LIVRE 111. — De Timor aux Mariannes inclusivement. }8j
terre de produire et la mer de donner des poissons. Des maux horibies ll« M«ia»a«.
se répandoient à leur gré parmi les hommes; enfin il leur étoit facile
de faire naître l’abondance et d’éloigner les maladies. " •
«Tout ignorans qtt'ils sont, continue le Gobien, ils ne croient pas - que le monde soit de toute éternité. Ils lui donnent un ccrmmence- ■■ ment , et ifs racontent sur cela des fables assez mal concertées, qu’ils ■■ ont exprimées en méchans vers qu’ils chantent dans leurs assemblées.
» Ils disent. que toutes les nations tirent leur origine d’une terre de »■ Goam ; que le premier homme en lut formé ; qu’il fut ensuite changé » en pierre, et que de cette pierre (t) sortirent tous les autres hommes,
» qui allèrent s’établir en divers pays . , . ; que ces hommes , se trouvant » bannis et éloignés de leur pays , oublièrent bientôt leur langage et la ■> manière de vivre de leurs compatriotes. De là vient, disent-ils, que » les autres peuples ne savent pas parler, et qu’ils ne nous entendent » pas. S’ils articulent grossièrement quelques mots, ils le font. comme » les fous, sans s’entendre les uns les antres, et sans savoir ce qu’ils «disent.® w *•••-•■•.
Un fait digne de remarque, c’est la crainte superstitieuse qu’excitoit jadis, chez les Mariannais, l'apparition subite de l’oiseau caroiinois nommé otag. Compagnon né du mauvais temps, sa présence étoit généralement regardée comme du plus funeste augure. Tant de naufrages, en effet, om pu coïncider avec l’arrivée accidentelle de cet animal !
Culte. — ‘ On invoquoit. les antis dans le danger et dans le besoin.
D’abord la demande se fâisoit à voix ordinaire, car ces insulaires croyoient
que , toujours occupées de leur bien-être , les âmes de leurs aïeux étoient à «
côté d’eux : mais si, malgré cet appel , le danger continuoit, ils se met-
toient à crier d’abord modérément, puis de toutes leurs forces-, pensant
que ces êtres tutélaires s’étoiént 'éloignés, momentanément pour porter
leur assistance ailleurs. Ces cris qu’on entend encore à la campagne ’, et
qui n’ont maintenant pour objet que de faire connoître sa position à des
compagnons de chasse, sont fort perçons. - Ho! ho! disoient-ils, N. ( le*
nom. ou les noms des parens dont ils invoquoient 1er âmes ), c'est main-
( i ) Cesi le rocher de Fmgfta, dont il a été fait mention page r8) de ce volume..
ll<-t Marianne».
De l’homme en société.
j 84 - • •• VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
tenant que votre secours m’est necessaire; secaurei-mai , si votre famille vous fui jamais chère! » et ces paroles étoient répétées pendant toute la durée du danger ( 1 ). • , • • • , *
Lorsqu’un individu ;vouloit s’établir chez une peuplade autre que la sienne , il cherchent ordinairement à se loger dans une maison abandonnée par suite du décès de son propriétaire : mais te nouvel occupant s'appliquoit , avant tout, à capter la bienveillance des parens du défunt, afin que , par leur intercession , lame de celui-ci ne lui Ht aucun mal.
Les makahnas , espèce de sorciers fort en honneur dans le pays , et dont nous avons déjà parlé ( p, 175 ), exerçoient parmi leurs compatriotes une sorte de sacerdoce. II y en avoit de deux' classes : les uns ne faisoient que du mal, et ceux-là étoient mangatchangs ; d’autres, qui fai. soient du bien, appartenoienr à la caste des nobles. Parmi ces derniers, les uns procuroient de bonnes pèches , d’heureux voyages, la guérison des maladies s les autres rendoient les champs fertiles, les récoltes abondantes, la température favorable, &c. &c. Les makahnas, pour s’aider dans leurs prédictions , conservoient chez eux les crânes de leurs morts , et les tenoient renfermés dans des paniers. « lis laissent traîner » ces paniers par la maison, dit le Gobien, sans s'en mettre en peine et » sans y faire la moindre attention , à moins que quelque dupe ne vienne - les consulter.
» Quand quelqu'un meurt, on met une petite corbeille près de sa tète, » pour recueillir son esprit, -et on le conjure, puisqu’il quitte son corps, •> de vouloir bien se placer dans cette corbeille polir y faire dorénavant » sa demeure, ou du moins -pour s’y reposer quand il se donnera la peine » de venir les voir. .
