‹ Voyage Autour du MondeChapitre 118 sur 165 · CCC · texte numérisé non relu

CCC

Dioitizccibv

lies Marianne».

De l'homme en société.

j 88 • VOYAGE AUTOUR DU MONDE,

et emportait chez lui ce qu’il n’avoit pas eu le temps de manger. La natte étoit successivement couverte de nouveaux mets, jusqu’à ce que tous les invités eussent pris part au festin. :

Le déjeûner terminé, les gens de la noce passoient dans la maison du marié, où le dîner ne tardoit pas à paroître de la même manière et avec les mêmes cérémonies que le déjeûner ; à la différence près qu’ici le parentage de la fille prenoit le pas.

Dans toutes les fêtes mariannaises , on fait un grand usage de Vhinigsa: c’est ainsi que se nomment certains gâteaux de riz cuit à l’eau. Il y en a de trois sortes. La première, appelée hafot, a la forme ronde et environ deux pouces d’épaisseur; il y entre un demi-fràapa ['■£• de litre ] de riz; on la sert, enveloppée de feuilles de halihago, aux personnes les moins distinguées. La seconde [ patcha ] , d’une forme pyramidale et contenant à-peu-près i gantas [4 litres] de riz , est destinée aux convives de distinction. La troisième enfin , ou I ’hinigsa sinargan , avec la même forme que le patcha, renferme au moins 7 gantas [ t<j litres ] de riz. Le cérémonial vouloit que les mères des nouveaux époux, chacune de son côté, fissent porter par deux hommes, sur une espèce de civière [tr/ieina'i], un hmigsa sinargan , posé sur un plateau [ sarghi ] , pour être offert aux soeurs aînées des maris de l’une et de l’autre : celles-ci, à leur tour, dévoient envoyer ce cadéau chez les soeurs aînées de leurs propres maris ; et de soeur aînée en soeur aînée , le sinargan continuoit de circuler jusqu'à ce qu’il fût parvenu à la doyenne de la parenté , qui seule alors avoit le droit de le distribuer aux parentes chez lesquelles on l’avoit présenté. Rarement avoh-elle cet avantage ; presque toujours le gâteau se moisissoit avant d’être parvenu à sa destination. Mais ce n’étoit point là une raison qui dût l’empêcher de voyager; car la personne qui seule avoit le droit d’en disposer, auroit jeté les hauts cris s’il ne lui fût point parvenu, et ce manque d’égards seroit infailliblement devenu une source de discorde et d’inimitié au sein des deux familles.

Les cérémonies du mariage étant achevées, si le nouveau marié n’avoit pas une maison à lui, ses pareils se réunissoient pour lui en construire une, garnie de tous les ustensiles dé ménage indispensables c’étoit là ce qui s'appelott goahadji [doter, enrichir], Nous verrons,, en parlant de la

législation mariannaise , ce que devenoient tous ces biens en cas de décès.

Ces pratiques sont aujourd’hui presque tombées en désuétude; on les voit cependant suivies encore quelquefois par les descendans des anciens aborigènes , mais avec cette différence que la bénédiction nuptiale se trouve toujours comprise dans la cérémonie. ■> '

Naissance Aes enfans. — Anciennement , aussitôt qu'une femme éprouvoit les premières douleurs de l’enfantement, on envoyoit prévenirlepouse du chef de la peuplade ou du maga-lahi; celle-ci transmettoit la communication aux parentes de la branche ascendante du mari et de la femme, jusqu'aux tantes inclusivement. Toutes dévoient se hâter de venir auprès de la malade pour l'assister et la soigner pendant la durée de ses couches. Les parentes d’une classe moins élevée, telles que sœurs, cousines , nièces, avoient été directement averties par le mari , et arrivoient aussi sans délai. Les sœurs de ce dernier, munies de calebasses pleines d'eau, avoient la charge de faire les ablutions d'usage , tant sur le nouveau né que sur sa mère. On iaissoit le soin aux frères de celle-ci ( > f, d'apporter la nourriture qui devoit être fournie par les parentes de l’accouchée. De son côté, la famille du mari veilloit è ce que la maison de la malade fût en bon état, bien abritée, et pourvue avec abondance d’ustensiles , de meubles et d'autres effets convenables à la circonstance.

