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LIVRE III. De Timor aux Maùiannes inclusivement

■Pêche des paissons volant.- — Ainsi que nous gavons déjà dit ( p. 43 5 h on emploie, pour prendre les poissons volans , une espèce de palangre Pfchc. dont la maîtresse corde est soutenue à la surface de l'eau par de petites calebasses frappées à côté de chaque - empile Ou bresseau : les hameçons étoient jadis en écaille; on. les met aujourd’hui en fer. Dès qu’un poisson volant a mordu à l’une des amorces dont ils sont garnis , il nage dans le vent-, et fait avancer dans ce sens les calebasses ; averti par cét indice, le pécheur court à force de pagaie potir s’emparer de- sa proie. Au reste, pour rendre les manœuvres moins pénibles, dl a presque toujours soin de tenir sa pirogue au vent de la palartgre.

Pêche de l'aaaha [dorade ! ] •*— Autrefois J’anaho se prenoit communément au lacet ou nœud coulant, à-peu-près comme le iagoas; ici seulement c’étoit un poisson volant , récemment mort , qui servoit de leurre. L’extrême vivacité de l'anaho forçoit le pécheur à déployer tonte son adresse pour saisir le moment favorable de faire jouer son piège.

Pêche de ï anguille. — Les mangâfchàngs , comme on l'a vu plus haut (p. 371), se livroient seuls jadis à cette pêche : aujourd’hui on se sert d’une fouène à dents en fer pour les prendre; et les habitans de toutes les classes , mieux, avisés , ne dédaignent plus de concourir à leur capture.

Pêche des crabes. — La lance barbelée servoit anciennement à la pêche de ces crustacés; on y a substitué la fouèné. Pendant- le jour On ne peut prendre que les crabes mâles;- les femelles, beaucoup plus grosses et plus délicates , ne se montrant que la nuit, ce n’est qlt’à la clarté des torches qu’on parvient à s'emparer d'elles.

-1 Pêche des tortues. — Pour se rendre maîtres de ces amphibies, soit ’

à terre , soit, à la mer, les habitans n’ont jamais employé d’autre moyen que de les renverser sur le dos; l’Usage -de la varre fet de la folle leur est encore incomiu. V '** . " .

Pêche des coquillages. — Quelques coquillages bons à manger sont ramasses par les femmes sur les rochers ou dans les sables du rivage.

La natre de perle a fourni long-temps aux M&riannais une matière précieuse’pour la fabrication dés haims; ils Se la procuroient en plongeant au fond de la mer près des rivages ; quant aux perles , que leur extrême

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Jl« Mitiamn. petitesse fait encore aujourd'hui peu rechercher, ifs n’en faisoient aucun Pêche. cas. On assure qu’en perforant avec précaution une des valves de ce

coquillage et en le remettant à la mer, l'animal contracte une maladie qui fait grossir considérablement les perles qu’il sécrète. Je n’ai point été à portée de vérifier l’exactitude de cette assertion.

Pêche des holothuries. — Depuis fort peu de temps on a essayé de faire • aux Mariatmes la pèche de ce précieux mollusque, complètement dédaigné jusque-là , quoique susceptible d’offrir, de grands produits. On le prend à la main en plongeant à la petite profondeur où il se trouve ordinairement, et on le fait sécher au soleil. M. Bérard a vu chez l’alcade de Tinian un grand nombre de ces animaux ainsi préparés, qui n’attendoient qu’une occasion favorable pour être transportés en Chine; la consommation en est presque nulle dans l’archipel , où les colons espagnols sont les seules personnes qui en mangent quelquefois.

-• s. IX.

• ». Industrie manufacturière.

Les matières qui font l’objet de ce paragraphe seront réparties en trois divisions principales : les arts chimiques, les arts mécaniques et la construction navale. Nous aurons soin, comme précédemment, de distinguer ce qui tient à l’industrie primitive des aborigènes; de ce qui est dû à leurs communications plus récentes avec les Phiiippinois et . les Espagnols. •

Ans chimiques. . Eau-de-vie de coco. — - On a déjà va (p. 307) que les anciens Marrannais ne connoissoient aucune espèce de liqueurs alcooliques ; eiles sont maintenant au contraire fort multipliées dans leurs jies, et c’est principalement du cocotier qu'ils en retirent. A l’âge .de quatre ou cinq ans, cet arbre, parvenu à toute sa croissance, est propre à participer à l’approvisionnement, d’une tabarie [ fabrique d’eau-de-vie de coco]. On coupe à cet effet, un peu avant la floraison, la citpe des spathes (1), que l’on insère dans des tronçons de bambou destinés à

(.1 ) Ordinairement on se sert de U ntachete nu coutelas; ia serpette s’emploie aussi, mais

LIVRE III. — DÉ Timor aux Marianne* inclusivement. 447 recevoir la sève qui découle de la blessure en abondance. Ces espèces J l« Martanny. de rccipiens sont vidés -chaque matin dans de .grands vases que l'on Indumie transporte à la. fabrique. .( Voyez ph 68. ) La récolte peut se conti-, nuer pendant cinq ou six mois, sans que l’arbre paroisse en souffrir ; * seulement- il est superflu de dire qu’il ne porte point de fruhs.

