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LIVRE III. — De Timor aux Marianne» inclusivement

qu’on lui altachoit au bras, témoignoit qu'il étoii prisonnier; puis on le lies Muicnnc».

conduisoit dans une maison en le comblant de politesses. Instruite de sa üe • 1 <?a soçictr.

captivité, sa famille se cotisoit en grande hâte pour fournir une rançon,

' quelle s’appliquoir par amour-propre à rendre la plus magnifique pos-

sible , et les plus proches parens se chargeoient de l’aller offrir avec pompe.

Cette rançon appartenoir de droit au chef de la peuplade des travailleurs, lequel se piquoit en revanche de traiter splendidement le prisonnier : ce chef étoit libre au reste de faire parade de sa munificence en refusant de l’accepter , et en manifestant l’unique désir dé voir la paix et la concorde continuer à régper entre les deux peuplades. Quel que fût le parti auquel il s’arrêtât, la liberté étoit sur-le-champ rendue au noble captif ; -tous les habitans du village où I ’hodjong songsong se-trouvoil réuni, chargés des objets les plus précieux er les plus miles que leur pays pût offrir, comme nattes, poissons, racines farineuses , bétel , &c. &c. , s’empressoient de se mettre en route pour lui faire la conduite, et présenter leur offrande au chef de sa peuplade. Parés de leurs plus beaux ajustemens , hommes- et femmes égayoient la marche par des chants et des danses : à son arrivée , la bande joyeuse faisoit honneur à un banquet préparé d'avance. Le moment de se séparer étant venu, un débat obligeant s’engageoit : les bâtes insistoient pour reconduire leurs convives chez eux, et ceux-ci ne vouloient pas souffrir qu’on leur fît tant d’honneur ; enfin , pour terminer le différent , les uns et les autres tomboient d'accord qu’on iroit de compagnie jusqu’à moitié chemin.

L’usage ancien de faire ainsi un prison nie r de marque pendant un haAjong songsong, bien loin d'être un acte hostile, étoit plutôt considéré comme un moyen propre à entretenir des relations de bonne amitié entre les insulaires ; ep effet, fors même que la rançon dû prisonnier étoit acceptée , on ne manquoit jamais de le renvoyer chez lui avec des cadeaux excédant en valeur ceux qui la composoient.

Si la personne mise ainsi en charte privée faisoit cobnohre quelle eût des affaires urgentes, on la iaissoit librement partir, après une promesse mutuelle d’union.et de bonne amitié , promesse qui étoit regardée comme inviolable. Quoi qu’il en fût, cette .espèce de contrainte ne s’exerçant jamais qu’à l'égard de gens jouissant d’une haute considération > étoit

lin Marianne*. toujours prise en bonne part, et même passoit pour un hommage flatteur De l'homme aux yeux de celui qui en étoit l’objet.

Personne ne s’entremertoit dans une querelle d'homme à homme; mais si une femme étoit engagée dans quelque rixe, tout le monde prenoit parti pour elle. Cétoit une conséquence de la haute estime que les Mariannais avoient pour leurs femmes, qui exerçoient en tout le commandement , hoémis à la guerre et dans la conduite des pirogues.

Demandoit-on aide ou secours à 'un parent, il aecouroit seul; mais quand une demande de cette natnre étoit adressée à la parente la plus élevée dans l’ordre des degrés que nous avons fait eomjoître (la mère néanmoins exceptée), toute la famille, parens et alliés compris, devoit. s’y rendre. ' ■' v ’"■•••*• - .••

Sur la simple observation -faite par un homme marié à la plus âgée de ses ascendantes, que sa maison se trouvoit en mauvais état, tout le parentage étoit appelé i la faire réparer., ou â contribuer à la construction d’une neuve. ■ • - • •

' Cétoit un usage consacré , que toute personne qui saHVoit la vie à un enfant et le rendoit à ses parens , avoir droit de prétendre au don d’un des colliers d’écaille nommés goittéha famagaon [richesse d’enfàm ] -( tj , pourprix d’un tel service.- En pareil cas , si le père n’avoit pas le moyen d’acquitter cette dette , sa famille , et au besoin la peuplade toute entière. St faisoit un devoir d’intervenir pour l’aider à remplir une obligation aussi sacrée. Quelquefois le libérateur tefusoit de recevoir aucune récompense '. alors cette marque de désintéressement et ce refus bienveillant devenoient le gage de l’espèce de parenté ou plutât d’alliance que nous avons die se nommer atagteha-goma. Dès ce moment, on étoit obligé de concourir à tous fes devoirs que la famille adoptive sçroit appelée à remplir en commun. L’homme d’un rang distingué qui secouroit un enfant en danger de périr , pouvoit , avec l’avçu des proches de celui-ci, lui faire porter son proprenom. Un don de quelque importance fait à un enfant suffisoit pour établir la mime espèce d’alliance. • * ' w

Pratiques de politesse. — Les Afariannais n «voient jadis aucune de*

(ï) ttyrz pfüi haut, page 31 ï.’