G’étoit une chose d'obligation, que les parens de tout âge offrissent en arrivant un koted de riz, surmonté d’un poisson sec , pour subvenir à la nourriture des personnes réunies près de l’accouchée. Les femmes qui apportoient les calelrasses d’eau étoient seules exemptées de cé devoir (2).

Lorsque le nouveau né appartenoit à une famille de haut rang , on piloit du riz très-fin, et l’on en répandoit sur les pas du père, en signe de respect. , , .

On donnoit.aux enfans des noms pris, soit des talens ou qualités personnelles des pères, Soit d'un fruit, d'une plante, ôte.: par exemple, ■ % • '

(1) Il «t remarquable qu’à celle occasion, Comme en beaucoup d'autres, c’étoierit les femmes seules qu'on falsoii prévenir. Les hommes dévoient être avertis par leurs épouses, ou par la voix publique, sHIi n’étoient pas encore mariés. • ‘

( 2 ) 11 y avoir jadis une sorte de honte d’aller chez un ami malade sans lui porter un kotod ie riz et un poisson «ec. • ' *.

Ues Marianne».-

De , l’homme en société.

i9o 1*.-. ''iVOYAGE AUTOUR DU MONDE. >

Gof-sipik. [ adroit pécheur J ; Taï-agnao f intrépide] ; Taï-gaafo [paresseux]; Faaios-gti H [navigateur heureux ]; Gof-tegtcha [adroit à jeter la lance] ; Misngon [ patient } ; Nincti [ingénieux .] ; Massongsong [ qui a peuplé une bourgade]-, Gof-higam [adroit à manier l'higant (i) ]; Agad-gna ( 2) [ habite à donner fa tonture aux pirogues] r Ki-ighi [ qu'on ne peut surpasser] ; Matapang [ coco tendre et mou, mais dont le lait n'est pas doux ] ; Pentan [• coco mûr et qui commence à sécher sur ï arbre]; Djoda ou Tchod-a [bananier]; &c. ' ,

Funérailles. — < La tradition locale conserve peu de details sur ce qui se pratiquoit jadis aux Mariannes à l’occasion des funérailles cependant , et lors même que l’histoire ne viendfoit pas ici à notre secours , on pourrait présumer que, dans un pays où tout ce qui tient à la famille étoit si -soigneusement respecté, où les lois mêmes- faisoient un crime aux hàbitatis des omissions les plus simples, que dans un tel pays, dis-je, la douleur des parens à . la mort de quelqu’un d'entre eux devoit être exprimée par les signes d’un profond chagrin. Voyons ce que nous transmet , à ce sujet , un auteur dont nous avons plusieurs fois cité l’ouvrage. . '

- o- Il n’y a guère de peuples plus éloquens à marquer leur dou- » leur, ni plus expressifs dans leur air et dans- leurs manières. Rien

* n’est plus lugubre que leurs enterremens (3) :-ils y versent des forn rens de larmes ; ils y font des cris capables de pénétrer de dou- «leur ies plus endurcis -.ils demeurent- ion g -temps sans manger, et » s’épuisent tellement par leurs cris et leurs longues abstinences, qu’ils

• ne sont pas reconnoissabies. Leur deuil dure sept ou huit jours, et « quelquefois davantage ;ils le proportionnent ordinairement à l’affection » qu’ils avoiertt pour le défont , ou aux grâces qu’ils en avoient reçues. » Tout ce temps se passe en pleurs et en chants lugubres. Ils font « quelques repas autour du tombeau -du défont (4) ; car on élève toujours

(l) Higam, outil pour creuser les embarcations , espèce $ ktnninette pl. 79., fig, i! -.(l) Agad-gna, dont, par corruption, on a fei t Agagna . .c’est le nom du chef qui a fondé U villedecenom. , .