Nous n'avons rien àajouter aux détails donnés en parlant de Timor lt.. l, .p. 676),. sur la tranformation de cette sève en vin d’abord, puis en vinaigrer mais on sera peut-être bien aise de coonoître par quels procédés on en extrait ici la partie spiritueuse. • ,

• « L’appareil distillatoire, dit M. Lamarche, est composé de quatre pièces principales : j d’une jarre (1) ou baril défoncé;, a.' d’un chaudron en métal fondu [ hahaa ] , sur lequel la jarre ou le baril repose; j.° d’une bassine en fer \karahtu\x 4'° enfin, d onc palette striée, en bois (voyez pl- 80, fig. I et k, et lig. 68)., Voici comment- il fonètionne,

•* Après avoir posé le cliaudron sur trois cailloux assez gros, pour l’élever de 6 pouces au-dessus du sol, on place le baril défoncé dans le chaudron lui-même, de manière qu’il s’appuie à-peu-prè* exactement sur son rebord ; on les lute ensemble avec un mélange de terre glaise, de feuilles de bananier ou de fiente de boeuf. La cucqrbite étant ainsi préparée,, on verse le vin de coco jusqu'à ce qu’il arrive aux deux

tiers environ de la hauteur du vase , puis on couvre le tout avec la

bassine destinée à faire l’office de réfrigérant ; cela fait , on garnit exactement les interstices avec le lut ci-dessus; et ayant mis' de l’eau fraîche dans la bassine , il ne reste plus qu’à faire du feu sous l’appareil ai à commencer la distillation,.. ‘ . ,* . ; . ..

» J’oubliois de dire qu’avant de fixer le réfrigérant, il a fallu mettre en .place le disque en bois destiné à recevoir les gouttelettes de vapeur qui, condensées contre les parois de la bassine, doivent retomber par leur propre poids.. La figure / de. notre planche 80 représente cette palette vûe.de. face, et montre que, terminée en queue, elle, aboutit

spéciale ment, avons-nous dit (p. .40a ), pour rafraîchir U taille du .pédoncule, opération qui

doit être renouvelée tous les matins, afin d’avoir un Hux de sève plus abondant.

(a.) Les habitons modernes appellent ce* jarres tignassa; ce qui n'est que le mot espagnol tinaja [grande cruche ou Jarre] mal orthographié. •

Iie4 Mariannes.

Industrie

manufacturière.

à une canule en, bambou, où concourent aussi les différentes strie* Creusées sur sa surface antérieure. Deux cordons fixés à l'autre extrémité , supportent chacun une petite pierre propre à donner au disque dont il s’agit l’inclinaison de jo à 4°\ jugée nécessaire pour accélérer Técoulement du fluide. Il est clair que l’ouverture du tube en bambou doh dans. Cpus les cas être placée au-dessus de la surface du li- » quide contenu dans la cucurhirc; la liqueur condensée, reçue d’abord dans utte bouteille, est ensuite transvasée dans'de plus' grands vaisseaux,

Il est nécessaire que deux personnes soient régulièrement occupées, l'une à enlever l’eau de la bassine à mesure que sa. température arrive à un degré trop élevé , l’autre é remplacer cette eau chaude par de l’eau froide ( royei pl. >68 ). • '■ , • -*

L'àkoof obtenu de ia sorte est incolore, limpide, mais, sons tous ies rapports, inférieur à notre, eau-de-vie d'Europe, même à celle qui se fait avec du. cidre. Les habitans un peu aisés ia soumettent à une seconde distillation ; elle- devient alors assez bonne. >• .

M. le doctepr Quoy, qui a vu marcher un appareil de ce genre, a constaté qu’il ' donnoit quatre bouteilles d'eau-de-vie en une heure ; c’est une quantité plus que double- de celle qu’indique M. Duperrey, qui'en a .vu un ne produire que douze à quatorze, bouteilles en neuf heures, ou, en d'autres termes, de i bouteille ÿ k i bouteille 4 on une heure. Au reste, l’un et l’autre peuvent avoir exactement observé, et ia différence provient vraisemblablement du plus ou moins d'activité imprimée à chacun dés deux- appareils. -. . . *'*•■*'

Sucre. - — Le procédé de fabrication du s^cre de coco à G«am a certainement été apporté des Philippines; et Comme il est d’ailleurs identique avec celui que i’on suit dans tout l’archipel d Asie , il suffit de renvoyer à ce que nous en avons dît au tome I , p. 8 du volume précédent.

Quoique la canne soit indigène auX Marîannes, on n’étoit point encore parvenu , eti i 8 1 8 , à en extraire du Sucre ; quelques essais cependant avoient été tentés par le major D. Luis, mais sans succès.

' Huiles. — L’hulte de' coco est connue aux Marîannes depuis un temps immémorial. ..." . . .

Les anciens habitans avoient deux • manières de se procurer cette

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 447 substance, savoir, par la pourriture et par \ ébullition : celle qui a fieu par expression n’a été que récemment mise en pratique. - .

Le premier moyen se nomme fmnni, On râpe «ne certaine quantité de nôix de cpco, avec le kàmd/o (l), (pl. 79, fig. 2) ; on met cette ràpure dans une auge ou baquet en bois pl. 7 6, fig. 2.7, et

pi. 62), et on l’y laisse pourrir- pendant quatre ou cinq jours consécutifs,.en ayant soin de la remuer toutes les douze heures avec - un bâton. Au bout de- ce temps, l'huile commence à surnager; on repousse alors le marc .avec la main vers une extrémité de- l’auge; et l'huile sé réunissant de l’autre côté, on en fait la cueillette avec une écale de coco. Le marc, remué, pétri,’ et étalé derechef dans l’auge, il s'en dégage le. lendemain et des jours suivant une nouvelle qirantité'de substance oléagineuse, que l’on puise à chaque fois de ia’.mêmt manière, et en observant ta même manipulation. L’huile obtenue ainsi a une couleur verdâtre et un goût assez désagréable. . - ...

Le second procédé, appejé sika , est tout-à- fait semblable à celui qu’on suit à Coupang , et que nous avons décrit dans le tome I, p. 778 fet 779 de cette histoire. , ».

