CHAPITRE XLIII
JAPOM. — RBLATIOMB DBB BVROPAbHB ATBG GBT IMPIRB. AIRHB. — GBRIBTIAHIBMB AU JAPOH. ~ AMBABBADBB BOLLARDAIBSB
AMBABBADB RUBBB.
On a YU comment les navigateurs portugais abordèrent au Japon vers le milieu du XVI' siècle. Accueillis dans tous les ports de Fempire avec une tolérance admirable, ils se mirent sur-le-champ à Tœuvre de la propagande catholique. Le peuple était disposé à recevoir la foi nouvelle : soit que Toppression des grands le portât vers le dogme chrétien si consolant pour ceux qui souffrent, soit que la loi religieuse antérieure eût quelques analogies avec le culte importé , soit en6n que l'exemple de quelques princes du pays eût entraîné les naturels qui vivaient sous leur dépendance, le fait est que vers les dernières années du xvi* siècle on comptait dans Fempire plusieurs provinces ralliées à Téglise romaine , avec leurs pasteurs, leurs temples et leurs fidèles.
Ce fut en i5h9 que le célèbre missionnaire François Xavier arriva dans la contrée japonaise de Bungo , et bientôt le souverain du pays , les princes d'Arima et d'Omoura, demandèrent à recevoir le baptême. Quand Xavier mourut, en 1598, on comptait au Japon près de 1,500,000 chrétiens. Dès 1582, une ambassade japonaise était venue à Rome se prosterner aux pieds du pape Grégoire Xin : ses deux principaux membres étaient Manio-Ito, cousin du gouverneur de Fironga, et Michel Ginga, parent des princes d'Arima et d'Omoura.
Cependant la politique impériale ne tarda pas à prendre ombrage de ces miraculeux progrès. Elle observa ces étrangers , auxquels elle avait accordé une hospitalité si confiante ; elle s'enquit de leurs précédents, de leur conduite en d'autres pays. On sut bientôt à Myako que les Portugais, maîtres de plusieurs comptoirs de l'Asie , conquérants de Goa , de Malacca , de Hacao , cherchaient à fonder dans cette partie du globe une vice-royauté puissante, et qu'à côté de la visée religieuse existait un but politique qui menaçait la puissance temporelle des empereurs. Dès lors l'ostracisme fut décrété contre les hommes et contre les doctrines. En 1589, Tayco-Sama fit promulguer une loi qui condamnait à mort tous les chrétiens, à moins qu'ils n'abjurassent leur croyance nouvelle. L'édit impérial fut exécuté avec tant de rigueur, que l'année suivante compta 20,000 martyrs. Loin de succomber à ces violences , le christianisme sembla n'en acquérir que plus de ressort et plus d'activité : les conversions, en 1591 et 1592, montèrent à plus de 12,000; le koubo ou séougoun lui-même fût baptisé vers ce temps avec toute son armée.
En 1597, la persécution recommença, sous Daïfou-Sama, avec un acharnement et un raffinement de cruautés inouïs. Elle dura ainsi quarante années , pendant lesquelles près de 50,000 chrétiens fui*ent, dit-on, suppliciés. Dans quelques pro-
\inces, on les brûla à petit feu; dans d'autres, on les mit en croix ; ici on les tuait en leur versant de Feau bouillante sur le corps ; là, en leur appliquant des fers chauds jusqu'à ce que les os fussent mis à nu; d'autres fois on les enfermait dans des cuves pleines de serpents venimeux. Enfin, sll faut en croire les relations du temps, sous le règne de Cambo-Sama ces atrocités prirent un caractère si époovantablement odieux, que les expressions manquent pour les peindre.
Ce système de rigueurs, suivi par trois empereurs et pratiqué pendant quarante années , suffit à peine pour extirper la religion nouvelle , tant elle avait jeté de profondes racines. Traqués dans toutes les parties de l'empire, ses derniers sectateurs s'étaient réfugiés, au nombre de 30,000, disent les historiens contemporains, dans la forteresse de Simabara. Assiégés par les troupes impériales, mourant de faim et de soif, ils eurent à essuyer les désastres d*une prise d'assaut, et furent égorgés jusqu'au dernier. Les vainqueurs, quand vint le soir, avaient du sang jusqu'à mi-jambe dans toute l'étendue de la citadelle. Ces massacres anéantirent le christianisme au Japon. En 1030, il n'y restait plus un seul fidèle : les néophytes de François Xavier étaient tous morts s'ils n*avaient pas abjuré. La proscription ne se borna pas aux choses religieuses ; elle fut générale pour ceux qui avaient introduit le nouveau culte. Désormais aucun navire portugais ne put jeter l'ancre dans les rades de l'empire ; aucun sujet de cette nation ne put mettre le pied sur son territoire.
Ce fut vers cette époque que les Hollandais se présentèrent pour recueillir la succession portugaise. Il faut croire qu'ils n'obtinrent cette faveur qu'en reniant, à plusieurs reprises, leurs croyances chrétiennes, en repoussant toute assimilation religieuse avec les Européens que les empereurs venaient de proscrire. Quels que soient les gages qu'on les forçât de donner, ils eurent gain de cause; on les toléra, d'abord à Firando, puis dans Ttle de Désima; ils partagèrent désormais avec les Chinois le monopole du commerce maritime dans les ports du Japon. Leur première ambassade remonte à 1611 , année où ils se trouvèrent à Yedo en rivalité avec une légation espagnole , légation fastueuse et hautaine , qui , par ses prétentions et son attitude , se fit chasser de la capitale japonaise. En 1637, nouvelle; ambassade de la Hollande , à la tête de laquelle se trouvait Wagnaër. Cet envoyé, par un concours de circonstances au moins bizarre, n'arriva à Yedo que pour être témoin d'un incendie qui dévora cette vifie , et consuma jusqu'au palais de l'empereur. L'ambassadeur Indjik y passa à son tour en 1661 , avec un casoar pour présent. « Gardez votre oiseau, lui dit-on; il mange plus qu'il ne vaut. »
De cette ambassade , nous arrivons à celle de Kœmpfer, qui eut lieu vers 1690. Kœmpfer est un des hommes qui ont rendu à la science géographique des services inappréciables à une époque où l'ignorance et le fanatisme dénaturaient toutes les notions recueillies dans des contrées lointaines. Il a fait sur le Japon un ouvrage qui , incomplet sous beaucoup de rapports, est encore le document le plus exact et le plus judicieux que nous ayons touchant ce bel archipel.
Depuis Kœmpfer jusqu'à l'ambassade dont Thunberg nous a laissé la relation