*‘(3) Toute k fàmifit du 'mort y assiste. % '

(4) Ses proches pareps foumissolem , quand H étoit nécessaire, des vivres pour les personne»

De r homme en société.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 391 » un tombeau sur le lieu où le corps est enterré, ou du moins à cote (1). U» ALuanrqies. •> On le charge de fleure, de branches de palmier, de coquillages, et de «' tout ce qu'ils ont de plus précieux. La désolation des mères qui ont » perdu leurs enfàns, est inconcevable : comme elles ne cherchent qu’à » entretenir leur douleur, elles coupent quelques cheveux de leurs enfàns •• quelles gardent chèrement; et elles portent à leur cou une corde, à « laquelle elles font autant de noeuds qu'il y a de nuits, que leur enfant •> est mort. »

« Si la personne qui meurt appartient à la haute noblesse, leur douleur « est alors sans mesure, lis entrent dans une espèce de fureur et de » désespoir; iis arrachent leurs arbres, ils brûlent leurs maisons, ifs rompent leurs bateaux, ils déchirent leurs voiles et en attachent' les » morceaux, au devant de leurs maisons, lis jonchent les chemins de » branches de palmier, et élèvent des machines lugubres en l'honneur du » défunt. Si le défunt s'est signalé par la pèche ou par les armes , qui •■ sont deux professions de distinction parmi eux, ils couronnent son « tombeau de rames ou de lances, pour marquer sa valeur, ou son habi- •> leté dans la pèche. S'il s'est rendu illustre par ces deux professions,

» on entrelace les lances et les rames , et on lui en fait une espèce de ■> trophée.

-> Tout cela est accompagné de lamentations vives et de sentiraen*

» touchans que la douleur leur inspire , et quelle leur, fait exprimer d’une ■» manière fort spirituelle, il n'y a plus tic vie pour moi , dit l’un j et qui ’c.m'en reste ne sera quennui et -qu'amertume. Le soleil qui m'auimoit j'est » éclipse. La lune qui m'éelairoit s'est obscurcie. Le toile qui me conduisait a •> disparu. Je vais être enseveli dans une nuit profonde, et abîmé dans une mer •1 de pleurs et d'amertume. A peine d’un a-t-il cessé, que l'autre s'qcrie i » Hélas! fai tout perdu! Je ne verrai plus ce qui faisoit le bonheur de mes ■> jours et ta joie de mon cour. Quoi , la valeur de nos guerriers , J honneur » de notre race, la gloire de uotre pays , le héros de notre nation n’est plus!

' • • • SJ»» .<?

ptctentei s la cérémonie ,■ en observant un ordre et dei conditions que noua expliquerons bientôt. . ' , . . • d •

(1 ) L'enterrement avoir tien ordinairement tout auprès et en debon de. la demeure du mqrt, quelquefois a uni dan» n motion même. -, ’

lin Marianne*.

De l’homme en société-

« il nous a quittes i Qu' allons-nous devenir, et comment pourrons-nous vivre «.dorénavant! Ces lamentations durent tout le jour, et continuent bien » avant dans la nuit, chacun s'efforçant de marquer sa douleur par • la vivacité de ses expressions , et par les louanges qu'il donne . au » défunt (1).»

A ta persuasion de leurs makahnas, les Marlannais gardoient respectueusement chez eux , dans des paniers, les os et les crânes de leurs ancêtres , ainsi que leurs figures , grossièrement gravées sur des écorces ou des morceaux de bois (2). Quelques-uns préféroient de déposer ces ossemens dans des cavernes .voisines de leurs demeures, et nommoient ces sortes de charniers g»ma alamsig [maisons des morts]; comme ils ne voutoient pas être séparés de leurs ancêtres, iis regardoienl comme un devoir d’être réunis dans ces lieux.- là après leur décès.