. L’huile de- la première sorte ne semployoit guère jadis qu’à composer ,ie mastic des pirogues; on en consomme maintenant dans le* lampes, quoiqu’elle ne soit pas aussi bonne pour cela que. celle qui s'obtient par ébullition; mais cette dernière pouvant, lorsqu’elle est fraîche, sefvir aussi à la friture, on la conserve’ de préférence pour cet objet. On compte que, pour faire une ganta [deux litres] d'hurie par pourriture, il faut y employer trente noix de coco. Il en faudrait lé double pour en avoir la même quantité ensuivant la seconde méthode., ,»

A ces procédés d'extraction, encore en usage parmi les. indigènes ,.ia plupart des coloris- ont préféré le pressurage. « Après avoir râpé comme précédemment, dit M. Lamafche, la noix de co'co, on en remplit un sac d’une toile serrée, qui, placé entre deux planches qu'on charge ensuite fortement avec des pierres, laisse échapper, dans une auge en bois, i’huiie qui ruisselle de toute part. *’••' -■ * ■

- (1) Cm imiraimni, armé «oit d’une co^oHIe, soi» d’un morceau d’écailte, rMimble beaucoup, par Ci ferme et ion oiag» , » garni hilaya ries Tlmoriepa. ( t. ] , p. 678.')

lier Mariannes,

industrie non ufa aurore.

lies Marianne*.

Industrie

manufacturière.

Le major D. Luis et quelques antres personnes ont aussi tenté l'emploi de la presse à vis. Elle leur a particulièrement été utile pour extraire des frnlts du nonak et du kastor, une huile estimée, sur-tout pour la peinture. Il est probable quon obtiendrait des résultats analogue^ de» fruits huileux de l’haabang et de i'hadja-lago , mais on n’en a point encore fait l’essai. 1 .■ - • . t

Fécule de féiçrico. ' — On a vu (i) quels sont les moyens et les précautions qu’emploient les Papous pour tirer de fa moelle et du fruit du palmier cycas, une fécule parfaitement dégagée d’un suc corrosif qui, comme celui du manioc de nos colonies, en ferait sans cela un aliment funeste (»); nous aurons donc peu de chose à dire pour faire connoitre comment les Mariannais s’y prennent pour mettre à. profit le! dons précieux d'un végétài dont ils avoient si long-temps ignoré le prix.

Lorsqu'on a enlevé l’amande que recouvre une enveloppe ligneuse d’une à deux lignes d'épaisseur, dit. M. Lamarche , on la concasse et on la met à macérer dans une auge' en bois pendant une dixerine de jours (3), en faisant attention de changer l'eau toutes les vingt-quatre heures. Mais au lieu de jeter cette eau déjà un peu chargée de fécufe, on la verse dans un vase où on la laisse déposer; on décante ensuite, et fon fifit sécher le sédiment, qui donne Une farine très- fine et très- blanc lie Lorsque lès dix jours sont écoulés, on enlève de l’auge tous les fragmens d'amande de cycas; on les expose au soleil sur des claies, pour les faire biea sécher ;. piiis 'on les broie sur une pierre dure, à la manière des chocolatiers. Cotte seconde farine; presque aussi belle que la première,' est cependant moins agréable' au goût. Les personnes aisées la jiétrisseftt avec du sucre de coco, des. oeufs et du sairl-doux, et en font de petits, pains qui , cuits au font (pi. <58 ) , ne sont pas d'une saveur désagréable. Fécule de gdpg/ip. — - On râpe cette racine, soit sur un kamdja (pl. 79,

( 1). Ci-dessus, p. 6x * t . •*

(1) «‘Il est ban d'avertir que, lorsqu’on ne retire pas tour le suc dont il s’agrt, cette nourriture peut devenir très-dangereuse. On nous a raconté qu'uh navire ayant embarqué de cerre (âririe mal préparée, perdit au bout dequelque temps, par ce (notif, plus de la moitié de son équipage. *»

(M. QifoyJ • . . . * *

(3 ) O. Luis assure qq'il suffit de I amer macérer cette substance pendant six à sept jours; mais qu'ondoie alors la changer d'eaa toutes le* six -heure*. •* '.

LIVRE III. — Dp. Timor auxl Ma#iannes*inclusfvem£nt. 44? fig. ï), soit sur une pierre très -raboteuse, telle, par exemple, qu'un madrépore : la râpure, mise à tremper dans de l'eau- fraîche, est ensuite renversée , avec l’eau qui la contient , sur un tamis en natte ou en toile claire , au travers duquel les parties déjà dissoutes sont entraînées dans une auge placée au-dessous; on arrose le sédiment jusqu’à ce que Feau qui le pénètre en sorte claire. La substance farineuse, est alors entière-; ment dissoute; on décante, on lave de nouveau à grande eau pour enlever une certaine saveur amère qu’elle conserve encore, et en laisse reposer. Enfin on. décante une dernière fois ; on fait sécher au soleil le résidu , et l'on a ainsi un produit alimentaire aussi sàin qu’agréable. Les -petits gâteaux qu’on- fait avec cette farine sont d’une blancheur éblouissante et d'un goût parlait. »

Viandes et poissons secs. — Les anciens Mariarmais conuoissoient l’art de ccntserver le poisson; Quand U. ÿtoit gros,. ils l'éventroient d’abord, à-peu-près comme- nous le faisons des morues ; ils' le vidoient, le fruttoient légèrement de sel, puis le fai soient sécher au soleil sur des claies ou sur des natlçs. Les petits poissons étoient tout simplement mis dans' la saumure. Ces moyens de préservation sont encore usités- aujourd’hui; mais l’expérience ayant appris .que le poisson préparé selon la. première méthode se conserve beaucoup mieux en mer, on lui donne souvent la préférence. .. '• •, <. . . ..

