CHAPITRE LU
POVUtJLTIOM, MIBVES, OOUTVIIIS, EILIOIOM.
Les habitants des tles Hawaii , Tune des grandes divisions de la famille polynésienne , se rapprochent par une foule de points des peuples taïtiens. Dans l'un et dans l'autre archipel , les chefs constituent une classe distincte , supérieure aux autres par le physique et l'intelligence : quelques-uns, hauts de six pieds, ont une force proportionnée à leur taille. Les femmes surtout, colossales à la fois et chargées d'embonpoint , se distinguent par une vigueur dont on ne peut se faire une idée. Les jeunes filles mêmes étonnent pai* la puissance de leurs muscles. Les honunes ont peu de barbe ; les fenunes ont l'habitude de s'épiler, soit & l'aide d'une pince en os , soit en employant le suc de certaines plantes. L'Hawaiien est naturellement doux , bienveillant et hospitalier. Moins légers et moins versatiles que les Taïtiens , ils sont moins sérieux et plus communicatifs que les naturels de Tonga.
A l'époque de la découverte, le gouvernement des tles Hawaii était une monarchie absolue et héréditaire. La puissance du souverain était tempérée seulement par un conseil de chefs, dont l'avis devenait quelquefois obligatoire. La couronne n'était pas le privilège exclusif des hommes : on citait des femmes qui l'avaient portée. Toutes les hautes dignités civiles, militaires et sacerdotales, étaient héréditaires, quoique soumises au contrôle suprême du roi. Les propriétés suivaient une loi pareille : à la mort de l'usufruitier, elles faisaient retour au souverain, qpù
en disposait ainsi qa'il l'entendait. Le plus souvent on les laissait dans la famille , et Tamea-Mea ne dérogea presque jamais à cette coutume d*hérédité, aujourd'hui puissante et respectée comme une loi.
La population hawaiienne est divisée en trois clases : les Ariis « chefs d'iles ou de districts, dont le roi est le premier, sous le titre d' Arii-Tabou ; les Rana-Kiras^ chefs inférieurs, dignitaires civils et militaires, prêtres, possesseurs de ter« rain, etc. ; enfin, les Kanakae ou Tanatas^ individus non propriétaires et cultivant le terrain d*autrui , ouvriers , artisans, etc. L'autorité des ariis était très-grande : le pouvoir judiciaire leur appartenait, et leurs sentences s'exécutaient sans appel. Jadis l'infraction au tabou emportait la peine de mort ; mais, dans les derniers temps, le délinquant pouvait racheter sa vie. L'adultère avec la femme d'un chef exposait le coupable à la perte d'un ou des deux yeux, et mettait la complice à la discrétion de l'époux insulté. Le meurtre , la rébellion , le vol d'objets appartenant au roi , étaient punis de mort. Tantôt le criminel était éti'anglé contre un arbre ; tantôt on l'assommait d'un coup de casse-téte. Les fautes moindres étaient punies du bâton.