Nous avons dit que des repas avoient lieu près du tombeau , et qu’à cet effet Ja famille devoit fournir des vivres pour la subsistance de tous ceux qui fîguroient de droit aux obsèques (3). La règle à suivre, dans ce cas, est assez compliquée. Pour l'éclaircir, supposons que la personne décédée est une sœur de N , et que cette sœur n'est pas mariée.

Dans la figure ci-contre, n représente la femme de N; B. son frère, marié à i; d, une de ses sœurs, mariée à D , ficc. : n a pour frère G , marié kg, et pour sœur/, mariée à F, 6tc.

Voici dans ce cas ce qui arrive : B fournit des vivres selon ses facultés, mais ne les porte pas lui-même chez N ; e'est sa femme b qui remplit ce devoir. En témoignage de reconnoissance, N devrait donner à t un alas détaille , soit un lakao-hagtut , soit un ghintes (4), mais c’est plus ordinairement ce dentier qui est offert. Or, comme nous supposons que N a peu de fortune, c'est à sa -sœur, d qu’il appartient d'y’

Famille d* la femme .

( 1) Lç Gobien, loc. cil.

Û) Ibid.

|3) Bien entendu que le chef de la maison du défunt n'est pas assez riche pour se charger «eul de la dépense. # 9 . *

(4) ‘Le ghwtms n'est qu’un fragment du lmkao-lfg»a. Voytz plus haut ce qu’on a dit de ce dentier , et çt-après , dans notre XL* paragraphe , ce qui est relatif aux raonnoies mariaonaises.

LIVRE III. — De Timor aüx Mamannes inclusivement. 393 pourvoir. Elle porte donc un alas chez N, et lui donne ainsi ie moyen de satisfaire à ce que l’usage exige. • ■ -

Ce qu'a fait la famille du mari , nous allons le voir se répéter du côté de la femme.. G fournira des vivres; g les remettrai, n, qui, à son tour, recevra un alas de f. Pour simplifier l’explication , nous n avons parlé que des frères et sueurs de N et de mais tous leurs autres proches parens et parentes sont tenus de remplir des formalités analogues , ce qu’il suffit d’indiquer sommairement.

Les veufs et les veuves n'étoient point obligés à faire des cadeaux; peu d’entre eux cependant s’en exettiptoient. Si donc, B étant veuf vouloit envoyer des vivres à N , il devoit charger du soin de les apporter une de ses parentes les plus proches, telle qu’une soeur par exemple. Rien n’obligeoit au reste à remettre les alas le même jour où on livrait les vivres ; on savoit qu’ils étoient dus , et l’on s’acquittoit le plus tôt que les convenances du deuil pouvoient le permettre.

On a vu ( 1 ) quels moyens ont été successivement mis en usage par les Espagnols , pour répandre parmi les naturels les préceptes de la religion chrétienne (2); la nature des difficultés qu’ils ont eues à vaincre (3); enfin à quelle espece de missionnaires l’instruction et la conduite des néophytes et des fidèles ont été successivement confiées (.4).

L’installation de nombreuses écoles , annexes obligées des églises , furent une des premières mesures prises par les Jésuites; suivies par leurs successeurs les Augustins , les Doctrinaires en ont aussi continué l’usage. L’instruction donnée, loin d’être superficielle, embrassoitla religion, les lettres, la musique, la pratique des arts utiles (5); et malgré la diminution toujours croissante des ecclésiastiques-, ces institutions n’ont point été abandonnées. Toutefois, il faut en convenir, la colonie souffre depuis long-temps du dénuement presque complet de.prêtres (6); un seul curé pour Agagna et pour tout l’archipel , ne saurait suffire aux besoins

Iles Maritimes.

De l'homme en société.

Religion

chrétienne.

( i-J Kn>e£ ci-dessus notre Précis historique sur les Mariannes, p. 163 et suiv.

(2) Idem p. 17 J, 179, 183 , 187, 188, 195, 197, 217, 218 et 220.

(J) Idnn p. 172,17}, 176,180,183,185,19001199.