Cérémonies aux grandes époques de la vie ; Mariages. — Il sera question ailleurs du mariage considéré comme contrat civil et temporaire : nous retracerons seulement ici les formalités qui en précédoient ou accompa-
• (1) Platon pensoit que les âmes de» roôrts ont une certaine force, en vertu de laquelle elles prennent toujours intérêt à ce qui se passe dans ce inonde, ce Cela est certain , ajome-i-îl , » quoique la preuve exige de longs discours ; mais il faut croire ces cho»e$ sur la foi des législateurs et des traditions antiques, à moins quon n’ait perdu l’erprit. ® ( Voyez Platon, de Legibus.) . « *
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 385 gnoient 1* conclusion. Par-tout où des hommes sont réunis en corps de lies Mariants», nation , l'acte du mariage prend constamment un caractère de solennité : l’homme
cette importante institution, en effet , a moins pour but de favoriser le *" ,oc,we- » ( penchant naturel qui entraine les deux sexes l'un vers l'autre, que de conserver religieusement et de perpétuer les liens de famille, moyen puissant d'empêcher le désordre et la confusion de bouleverser le pacte social, et qui n'a pas échappé à la conception des peuples même les plus grossiers.
Aussitôt qu’une union étoit projetée, la mère du prétendu, ou à son défaut sa grand’mère, ou enfin sa plus proche parente, après s’étre munie d’une boite à bétel [ stijtM ] (1), se rendoit chez la mère de la personne qu'il avoit en vue ;et là, sans laisser le temps qu'on lui présentât le bétel d’usage , elle se hàtoit d'offrir celui quelle avoit apporté avec elle. Cette manière de débuter fâisoit tout de suite pressentir à la maitresse de la maison qu'il alloit être question de mariage; elle ne laissoit pas toutefois de s'informer du motif de la visite. C'est votre fille, répondoit la médiatrice, que je viens vous demander pour un tel. Dans le cas où cette proposition n’étoit point rebutée,, on prenoit jour sur-le-champ pour venir chercher la réponse de la jeune personne. Si l’aïeule existoit, la mère s empressoit de déclarer qu’elle ne pouvoit rien promettre sans son aveu , et il falloit aller renouveler à celle-ci les mêmes propositions , avec le même cérémonial. En général, avant de donner une parole positive, on employoit tous les prétextes dilatoires que la bienséance autorisoit, afin que la famille entière eût le temps de prendre des informations et de réfléchir sur la convenance du parti qui se présentoir
Au jour convenu , la parente chargée de l'entremise du mariage faisoit une seconde visite. Si la fille s’étoit dans l’intervalle , montrée favorable *
aux vœux de l'homme qui la recherchoit, on en doimoit alors l'assurance;
'<•») Cette boite contenoit de» noix d’arelt [pmg»a] , de» feuille» de bétel et 1e petit coco [ b.iba j où le mettoieni les pilules de chaux ordinairement foine-s i ce masticatoire. La grosseur de ces pilales étoit celle, qu'une seule suffîsoit Jr chaque chique- de béret [mamaon ] ; car K. eût été malhonnête de toucher la chaux que d’autre» dévoient mettre dans leur bouche. Pour prévenir cet inconvénient, on faisoit les pilules delà dimension* que nous venons de dire ; et aptes les avoir façonnée», on les passoit dans de la poussière provenant cfécaies de coco réduites en charbon. . .*• • •
Vojwgt dr l'Unutie. — Historique. T. II. CCC
Ii« Marianne*, et, dès cet instant, le prétendu étoit obligé de fournir à l'êntretien de Un l'homme son accordée. Celui que son indigence empéchoit de remplir ce devoir, s’engageoit à servir chez elle comme domestique (i) , jusqu'à l’instant du mariage, qui ne se fâisoit jamais sur-le-champ. C 'étoit encore là un temps d'épreuve. S’il étoit cultivateur , on s'informoit de l’importance de ses champs et de ses récoltes, des travaux qu'il étoit capable d’exécuter seul , &c. Le pêcheur devoit montrer , en présence de sa prétendue, son habileté à la pêche , son adresse à manoeuvrer un pros ( i ). Si les résultats de la nouvelle enquête se trouvoient favorables , le mariage étoit une affaire arrêtée ; il ne s’agissoit plus que de débattre à qui des deux familles feroit les frais de la noce.: nous supposerons, dans ce qui va suivre, que c’étoif celle du prétendu.