Depuis l’introduction des gros bestiaux, les colons ont aussi pensé au dessèchement des viandes de bœuf qt de porc. *• On les coupe -par tranches minces,. die M. Quoy, on. les fait sécher au- soleil, après quoi on les renferme dans la peau même' de l’animal.» Cette préparation , à laquelle on joint parfois un peu . de sei, donne- un -mets- peu agréable, eu ce qu’il contracte l’odeur de vieux cuir non tanné. Les langues', séchées à part et avec soin, n'ont pas à beaucoup près Un goût aussi repoussant.- Au reste , pour l'usage des grandes navigations , beaucoup de personnes préfèrent ces viandes séchées aux salaisons que l'on cônsomme trop généralement sur nos navires. Oh se rappellera sans, doute que, dans le grand archipel d'Asie, on donne le nom de dendeng (i)

Vofdgt dt ÏUrqflie. — Hbioritjuc. T. Il, LÜ

île» Marianne*.

Industrie

manofacturiéte.

J le» Marianne*.

Industrie

mâmuiacturière.

aux provisions.de bouche apprêtées de la sorte, et quelles y sojlt l’objet

d’un commerce avantageux.

Salaisons.- — En employant toutes les attentions que l'art prescrit pour la préparation des salaisons dans les payschaüds, un peut espérer de faire aux’Mariannes. quelques barils de porc salé; toutefois on doit s’attendre à ce que ces viandes "ne soient passables que pendant les premiers jours de navigation; nous avons eu nous -mêmes le malheur d’en faire la fâcheuse, expérience; "■ • -

; Teintures. — Plusieurs plantes, indigènes et exotiques cultivées ici peuvent fournir des couleurs pour la .teinture. Anciennement on n'employoit à cet usage que le curcuma pour le jaune, et la vapeur condçnsée et liquide des écales de coco brûlées (t), pour le' noie; on s'en sert encore com ma oit le faisoit jadis pourteindre les rubans de vacoua avec lesquels on tisse, les nattes, les cbapéaux, panier», corbeilles, &c. Mais deux couleurs plus essentielles et plus précieuses, le roucou et l'indigo',, sont 'venues' accroître les ressources du teinturier et- du peintre. Quoi qu’il en soit; -ia consommation, de ces matières est excessivement res; treinte. ■■■■••. - !-

•.*. Un seul hdnvne s’occupe à Goam de la préparation de l’indigb. Son procédé, dit-on,' est le même que celui qui est suivi plus en grand à Guatimala et à Manille; mais la fécule colorantequi en résulte , bien que légère, n'est pas de première qualité. La gurface des tablettes est terne, et leur cassure n’a pas cet- aspect cuivreux qui est ün indice reconnu de supériorité. M. Gharenton aîné ,' l’un de nos principaux courtiers de commerce, pour ces- matières, à Paris, a estimé de 1 4 à t6 francs ie kilogramme ia valeur, de l'échantillon que je lui ai moutré ; les prix extrêmes des indigos étoient alors , sur le marché de cette capitale, entre to;et yo; francs (a).

, Les cuves que le fabricant mariannais emploie pour préparer cette substance .sont au nombre de trois, et placées les unes près des autres

(1) Voytz plus-h.nn, p. 283 , article Dartrtr.

(2) Le lecteur ne sera peut-être pas fiiché 3e trouver ici le prix courant des differentes espèces et qualités d'indigo, sur le marché de Taris, à la même- époque (mai 1829 ). voici:

Manille, do 10 à 14* le kilogramme. — Coromandel, de 1^ Madras ,'de 1 6 à »7f.

. LIVRE III. — De Timor aux Marianne* incUjsivement. 4 j j par gradins , de manière que ia seconde, plus basse que la première , lier Mwirone*. puisse recevoir la liqueur qui s’écoule, de. celle-ci , et la troisième celle Indu, trie

de la seconde ; à cet effet, chaque cuve ou bassina un ou plusieurs m*°"ftc,onl'e; conduits ménagés à sa- base même. Le premier bassin, le plus grand' çi |e plus élevé des trois, s’appelle pourrissoir [ pudridefa}; Je second , de moitié plus petit batterie; et le troisième, au le moindre de tous, bassin <U repos* , „ .

Les noms de ces cuves Conviennent parfaitement à leur usage. Dans la. grande, en effet, on met la plante à macérer, digérer et fermenter , jusqu’à ce quelle «oit pourrie covime du- fumier. L’eau s'ôtant saturée <Je toute la- matière tinctoriale que. contiennent Jejs feuilles et l'écorce, on la /ait passer dans le second bassin, où elle est. agitée, çt battue pèndant un certain temps avec de grandes pelles trouées. Parvenue enfin dans la troisième cuve, la fécule se sépare de f eau , se précipite an fond , et forme une pâte compacte, qu’il ne; reste plus qu'à, taire sécher et à couper en cubes avant de- la mettre tians^ le commerce.