(4) Idem p. 171 ,217 et 222.

(5) Hmp. 19701378. • - -,

(6) Idem p. 221 et 223.

Voyage de l'Uranie. — Historique. T. 0. D d d

Il»» Marianne» de ta population. Aussi, dans un grand nombre de cas, l’instruction du De Ihoqime dogme lui-même est-elle confiée à des laïques, qui, malgré leur ièle , sont loin d’avoir de constan» succès. Par-toat, cependant, la foi est vive et te respect pour tes choses saintes absolu : chacun , autant qu’il le peut, tâche de remplit1 ses devoirs religieux, et l'on nous a cité de repet tables familles de Tinian et de Rot» qui , lorsque leur pasteur est empêché de faire sa tournée annuelle dans i’archipei , s’aventurent en mer sur de frêles pirogues, pour vçnir à Goam faire leurs dévotions.

Agagna, Pago, Agat et (îlmata sont aujourd’hui les seules villes où se célèbre le service divin ( i ) ; encore est-ce alternativement , par la raison que j’ai dite, « Outre fes offices des dimanches et des fêtes que prescrit la liturgie, on remplit avec ponctualité diverses pratiques usuelles de dévotion, i .* L 'angélus est annoncé , an lever et au coucher du soleil par le son de la cloche et du tambour : à- ce signal, toute conversation , toute occupation cessent î chacun se découvre la tête , se tourne du côté de l'église , et récite sa prière debout et à voix basse.

a.® A huit heures du soir, le son de là cloche de l’église avertit de prier pour tf repos de famé des trépassés ; au premier coup, tous les habitanx tombent à genoux et répondent à haute voix aux oraisons que prononce, dans chaque famille, le chef où plutôt l’homme le plus ancien de la maison.

» 3,0 Tous les samedis soir, après la nuit close, les marguiiiiers de la paroisse' et les élèves du Collège de Saint-Jean*de-Lairan , promènent dans Agagna, à la lueur des flambeaux, l’effigie de la Sainte- Vierge , à qui sont consacrés les rosaires , et implorent sa protection par leurs cantiques ou leurs litanies. * ( Ai. Guérin. )

Amusement. Réjouissances pub!i<fues\ — Les solennités générales , nommées gapot.

avoient lieu pour célébrer, doit un mariage ou ia naissance d’un fils dans h famille de quelque chef, soit ta conclusion d’une paix, ia mise à l’eau d’une pirogue nouvellement construite, là capture d’une tortue à écaille ou de quelque gros poisson, &c. On joignoit la danse et le chant à toutes ces cérémonies.

Supposons qu’il fût question d’un événement dé la dernière espèce.

{ 1 ) Il y A des chapelles dans les hôpitaux de lépreux, où fon dit la messe et l’on administre les aacrensen* lorsque des circonstances impérieuses l'exigent. * , -

LIVRE I1L — De Timor aux Makiannes inclusivement. 395 Avant d'entrer dans le port . le pécheur lai soit un signal particulier , lia» M»ri»nn« qui, dès qu’il étoit aperçu , attirait sur ia plage la population du village , munie de guirlandes de fleurs et de jeunes feuilles de palmier. La foule le conduisoit chez lui comme en triomphe , en le félicitant sur son heureuse réussite. Là, il faisoit hommage du colosse marin à sa femme, qui s empressoit de le faire porter à la plus proche parente de soir mari ; celle-ci l’envoyoit à la plus -proche parente du sien , laquelle en faisoit autant à l'égard d’une autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le frujt de ia pèche arrivât chez une femme qui , d'après l'ordre établi , ne pût plus l’ertvoyer à personne. Le poisson se partagoit alors et étoir distribué entre celui qui f avoit pris et les personnes à qui on en avoit .successivement fait l’offrande. Des règles invariables étoient scrupuleusement fixées pour les circuits que ce poisson devoit suivre avant d’arriver à sa destination : les enfreindre eût été s'exposer à s'attirer sur les bras d'implacables ennemis.