Cet archipel fut longtemps désolé par la guerre. Les relations nationales sont remplies de récits de combats, d'invasions et de descentes. Aussi les Hawaiiens s'exerçaient-ils dès l'enfance aux manœuvres guerrières « en maniant de bonne heure la fironde , la lance , le poignard , le casse-tête et le pahoa. Habiles frondeurs, ils touchaient à 25 toises de distance le moindre petit morceau de bois; ils avaient une adresse prodigieuse à lancer et à parer le javelot. Des simulacres de combat développaient chaque jour leur justesse de coup d'œil et leur étonnante vigueur. La question de guerre et de paix se vidait dans l'assemblée générale des chefs et des guerriers. Là, chacun plaidait son opinion avec énergie, et plus d'une fois le débat provoquait des discours d'une éloquence noble et sauvage. EUis cite la harangue d'adieux d'un guerrier à ses amis, au moment où il partait pour le camp, à la veille d'une bataille. « Nos rangs, disait-U, sont comme des rocs dans l'Océan, immobiles contre l'effort des vagues ; chaque guerrier est comme un hérisson auquel personne n'ose toucher. Que la troupe du roi s'avance , et elle s'élèvera devant ses ennemis comme un grand arbre à pin s'élève au-dessus de l'herbe la plus humble. Au combat , le guerrier tiendra ferme comme le palmier aux profondes racines , et planera au-dessus des têtes ennemies comme le cocotier élancé plane au-dessus des roseaux courbés. Dans nos attaques de nuit , l'éclat de nos torches le surprendra comme les flammes des éclairs, et nos cris le terrifieront comme le grondement du tonnerre. »
Une fois la guerre déclarée, les chefs et les prêtres convenaient de leur marche et de l'époque à laquelle elle commencerait. Des messagers étaient envoyés dans tous les districts pour appeler les combattants au rendez-vous gueirier, et leur nombre était réglé suivant l'importance de l'expédition. Ces messagers, en hawaiien rere , étaient si agiles qu'ils faisaient le tour de l'Ile en huit ou neuf jours , malgré les haltes auxquelles ils étaient forcés, et malgré les longs détours nécessités
par les esearpements de la côte. Quand il s'agissait d'une leYée en masse , on officier nommé Ourou-oki était chargé de presser les retardataires. En avait-3 trouvé un , & Tinstant même il lui coupait ou lui fendait une oreille , lui passût une corde autour du corps, et remmenait ainsi au camp. Ces réfractaires n'éteient pas nombreux , car une tache indélébile restait marquée au front de ceux qm ne se rendaient pas au premier appel. Arrivés au lieu du rendez-vous, les guerriers établissaient leur camp dans un lieu facile à retrancher ; ib y dressaient des huttes temporaires en feuilles de dracœna ou de cocotier. Les fenunes, les enfants , les vieillards, étaient placés dans un part, c*est'à-dire dans un lieu presque inaccessible et fortifié avec d'énormes blocs de lave. Quelquefois la lutte avait lieu sur mer, entre des flottes de plus de cent pirogues ; mais comme les atterrages d'Hawaii sont presque toujours fatigués par la houle , ils préféraient le combat à terre.
Après les sacrifices faits et les augures consultés , tant ceux des entraîDes des victimes que de l'aspect du ciel et des nuages, on portait en tête de Tannée le dieu de la guerre, Taîri ; et, la harangue dite, le condmt s'engageait. Parfois les armées donnaient tout entières, à l'exception des réserves seules ; mais le plus souvent la bataille se composait d'une multitude d'engagements partiels , quelquefois même de combats singuliers. Un chtfnpion sortait des rangs et provoquait Tennemi, qui relevait le gant et envoyait un guerrier : le duel finissait par la mort de l'un des combattants. Parfois les escarmouches duraient plusieurs jours de suite , sans que la fortune penchAt pour l'un ou pour Fautre parti ; alors on se retirait du diamp de bataille, chacun de son côté. Dans un cas de déroute , au contraire, les vaincus fuyaient dans des directions diverses, les uns au Poidio-Noua on Ben d'asile ; les autres au Pari ou lieu retranché ; d'autres enfin dans les montagnes , où on les traquait aussitôt en détail. Quand on en tenait un , on le conduisait devant le roi ; si le roi gardait le silence ou disait : «( La face contre terre l » c'était on arrêt de mort exécuté à l'instant; s'il disait : a La face en l'air! » le captif, sauvé pour l'instant et devenu esclave , n'en restait pas moins à la merd des prêtres , pour le jour où ils auraient besoin de victimes humaines. Quand on chef avait une réputation de clémence établie , les prisonniers de guerre cherchaient à se trouver sur ses pas et à se jeter à ses pieds. Un signe , un geste, l'entrée seule de la demeure royale, étaient un motif de grâce.