De l'homme en société.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 377 manières de saluer qui nous sont familières en France, à l’exception du lies Marianne», baise-main; encore au lieu de baiser la main , ils la flairoient, et cet acte de civilité se nommoit gnhig/ihi [flairer]. Le baiser réciproque , propre ment dit, étoit désigne par le mot tchamikn , c’est-à-dire , se flairer mutuellement te nez. Nous avons vu le même usage chez les Carolinois, les Papous et les Timoriens. En entrant dans une maison, on se bornoit à dire, adjin djo [me voici , et sous-entendu , pour. vous servir] ; à quoi le maitre du logis répondoit , atti haa! [ veux-tu que je verse de l’eau sur toi ! sous-entendu , pour te laver les pieds] s la personne qui rendoit visite disoit pour .refuser , ti gaa'Hadji [ pas nécessaire ], et , pour accepter, adjan [ici]. Dans ce dernier cas, suivant la qualité du personnage reçu, l'hôte alloit luimême quérir l’eau dans une calebasse ou la faisoit apporter par un domestique, ét l’un ou l’autre la versoit, en dehors et près 'de la porte d’entrée* sur tes pieds du nouveau venu , qui se les frottoit lui-même.

Quand on se rencontrait dans la rue (1), tout le cérémonial seréduisoit à s'adresser mutuellement ces questions,' mano haa ! [où vastu!]; gaini mina haa! [ d’où viens-tu! ]. Cependant, si la personne accostée étolt d’un rang supérieur ou au moins égal , et quelle fût chargée, le bel usage exigeoit qu’on lui offrît de porter son fardeau : on ne faisoit pas tant de façons à l’égard d’un inférieur ; et même celui-ci , pour se montrer civil, devoit inviter le personnage éminent qui l’abordoit, à recevoir le don d’une partie de sa charge.

En signe d’estime ou d’amitié, un habitant qui voyoit passer devant sa porte une personne de connoissance , l’invitoit à entrer et lui offrait le bétel ou tout autre régal. C’étoit une grande marque de respect que de passer la main sur l’estomac de quelqu’un ; cracher en sa présence eût été, an contraire, -le comble de l’impolitesse, et l’on mettoit une extrême attention à ne point s’en rendre coupable. Les Mariannais se débarràssoient rarement de leur salive, ou ils ne le faisoient- qu'avec de méticuleuses

(1) Le Gobien (foc. cit.) assure qu'ils se saluent par ces mou , ati arinnio , qu’il traduit par . permette^-moi de vous baiser les pieds. J! y a tel erreur manifeste; l'expression cirée, qu'il faut écrire offi ading-mo ( au moins dans le dialecte' d’Agagna-), signifie, mot à mot , jeter de l'eau (sur) pieds-tiens , et doit se traduire par , voulez-vous que je verse ou qu'on verse de l'eau sur vos pieds ! Or cène phrase se rapporte fort bien a i’usage que J’ai indiqué, et seroit tout-à-fàit déplacée si on la prononçolt en sè rencontrant 'dans la rue ou touteeutre part que citez soi. *

fqsogr de fUnesis. — Historique. T. II. B I) b

J7U voyage autour du monde.

Ile> Marianqes. précautions. Il* évitoient aussi de satisfaire à ce -besoin naturel pus de De l’homme ja maison d'un autre, ni même le matin; ce dont iis apportent , dit le Gobien, je ne sais quelles raisons qu'on n'a pas exactement pénétrées, Un màngatchang se gardoit bien de passer tête levée devant un noble ou matera; il s'inclinoit en pareil cas au point de marcher presque à quatre pattes ( voyci pt. 62). Pour lui parler,’ il falloit qu'il se tint accroupi : un mataa, de son côté, eût cru se dégrader en demeurant assisdevant un de ses inférieurs. Le mangatchang n’étôit pas tenu à de si humiliantes déférences à l’égard de i'atcltaot. .

Depuis l’entière pacification des Mariannes, la plupart des habitans de Goam ont adopte plusieurs des manières espa noies. <> Aujourd'hui lorsqu’une jeune personne rencontre dans la rue ou à la maison un supérieur ou un parent à qui elle doit des égards , elle met un genou en terre, et baise la main que celui-ci lui présente gravement. #

» Après l 'angélus du soir , on a la coutume , à Agagna, de souhaiter une bonne nuit aux personnes auprès desquelles on se trouve; et c'est à quoi les enfans se conforment scrupuleusement envers leurs grands parens , auxquels ils disent simplement, en faisant. une légère inclination de tête, senor ou sehora, sans ajouter buena noche [ bon soir] . >• {.M. Guérin ).

