‹ Voyage autour du mondeChapitre 87 sur 98 · II.B D'HAWAII. - HAWAII · texte numérisé non relu

II.B D'HAWAII. - HAWAII

Je n'étais que depuis douze jours à Hono-Rourou , et déjà je connaissais à fond mon lie d'Oahou, l'une des plus curieuses de l'archipel; mais la plus grande du groupe, celle qui lui donne son nom, Hawaii me restait à connaître. Aussi , qu'on juge de mon bonheur, quand le général Koua-Kini, obligé de s'y rendre pour

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affaires du gouvernement, me fit l'offre de m'emmencr a?ee lai. Pov ^TfPi|By^ cette obligeance , il faut dire que j'ayaia réussi à la cour d'Hono-Rouron. La r^ me témoignait quelque faveur; et les courtisans de l'Océanie ne diffèrent pas de ceux de l'Europe : le suffrage du msAtre avait déterminé le leur. Je partis pMr Hawaii sur le sehooner du roi nonuné le Rio-Rio, Les matelots étaient des indigènes , quoique le capitaine fût américain et que le conmemdement se Ot en a»f^tm. Agile , vigoureux, bien exercé , cet équipage manœuvrait le petit iMmumt presque avec la même précision qu'aurait pu le foire un équipage europécm. Seulement on n'avait pas obtenu encore des UaMii^is ce sîlenoe absotu (pii caractérise les mancMivres des Anglais.

Embarqués le 2 février, nous doubUimes le jour suivant la petite tle Thae«- Rawe ; et de là, quoique éloignées encore de plus de vingt lieues, les cimes levées du Mouna-Kea et du Mouna-Roa se découpèrent comme deux Ilots à Ihoriion. Peu à peu, leurs bases s'élargirent, puis adhérèrent, et la masse entière d'Hawaii se détacha, se développa au-dessus des eaux, masse volcanique sortie de cratères souterrains avec ses pitons coniques, son terrain inégal, ses rochers noirs et anfractueux, son aspect sombre et déchiré. A mesure que nous longions la partie occidentale de Tile, je pouvais voir déjà, admirer ces singuliers efiEets de gorges profondes et de pics élevés, cette géologie parlante, ce système de montagnes qui révélaient l'action du feu dans toute cette lie de lave refroidie. Après avoir ainsi côtoyé Hawaii depuis la pointe nord d'Oupoulou, nous mouillângMes le 5 févri^ sur la rade de Keara-ke-koua, à une grande distance de terre^ à cause des rafales violentes du vent d'ouest, fréquentes dans cette saison. Une chaloupe armée pour Koua-Kini nous conduisit rapidement vers la côte. Je débarquai sur la place m^e où périt Cook en 1777, endroit consacré depuis peu par le capitaine Byron qm y planta un poteau indicatif en 1825. L'aspect de ce rivage est triste et sérieux. Un lugubre rocher de lave domine la baie et le village de Kaava-Roa. On dirait qu'il penche à en perdre l'équffibre, et que tôt ou tard il comblera le bassin et brisera le village ; mais au-dessus de ce morne la campagne se révèle fertile et riante. Un premier plan de terrains cultivés, de vergers, de haies, de bouquets d'arbres , s'adosse à un plan plus reculé de forêts sauvages et de pics majestueux. Celui de Mouna-Roa qui termine le paysage semble y régner en souverain.

Le lendemain le sehooner nous emportait vers Kaï-Roua, résidence habitueUe de Kona-Kini, en sa qualité de gouverneur d'Hawaii. Nous mouillâmes dans la rade de Kaï-Roua , en face du fort garni de trente pièces de canon, et sitôt que nous fûmes à terre Koua-Kini m'accompagna en personne dans tous les environs, semés de grottes naturelles les plus curieuses qu*on puisse voir. L'une, nommée Rani-Akea, nous ouvrit ses mystérieux labyrinthes. Tantôt ils serpentaient en couloirs bas et étroits ; tantôt ils s'élargissaient en salles spacieuses, hautes, et longues de vingt pieds. Mous marchâmes ainsi aux flambeaux, escortés par des naturels, pendant un espace de douze cents pieds environ. Les parois inférieures en roc n'avaient sien de caractéristique» si ce n'est, d/9 temps a autre, quelques

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c<Mifigiiration8 biiarres. On eût cra voir çà et là des statues taillées par le ciseau » des murs gothiques, de longues colonnades grecques, des bas-reliefs ou des frises ornées. Aucun accident de stalactite ou de stalagmite ne se faisait remarquer. Au bout de ces couloirs et de ces salles souterraines se révéla tout à coup un obstacle imprévu, une vaste et profonde barrière d*eau salée. Nous fîmes une halte sur ses bords. Alors quelques-uns des naturels qui nous accompagnaient donnèrent leurs torches à leurs camarades et se jetèrent dans ce lac pour le traverser à la nage. Ce bassin d'eau, au-dessus duquel pendaient en aiguilles les concrétions de la lave , cette voûte dont pas un morceau n'avait la môme forme , ces reflets des flambeaux sur les ondes , ces têtes basanées de sauvages qui sortaient de l'eau éclairées à demi , ce silence et ces ténèbres , la répercussion de la parole par ces échos souterrains , tout cela composait un fantastique tableau , une de ces peintures échappées aux mythologues anciens ; leur Styx , leur Cocy te , ou l'antre de Cacus.