Le droit des vainqueurs était de se partager les terres et les biens des vaincus; les femmes et les enfants, devenus esclaves, étaient obligés de travailler pour leurs nouveaux maîtres. A la suite d'une bataille , on n'enterrait que les cadavres du parti triomphant : ceux de l'autre parti devaient pourrir sans sépulture. N'y avait^ ni vainqueurs ni vaincus , quelquefois un envoyé se présentait pour traiter de la paix , une jeune plante de bananier ou un rameau de draciena à la main. Si les propositions , débattues dans une assemblée de chefs , étaient acceptées , on se rendait au temple , on tuait un jeune porc dont le sang devait couler à terre ; puis une guirlande de maïri, plante odoriférante, était tressée par ces mêmes dieft et disposée dans le temple. Des danses, des festins, terminaient la cérémonie.
TeSes étai»t les morars gumières d'Hawaii, avant que la civilisation européenne fût venue enseigner à ses habitants les moyens de se détruire autrement et plus vite. AujouM'hui quelques traces de ces coutumes , chaque jour effacées « restent à peine au sein de ces lies. Des hommes nus, avec le maro seul, portent Farme au bras gauche , ou exécutent la charge en douze temps comme un soldat européen. Kau-ike-ouli a sa garde d'honneur avec l'uniforme anglais: les forts des villes ont des canons, et des goélettes armées en guerre ont remplacé les pirogues. Maintenant les ftisils-Perkins et lés mortiers monstres arrivent à Uono-Rourou avec la vapeur et les chemins de fer. On cherche les sauvages de Cook , sans pouvoir en trouver un seul.
En temps de paix , la vie des chds était indolente et molle : boire , manger, dormir, jouer, voilà leur occupation. De là cet embonpoint énorme qui est le caractère général de cette race; embonpoint plus rare et moins prononcé chez les honmies du peuple , qui sont astreints à de rudes travaux. Les mœurs et les coutumes offraient quelques détails originaux et bizarres. Les mariages arrêtés entre parents étaient d'un cérémonial fort simple. Suivant M. Ellis, il suffisait que le futur jetât une pièce d'étoffe sur sa fiancée en présence de ses parents et de ses amis. La famille donnait un repas et Funion était scellée. Pour ceux qui avaient déjà une femme , cette formalité n'était pas môme nécessaire. On prenait une épouse, deux , trois, quatre épouses; on les gardait, on les répudiait à volonté. Dans un but politique , les rois et les chefs se choisissaient des épouses dans leurs (HTopres familles : souvent le souverain prenait sa sœur ; les fils de chefs succédaient à leur père dans son lit conmie dans son rang. La première épouse était ordinairement plus considérée que les autres. A peine un enfant avait-il vu le jour, on le lavait dans de Veau de mer, puis on le jetait sur une natte où il vagissait libre dans ses mouvements. On a dit que ces nouveaux nés étaient quelquefois sacrifiés par leurs parents , les jeunes fiHes surtout comme mxAns utiles au pays.
On a vu à peu près quelles modifications a subies le costume des insulaires. Jadis les hommes du peuple et les chefs subalternes se contentaient du maro ; les chefs supérieurs portaient seuls , noué sur l'épaule , le manteau fabriqué avec Técorce du mûrier à papier, ou le magnifique pallium à plumes des rois et des ariis. Le costume des femmes était une étoffe fine , pliée en plusieurs doubles , dont elles s'entouraient le corps, tantôt en se couvrant le sein , d'autres fois en le laissant à nu. Les hommes laissaient flotter leurs cheveux dans toute leur longueur, tantôt ils les fixaient sur la tête ou les réunissaient en touffes isolées , tantôt ils les faisaient tondre de la façon la plus bizarre : il était de bon goût de ne laisser, du front à la nuque , qu'une bande de cheveux de quatre doigts de large , figurant d*une façon fort exacte la crinière d'un casque de dragon. Tantôt les femmes coupaient leurs cheveux par derrière et les ébouriffaient par devant, comme les Taïtiennes; tantôt elles les relevaient par derrière et les ramenaient vers le front en les I^iant ensuite sur eux-mêmes , de manière à figurer un bonnet phrygien.
