‹ Voyage autour du mondeChapitre 92 sur 98 · DESCRIPTION GÉNÉRALE DES ILES HAWAIL · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉNÉRALE DES ILES HAWAIL

cîatei ^t tet^ progrès de ses habitants dans les voies de la civilisation. Ce groupe s'étend du 19*" au 23'' de lat. N. et du 157° au 159° de long. 0., en formant une courte dont la concavité regarde le S. 0. II se compose de onze tles dont cinq grandes, trois petites, et trois autres simples rochers.

La plus méridionale et la plus importante, Haiif^aii, qui donne son nom à l'archipel, n*a pas moins de quatre-vingt-trois milles du N. au S. sur soixante-six milles de l'E. à ro. Quoique ses montagnes soient hautes et volcaniques , leurs pentes , qui commencent dès le rivage, sont douces, et n'offrent point, sauf quelques localités. les anfractuosités qui caractérisent les terres de cette formation. La hauteur du Mouna-Rea, point culminant du système, a été évaluée par approximation à 2,500 toises. Le Mouna-Roa , plus central , n'est guère moins élevé ; enfin , le Houna-houa-raraï vient en troisième ligne. Entre ces trois monts règne un plateau très-élevé , presque désert et inculte , car la partie littorale paraît avoir suffi jusqu'à présent à la population dHawaii. Hors de la bande de terre qui touche à la mer, lisière populeuse et cultivée , Tile est une région de volcans , le domaine de Pelé, leur déesse. Hawaii, on Ta vu, est divisée en six districts. La population totale de Ifle monte à 85,000 âmes, d'après l'évaluation faite par les missionnaires.

Séparée de la précédente par un détroit de vingt-quatre milles , Mawi a trentehuit milles de longueur sur une largeur fort irrégulière. Un isthme très-bas la divise en deux parties : celle du S. E., montueuse et volcanique; celle du N. 0., fertile , riche et populeuse. On y compte 20,000 habitants. Au S. 0. de Mawi, et séparée d'elle par un chenal de trois à quatre milles , gît la petite Ile de Tahou- Rawe. Rasse et stérile , couverte de buissons , elle n'a qu'une population insignifiante, qui vit de la pêche. Hloro-Kini est un écueil situé entre les deux tles précédentes. Moro-Kaï est au N. 0., à cinq ou six milles de Mawi. Longue, accidentée, irrégulière , cette île a près de quarante milles de longueur, sur une largeur de six milles au plus. Comme le terrain se compose presque tout de montagnes, il ne reste qu'une petite bande cultivable et cultivée. Aussi, malgré son étendue, l'île n'a-t^Ue guère que 3,000 habitants. RanaT , qui se groupe avec les deux précédentes, a jiuinze milles de long sur dix de large. Elle est montueuse , quoique moins élevée que Mawi et Moro-Kaï ; elle est stérile en grande parOe , privée de sources et de, torrents, ce qui en fait un séjour ingrat pour les 2,000 habitants

qu'elle nourrit.

A vingt-trois milles à l'O. N. 0. de Moro-Kaï vient Oahou, la plus fertile, la plus riche, la plus jolie du groupe. Elle n'a pas moins de trente-huit milles de longueur sur seize à dix-sept milles de largeur. Une chaîne de hautes montagnes en occupe le centre dans la partie de l'E. jusqu'à la plaine d'Eva. Quoique son sol soit fertile et coupé de ruisseaux , la contrée intérieure est déserte et peu cultivée. Toute la population s'est concentrée autour d'Hono-Rourou, dans une plaine d'excellent terrain d'alluvion qui se prolonge jusqu'à deux ou trois pieds. Au-dessous vient le tuf volcanique, appuyé à son tour à une profondeur de 15 pieds sur une base soUde d'un calcaire madréporique , analogue à celui qui borde le rivage. En

creusant ce calcaire jusqu'à douze ou treize pieds, on trouve une ean très-douce, bien qu'elle suive régulièrement les alternations de la marée. Le port d*Hono- Rourou , le meilleur mouillage de cet archipel , est sûr dans toutes les saisons. C'est le lieu de relâche des baleiniers qui viennent poursuivre dans ces mers leurs campagnes aventureuses. Il est rare qu'on ne trouve pas cinq ou six de leurs bâtiments à Tancre devant la ville, et quelquefois on en a vu jusqu'à vingt-cinq. Ainsi Hono-Rourou tend à s'accroître graduellement, soit à cause de la résidence royale, soit par l'affluence des navires étrangers. On compte actuellement à Oahou 30,000 habitants , dont la moitié à Hono-Rourou.