L’eau versée dans le pourrissoir doit entièrement .couvrir ia plante; aussi place-t-on toujours à cet effet quelque gros - morceau de bois pour la maintenir submergée. Sa complète macération a lieu ordinairement en six ou dix heures , pourvi* que ia plante soit bien mitre ; il en. faudroit de dix-huit à vingt , si elle l'éfoit imparfaitement. Dès que la fermentation est suffisamment établie, .l'eau y quj .d’abord éfoit claire , s'épaissit par degrés e et prend bientôt n ne. couleur bleue , qui tire sur. celle de mure; t'est l'instant où il convient d-'ouvrir les robinets du pourrissoir, ce qu'ilfaut faire sans toucher aucunement au marc : celui-ci n’étant plus d’aucune utilité, on le jette ensuite, . . . •

G est au talent du fabricant à juger, du moment précis où l’eau saturée de fécule doit s'écouler dans le bassin- de repos. La bonté du produit dépendant en grande partie de cette juste appréciation, on tâche de.se guider en mettant dans une fasse une petite quantité du mélangé ;

— Bengale ordinaire cuivré, 2/; Ment, -ban rouge, de 3* ù M»: Utm, hôrr mélangé, dg rfi * a?f-J idem, lin rouge tendre, de 29 à jo‘; idem, bon viol« , jo‘ ; idem, fin violet,

29'; idem, lurfin yjolct , de i<p 50' à ;pf. — Cararpif, cortek de 16 à ugi idem. »bresaltente , 20* ; idem, flor , de 25 a 26'. •- Cuatintals, rorté ordmaire, de 16 à t8 ' idem , fin' de 20 à ai'; idem, sobrc-salieme ,.de ifi léf ,4dent,ftoe , de 16 à 27'. ' • 1 , *

lII*

4%z ‘ VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Ikt /Aaàuma. dès qu'on s'aperçoit que la matière colorante se précipite, au lieu de Indaitrit nager, il est temps de cesser tè battage. ' ■ '

Dès-lors on ne tarde pas à voir arriver la fécule colorée au fond de la cjive, et l’eau s’éclaircir; c’est l’instant de la laisser s’échapper par les robinets latéraux de la batterie; ceux de dessous ne s’ouvrent qu’un peu plus tard , pour laisser tomber ensuite la boue liquide dans le bassin de repos. De là, on ta place dans 'des manches en toile de 1 5 à 16 pouces de longueur, où elle achève de se dégager de l’eau qu'elle contient encore.

-Pour- terminer enfin l’opération, on étend cette matière molle dans des caisses qu’on expose à l'air et à l’ombre, pour quelle se •sèche entièrement. La division de i’itldigo en tablettes se fait un peu avant sa dessiccation complète. -, i • '

Tannage des cuirs. -— Les peaux de bœuf sont tannées à Gaa.m avec l’écorce de manglier on celle de kamatchilé: cette dernière sert à préparer les cuirs jaunâtres , Vautre les cuirs bruns.- La tannerie que M. Lamarche a vue à Agagna appartenqjt au gouvernement ; il ne lui parut pas qu’il y en eût- d'autres dans la ville. . ■' ■ • ...

a Deux fosses seulement étoient alors employées au débourrement de» peaux , et une troisième à leur tannage ; elles avoient chacune à-peu-près .5 pieds 6 pouces [ lm,7p]-de longueur* 1 pieds 6 pouces de

largeur et ] pieds [ om,<?7 ] de profondeur.

■> L’art du tarmeur, comme tous les autres arts, est ici àbsolumenr dans l’enfance les cuirs y sont, mal écharnéset encore plus mal tannés. Lorsque les peaux ont demeuré dans la fosse pendant dix à douze jours; elles .sont ébourrces et jetées dahs le tan , où on les laisse un mois ou deux mois et demi au plut, après quoi elle» sont jugées propres à être mises en œuvre. On doit- penser qu’avec une méthode aussi vicieuse, les cuirs sont très-perméables à l’eau ; aussi les bottés et Les souliers qu’on en fait ne sont-ils bons que par un temps sec.

«On ne se sert dans cette tannerie que du couteau à deux mains pour échorner et racler les peaux; lu gueuse n’est employée que lorsque le cuir est entièrement tanné , et qu’il faut -eu tirer les fibres musculaires que le Coiïteau a laissées; encore, le plus souvent, ne falt-on usage que de pierre ponce pour cette dernière operation. • .

LIVRE IH. — Df. Timor aux MaSiannes inclusivement .• 4 5 J Smon. — » Chaque famille d’Àgagna fait actuellement le Savon lies Marianne», qu’elle emploie; le procédé de fabrication est simple, mais la qualité du Industrie

r * . n manutàcturiere,

savon fort médiocre, ,

• « Dans une quantité' d’eau suffisante , on met dix parties de cendres provenant de ta combustion tfes branches , des feuilles et même dé l'écorce du cocotier, à quoi l’on ajoute cinq parties de chaux vive; on agite le tout avec un bâton pendant quelque temps , avant de le laisser reposer. Lorsqu’on juge , à la saveur de l’eau r quelle est suffisamment saturée d’alcali, on décante avec soin, dans la crainte d’entraîner quelques parcelles de chaux ou de cendre. Cela lait, on. met bouillir cette lessive jusqu’à réduction d-’un tiers, et l’on ajoute au résidu une quantité égale d’huile de coco, récente ou vieille, peu Importe; après quoi on fait bouillir encore. Aussitôt qu’on voit le mélange s’épaissir et devenir .visqueux, on le retire de dessus le lêu , et l’opération est finie : il Bjr a plus q«a le couler dans des moules et à le laisser refroidir.

