ILE D'HAWAII. — HAWAII
une |Hle de pierres assemblées au hasard sur l'angle saillant d'un rocher. Là, du
reste, existait, sons Tamea-Mea, le tabou le plus rigoureux de toute l'Ile. L'amas de pierres était tellement sacré qu'on punissait de mort quiconque en violait l'enceinte, ou touchait une seule de ses roches : plusieurs téméraires avaient été brûlés sur la montagne voisine en expiation de leur sacrilège. La foi de Tamea-Mea dans la protection des dieux de sa famille était une pensée profonde chez lui. Soit qu'elle fût consciencieuse, soit qu'elle résultât d'un calcul politique , il en fit, aux yeux de ses sujets , le principe de tous ses desseins : c'était à la fidélité pour ses dieux, répétait-il toujours, quil avait dû la victoire; c'était à eux qu'O fallait rapporter les bienfaits de son règne. Toutefois , et malgré le plaisir que nous éprouvions à entendre parler de Tamea-Mea, il fallut quitter sa région natale pour reprendre notre navigation côtière.
Du pont du schooner, il était facile de distinguer tous les accidents de ce terrain bouleversé. Nous vîmes la vallée étroite qui sépare le district de Kohala de celui d'Hama-Koua ; puis, à peu de distance de Laupa-Hoîhoï , se révéla à nous un vaste déchirement dans la montagne. Il y a peu d'années, une longue masse de rochers, minée au pied par la mer, s'écroula tout à coup et s'abtma. Aujourd'hui le morne qui reste surplombe l'abime à une hauteur de 600 pieds environ , et sa face du côté de l'Océan est aussi droite et aussi unie qu'un pan de muraille. La roche volcanique est composée de diverses couches de lave poreuse. En plusieurs endroits, l'eau jaillit en nappes d'argent d'une hauteur de 300 pieds. Quelques cases, perchées sur ces roches pendantes ou englouties dans leurs anfractuosités , quelques vestiges d'existence humaine au milieu de cette nature en débris et de ces mornes lugubres , achèvent de donner à tout l'ensemble un aspect saisissant et indéfinissable. Les naturels racontent que le jour de la catastrophe un brouillai*d couronna le morne , et qu'après le coucher du soleil une lueur semblable à un feu follet se balança sur la crête du pic ; d'où l'on conclut que cet éclat de lumière n'était que le précurseur de Pelé, la déesse des volcans, c'est-à-dire d'une éruption volcanique. Un prêtre de cette divinité , qui habitait avec sa famille le village situé au pied de la montagne, rassura les habitants en leur disant qu'il allait offrir des prières à Pelé, et qu'il les sauverait du désastre. Mais les prières n'y purent rien : vers dix heures du soir, la montagne se fendit comme une grenade dans une longueur d'un demi-mille, et la tranche détachée par la convulsion souterraine s'abima dans la mer. Deux petits villages furent détruits, et vingt personnes environ périrent. Ainsi tout se compensait. A l'ouest de Ttle une coulée de lave créait un promontoire ; à l'est un ébranlement des cratères intérieurs précipitait un morne dans l'Océan.
Bientôt d'autres effets de paysages se déroulèrent à nos yeux. Nous vîmes les villages de Waii-Manou et de Waï-Pio , du nom des torrents qui les arrosent. Ce dernier endroit surtout charmait l'œil par l'Apreté du site. Encaissé de trois eûtes par des montagnes à parois lisses, il semblait s'ouvrir vers la mer pour laisser voir ses cases légères, ses hauts cocotiers et son torrent. Waï-Pio est célèbre dans
les chants nattonaux d*Hawaii pour avoir senri de réôdence à Miroa et Aket , lot premiers rois de PHe, pois à Oomi et Riroa, qui jouèrent un grand hMe dans rhi»toire du pays, enfin à Hoa-Kau, roi de cette partie d*Hawaii et fameux doua lei annales du pays par ses cruautés. Quand ce roi entendait citer un honune pour sa belle tête, à Tinstant même il envoyait un de ses satellites pour la trancher et la lui apporter; puis il prenait plaisir à la taillader et i la défigurer tout à soo aise. Un jour il fit couper le bras à un homme , par la seule raison que ce bras étatt tatoué avec plus d*é1égance que le sien.
Près de Waï-Pio , se trouvait le Pouho-Noua , ou lieu de refuge de toute cette portion de Ttle. Quoique d*une dimension moindre que celui d*Honau-Naa , ce monument alTecte la même forme , et présente aussi les caractères d une hante antiquité. Au milieu de cette enceinte et sous un vieax pandanus, était la chapelle qui renfermait , an dire des prêtres, les os de Rb*oa, petit-fils d'Oumi, et qui, aui* vaut les calculs des Hawaiiens, vivait il y a à peu près quinze générations. Pour être admis à la faveur de voir ses reliques sacrées, il fallait a[q[K>rter au moins un cochon pour offrande. Tamea-Hea et Rio-Rio eux-mêmes étaient soumis à ce tribut, et en 1823 des missionnaires qui voulaient satisfaire leur curiosité furent éconduits, faute par eux de se résigner à la coutume générale. Tout ce qu*on put faire, ce fut de leur montrer une pierre grossièrement sculptée , qu'on leur dit être le tu ou Teffigie de Riroa.