Éducation. Éducation chci les anciens. — Tout se bornoit, dans. le premier âge, à quelques-s'oins physiques de la part des parens ; plus tard , les jeunes gens sïnstruisoient en voyant travailler des ouvriers expérimentés, pourvu que ceux-ci voulussent le permettre. Un habile constructeur de pirogue, par exemple, étoit ordinairement jaloux de son talent, et il se gardoit bien d’en. divulguer à tout venant les procédés: il falloit avant tout qu'il eût reconnu dans celui qui réclamok ses leçons, fût-il même son fils, des dispositions heureuses ; alors seulement il se résignoit à l’initier aux secrets ‘du métier. Or, un goût décidé, pour une profession se décèle rarement dans l'enfance-; il devoit donc être homme fait pour entrer en apprentissage.

Les jeunes pilotes, destinés aux grandes navigations , recevoient, aux mêmes conditions, les instructions de leurs proches. Presque toujours le fils héritoit de l'emploi de son père, parce qu'on pensoit que l’enfant d’un homme heureux dans ses entreprises devoit l’être aussi dans les siennes.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 379 Toutefois il n'y avoit rien d'obligatoire, et l’on a vu nombre de jeunes liw Marianne*, gens suivre une carrière opposée à celle des auteurs de leurs jours. De rWomine

Éducation chez les modernes. — Le précis historique qui précède ce chapitre donne une idée suffisante des efforts que les missionnaires firent, dès les premiers jours de leur arrivée à Guam, pour civiliser et instruire les habitans. Indépendamment de l’éducation religieuse, on envoya dans les villages, avons-nous dit (pag. 197), des artisans pour y enseigner à fabriquer le fil et la toile, à coudre, à tanner les peaux et les cuirs, forger le fer, tailler les pierres, bâtir, et mettre en pratique de meilleures méthodes d’agriculture. • •

Maintenant toutes les bourgades de quelque importance ont une école primaire royale pour les garçons et une école libre et gratuite pour les filles ; les enfans y sônt envoyés , dès qu'ils sont en âge d’en profiter , et y apprennent les principes de la religion , la lecture, l’écriture, le castillan , le calcul ; les filles sont en outre dressées aux travaux de leur sexe.

On a de plus à Agagno- le collège roÿal de Saint-Jean-de-Latran , où l’instruction est donnée à un nombre d’élèves illimité ; il y en avoit 30 en 18 1 8, pris dans les fiunilles les plus distinguées de i’lie, ou parmi ceux qui se destinoient à la carrière d'artisan.' En sus de ce qu’on montre aux élèves dans les écoles primaires , on leur enseigne ici la musique vocale et instrumentale , ainsi que les professions mécaniques de charpentier, forgeron, serrurier , cordonnier et tailleur d'habits. Ils sont tenus à leyr tour de chanter et de jouer des instrumens dans l’église d'Agagna, les jours de. cérémonie, «détoit une surprise agréable et toujours nouvelle » pour nous, dit ierédacteur du Voyage de Marion, lorsque nous assistions ». au service divin, les dimanches et fêtes, d’y trouver l'église pleine de » musiciens, et d’y entendre une symphonie de tous les instrumens. »

On a .remarqué ici la facilité et la promptitude avec laquelle Les jeunes gens acquièrent l’instruction qui leur est communiquée, tant sous le rapport littéraire que sous celui des professions manuelles.

. A la manière des Chinois ( 1 ) , les Mariannais comptoient autrefois les Calendrier.

. ’-(r) «L’année des Chinois commence par la conjonction du soleil avec la lune, ou par la * nouvelle lune la plut proche du i $.* degré tfaquarius ( le veneiu qpi est selon nous un «signe où le soleil entre vers la fin de janvier, et y demeuré presque totn le frtob de février:

Bbb*

ll« Marnnnei. grandes divisions du temps par jours [ tuiam ] , par lunaisons ou mois D*n {pal,u’ ] • et Par années [sakhm] : ii est probable qu’ils donnoient aussi

des noms aux premiers , ainsi que les Carolinois de Lamoursek le font encore (voyc^plus haut, p. 106); mais ces noms sont maintenant tout-àfail inconnus, A l'egard des années, elles se composoient de treize lunaisons. Les Espagnols, à leur arrivée, ont cherché à assimiler les noms de ces périodes à ceux des mois de notre calendrier, correspondance qui est à la rigueur impossible ; voici, toutefois, de quelle manière les renseignemens que j’ai puisés à trois sources différentes , établissent la nomenclature dont il s’agit.

1. Janvier TgjmégûiNI. Mot qui signifie ainsi , de cette manière.

x. Février ..... MaIno.

3. Mars (DmotarAf. Littéralement, allerpour prendre des gaata£;cesipeat-ètrè

l’époque où l’on va 4 la pêche du poisson ainsi nommé.

4. Avril Lûmgihq. Veut dire retourner, revenir h la charge/ falloit-il l’entendre

du retour de l’année!

S' Magmamao.

^U’n MananAF , ou FANANAF =rnarcher i quatre nattes, r rainer le conts.

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