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EXCURSION AU VOLCAN DE KIBAU-EA

n serait trop long de dire ce que nous ytmes de petits cAnes volcaniques, de cratères secondaires de grandeurs et d'états variables. Ce que j'eiaminai le plus attentivement alors, ce fut les boyaux par lesquels la lave avait coulé dans le grand cratère. Ces conduits s'étaient fermés par le refroidissement de la lave à la surface et sur ses c6tés, tandis qu'elle continuait à couler en dessous. Quelques-uns de ces boyaux avaient dix ou douze pieds de hauteur et autant de largeur. La concrétion s*opérait avec régularité, et la voûte intérieure formait une courbe à laquelle adhéraient des stalactites de lave sous toutes les formes imaginables, tandis que le pavé ressemblait à un long niisseau de verre. Curieux de voir le point d^attache d*un de ces canaux, je le suivis jusqu'au bord même du grand cratère , à Tendroit où la cascade de lave devait se précipiter. Elle y avait formé un bassin spacieux , auquel ces coulées tombant d'une centaine de pieds avaient donné la forme la plus heurtée, la plus confuse qu'on puisse concevoir. Çà et là gisaient en outre des blocs de basalte du poids de dix milliers , qui ne pouvaient appartenir qu*à des éniptions antérieures, et presque inexplicables par Fétat actuel du terrain.

Plus loin je vis le cratère que les naturels nomment Kirau-eoriti^ le petit Kirau- Ea. Un isthme de cinquante toises de largeur le sépare du volcan principal. Les bords moins escarpés et couverts de buissons annoncent qu'il se tait depuis longtemps. Tout le terrain de cette plaine est encore si chaud, que les insulaires qui viennent dans ces montagnes couper du bois pour leurs cabanes ou pour leurs pirogues, font cuire leurs aliments en les enveloppant dans des feuilles de fougère, et en les enterrant durant quelques heures. Enfin, à travers cette région volcanique, nous arrivâmes sur un piton qui la domine tout entière, et d'où Ton découvre rOcéan. La masse imposante du Mounin-Roa, couronné de neiges éternelles, se déployait dans la direction du S. 0. ; et avec une lunette il était facile d'y voir des accidents volcaniques et des ruisseaux de lave. Le bas du mont était pressé par une ceinture d*arbres qui s'étendaient à six et sept mQIes de la base. De là nous dîmes un adieu définitif au volcan de Kirau-Ea, et tirâmes vers le district de Kaou, le plus méridional de File, où se trouvait le volcan de Pouna-Hohoa. La route était encore jonchée de cratères et de coulées refroidies, où la lave, fracturée et glissante , présentait presque toujours Taspect d'un lac congelé. Le soir, une grotte spacieuse nous abrita à Kea-Pouana, pays inculte et désert. Nous nous étendîmes dans cette hôtellerie de basalte large de 50 pieds, et, délivré du grondement des cratères, je pus réparer l'insomnie de la nuit précédente. A mesure que nous gagnions du côté de Kapa-Pala, le terrain devenait plus fertile , le pays plus habité. Quelques grottes contenaient des familles occupées de la fabrication des étoffes. Elles étaient misérables, mais contentes de leur sort. Manquant d'eau dans cette zone aride , les naturels avaient trouvé un ingénieux moyen de s'en procurer : ils attachaient ensemble les extrémités des longues feuilles canaliculées du pandanus, et les faisaient aboutir, en les courbant vers la terre, à des vases et des calebasses. Ainsi s'utilisait une grande partie des rosées et des eaux plurales.

G*est sur la ganche de ce cbemm que se troaye le Tolean de Ponoa-Hcdhoa, moins célèbre que celui de KiraiirEa« moins important, mais toat aussi eorieni. Ses approches sont caractérisées par les mouyements et la physionomie de terraio particuliers aux bassins de» Tolcans.' Le terrain était si brûlant près de là, que malgré ma chaussure je ne ponvab pas rester plus d'une minute à la même idaœ. A deux ou trois reprises nous aperçûmes le fond, qui se composait de fragments de roches éboulées. L'aspect général de ce volcan me semUa plutôt celui de la jeunesse que celui de la décrépitude. Il est possible que ce soit là un aiSuent sonterrain de Kirau-Ea , et quand le vieux volcan, affaissé sous les masses qu'il aura vomies, ne pourra r(Mnpre sa croûte terrestre, il refluera sur Pouna-Hoboa, où, rajeuni et renouvelé, il reprendra ses allures de conquérant et de dévastateur.

Des volcans de Pouna-Hoboa , nous nous rendîmes à Kapa-Pala , en parcourant des plateaux moins ingrats et mieux cultivés. Kapa-Pala est un petit village manufacturier, qui fait un grand commerce d^étoffes, connues dans le pays sous le iiom de mamaki. On les cite pour leur finesse et pour leur durée. Depuis que nous avions quitté les terres basses pour ces régions élevées, le froid était devenn assex vif, et de grands feux allumés le soir étaient quelquefois insuffisants pour le combattre. Le jour suivant, nous reprîmes notre chemin vers le littoral, reposant nos yeux fatigués d'horreurs volcaniques et de gorges désertes, sur des plaines Uvrées à la culture et sur des cases habitées. Notre halte de jour se fit à Kaara-Ra ; celle du soir à Maka-Aka, hameau de quatre à cinq maisons habitées par des familles pauvres et hospitalières.

A Haka-Aka , la pente du chemin qui court vers la mer devenait beaucoup ptas rapide ; aussi fîmes-nous en peu d'heures les huit ou dix milles qui nous séparaient du village littoral de Pouna-Rouou. Le jour même nous poussâmes jusqu'à Uilea, après avoir traversé Koroa , connu pour fournir les meilleurs galets à Tusage des frondes. Hilea est un village ; il appartient à mon compagnon de route, le gouverneur Koua-Kini : la veille encore il y était , nous attendant depuis deux jours , et ayant laissé Tordre de nous faire diriger sur Honou-Apou , situé dans le S. 0., à peu de milles plus bas. La route qui relie ces deux endroits n*est remarquable que par les désordres de la lave qui l'encombre : dans certains endroits , elle a formé des agglomérations si singulières et si abruptes que , pour aider à les gravir, les naturels ont été obligés de placer, à la distance de trois pieds les unes des autres, des pierres plates qui servent d'échelons. On enjambe ainsi des escarpements de dix toises de hauteur. Le joli village d'Honou-Apou est populeux , fertile , aisé. Koua-Kini m'attendait chez le chef, dont Thabitation s'élevait sur la pointe la plus avancée d'une chaussée de lave qui porte le bourg lui-même. Fatigué de ma course à travers le domaine des volcans, je voulus néanmoins utiliser une halte nécessaire, en complétant les détails qui me manquaient sur le district de Pouna. La carte à la main , j'interrogeai Koua*Kini , et voici ce que je recueillis et notai au milieu d*ex]^cations aussi verbeuses que diffuses.

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