524 YOTÀfîE AUTOUR DU MONDE.
L'industrie primitive des habitants consistait dans la pèche, la cnltore des terres, b fabrique de leurs armes , de leurs pirogues , de leurs étoffés et de leurs ornements. Les pirogues simples ont ordinairement 2b pieds de longueur» sur 18 ou 30 pouces de largeur, relevées en forme de coin aux extrémités ; elles ont des balanciers très-bien adaptés. On les manœuvre soit avec des pagaies , soit avec une voile triangulaire enverguée à un mAt et munie d*un boute-hors. Les pirogues doubles ont 60 et 80 pieds de longueur. Une pkte-forme établie sur leur centre contient les rameurs , les passagers , et les effets qu*on veut transporter ; tandis qu*un homme placé sur Farrière gouverne avec une grande pagaie. Naguère ces insulaires exécutaient leurs travaux de charpente avec de simples outils en pierre dure ; aujourd'hui ils connaissent nos instruments en acier.
Les anciens navigateurs s'accordent à dire que les chants des Hawaiiens étaient doux , suaves , mélodieux ; quelques-uns des officiers de Cook affirment même qu'ik chantaient en parties. Leur musique instrumentale consistait, on Ta vu, en calebasses sur lesquelles ils frappaient, ou en bambous qu'ils heurtaient Tun contre l'autre. Leurs danses ou houras^ comme celles des autres Polynésiens, étaient précédées d'un chant doux et grave en remuant les jambes ou en se firappant doucement la poitrine avec des mouvements et des gestes gracieux. Peu à peu le mouvement s'accélérait et se précipitait de telle sorte, que les bons danseurs pouvaient seuls le suivre. Le meilleur danseur était celui qui se soutenait le plus longtemps. L'un des jeux habituels des Hawaiiens était une espèce de jeu de dames fort compliqué. Le damier avait deux pieds de longueur, et deux cent trente-huit cases sur dix-sept rangs. Les naturels faisaient manœuvrer là-dessus des petits cailloux d'une case à l'autre. Un autre jeu consiste à cacher une pierre sous unr morceau d'étoffe que l'on chiffonne : celui qui frappe le plus près de la pierre avec un bâton a gagné.
On a vu déjà ce qu'était la reUgion et quelle influence exerçaient les prêtres sur les indigènes. Une chose plus difficile à établir, c'est la théorie de ce culte. Aucun dieu supérieur à tous n'apparait au milieu de ces divinités diverses ; aucune théogonie caractérisée , comme celle des Taltiens , ne se révèle parmi ces pratiques idolâtres. Chaque phase de la lune amenait une fête : celle de la nouvelle lune durait ti*ois nuits et deux jours ; les trois autres, deux nuits et un jour. Pour les hommes qui assistaient à ces cérémonies il y avait interdiction , sous peine de mort, de parler à aucune femme ; ils ne pouvaient non plus ni naviguer, ni pêcher, ni se livrer à aucun jeu pendant tout ce temps. La pèche des bonites et de quelques autres poissons était interdite pendant six mois. Les plus grandes fêtes étaient celles du nouvel an. A cette époque , l'idole Kekou-Aroha était promenée par un prêtre tout autour de l'Ile , et tout ce que cet homme pouvait saisir de la main gauche était de bonne prise pour lui.
Les prêtres cumulaient très- souvent les fonctions sacerdotales et celles de sorciers. Ils se targuaient de pouvoir faire périr par des enchantements les personnes dont on avait à se plaindre, et il suffisait pour cela qu*on leur présentât
on objet ayant appartenu i ces personnes, surtout de leurs cheveux et de leur salive ; le reste du charme 8*opérait au moyen de gestes et de paroles mystiques. Gomme toutes les maladies s'attribuaient aux enchantements, pour les combattre on avait recours & des enchantements contraires. C'était alors entre sorciers à qui serait plus fort l'un que l'autre. Tamea-Hea avait toujours à sa suite un officier dont les fonctions se réduisaient à recueillir ses crachats, pour qu'ils ne tombassent pas au pouvoir de quelque sorcier mal intentionné.
