I.IOU-TQHBOU. - HISTOiaB, OÉOOaAFHIB BT MOBUBS
Nul peuple au monde n'est plus jaloux de son antiquité que les insulaires de Liou-Tcheou. Suivant leur tradition, un homme et une femme tirés du chaos furent leurs premiers parents; ils eurent de leur union trois fils et une fille. L'un des fils se nommait Tien-Sun, ou petit-fils du ciel. Il fut le premier roi de Liou-Tcheou, et de son avènement à celui de Chun-Tien, qui régnait l'an 1187 de notre ère, les natifs ne comptent pas moins de 17,802 ans.
Après la tradition fabuleuse vient l'histoire positive. Elle ne date guère que de Tan 605 de notre ère, époque à laquelle l'empereur de la Chine Soui, ayant entendu dire que de belles et fécondes lies existaient à l'E. de son royaume, envoya une expédition pour les reconnaître. On ramena quelques insulaires à Sin-ga-Fou, alors capitale de l'empire, où les Japonais parlèrent d*eux comme de barbares. Plus tard, Yang-Ti ayant résolu d'annexer ce petit archipel à son empire, envoya quelques lettrés pour engager les naturels à se soumettre et à lui payer tribut ; mais cette demande n'ayant éprouvé qu*un refus formel, une flotte portant 10,000 soldats sortit des ports du Fo-Kien pour aller réduire par les armes un pays qui résistait à des injonctions diplomatiques. En vain les habitants de Liou-Tcheon voulurent-ils s'opposer à la descente ; en vain leur roi se mit-il lui-même à la tête des insulaires pour répondre à la force par la force, la chance tourna en faveur du plus grand nombre ; le roi fut tué, et 5,000 vaincus furent emmenés en esclavage
sur le continent. Depuis cette époque, il s'établit entre les côtes de la Chine et ks lies de Liou-Tcheou un commerce d'échanges qui continua pendant les cinq dynasties qui suivirent. Ce fut, pour le moment, le seul résultat de la conquête ; car te rois de Liou-Tcheou refusèrent de payer un tribut à l'empereur, et reprirent bientôt toutes leurs allures d'indépendance.
L'histoire du pays n'offre rien de saillant jusqu'à l'année 1372. Les rois se succèdent à Liou-Tcbeou, les uns haïs, les autres aimés, ceux-ci forts et yictorieux, ceux-là faibles et chancelants, tantôt s'agrandissant par la conquête, tantôt dépouillés par la guerre civile. Hais la date que nous avons citée est mémorable parles démarches de l'empereur de la Chine Hong-Ou, qui voulut placer Liou- Tcheou sous un patronage direct. L'archipel était alors partagé en trois souverainetés, dont la plus considérable obéissait au roi Tsay-Tou. C'est vers lui que Tempereur dépêcha une ambassade de mandarins, et ces envoyés s'y prirent avec une telle adresse, que le prince de Liou-Tcheou accepta les conditions offertes et se reconnut volontairement tributaire. Son exemple fut suivi par les autres rois de la contrée.
Alors commença entre les autorités des deux pays un assaut de bons procédés et de démonstrations afTectueuses. Liou-Tcheou en voya à l'empereur des chevaux, des bois odoriférants, du soufre, du cuivre et de Fétain : l'empereur y répondît par des présents plus riches encore, en fer, en porcelaines et autres articles à peine connus dans Tarchipel. Un sceau d'or, admirablement ciselé, pour le roi, des ornements d'ai^gent et d'or pour la reine, complétaient cette série de riches cadeaux. A la suite de ces diverses ambassades, les fils des chefs de Liou-Tcheou furent envoyés à Nanklng pour y être élevés aux frais de l'empereur, et trentesix familles d'émigrants du Fo-Kien propagèrent dans un des districts de la grande Liou-Tcheou, les procédés de l'agriculture chinoise. L'écriture usitée dan? l'empire, les livres et le culte de Con-fu-Tzée, furent aussi importés par eux et enseignés aux insulaires.
Les relations de l'archipel tributaire avec la métropole se maintinrent dès lors sur le pied le plus amical. Les trois royaumes ayant été réunis en une seule main, sous Chang-pa-Chi, le roi de Liou-Tcheou devint un personnage important, et sa médiation fut quelquefois invoquée dans les guerres qui eurent lieu entre le Japon et la Chine. Ce fut aussi pour le pays une époque de prospérité commerciale. Liou-Tcheou commençait alors à tenter des voyages de long cours ; ses jonques allaient à Formose , à la côte de Bungo , de Corée , aux bouches du Pei-Ho , et même jusqu'à Malacca.
Quand le fameux Tay-Cosama, empereur du Japon, voulut surprendre et conquérir la Chine, l'un de ses moyens préliminaires fut d'envoyer un agent auprès de Chang-Ning, alors roi de Liou-Tcheou, pour l'engager à rompre son ban vis-à-vis de l'Empire Céleste et à échanger le patronage chinois contre le patronage japonais. Chang-Ning, non-seulement résista à ces insinuations, mais, fidèle à la foi jurée, i! fit prévenir secrètement la cour de Péking de l'attaque qui se