Le jour suivant nous vîmes la vallée de Kaura , qui forme la tête du district de Hiro, puis nous longeâmes toute la cAte montagneuse de cette province, dominée par la dme du Houna-Kea , couverte de neiges éternelles. Mous découvrîmes Laupa-hol-hoï, second village de ce nom sur cette ligne littorale, Weloka, Kamaee ; puis nous donnâmes dans la grande et profonde baie de Waï-Akea , but actuel de notre croisière. Waï-Akea , après cette longue succession de terres accidentées et sombres , de mornes et de ravins , de falaises et d'étroits vallons , m*appamt comme un bassin privilégié , comme une Limagne au milieu des monts de 1* Auvergne. Nulle part dans l'archipel la plaine n'étale une végétation plus belle, de plus fertiles champs de taro , de cannes à sucre , de patates et de melons. Tout vient k souhait sur ce territoire ; tout s'y améliore, fruits, grains, légumes. Les cocotiers y sont plus vigoureux • les bananiers plus productifs. Aux cases plus vastes et mieux bâties, à la propreté des vêtements, il est aisé de reconnaître que ce pays est le plus riche de tout le groupe.
Cette impression, qui m'avait frappé de loin et du milieu de la rade même, se justifia et s'accrut quand le canot nous emporta vers le rivage. J'apercevais les étangs et les marais poissonneux de la plaine couverts de vols de canards sauvages. Des pêcheurs , accoudés sur de petits murs en pierre qui entourent ces espèces de viviers, semblaient moins occupés à prendre du poisson qu'à le nourrir avec des moules ramassées sur la grève. Phis près du rivage, bientôt je pus discerner les trois torrents qui se jettent dans la baie : le Waï-Akea qui glisse dans l'Océan par une pente douce , après avmr jailli de dessous la lave quelques milles
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plus hoat, ruisseta charmant à son emboiicliiire , et dans lequel te mimt les plus beaux cocotiers da vallon ; puis le Waï-Rania qui offre à peu près lea mômea caractères que le Waï-Akea, échappé comme lui d*un lit volcanique, et tombant dans la baie à peu de distance ; enfin le plus considérable , le plus impétueux , le plus célèbre de tous, le Waï-Roukou, qui descend des sonmiets de Mouna-Kea, et fournit pendant plusieurs milles une course sinueuse et bouillonnante. Aucun cours d'eau ne se présente sous des aspects plus romantiques et plus variés. A son embouchure, il s'engouffire longtemps entre deux murs escarpés, rocailleux, couverts d*une végétation sauvage et lustrée ; puis , après cet encaissement , le lit s'agrandit, le théâtre s'ouvre, et Teau tombe dans un profond bassin où se reflètent de vertes collines. Le torrent se jette dans ce nouveau et spacieux domaine par deux cascades, dont Tune a vingt pieds, l'autre huit pieds de hauteur» toutes deux coupées en plusieurs nappes blanchissantes. Un pont rustique traverse le Walf- Eourou à peu de distance de sa chute. Un des grands plaisirs des habitants de la vallée, est de se lancer dans ses ondes au-dessus des cascades et de se laisser emporter par elles dans le lit calme du bassin.
J'admirais encore ce paysage quand le canot toucha au débarcadère. On m'avait destiné pour logement la maison qu'avait occupée le capitaine Byron cinq ou six ws auparavant. C'était une case fort simple , avec des nattes sur le sol « quelques chaises, deux tables et une espèce de divan sur l'un des côtés. Koua-Kini devait occuper une habitation voisine. L'une et l'autre n'étaient guère qu'à cent pas de distance de l'établissement des missionnaires, succursale de celui d'Hono-Rourou. Cet établissement consiste en quelques cases construites à la façon des naturels. Là sont les logements des pasteurs, leur temple et leur école, le tout situé sur les bords d'un canal d'eau douce, qui communique avec la mer, et entouré de vergers de «cocotiers, de pandanus et d'aleurites.
Les beautés sans nombre du bassin de Waî-Akea ne me détournèrent point toutefois du but de mon voyage , le volcan de Kirau-£a , F un des plus singuliers phénomènes de tout ce système ignivome. Koua-Kini ne pouvait m'accompagner dans cette course à pied vers l'intérieur des terres, fatigant pèlerinage de vingt à trente lieues au milieu d'une contrée montagneuse ; mais il me donna pour guide la des principaux officiers du pays , un homme à qui cette route était familière , te brave Makoa. Makoa était un Hawaiien de la vieille souche, portant encore le palUum noué sur la poitrine , les reins ceints du maro , espèce de langouti des nègres. Makoa était tatoué : sa joue et son front portaient de petits bouquetins fort élégamment dessinés ; il avait le crâne rasé, à l'exception des parties antérieure et postérieure , où les cheveux se relevaient en touffe ou ondoyaient en boucles. Pour la bonté „ pour les soins affectueux , Texcellent insulaire aurait pu défier nos Européens. Quant à moi, je n'ai point connu d'homme meilleur que loi. Makoa savait un peu d'anglais ; je savais lin peu d'hawaiien : c'était plus qu'il ne fiedlait pour nous comprendre d'une manière à peu près complète. Il devint donc à la fois mon interprète, et mon guide. Par ses soins, bientôt une escorte res-
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pectaUe (at rénnie, tant pour la sâreté da voyage qae pour le transport des virres et des bagages. Le soir môme de notre débarquement, toat était prêt.