Hais l'institution la plus remarquable parmi ces peuples, et qui leur est commune avec les antres Polynésiens , c'est le tabou. Tabou était une chose sainte et sacrée, il était permanent ou temporaire, général ou relatif. Ainsi, les dieux, les temples , la personne et le nom du roi et de sa famille , celle des prêtres , tous les objets à Fusage de ces divers privilégiés , la tête des personnes dévouées au culte spécial d'un dieu, étaient toujours et pour tout le monde tabou. Les animaux et les autres objets offerts aux dieux étaient tabou pour les femmes. Certains lieux, comme ceux où se baignait le roi , étaient constamment tabou. Quelquefois une lie et un détroit, placés sous un tabou temporaire, étaient interdits aux pirogues. Certains animaux se trouvaient frappés du tabou pendant plusieurs mois, surtout aux approches d'une grande cérémonie religieuse, à la veille d'une guerre , ou pendant la maladie d'un chef. Autrefois cela durait longtemps. La tradition rapporte que du temps d*Oumi un tabou de trente ans fut mis sur les barbes. Les hommes ne purent les couper pendant tout ce temps. Plus tard, il y en eut un qui dura cinq années. Avant Tamea-Hea, quarante jours étaient la période habituelle du tabou ; ce roi le réduisit à cinq ou dix jours , et Rio-Rio l'abolit entièrement.
Le tabou pouvait être plus ou moins rigoureux. Ainsi, dans sa force ordinaire, il sufBsait aux hommes de s'abstenir de travail, et d'assister aux prières du heiau ; mais quand il régnait dans sa rigueur, on ne pouvait, dans le district taboue, ni allumer des torches, ni mettre sa pirogue à la mer, ni se baigner, ni se montrer hors de sa cabane, si ce n'est pour aller au temple. Si les cochons, les poules, les chiens se faisaient entendre, le tabou était violé. Pour empêcher ce sacrilège, on liait la gueule aux chiens, le grouin aux cochons, et Ton mettait les poules dans une calebasse en leur couvrant les yeux avec un morceau d^étoffe. Tous les hommes du peuple se prosternaient sur le passage des chefs, qui eux-mêmes étaient taboues au point de ne pouvoir toucher la nourriture de leurs mains. Le roi, quand il était taboue, devait marcher tête nue ; il ne pouvait se mettre ni sous Fabri d'une tente, ni sous l'ombre d'un arbre. Il fallait qu'il se laissât rêtir par les rayons solaires en l'honneur du tabou.
Quand le tabou était imposé quelque part, un messager des prêtres faisait sa tournée le soir, en indiquant qu'il fallait éteindre tous les feux, laisser libres tous les sentiers du rivage pour le roi, et tous ceux de l'intérieur pour les dieux. D'ailleurs le peuple était préparé à l'avance. Pour marquer que le tabou existait sur une certaine partie du poisson de la côte, un petit pieu planté dans les rochers
portait à M cime nue toaflè de f enOles on un moiveaa d*étoflte bltachc; une Ceoillt de cocotier liée ratoinr de Tarbre indiqnit qae le firait était tabiwé. Les cochoiif taboues et destinés aux dieux ayaient «m treiBe paanée dans nne de leurs oraBes. La violation du tabou était toujours punie de mort, i moins que le coupable n'eAt de puissants amis parmi les prêtres et les chefii. Les coupables étaient d*ardinaira offerts en sacriflce, étranglés ou assommés arec un casae^ète, qodcfiiefais InnAka dans Tenceinte du heiau. Un tabou perpétuel pesait sur la nourriture des femmes. Aussi , quand on parla d'abolir le tabou, elles acceptèrent avec tinthonsiasme une mesure qui les rétd>lissait dans le droit commun. EUes regrettèrent leurs luBfieg^ leurs dieux, leurs divertissements et leurs danses; mab Tahriition du tabou lea consola de ces pertes. A ces instituttons Imaires, è cas règles d'interdit, ont succédé aujourd'hui les sévères prescriptions des nûsâonnaires pour Tobservance do repos dominical. Les insidaires ont accepté cela comme un nouveau tabou« plus doux, plus tolérable , plus humain qne l'ancien.
