‹ Voyage autour du mondeChapitre 86 sur 98 · ILE D'HAWAII. — HAWAII · texte numérisé non relu

ILE D'HAWAII. — HAWAII

Kaorike-ooli fat bientôt regardé comme la ligne politique que le gouvemement hawaiien devait à l'avenir suivre vis-à-vis des étrangers.

Quand on songe à ce qu'étaient les lies Hawaii il y a cinquante ans, quand on se pénètre bien de cette pensée que, pour asservir les volontés des naturels, pour les ployer à la civilisation, les influences politiques ou commerciales prises isolément eussent échoué; que l'action religieuse était la seule efficace, la seule qui imposât l'obéissance et l'adoration , on en vient à eiaminer cette question aver un soin plus circonspect, à la voir en poëte plutôt qu'en philosophe. Qui nous dit si cette austérité de pratiques, ce puritanisme intraitable, cette mysticité eiclusive, n'étaient pas, pour le culte importé dans ces lies, une condition de succès? Qui nous dit si une religion facile et relâchée eût trouvé des prosélytes à Hawaii? Faire des chrétiens de tous ces hommes, c'était les préparer merveilleusement à notre civilisation sociale et industrielle ; mais il fallait d'abord en faire des chrétiens souples, obéissants, nourris de la Bible et de l'Évangile, absorbés dans cette pensée, que la religion était le principe et la fin de toute chose. En se posant à ce point de vue, on comprend encore comment les missionnaires ont pu voir des obstacles à leur propagande dans la conduite des résidents, dans leurs mœurs si peu édifiantes, dans Timpiété assez habituelle à cette classe aventureuse qui cherche fortune au loin. De là les rixes, de là l'incompatibilité. Au fond, c'est plutôt un malentendu qu'une guerre sérieuse, car missionnaires ou colons travaillent tous à Hawaii pour l'intérêt et l'esprit européens.

Résolu à bien explorer le pays, à le juger par moi-même, j'avais, pendant la traversée de Bonin-Sima à Hono-Rourou, étudié l'idiome hawaiien qui n'est qu'un dialecte de la grande langue polynésienne. Le capitaine Pendleton avait à bord un vocabulaire assez complet rédigé par les missionnaires ; je l'étudiai. Peu à peu mon oreille se fit à la mélopée de ce dialecte : ma langue s'y habitua. Ma science philologique, composée d'abord de quelques phrases, s'enrichit graduellement et prit du corps. Je tins bientôt tête aux naturels. L'idiome hawaiien est doux, facile, même harmonieux ; sa principale difficulté consiste, comme dans le chinois, à pouvoir distinguer par une seule différence d'accent, imperceptible quelquefois, des mots en apparence semblables quand on les prononce, et tout à fait identiques quand on les écrit.

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