• » Les habitans d’Agagna donnent à ces pains de savon la forme de nos tablettes de chocolat , et les font ordinairement du poids de 5 onces [. ! 5 j grammes }. Bien que , dans la fabrication , on se serve presque toujours d’huile vieille et fance , ce sav’oh ne conserve aucune mauvaise odeur. Sa couleur est d'un jaune cendré : inférieur au nôtre , il peut néanmoins y suppléer au besoin., » { M. Lamarche. )

.. Nous avons réellement été surjiris de la perfection avec laquelle les femmes d’Agâgna et d’tiôroata blanchissent et même repassent le linge; quelques-unes, au lieu de savon, ne se servent cependant que de jus de citron, ou d’amande de coco. » (M. Guérin.) ■ •

Chaux. — <• Les Mariannais. s’en procurent par la combustion des coraux, substance qui abonde autour de leurs îles. On dispose un premier et un second plan de troncs de cocotier, dans lesquels est réservé un espace quadrangniaire pour servir de foyer;' on dresse par-dessus une troisième rangée de tiges, en guise de plate - forme , et le tout -est surmonté de la quantité de coraux qu’on veut soumettre à l’action du feu ; on allume et la calcination s’opère en plein air. » (M. Duperrey.)

Poteries. — ‘L’art du potier, entièrement abandonné maintenant, étoit pratiqué chez les Mariannais dès les temps les plus reculés de leur

Iles Maritimes.

Industrie . manufacturière.

histoire, Ilsfaçonnoient grossièrement ia terre avec leurs doigts, et en forrtioient les vases divers que nous avons décrits précédemment. Quoique ces vases ne fussent pas vernis, ils ailoient sur le feu, tenoient bien l'eau-, et suüisoient au service de la cuisine. Il est constant qu’ils recevoient un certain degré de cuisson , mais on a tout-à-fait oublié par quels procédés; probablement ils étaient conformes à ceux qu'on suit encore aux Philippines , et dont voici la description : '.

Sur un terrrain de niveau , oit range , les unes à côté des autres, toutes les pièces d'égale dimension et de même forme, qui, modelées et séchées d’abord au soleil , sont prêtes à subir la cuite ; au-dessus de celles-là oh en place d’autres, et l’on remplit à mesure tous les interstices avec de la paille de riz , tassée le plus fortement possible ; on lait, s’il y a lieu, un troisième erun quatrième plan de poteries, toujours en procédantde ia même manière'! on enveloppe le tout d'un fort amas de paillé, on y met le feu, et en quelques heures la combustion est achevée : néanmoins .on qe retiré les vases- du tas que le lendemain.

Dès les premiers temps de leur arrivée aux Mariannes , les Espagnol» essayèrent dç fabriquer les tuiles et les briques nécessaires à leur^cpnstructions, et ils le firent avec succès; un très-beau fourneau, construit dans ce dessein, se voit encore dans un lieu voisin du village d’Assan-, et nommé par eux Texera [ tuilerie ] : -aujourd’hui , nous -ignorons pour quel motif, ils aiment mieux en faire venir de Manille à grands frais. •

Charbon de bois. — La fabrication de ce combustible est toute moderne. Après avoir coupé les' bûches d’égale longueur, on les range' debout/de manière à en former une assise cylindrique; au-dessus, on en établit une seconde, disposée de même et sous ia même forme, mais d’un diamèlre plus petit; le diamètre de la troisième est moins grand encore, et ainsi des autres; en sorte que le tout ensemble forme une sorte de masse .irrégulièrement conique. Après l’avoir revêtue extérieurement d’une couche de terre, où Ton a eu soin de ménager une ou deux ouvertures pour servir de soupiraux, on y met le feu et on laisse brûler ié bois pendant trente heures, plus ou moins, selon le volume de la pile. Lorsqu’on présume que la carbonisation est- complète, on bouche

LIVRE III7 — Dé Timor aux Mariannes inclusivement. 45 5 les soupiraux pour éteindre le feu; puis, après un laps de temps convenable , on ôte la terre. • -

. « Quand on deÿre peu de charbon et plus promptement, on 'fait une fosse en terre ; • on y place d’abord de petits copeaux, des morceaux dç bois «ec, puis les bûches que ion veut carboniser; le tout étant bien réduit en braise, on met de niveau la surface le mieux qtfil est possible, on la couvre de grandes feuilles d’arbres, on place encore par-dessus une couche de terre pour étouffer le feu., et le lendemain le charbon e9t fait. v*. . • .

• Poudre de guerre. — Comme le salpêtre se trouve à Goam, et qu'on peut aisément se proourer du soufre dans les îles volcaniques de I Archipel , rien ne sopposeroit à ce que les Mariannais fabriquassent la poudre de guerre nécessaire aux besoins de la colonie. Quelque^ personnes font tenté, et ont bien réussi; cependant,- par des raisons «Je prttr dence, on préfère la tirer de Manille. »,

Sél. — - La méthode généralement silivie matnténant de faire le sel par l'ébullition de feaude mer, étoit inconnue aux anciens habitans;- ils se borncyent à ramasser , sdr la côte et dans les creux des rochers, le sel' qui s’y étcritformé naturellement. L’Illustre gouverneur D. Tobias, dans, l'espoir de développer une branche d’industrie aussi importante, avoit- fait creuser des salines fi f à Gaam; mais il n'en reste plus aujourd’hui. de trace, et l’on s’en tient à la méthode moins productive, comme aussi moins fatigante, -qui le donne par l’ébullition. Au point où nous 'avons laissé les choses, les Mariannes ne pouvoient se fournir du sel nécessaire k leurs besoins-qu’en en faisant venir de Manille une certaine quantité. Celui-ci , comparativement bien supérieur, s’emploie de préférence datis la’ préparation- des' salaisons.

En tenant le feu allumé nuit et jour, on peut eh deux semaines obtenir, par chaque kahoas (1) placée à l’abri du -vent (3}, une tinaja [34 litres

environ] de sel. Ce sel, nouvellement fabriqué, est connu sous le nom

g J J Voyei Croret , dans le Voyage de Manon. . •

W Piycî plus haut, page 319.

