpures larges et profondes ; elles sont livrées aux buffles , aux sangliers et aux cerfs, ou aux Negritos , aussi sauvages que les cerfs , les sangliers et les buffles.

Toutes ces terres semblent porter au front l'empreinte d'un déchirement ; les pics affaissés accusent des cratères éteints ; la pierre noircie témoigne d'éruptions antérieures, et, pour compléter ces indices, de temps en temps Luçon tremble sur sa base , les églises , les couvents , les maisons de Manille croulent et s'affaissent au ras du sol. Le plus voisin de ces anciens volcans est à un mille de los Banos. La bouche ignivome est aujourd'hui remplie d'une eau verdâtre et stagnante. Dans ce petit lac, d'un quart de lieue de circonférence, se plaisent et prospèrent des caïmans gigantesques. Renouard de Sainte-Croix en a vu dont la longueur excédait cinquante pieds.

Dans notre course à los Banos , ce qui nous frappa le plus ce fut la prodigieuse quantité des canards et des canetons qui s'abattaient sur cette partie du lac : sa surface en était couverte. La cause de cette affluence de volatiles d'une même espèce nous était bien expliquée par le goût des Tagals , des Malais et des Chinois, qui les préfèrent aux poules; mais le moyen d'arriver à une puUulation aussi merveilleuse déconcertait tous nos calculs. Notre guide seul nous donna le mot de l'énigme. Pour suppléer aux fours usités en Chine dans la couvaison artificielle , les Tagals ont imaginé d'employer la chaleur humaine, et ils ont, parmi leurs indolents serviteurs , trouvé des couveurs patients et assidus. On arrange à cet effet une espèce de cadre , contenu par des traverses légères doublées d'épaisses couvertures; quand les œufs y sont arrimés droits, serrés l'un contre l'autre, et tenus en respect par des cendres jetées dans les interstices, on hisse cet appareil, à surface régulière et plane , jusqu'à une petite hauteur du sol , et le nonchalant couveor s'allonge sur ce divan singulier ; il y boit , il y mange , il y fume , il y mâche son bétel , non sans ménager les coques fragiles que sa chaleur doit féconder. L'habileté de ces couveurs est telle, qu'ils suivent jour par jour le progrès de l'embryon, et qu'ils aident à sa sortie, quand le moment est venu, en brisant eux-mêmes l'enveloppe. A peine éclose , la couvée court vers le lac , y barbotte

tout le jour , et se retire le soir dans des cages flottantes construites sur la grève. L'éducation des canards est une des grandes industries du village de los Bancs et de Santa-Cruz.

Le jour suivant, qui était le dernier de notre pèlerinage, M. de la Gironnîère voulut nous arranger une partie de chasse dans toutes les règles. An petit jour, le cor nous réveilla , et bientôt chiens et piqueurs, chasseurs et valets, voitures, dievaui , palanquins , se mirent en mouvement vers la forêt. La chasse commença sur les flancs boisés d*une colline , que coupaient des sentiers ardus et presque impraticables. A peine y étions-nous entrés , que les chiens firent lever un cerf , élégant et noble animal , plus petit néanmoins que nos belles espèces. Il passa près de Norberg, qui rajusta et rabattit. A un mille de là, la meute signala une nouvelle proie , un sanglier , l'un des plus beaui qui se fussent jamais vus dans les forêts de la Laguna. Cette fois, Thonneur de la chasse m'appartint. Bientôt de la crête des montagnes nous descendîmes dans une plaine coupée de taillis et de marécages, asile habituel des buffles sauvages , le plus dangereux quadrupède de ces contrées. Tranquille, obéissant, endurant même dans l'état de domesticité, le buffle est terrible à l'état de nature. La vue de l'homme le met hors de lui ; ses yeux s'animent , ses naseaux soufflent de la flamme. Malheur au chasseur qui le manque ou qui le blesse ; il est perdu. Nul cheval au galop n*arrive plu» Vite sur son adversaire, nulle bête sanguinaire ne garde plus de raucune et plus d'acharnement. S'il vous atteint , il vous perce de ses cornes aiguës , vous foule aux pieds, vous torture vivant , vous insulte mort. Un arbre même n'est pas un abri sûr contre ses poursuites ; ne pouvant rejoindre sa victime sur les branches où elle s'est réfugiée , le buffle s'en constitue le geôlier avant d'en être le bourreau ; il persiste dans ses vengeances , monte autour du tronc une faction opiniâtre, et n*y renonce qu'abattu par la faim et par la soif. M. La Place raconte qu'un Tagal de la Hala-Hala, travaillant à couper du bois, eut le bonheur d'échapper d'une façon étrange à un buffle qui le tenait bloqué sur un haut palmier. Pressé par le besoin, le bûcheron se sentit le courage de se prendre corps à corps avec son antagoniste ; il descendit , sauta légèrement autour de lui , parvint è saisir sa queue , s'y cramponna de la main droite , et , prenant ensuite son couteau de la gauche, il cribla de blessures le flanc de l'animal. Ainsi attaqué , le buffle partit comme un trait ; mais le courageux Tagal ne Iftcha point prise ; il se laissa emporter à travers les broussailles , les rocs , les marais , et tomba enfin , couvert de boue et de sang , auprès de son ennemi mort.