NuBe part la douleur publique et le deuil national ne prennent des formes extérieures plus bruyantes et plus exagérées que dans Tarchipel d'HawuiL On a vu ce que firent les insulaires à la mort de Tamea-Mea, combien longue fut leur douleur, combien de tatouages extraordinaires elle provoqua : on se coi;^ à renvi des oreiDes, on se cassa des dents, on se rasa la tête, on se mutila, on se brûla la peau, on se marqueta le corps ée blesanra. Goaune à la Nouvelle-Zélande, les hommes couraient presque nus, simulant k f<4ie, et détruisant tout sur leur passage. On brûla les maisons, on ravagea les pn^étés, on tua même, faisant servir cette occasion à des haines et des vengeances particidières. Les mêmes témoignages de deuil se reproduisirent avec tous leurs accessoires quand sa veuve Keo* pouo-lani, mère de Rio-Rio et de Kan4ke-ouli, épouse de roi, mère de deux rois, descendit au tombeau. Aucune expression humaine ne saurait rendre cette douleur publique. Le récit de M. Stewart ne peut en donner qu'une faiUe idée. A Mawi, résidence de la défunte, les habitants de Tile, au nombre de plus de 5,000^ se portèrent vers sa case, hurlant, se tordant de désespoir, affectant les poses lea plus bizarres et les plus expressives. Les femmes, échevelées, les bras tendus vers le ciel, la bouche ouverte et les yeux fermés, semblaient invoquer une catastroid^ pour marquer le jour néfaste ; les hommes croisaient leurs mains derrière la tête et semblaient abîmés dans la douleur. Ici on se jetait la face contre teire en se roulant dans le sable ; ailleurs on tombait à genoux, ou Ton simulait des convulsions épHeptiques. Les uns prenaient leurs cheveux à poignée, et semblaient vouloir se les arracher. Tous multipliaient leurs gestes et leurs manifestations extravagantes. Ce peuple faisant dans une pantomime générale l'oraison funèlnne de sa reine , formait le tableau le plus bizarre qu'on puisse imaginer, mais aussi le plus touchant, le plus proAnid, le plus poétique. Interrogés sur le motif qui les engageait à manifester leur chagrin d*une manière si exagérée, ils répondaient que c'était trop peu encore et qu'ils devraient garder des traces étemelles de cette douleur.
TBAVEBSiB DES ILES HAWAII A NOUKA-HIVA. &27
Lft kiDgae des Hawaiiens» dialeete, eomme on Fa dit» de la grande langue polynésienne, est donce et faarmonieuse. Mieux articulé que celui des Taltiens, ce ifialecte n'a pas les notes gutturales du nouveau zélandais. Tous les motsfinissent par des voyelles dissyllabiques pour la plupart. Un petit nombre seulement est trissyllabique, à Texception toutefois des mots composés. De nos langues d'Europe, ntalien est celle qui se rapproche le plus, pour la prononciation, de Thawaiien; des Imgues asiatiques, c'est le malais pour les formes radicales. L'écriture est mconnue dans cet archipel comme dans le reste de la Polynésie. EUis cite pourtant des figures tracées dans la lave par d^anciens voyageurs, sans doute pour constater quelques circonstaaces de leur itinéraire. Ces signes se rapprochaient beaucoup des signes hîâroglyidiiques des Mexicains ou des Péruviens. Un cercle avec un point dedans indiquât qu'un homme avait fait le tour de Tlle ; plusieurs cercles concentriques avec un ou plusieurs points signifiaient qu'un nombre d'hommes égal à celui des cercles ou des points avait fait le tom* de l'ile. Mais s'il n'y avait qu'un demi-cercle^ YHe nlivait été contournée qu'en partie. Ces peuples employaient la numération décimale : ib comptaient par vingtaines et par quarantaines. Ils estimaient le tenps par hmes ; douze lunes formaient l'année ; mais les i^tables périodes étaient dans les saisons. Chaque lune comme chaque nuit de hme avait son nom spécial ; car ils employaient les nuits et non les jours pour estimer les fractions d'un mois.