( } ) Le» gens qui fabriquent lu sel par ce procédé , s'installent ordinairement dans de petites cabanes conique» , semblables à celle qui a'-rté figurée au bas de notre planche n." 8t.

Iles Marianne».

Industrie " .

manufacturière.

J les Marianne*.

Industrie

manufacturière.

Art»

inécanTques.

d ’assiga dans Je pays ; il prend celui de largan dès qu'il a au moins un an de conservation.

Préparation des fiasses. — De temps immémorial les Qdariaonais savent préparer le brou filandreux qui enveloppe la noix de coco, pour en faire ce» cordages de kair si connus aux Indes et dans toutes les parties de l'archipel d'Asie. Le travail se réduit à battre et à laver à grande eau cette espèce de bourre.

Voici, d'après M. Lamarche, de quelle manière on extrait la matière filamenteuse de divers autres végétaux. <■ Dès que les fibres corticales des jeunes branches du balibago tout été enlevées , ainsi qu’on le fait en France pour lecorcç du saule et du tilleul , à l'époque de la sève montante, on les met rouir pendant io à t 2 jours dans une eau tranquille : ce temps écpulé, on les retire, on les fait sécher, et l’on obtient une filasse trèssouple, très-soyeuse, propre àservir aux mêmes usages que notre chanvre.

» Pour avoir la substance fibreuse de t’abaca et des autres bananiers, on déroule l’une après (autre les feuilles qui enveloppent leurs troncs ; on les rade des deux côtés avec un instrument tranchant quelconque; et quand les fibres sont à nu , on les lave à l’eau de mer, pour enlever la partie ligneuse qui reste interposée entre elles : on les met ensuite sécher. . •> Par les mêmes moyens, on retire encore des feuilles de l’ananas une filasse blanche et soyeuse, très-propre aux ouvrages les plus délicats de tissage et de couture. ■> m ' . * •

Ourriers travaillant le bois. — Les anciens habitans , fort habiles dans l'art du charpentage, s’appliquoient plus particulièrement à la construction de leurs barques ; nous entrerons plus loin , à ce sujet , dans quelques détails.

Les charpentiers modernes comptent aussi à Goam des hommes fort adroits. La scie, la hache, l’herminette, et un petit nombre d'autres outils d'origine européenne , sont connus d’eux ; cependant on ne peut s’empêcher d'admirer leur intelligence et les ressources de leur esprit, lorsque, privés d’un instrument qui nous paroitroit indispensable ou d'une machine propre à donner plus de précision à leur ouvrage, ils savent y suppléer par quelque moyen ingénieux de leur invention. En général, le même homme est ici à-ia-fois charpentier, menuisier, ébéniste et tourneur.

Industrie manutàcrurière.

LIVRE 111. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 457 . 11 n'y a point de luthiers proprement dits; mais plusieurs ouvriers lie» Marianiwj; sont assez habiles pour confectionner des flûtes, des violons, des guitares et des basses. Les insulaires de Rota excellent sur-tout à faire ces dernières; aussi n'est-il pas rare de leur en voir porter en quantité à Gram, pour les vendre. Les colons d'origine phiiippinoisesont aussi éminemment adroits et inventifs; presque |atnais ils ne se montrent embarrassés quand ils ont à faire quelque chose. - . .

Ouvriers travaillant les métaux. — On ne compte qu’un seul maître serrurier-forgeron à Agagna; mais il a cinq ouvriers et trois ou quatre élèves , ce qui forme en tout neuf ou dix personnes qui travaillent le fer et qui se transforment au besoin en armuriers et même en couteliers.

La ville est plus riche en orfèvres; elle en a six ou sept. Des médailles de saints estampillées, des rosaires, des pendans d'oreilles, de» bagues grossières, de formes à-peu-pres invariables; tel est le cercle des objets sur lesquels leur routine est, appelée à s'exercer.

Faut-Il citer un malheureux chaudronnier, plus apte, dit-on, à mettre des pièces à de vieux chaudrons qu'à en faire de neufs!

Maçons. — On compte à Gram une trentaine de maçons , qui. sont en meme temps .couvreurs. Convenablement dirigés, ils travaillent passablement bien , et ne s'acquittent point mal non plus de la table des pierres. Des fours en brique , construits aussi par eux , nous ont paru ne rien laisser à desirer ( voy. pL 68').

. Cordiers. — Chacun selon ses besoins s’occupe de la confection des cordages et des .petites tresses [fi!ag\ qui servent aux amarrages. Le kair, autrefois très en usage, a cédé maintenant le pas au bulibago, filasse plus souple, et dès-lors plus facile à manipuler; je crois pouvoir assurer que le commettage se faisoit jadis comme il se fait encore, avec la main , sans l’intermédiaire d’aucune machine. Depuis que les Carolfnois viennent apporter régulièrement à Gram presque tous les cordages en kair nécessaires au grément des barques mariannaises , la paresse des éiabirans les incite à se dispenser d’y travailler eux-mêmes.

Tisserands. — La plus grande partie des étoffes qui se consomment anx Mariannes sont aujourd'hui importées de Manille; une ou deux-personnes seulement, ayant fait venir de cette dernière colonie à Gram des métiers 9 • T**.

^4 Veyagt de ï U finit. — Historique. T. IJ. M III IT1

lies Marianne*.

Industrie

manufacturière.

Construction

navale.

458 ,k . t VOYAGE AUTOUR DU MONDE. V • a lisser, sont parvenues à faire une toile de coion très -commune, qu'ils emploient à leurs usages domestiques. 1

Çordotmiers. tailleurs. — A Agagna, on trouve un seul cordonnier,- qui fait en cuir du pays des chaussures et des chapeaux, et quelques tailleurs assez habiles, -mais qui ne sont pas, comme les nôtres, des ministre's de la. mode.