D'abord, on prenoit le temps nécessaire pour se procurer le riz, le poisson et les autres denrées qui dévoient être consommées à la fête; après quoi l’on fixoit l'instant précis où f union auroit lieu. Trois ou quatre jours avant, les deux familles réunies s’occupoient à battre et à nettoyer leur provision de riz , accrue do celui que les gens de la noce avoient envoyé en cadeau, et qui consistoit ordinairement en un kotad (3) pour chacun. .Ces- préparatifs terminés, les parens chez qui la noce se célébroit fâisoient circuler le bétel , et mettoient en même temps à tremper, dans les mortiers où l’on nettoie le riz ', une certaine quantité de ce grain : dès qu'il étoit suffisamment imbibé, on le piioit avec soin , en y ajoutant de la pulpe de coco1; on obtenoit ainsi une pâte épaisse dont on formoit autant de boulettes qu’il y avoit de convives présèns : ceux-ci. délayoient chacun leur portion avec l'eau d'un jeune coco [ mania ] , dans de petits mortiers de- bois destinés à cet usage , ce qui leur donnoit un
.( I ) On sait que Jacob, pour obtenir en mariage Lia et Rachel de leur pérc Laban , resta plusieur? années à son service; 1 ' •
(a) Voici en quoi coruistoit ce devoir : faire chavirer le peos qu’il conduisoit , le redresser, remettre le mât et la voile en pht.ee, et continuer à faire route, tout en vidant l'eau dont l'embarcation étoit remplie. Ces manoeuvres devoieut être faites sans autôoe .lide étrangère. Mak ce qui étoit beaucoup pins difficile et recevoir toujours les applaudissement des spectateurs, oéluit de. navjguer pendant un laps de temps considérable, en tenant .Je litcha ou balancier du navire à deux ou trois pieds hors de l'eau. • . . . . -
(3 ) Gra,w* vase ou paoiçr carré, tissé en vacçrna (pl. 79 9 ) ,dont il a déjà été question
(pi 317); nous eq ferons connoitre ailleurs la, capacité. . • >
LIVRE III. — De, Timor aux MarIannes inclusivement. 387 brouet clair appelé laalaa, dont iis se régaloient avec plaisir (1); on étoit lies Marianne*, libre, ait reste, d’emporter sa !>ouie de riz chez «oi. Thcmme .
La veille du mariage , les parens des futurs époux s’empressoient de préparer tout ce qui étoit nécessaire à la solennité du jour. Les femmes faisoient cuire des fruits de rima et de dogdag, des racines féculentes , du poisson, &c. &c. : les hommes , chargés de bois à brûler, de pièces de *
charpente et i'kigins (2), venoient construire un édifice pour mettre à couvert les personnes conviées , et dresser des cuisines pour les apprêts du festin. Les femmes leur otfroient ensuite le bétel et le laalae.
Pendant la nuit qui précédoit la noce, les deux familles se réunissoient encore pour transporter le tchmtrhali chez la mère du prétendu. On nomme ainsi uti cadeau composé de racines féculentes, de rima, de banapes , de riz , de poissons , de sel , -de bétel , &c. Les amis dévoient aussi fournir leur tchintchaii.
- Dans la soirée, on avoil fait circuler de nouveau le bétel et servi le souper; mais, pour débarrasser plus rapidement la maison, et donner à la personne qui en faisoit les honneurs la facilité d’accueillir tous ceux qui se présentoient, on permeltoit à chacun d’emporter son souper. Ces allées et venues duroient ordinairement toute la nuit , au milieu des danses et des jeux.
Au point du jour-, les parens du prétendu , après avoir laissé chez la mère de celui-ci Je petit nombre dlindividus préposés aux préparatifs du diner, se rendoient en cérémonie dans la maison de la jeune fille: là 011 leur présentoit sur-le-champ le bétel ; et c’étoit alors que la nouvelle épouse étoit remise entre les mains de son mari. On procédoit ensuite au déjeuner. Lè couvert, comme de coutume-, étoir dressé sur une natte de trois pieds de largeur et d’une longueur proportionnée aux dimensions de l’appartement ; lés mets étoient servis en autant de portions qu’il pouvoit s’y ranger de convives : les parentes du marié, appelées les premières à y prendre place , se rangeoient dans l’ordre de préséance que les degrés de famille leur assignoient; les hommes s’y installoient ensuite , en observant le même ordre. Chacun se hâtoit de faire honneur au repas,
'( > ) y°)*l pag 3°} « 5°4- "• ’ ’
(i) L'bigti est un tùiu en feuilles de palmier, qui sert i couvrir les toiture!. • •