Pour dompter le buffle sauvage , les indigènes le traquent dans des fosses recouvertes de feuillage. Quand il en sort, abattu parla faim, faible, épuisé, il se laisse conduire vers le troupeau apprivoisé, et prend, à l'exemple des autres, des habitudes d'esclavage. Le buffle né dans la domesticité a rarement des velléités d'indépendance ; les natifs disent même qu'il porte au cou la marque du collier de sa mère, ce qui est pour les buffles sauvages un signe flétrissant d'exclusion et de réprobation.

Notre chasse eut une foule d'incidents trop longs pour être racontés ; mais une cascade près de la Hala-Hala fut une des choses qui nous impressionnèrent le plus vivement. Pour y arriver, il fallait marcher dans le lit même du ravin , au milieu de roches aigués et glissantes. Malgré les périls et les âpretés du chemin, nous persistâmes , et ce fut un beau dédommagement pour nous que l'aspect de cette nappe immense , précipitée entre les parois du roc perpendiculaire , surplombée d*arbres et de lianes qui se festonnaient sur Tablme. Il y avait dans cet ensemble tant de nature sauvage et primitive, un si grand silence à côté d'un bruit si grand, que l'admiration et Tattention étaient imposées. Point d'animaux, point d oiseaux même, dans cette enceinte où les eaux seules paraissent avoir quelque vie; à peine de temps à autre une chauve-souris , sortie d'une fente du roc , planait-elle dans cette atmosphère imprégnée d'une pluie ténue. Pour nous tirer du lit du torrent, il n'y avait qu'une route, celle du rocher taillé à pic. Les Tagals qui nous accompagnaient s'y aventurèrent. L'un d'eux, saisissant une longue liane qui pendait de la cime jusqu'au pied de ce mur de granit, y grimpa comme ferait un maçon avec sa corde à nœuds. Quoique peu habitués à des ascensions de ce genre , nous nous hasardâmes à limiter en nous aidant de ces secourables lianes , rampe naturelle du voyageur.

Après la grande chasse vint la petite : elle consista en quelques petites tourterelles dites à coup de poignard, à cause d'une touffe de plumes de couleur de sang qu*elles ont sur la gorge. Nous tuâmes aussi deux singes dans des fourrés où ils s'étaient retranchés, et une gazelle du genre de celles dont Lapérouse parle dans son Voyage.

Ainsi en deux jours, l'un de promenade , l'autre de chasse active et fatigante, nous avions exploré la plus grande et la plus riche portion du territoire de Laguna. Nous avions reconnu une contrée fertile en riz, en poivre et en indigo ; des forêts qui donnaient de beaux bois de teinture et de construction : nous avions appris , par l'exemple d'un coloniste français, quel admirable parti on pourrait Urer de ce sol, de ce climat , de ces eaux , de toute cette nature.

Enchantés de notre voyage, nous dîmes adieu à nos hôtes, et nous remontâmes sur notre barque , qui nous ramena rapidement à Manille. La première personne qui vint à notre rencontre sur le quai fut l'un des MM. Y... Il semblait nous attendre avec impatience, a Votre patron chinois est prêt, nous dit-il, vous partez demain ; j'ai fait hâter son chargement. Le choléra est à Cavité, il sera ici dans quelques jours : quelque désir que nous ayons de vous posséder, nous ne voudrions pas porter votre deuil. — Le choléra est à Cavité 1 dit Norberg, il faut y aller; je n'ai vu ni Cavité, ni le choléra : l'occasion est double. » M. V... insista vainement pour l'en détourner ; la partie fut résolue. Nous devions aller par terre et revenir par la baie.

Une heure après, notre voiture roulait dans le faubourg de la rive gauche qui mène à Cavité. La route était large, ombragée et assez bien tenue : les habitations tagales qui la bordent firent bientôt place à des champs cultivés, où paissaient de

nombreux troupeaux de bofiBes, et deux heures à peine après notre départ , nous aperçûmes Catite.

