‹ Voyage autour du mondeChapitre 78 sur 98 · JAPON. — RELATIONS DES EUROPÉENS, ETC · texte numérisé non relu

JAPON. — RELATIONS DES EUROPÉENS, ETC

anneaux plos fragiles se briser. Donc la chaîne de Tamitié ne saurait être qae désavantageose aux parties les plus faibles.

« II y a treize ans, un vaisseau russe commandé par le lieutenant Laxman aborda au Japon ; un second vient d'arriver avec un ambassadeur du grand empereur de Russie. Le premier fut reçu avec quelque déSance, le second avec amitié. Le souverain du Japon a fait volontiers ce qui était en son pouvoir et d'accord avec les lois de l'empire. Il se plaît à considérer l'arrivée d'un deuxième vaisseau russe comme une preuve de la haute amitié que lui porte le souverain de la Russie. Ce puissant monarque lui a envoyé un ambassadeur et quantité de magnifiques présents. Si on les accepte , l'empereur du Japon devrait , suivant les coutumes du pays considérées comme lois , envoyer une ambassade à Tempereur de Russie , avec des présents de pareille valeur. Mais il est formellement défendu à tout habitant et à tout vaisseau de s'éloigner de l'empire. D'un autre côté , le Japon est si pauvre, qu*il ne saurait fournir l'équivalent d'objets aussi précieux. L'empereur ne peut donc absolument recevoir ni l'ambassadeur ni les présents.

0 Le Japon n'a pas de grands besoins , et les productions étrangères sont pour lui de peu d'utilité. Si un petit nombre d'objets d'une utilité réelle lui sont refusés par son sol ; si l'habitude lui a fait contracter quelques autres besoins , son commerce avec les Hollandais et les Chinois lui procure abondamment ces objets, et le luxe n'est pas une chose qu'on doive favoriser. Il serait très-difficile d'établir ici un négoce étendu , parce que la loi prohibe sévèrement toute communication entre le commun du peuple et les marins étrangers, d

Cette pièce dilatoire fut l'ultimatum des empereurs de Yedo vis-à-vis des Russes. Quelques efforts que flt M. Resanoff , il ne put obtenir des dignitaires japonais rien qui s'écartAt de la lettre de semblables instructions. Il se rembarqua donc au mois d'avril 1805 , fort désappointé du résultat de son ambassade , et plein de rancune, soit contre les Japonais, soit contre les Hollandais, qui sans doute Tavaient desservi dans cette affaire.

La frégate la Nadeschda appareilla de Megasaki et arriva bientôt à Petropawlawsk , dans le Kamtschatka. Krusenstern y laissa l'ambassadem*, et repartit pour l'Europe avec ses deux bâtiments. M. Resanoff, trouvant dans ce port deux officiers de la marine russe, MM. Chwostoff et DavidofT, les engagea à tenter une descente à main armée sur File fertile de Sackalin , dépendante de l'archipel Japonais. Ces braves marins exécutèrent un ordre qui , dans la bouche d*un ambassadeur, avait une valeur presque ofiBcielle ; ils armèrent deux bâtiments , \inrent débarquer dans les Kouriles , firent en plusieurs endroits des actes ridicules de prise de possession , et en vinrent jusqu'aux hostilités quand on leur refusa des vivres. Cette croisière de boucaniers, exécutée sans résistance de la part des naturels, presque sans but de la part des Russes, amena de fâcheuses représailles. Au mois d'avril 1811, cest-à-dire quatre ans après cet événement, le capitaine russe Golownin fut chargé par son gouvernement de vérifier la position des lies Kouriles et de relever la côte de Tartarie : il commandait le sloop la Diane, de la ma-

rine impériale. Après avoir reconnu quelques groupes, Golownin arriva à Kunaschir, la vingt-unième des Kouriles, où il rencontra, chez les autorités locales, des dispositions hostiles et malveillantes : croyant y voir le résultat d'un malentendu, il débarqua de sa personne pour s*aboucher avec le gouverneur ; mais, à la fin de l'audience, cerné par des soldats, séparé de son embarcation, dont on avait coupé les amarres , le capitaine fut fait prisonnier, et envoyé à Hatsmaî pour j subir une longue et pénible captivité.

La Diane se vit donc obligée de lever Fancre sans son commandant; elle ne le fit néanmoins qu'après avoir épuisé toutes les réclamations et canonné vigoureusement le fort. D*ailleurs une descente, même heureuse, eût été en pure perte, déjà les prisonniers suivaient la route de MatsmaT. Avant de quitter cette rade inhospitalière, le second du navire, H. Ricord, jura qu'il rendrait son capitaine à la liberté, et dès lors il ne vécut pour ainsi dire plus que pour assurer l'exécution de ce noble projet. Au mois d'août de l'année suivante, il était de nouveau devant Knnaschir , muni cette fois de pouvoirs plus étendus , et ayant à sa disposition des forces plus considérables. Son plan n'était pas , ne pouvait pas être d*essayer une attaque , de redemander le capitaine Golownin à main armée ; mais il espérait qu'une occasion s'offrirait à lui de consonuner la délivrance du malheureux prisonnier. Après quelques jours de relâche dans la baie de Kunaschir, voyant que les autorités locales résistaient à toutes ses instances, le commandant de la Diane fit enlever à Fabordage , par une de ses chaloupes , un navire japonais chargé de 60 hommes d'équipage : le capitaine, nommé Kachi, et quelques marins enmienés comme otages au Kamtschatka, devaient lui répondre de la sûreté de M. Golownin et de ses compagnons d'infortune.

Ce ne fut pourtant qu'à un troisième voyage et après de longs pourparlers, que Taffaire s'arrangea. En 1813, la Diane reparut sur les parages de MatsmaT; on s'aboucha, cette fois , avec le gouverneur de l'Ile par l'intermédiaire de Kachi , on envoya à Yedo exprès sur exprès ; on négocia d'une manière si pressante et si forte, que l'ordre de l'élargissement des prisonniers arriva enfin. Le 6 octobre 1814, le capitaine Golownin fut rendu à la liberté , après avoir été captif deux ans et demi. Il le devait à son ami , à son second, le capitaine Ricord; il le devait à la loyauté de Kachi , dont la conduite fut admirable. Quoiqu'un accueil favorable et des protestations sans nombre eussent suivi ce dénouement , quoique le capitaine eût obtenu du gouverneur de la province une audience dans laquelle il ne fut pas obligé de marcher nu-pieds , concession immense et inouïe , les Russes ne profitèrent pas autrement de cette tentative de relations. Le Japon leur fut fermé de nouveau , et cette aventure singulière resta comme un incident isolé entre les deux empires.

Les Hollandais seulSf parmi les Européens, restent donc en possession du privilège commercial au Japon. C'est à eux que nous devons les renseignements les plus positifs sur cet archipel , et l'ouvrage du capitaine Golownin lui-même , qui , à travers les barreaux de Khakodade, dans l'île de Hatsmaî, n'a guère pu voir la

contrée , en saisir les mœurs et les usages , cet ouvrage ne semble être que le résultat de ouï-dire complétés par une compilation. Depuis cette époque, de nouveaux documents sont anivés en Europe avec M. Titsing , longtemps gouverneur du comptoir de Nangasaki ; et naguère encore , le docteur Siebold , qui a fait , à plusieurs reprises, le voyage de Yedo, vient d'emprunter la plume savante de M. Klaproth pour livrer à la curiosité publique le résultat de ses longues et judicieuses observations.

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