‹ Voyage autour du mondeChapitre 95 sur 98 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

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L'archipel d'Hawaii était loin. A peine avais^e eu le temps de me reconnaître i bord, que déjà tOceanie avait pris le large; passant sous le vent des lies , il les avait côtoyées pendant deux jours ; pm's, peu à peu, tout avët disparu. Nous en étions de nouveau réâmts au spectacle du ciel et de l'eau.

Notre marche (ut rapide. L'Oceanxe était un noble voilier. Quatre-vingt-dix, cent, cent dix Seues par vingt-quatre heures, voilà ce qu'il fit dans le courant d'une semaine, et il ne sembWt pas fotigué d'aUer ainsi. Le sloop avait fait six cents lieues en badinant; Q avait passé de rhémisphère nord à l'hémisphère sud; il devait atterrir le lendemain, 10 mars, sur Nouka-Hiva. Le 10, en effet, la vigie signala ime terre au point du jour, et à midi sous nous trouvions à trois ou quatre milles de Fatoidiou et de Hiaou, Hots assex bas, mais couverts d'une admirable verdure. Ce n'était plus ici l'aspect morne et volcanique de Hawaii, cette terre de déchirements, ce sol de lave coneréSée. On n'apercevait même pas la charpente de l'Ue, tait elle était couverte d'un vêtement épais et touffu.

Avant la nuit, nous avions découvert les sommets montueux et découpés de Renka-Hive, la reiHe de ce groupe* Nul danger n'entoure cet archipel, et le

récif de corail qui règne sur la cAte ne s'étend presque nuDe part à plus d*uie encablure au large ; circonstance exceptionnelle et fort rare dans les parages océaniens. Aussi, le jour suivant , quand nous allâmes au mouillage de Nouka-HiYa, pûmes-nous accoster Vile et la longer pendant une portion de sa longueur. Dans la matinée , nous gagnâmes du chemin , et vers midi une brise favorable nous poussait le long de la côte méridionale. J'ai vu peu de terres qui offirissent des points de vue aussi variés et aussi ravissants. Qu*on se figure , dans un premier plan , une suite de mornes escarpés , entrecoupés de ravins profonds que tapisse une végétation verdoyante ; puis , sur un plan lointain , des pics intérieurs dont quelques-uns n'ont pas moins de i ou 500 toises d'élévation. La pointe S. E. est elle-même un massif escarpé, couronné par un rodier gigantesque de la forme la plus singulière. Vu d'un certain cAté, ce rocher simule exactement une citadelle en ruine , avec ses bastions , son revêtement et son parapet, le tout surmonté par une tour délabrée.

C'est & l'ouest de ce promontoire que se développe la baie profonde d*Oumi , qu'habitent les Taï-Piis, tribu puissante et belliqueuse, à qui la narration de Porter a donné quelque célébrité. Plus loin se découvrait à son tour la vallée des Hapas, ennemis des TaT-Piis. A peine VOceanic s'était-il montré à la tête de leur baie, que cinq ou six pirogues de pêcheurs firent voile sur lui et Taccostèrent. Les naturels qui les montaient ne s'amusèrent point à parlementer; ils grimpèrent à bord, hardiment et sans façon , comme auraient fait des hommes de l'équipage. Ceux-là étaient bien des sauvages , des hommes primitifs , que le frottement européen n'avait pas encore polis. Presque entièrement nus , ils avaient cet organe criard, ces façons grimacières, ces gestes, ces mouvements brusques qui tiennent à la fois du singe et de l'homme, caractères qui s'effacent dans une race à mesure qu'elle s'avance vers la civilisation.

Le dialecte de ces peuples , altération de la langue polynésienne comme celui d'Hawaii , ne nous fut pas difficile à comprendre. Pendleton entra en conversation avec eux, et s'enquit de la situation de Ttle. a Les Hapas sont en guerre avec les Taî-Piis, dit l'un de ces naturels qui semblait le chef des autres ; si les hommes de rOccident veulent aider les Hapas, les Taï-Piis seront vaincus et exterminés. Nous nous régalerons de leur chair après la bataille, d Et pour décider plus promptement Pendleton à cette alliance , ils lui racontèrent comment un dernier combat avait été favorable à leur tribu ; ils lui détaillèrent le nombre des prisonniers man* gés , exprimant par des gestes non équivoques combien ce festin avait laissé en eux de souvenirs sensuels, et que de courage leur donnait & la guerre la perspective d'une fête pareille. C'était la première fois que je voyais des anthropophages se faisant gloire de leur goût atroce, et, il faut que je l'avoue, un frisson étrange courut dans tout mon corps. Je regardais avec une sorte d'effroi ces dents blanches et acérées , et il me semblait qu'un lambeau de ma chair pourrait bien ^ quelque jour, passer dans cet appareil humain. Ajoutez à cela la physionomie de ces sauvages , qui contrastait avec l'air doux et nonchalant des Hawaiiens , cette

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