Koua-Kini voulut encore , sans désemparer, me conduire sur la pointe septentrionale de la baie de Kat-Roua. « C'est une terre que j*ai vue naître, d me disait-il. En effet, la formation de la presqu'île ne datait guère que d'une trentaine d'années. Le Mouna-Huararai vomit un jour cette coulée de lave qui marcha jusqu'à trois milles en mer, et, saisie par l'eau, devint rocher. Le volcan, ce jour-là, forma un promontoire. Mais avant de faire reculer l'Océan, il passa sur des villages, couvrit des plantations , combla une baie tout entière, et changea l'aspect de la côte. Un Anglais , témoin de ce désastre , raconte que le torrent de bitume marchait avec une irrésistible impétuosité. Il arrivait par couches successives, tordant tout sur son passage , comblant les ravins et retrouvant toujours sa pente vers la mer. Dans sa route , il y eut même un moment où , rencontrant d'anciennes masses de lave durcie , il essaya son action sur elles , les mit en fusion , et les entraîna avec lui comme auxiliaires pour cet immense travail de destruction. Sur ce promontoire, immense chaussée de lave, les eaux de la mer s'engouffrent dans les cavités intérieures , jusqu'à une profondeur de quinze et vingt toises , puis jail«lissent au dehors par des ouvertures superficielles, de manière à fonner plusiem^s jets élevés d'une eau qui retombe sur le roc et fuit rapidement vers la mer. Quand les vagues de l'Océan se soulèvent sous Teffort des vents d'ouest ^ ce jeu hydraulique est d'un effet imposant et singulier.

La mission de Koua-Kini l'entraînait à faire le tour de l'ile soumise à son gouvernement. Au bout de trois jours il se vit obligé de partir pour la baie de Waï- Akea située sur la côte orientale , en faisant échelle çà et là sur tous les points où sa présence était nécessaire. Un de mes plans était de visiter le grand volcan de Kirau-Ea , la merveille de l'île , et quelque désir que j'eusse de jouir plus longtemps de la gracieuse hospitalité que j'avais rencontrée, quand je connus la destination nouvelle du schooner je demandai à mon hôte la faveur de m'y embarquer avec hii. Nous mîmes à la voile le jour même et poussâmes dans la soirée jusqu'à Kohaï-Haî, l'un des villages les plus considérables de Hawaii, situé à cinq lieues

aa nord de Kaf-Roua. Kohaf-Haî était la résideDce fayorite de Tamea-Mea ; ma» depuis que Hono-Rourou a été préféré par ses successeurs comme résidence souveraine , soit pour la bonté de son port , soit à cause de TafOuence des étrangers , Kohaï-Hal a beaucoup déchu de son importance. La nuit même nous remîmes à la Toile pour doubler le cap Oupoulou à Taide d une brise de terre ; et au matin nous tirions déjÀ vers le S. E., en longeant la côte orientale d'Hawaii. Nous étions alors en face des districts de Kohala , Hama-Koua et Hiro , après avoir laissé la veille , sur la côte occidentale , ceux de Waï-Mea et Koua. La partie S. E. de TOe est occupée par les districts de Kaou et de Pouna. Quand nous fûmes près du cap, Koua-Kini me fit remarquer le village de Pau-Epou , où existait jadis le temple Moklni , célèbre dans les traditions des Hawaiiens.

Recueillant ainsi sur ma route ce que les localités inspiraient d'observations et de renseignements , je débarquai le même jour à Halaua , territoire sur la côte N. 0. où Koua-Kini devait faire un séjour de quelques heures. Cette contrée obéit aujourd'hui à Mio-Miof , guerrier célèbre par ses exploits lors des guerres de Tamea-Mea ; il a succédé dans ce domaine au grand roi lui-même qui y était né , et qui n'avait au début de sa carrière que ce petit apanage de famille avec une propriété plus insignifiante dans le district de Kaua. Jusqu'à la mort de Taraî-Opou, le maître futur de tout l'archipel ne posséda rien de plus. Mio-Mioi qui avait été l'ami d'enfance , le compagnon d'armes , le favori de Tamea-Mea , nous racontait que dès l'adolescence ce monarque avait révélé F esprit le plus intelligent et le caractère le plus hardi. Associé à une troupe de jeunes chefs de son âge , nommé leur chef et leur guide, il réalisait avec leur secours les choses les plus extraordinaires. Ici , sur une falaise taillée à angle droit comme un mur, le jeune guerrier et ses compagnons avaient creusé dans un développement de cent pieds un chemin en pente, par lequel ils faisaient descendre leurs pirogues de pèche. Là, voulant un jour faire jaillir comme Moïse de l'eau d'un rocher, il entreprit de le percer avec ses camarades. Déjà il avait traversé plusieurs strata , quand une couche de lave épaisse et dure l'obligea à laisser là ce travail. Sans poudre, et ne pouvant faire jouer la mine, il fallait être doué d'une patience bien courageuse pour concevoir la pensée d'un forage pareil. D'autres fois Tamea-Mea s'occupait d'économie agricole, d'aménagement des terrains « d'améliorations dans les procédés de culture. Les campagnes d' Halaua se distinguaient des autres parties de Ttle par le bel aspect de ses plantations : Tamea-Mea avait divisé les champs entre ses amis ; il avait le sien comme les autres. Chacun veillait d'abord à son lot , puis aidait les autres à faire valoir le leur. C'est ainsi que ce chef renommé préludait à la grande fortune qui devait lui échoir par la suite. Le travail , Tordre et le courage , voilà ce qui le conduisit au trône et ce qu'il enseigna à ses sujets après l'avoir pratiqué lui-même.

Mio-Mioî nous montra plusieurs arbres que Tamea-Mea avait plantés de sa main ; il nous conduisit au temple de famille du grand roi , temple dédié au dieu Taïri , ce qui lui valait le nom de hare o Tairi , maison de Taîri. C'était tout simplement

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