Vers 10. N. 0., et à soixante-cinq milles environ de Oahou, paraît Tauai, tle montagneuse d'un aspect charmant, mais moins fertile, moins populeuse qu*Oahou. Presque circulaire, elle a de vingt-cinq à trente milles de diamètre, et 10,000 habitants environ. Les cultures principales sont près de la ri\ière de Wal-Hea, où un petit fort, armé de 22 pièces de canon, a été établi pour la défense de la côte. Les habitants sont doux, braves et industrieux. Niihau, à 10. de la précédente et séparée d'elle par un canal de quinze à vingt miUes à peu près de largeur, n'a guère que 5,000 habitants. Comme Tauai , Niihau est réputée pour la fabrication de belles nattes que recherchent les chefs des autres tles. La culture de fort belles ignames parait être particulière à ces deux lies les plus septentrionales de l'archipel. Leur position isolée les fit longtemps rester indépendantes ; mais en 182it, sous Rio-Rio, le combat de Waî-Mea les rallia définitivement à la couronne hawaiienne. Les deux petits écueils Tahoura et Modo*Manou, habités par des oiseaux seulement, complètent la nomenclature du groupe.

Quoique chaud , le climat de l'archipel d'Hawaii n'est pas malsain. Comme le soleil ne s'éloigne jamais beaucoup de son parallèle, on n'y voit point d'hiver proprement dit ; et le seul changement qui caractérise les saisons, ce sont les pluies fréquentes et orageuses qui tombent de décembre en mars, et le règne des brises variables durant la môme époque. A part ces quatre mois pluvieux, il tombe fort peu d'eau sur toutes les plages occidentales de ces tles ; mais du c6té de Test les orages sont fréquents dans tous les mois de l'année. Partout où la lave, depuis longtemps durcie, a pu se décomposer, le sol de ce groupe, fécond et actif, se prête à une foule de cultures. Les plantes les plus conmiunes avant la découverte étaient le taro (arum esculentum)^ le convolvultss patatas ou patate douce, nommée chez eux ouara ou ouhi; enfin la canne à sucre. Ils avaient en outre les fruits de l'arbre à pain , du cocotier, des diverses sortes du bananier, d'une espèce d'eugénia, les framboises et les fraises. Les Européens y ont introduit les orangers, les citronniers, les vignes, les ananas, les papayers, les concombres, les melons d'eau, qui tous y ont prospéré, si ce n'est les ananas. Les oignons, les courges et les choux, quoique fort peu goûtés des naturels, y sont cultivés pour le ravitaillement des navires étrangers. On n'a pas encore essayé d'y naturaliser le café, le coton et les autres denrées tropicales ; mais il est probable qu'elles y réussiraient également. Par smte de la loi générale qui a présidé à la distribution des êtres sur le globe.

le règne animal est peu riche en espèces, pea varié à Hawaii. Avant les Eoropéens, on n*y connaissait en fait de quadrupèdes que le cochon, le chien et le rat : ceux-ci 7 ont ajouté la vache, le cheval, la brebis, la cliëvre, le chat et le lapin* Les oiseaux montaient à une vingtaine d'espèces, parmi lesquelles on remarque quatre nectarins, petits oiseaux au long bec pointu, aux plumes éclatantes dont on les dépouillait pour faire des manteaux précieux aux chefs indigènes ; deux moucheroUes, le psittacin, deux pinsons, une grive, la mouette commune, un corbeau, des foulques, des oies, des canards, des bécasses; puis les oiseaux de mer accoutumés, tels que phaétons, sternes, noddies, pétrels. Les insectes sont rares et limités ; peu de papillons et de coléoptères, mais quantité de mouches et de moustiques. Aucune sorte de serpent n'habite Tile ; les seuls reptiles sont deux espèces de lézards, de couleur cendrée, et longs de cinq à six pouces. Les poissons, au contraire, sont variés et nombreux, surtout les bonites, les poissons volants et deux sortes de mulets. Il y a aussi quantité de coquilles diverses, parmi lesquelles on remarque Fhuttre perlière, qui fournit souvent des perles d'une belle qualité. Les zoophytes abondent sur la côte.

Sous le rapport géologique, les Iles Hawaii peuvent être regardées comme un groupe de volcans qui aurait surgi d*un banc de coraux et de madrépores. Le grand volcan de Kirau-£a parait avoir pour base une roche de trapp. Quant aux terrains bas qui touchent au littoral, ils semblent assis sur une base madréporique, laissée à sec. Ces terrains offrent du carbonate de chaux et des masses calcaires, où les coraux et les coquilles sont engagés dans tous les états, depuis la coquille et le corail naturels jusqu'à la pétriGcation presque complète. Malgré les travaux des Andersen, des Menzies et des Gaudichaud» la flore d'Hawaii est encore imparfaitement connue, surtout dans sa plus curieuse partie, celle du grand plateau central et des points culminants. La végétation du littoral est à peu près celle qu'on retrouve sur les autres lies de FOcéanie.

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