Peu importe, au reste, que, pendant cette longue promenade, l'animal finit par tomber dans une putréfaction complète.

Lorsqu’une tortue à écaille avoit.*été prise , on la faisoit porter suivant les mêmes règles chez les proches parentes de la famille. Celle d’entre elles à qui la prérogative d'en faire là distribution étoit déveine , envoynit de lecaille à toutes les personnes qui y avoient droit. Up seul homme ctoit-il fauteur de cette capture, les treize écailles de la tortue étoient préalablement percées chacune d’un trou circulaire de la dimension du poignet. A la seconde pèche de ce genre qu'il avoit faite seul , on perçoit chaque écaille de deux trous , l'un du diamètre précédent , l'autre de la largeur du petit doigt ; on perçoit trois trous quand c’étoit ia troisième , &c.

Enfin, plus ces écailles étoient trouées, plus elles acquéraient de valeur.

(Keyrçpl. 79, fig. 16.) ' “«**«>*

Si, comme il arrivoit le plus souvent , plusieurs pêcheurs avoient concouru à ia prise de ia tortue, le forage des écailles n’avoit point lieu; il» se partageoiem entre eux l’animal par égales portions , et chacun faisoit pompeusement hommage de la sienne aux diverses femmes de sa parenté.

Dans les grandes cérémonies, motivées soit par des raisons politiques, soit par des considérations de famille , les personnes riches et

Ddtl*

396 r-r • VOYAGE AUTOUR DU MONDE, * • M 1

ll« Mariait ne*, distinguées se faisoient un devoir et même un point d'honneur d’envoyer De l'homme successivement, chez toutes leurs proches parentes, une quantité considérable de riz cuit , lequel , après la promenade d’usage , était distribué entre les personnes qui avoient un droit particulier à cette espèce de faveur: ; - • • ;w /

Fêtes de famille , feux, musique. — Les fêtes de famille, c'est-à-dire, celles auxquelles toute la peuplade n’étoit point tenue de pendre part, sàppeloient gapti ; elles avoient généralement pour motif la réception d'un ànii ou d’un étranger, une pèche abondante, ou bien la réussite de quelque entreprise d'un haut intérêt.

Grands partisans de la joie et du plaisir, les naturels se railloient agréablement les uns les autres dans leurs réunions, et faisoient mille bouffonneries pour se divertir, lis étoient plutôt sobres par nécessité que par inclination, car ils s'assembloient souvent pour se régaler de poisson, de fruits, et du breuvage nommé laalaa (i). Au nombre de leurs amusemens favoris , on doit compter les jeux de natation , dont il y avoit plusieurs especes : en vdici un exemple.

Deux nageurs A et B étant dans -l'eau , en face l'un de l’autre , concevons, pour -chacun d’eux, une ligné idéale perpendiculaire à celle qui les réuniroit , ainsi qu’on l’a tracé dans la figure cicontre. Un des partners, A, par exemple, s’écrie Aminui ! ( a ) [ attrape ! ] ; à quoi B répond , Djati ha [lancez -vous donc]. « — A. Mono djo [où dois-je aller!.]- — B. Ad/in ha [iù donc-]. A plonge alors et doit sortir près de B , au-delà de D D' par rapport à lui : dans ce cas, il peut être poursuivi et même pris par son antagoniste; mais dès qu’il arrive entre les lignes ÇC' et DD', il se trouve en sûreté, puisque B ne peut s’emparer .de A entre ces limites. B doit faire ses efforts pour empêcher que A ne lui échappe et pour tâcher de le saisir, soit sous l’eau, soit à sa surface. Chacun des jouteurs montre, en cette circonstance, son habileté et sa force.

( i ) Le Gobien, op. cit. ; voyez aussi plus haut , pages 303' et 304*

\£) ,Amtma est le nom meme du jeu dont il s’agit; ce mot tigniôe proprement attraper, saisir quelqu'un queVon poursuit dans l'eau. *‘ + V*

Page 1