‹ Voyage autour du mondeChapitre 80 sur 98 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

TRATBRBÉB DV JAPOH AVZ ILBB BAWAll (VOLaAIREMBHT SABDWIGB).

Le 5 novembre 1830 j'étais prêt à partir de Yedo, et je voyais, non sans quelque impatience, que MM. Frayser et Blockvius s'arrangeaient pour y séjoui*ner un mois encore. Le naturaliste ne voulait pas quitter le pays sans avoir étudié d*unc manière complète les principales familles d'arbres et de plantes particulières ; il s'en faisait un point d*honneur aux yeux des académies de Batavia et de Calcutta dont il était membre. Quant au docteur, il avait déjà une clientelle à Yedo. Une opération chirurgicale, pratiquée avec succès le lendemain même de notre arrivée, Tavait mis en vogue dans la ville. On venait, dès Taube, frapper à sa porte, le supplier de la part de nobles malades , que les Esculapes du pays avaient condamnés. Mes deux compagnons de route étant donc trop absorbés pour entrer dans mes vues de départ immédiat, je m'arrangeai sans eux. Mon interprète alla demander à la police un passe-port nouveau ; il prévint le capitaine d'une jonque qui devait relAcher à Nangasaki pour pousser de là jusqu'en Corée. Le prix du passage, le jour du départ , tout fut débattu et fixé en quelques heures.

Nous mîmes à la voile le 7 novembre au matin. Cette fois nous ne devions pas longer la côte, et passer dans le détroit de Sikokf, mais courir au large pour doubler Kiousiou par le sud. Le vent était au N. N. E., la mer belle, le ciel serein. Pendant quatre jours nous courûmes ainsi, relevant çà et là quelques petites lies. J'étais , il faut que je Tavoue , bien inquiet alors , bien dérouté de mon itinéraire. Comme un voyageur novice , je m'étais laissé acculer au Japon , espèce d'impasse , où j'aurais pu languir trois, quatre, cinq mois, sans rencontrer d'occasion pour un comptoir européen, ou pour ma destination rêvée, l'Océan Pacifique. Je me chagrinais d'une façon fort sérieuse; je n'avais ni repos, ni sommeil, tant ma tête roulait dans le même cercle d'impossibilités. Le 12, vers midi, cet état durait encore, quand on signala une voile qui courait sur nous. Cette nouvelle agit sur moi conune un éclair qui traversait mes projets confus, comme une révélation, comme une pensée venue d'en haut. J'accostai sur-le-champ le capitaine de la jonque, je lui comptai le montant de mon passage largement, de manière à Témouvoir ; puis me faisant comprendre tant bien que mal : ce Vous allez aborder ce navire , lui dis-je ; c'est celui de mon frère ; il faut que je le rejoigne pour faire route avec

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