Cayite, comme le dit son nom tagal Cavuil (anse), est assise dans un petit golfe que forme une langue avancée dans la mer. Plus considérable autrefois, elle a été graduellement absorbée par l'importance toujours croissante de Manille. A cette cause de dépérissement sont encore venus se joindre d'affreux tremblements de terre , qui ont renversé jusqu'à ses fortifications. Malgré cette décadence , elle est toujours le port militaire de Luçon : elle a un arsenal, des magasins pour la marine royale et des chantiers de construction. On y conserve une peUte garnison et un gouverneur, autrefois nommé directement par l'Espagne, et indépendant du capitaine général, mais aujourd'hui au choix de ce dignitaire et son subordonné. Les chantiers et l'arsenal étaient encore, au commencement de ce siècle , célèbres et florissants. Six cents ouvriers indigènes s'y trouvaient constamment occupés. On y construisait, on y équipait des bricks de guerre, des con^ettes et même des frégates. Mais telle est la lenteur des ouvriers tagals dans ces trayaux, que ces navires coûtaient des sommes exorbitantes, hors de toute proportion avec les devis d'Europe. Ainsi, la dernière frégate mise à flot ne revenait pas è moins d'un million de piastres ; une coque de galion allait à quatre-vingt mille. De nos jours, quoiqu'on ait obtenu plus d'activité et phis d'économie dans la main-d'œuvre, la concurrence est encore impossible pour la confection des bâtiments de haut bord. Aussi se bome-t-on à faire établir à Cavité quelques-unes de ces embarcations pontées, sveltes, gracieuses, taillées pour la course, et armées sur l'avant d'un fort canon à pivot, espèces de canonnières destinées à la surveillance de la côte et à la police de ces mers, qu'infestent les forbans malais, connus sous le nom de Maures. Ces hardis déprédateurs ne se montrent pas toujours effrayés de cette croisière : ils attaquent les gardes-cûtes , soit qu'ils se trowent isolés, soit même qu'ils marchent en flottille, les joignent à l'abordage, et viennent souvent à bout des équipages tagals qui les montent.

L'histoire de la prospérité de Cavité est liée à celle du fameux galion d'Aca* pulco , seul intermédiaire entre les possessions espagnoles de l'Asie et de l'Amérique. Comme complément, il existait alors la société des Œuvres-Pies, grande commandite usuraire fondée à Manille par l'autorité ecclésiastique. Voilà quels furent longtemps les deux pivots de la richesse de Luçon, et de Cavité surtout, havre du galion. C'était un énorme bâtiment de douze à quinze cents tonneaux, que le roi d'Espagne mettait chaque année à la disposition des négociants de Manille. On la chargeait de denrées du continent asiatique et des pays malais, et l'on rec^ yait en retour l'or et la cochenille du Mexique, les draps d'Espagne et une foule de passagers religieux ou laïques, qui attendaient, pour venir dans l'Inde, l'oecaMmi de l'énorme paquebot. La somme des richesses entassées dans sa cale est au-de^ sus de toute estimation. Ouvertement ou en contrebande, les galions recevaient parfois de quinze à vingt millions de valeurs. Lancés dans des parages peu confias et montés par d'inhabiles pilotes, un grand nombre d'entre eui naufragèrent dans

les mers du Sud, et Manille se vit ainsi, à diverses reprises, frappée de pertes considérables. Le galion et les QEuvres-Pies ont presqae doré jasqa*à nous ; on essaya bien, vers la fin du siècle dernier, délever privilège contre privilège, par la création de la Ck>mpagnie des Philippines ; mais cet essai malheureux n'aboutit qu'à une ruine et à un gaspillage. Â Theure actuelle et en présence de tant de colonies émancipées , il n'y a plus de salut pour les autres colonies que dans la liberté commerciale. Si riches de leur sol , si favorisées par uoe merveilleuse situation, placées à la portée de trois parties du monde, l'Asie, l'Océanie et TAmérique , liées à l'Europe par l'autorité métropolitaine , les Philippines n'ont qu'à voaloir pour marcher les premières dans une voie de progression féconde. EUes ont à leur porte de merveilleux exemples.

Nous ayions en une heure tout vu à Cavité , son port assez bon , son arsenal , ses ouvrages de défense , ses églises , ses couvents , ses maisons mesquines et sa population misérable. Norberg avait même eu la chance d'y rencontrer ce choléra qu'il était si jaloux de voir , dans la personne d'un pauvre ouvrier dont on portait le corps violacé à l'hôpital militaire. La maladie du reste n'était pas intense : une vingtaine de Tagals en étaient morts dans l'espace de huit jours, et le fléau paraissait s'amortir. Pour retourner à Manille, nous primes un banka^ bateau de passage léger, effilé, que deux rameurs faisaient voler sur l'eau avec la plus grande vitesse. Une toiture en bambou servait à nous abriter du soleil. La rade était toute sillonnée de pareilles embarcations qui vont et viennent de Cavité à Manille.

11 était presque nuit quand nous arrivâmes à Manille. Quelques heures me restaient à peine pour mettre de Tordre dans mes notes, et pour les compléter. Persuadé que je serais plus tranquille et plus isolé à bord de notre jonque , j'y voulus coucher le soir même. Norberg ne devait m'y rejoindre que le lendemain matin.

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