Ouvriers travaillant l'écaille. — Il y avoit à Tinian un village aujourd'hui détruit , qui possedoir le singulier privilège de la fabrication des rouelles et des colliers en écaille,, employés à-ia-fois comme ornement et comme montjoie : on le nommoit Fanatagan-Ahs [lieu où l'on enfile les alas] (voyei pl. 59 ). Le talent des ouvriers, l'extrême précision avec laquelle toutes leurs pièces étoient polies et assemblées, sont vraiment dignes d'admiration, ii n'existe presque plus de ces anciens ouvrages; à peine même peut-on en trouver encore çà et là quelques fragmens.

Ouvrages en feuilles de vaeoua et en bambou. — Aucune classe spéciale ifou v ri ers ne s'occupe ici de la multitude d'objets variés qui se confectionnent avec la feuille du vaeoua et le bambou; j’ai donné ailleurs ( p. j 1.7 et 318 ) un aperçu des principaux-de ces ouvrages.

L'histoire et la tradition se réunissent pour nous monux-r les' anciens Mariannais comme des marins hardis et expérimentés, possesseurs ■ de pirogues merveilleusement calculées pour tenir le plus près et naviguer avec vitesse ; on en a vu faire des trajets de pins de 400 lieues en mer. et déployer des talent et des ressources qui étorfnent.

Voici, sur ces singulières embarcations, les détails que nous donne Gemelli Careri (t)-, qui , en 1696, eut occasion de les examiner luimême , à une époque où l'art étoit dans toute sa splendeur chez ces insulaires, et où la décadence, survenue depuis dans les usages, n'avoir pas encore commencé- ‘ 'î

«Les petits bateaux (1) de cès lies sont faits de deux troncs d'arbre » courbes et creux, qui sont cousus et joints avec de la canne des Indes-.

{ 1 ) Dans un V orage ou tour du monde.

( 1) On. verra plu* bas que Gc.mi-lli Careri parle évidemment ici des pirogues nommées dudmli par 1rs Mariannais; il y ep avôit de beaucoup plus grandes, dont la longueur eacédoit -probablement Jo ptedi. '

*» ri

LIVRE IIL — De Timor aux Mariannes inclusivement. 459 - Leur longueur, est de 15 ou 18 pieds; et comme leur largeur est de llp M.rànn». " 4 palmes [environ 3 pieds] ei qu'ils pourroient tourner fort facilement. Indmme " on joint aux côtes des pièces de bois solides qui les tiennent en équi- ",am,f*c,llr,,re' » librei Quant aux passagers, le bateau pouvant à peine contenir les trois ■■ matelots indiens, on fait un plancher dans le milieu, qui s'avance Je chaque côte sur l'eau, où se mettent ceux qui veulent aller, d'un lieu “ A un autre. De ces trois matelots, il y en a toujours un dans le milieu,

>• occupe à jeter l'eau qui entre par dehors et par les fentes : les deux autres ». sont aux extrémités , pour conduire le bateau. La voile est comme celte » que nous appelons latine, laite de nattes et longue comme le bateau;

•* c'est ce qui A#|u'ils évitent , autant quïiajseiivent , d'avoir le vent en » poupe, parce que cela les feroit renverser, facilement.... Lorsqu’ils.om r

•• à retourner d'un endroit a un autre, ils ne font que changer la voile,*

” sans tourner le bateau; la poupe devient la proue, et celui qui y étoit * devient le timonier. ». .. •• . ..

On doit conclure de ce qui précède que les pirogues des anciens Mariannais avoient une analogie frappante avec celles dont les Caroliuois. leurs voisins, font encore usage aujourd'hui ; et c est ce que confirment jes renseignemens recueillis par nous .a Gaarn.

Nos insulaires nommoieut -rc/^/zn/n leurs grandes barques ou pro»; quand elles éloienl disposées pour porter la voile, on leur donnoit le nom de fadjak , mot .qui signifie proprement voile. Les pirogues d’une capacité plus petite s'appelaient IM; venoient ensuite les dadmgs , embarcations de dimensions moyennes. Le daduli s’entendoil d’un pros de grandeur moindre encore que les précédons , mais qui étoit disposé pour porter 4a voile; ceux de la même capacité, mais sans voile, s’ap peloient punga, la goraïde enfin . qui occupait le dernier rang . est la seule dont on trouve encore des vestiges è G**n1 : M. Dhperrey en a fait un dessin exact, qu'ont gant voir sur notre .planche 80 jfig.- r et ■j'f. t. »..y..

Les embarcations dont on fait usàge .maintenant pour la navigation d «le en Ile, sont de construction carolmoise, et meme elles, sont maniruvrées par des marins de cette nation, l|-en existe pourtant d’autres d’une espèce différente. . . 4

«Les pirogues- appelées garaïdes dans le- pays, dit M. üuperrey,

Mrnm*

JU* Mari»nn«.

Industrie

manufacturière.

lie von» jamais à là voile; taillées dans un seul morceau de bois, elles ont les deu.vbouts pointus, relevés en gondole, et couverts d’une petite tille, bombée, qu’un rebord termine dans le sens de la largeur, et dont le but , à. ce qu’il semble, est d’empîcher le pied de glisser. Garnies d’un seul balancier , que soutiennent deux arcs-boutans recourbés , elfes ne marchent qu'à la pagaie.

* Les barques d’un degré au-dessus, taillées dans une seule pièce de bois comme les précédentes, forment une espèce de grand canot, assez ressemblant, pour la forme, à ceux dont on se sert en Espagne et en France; l’avant en est fort alongé, et l’arrière coupé presque à pic; on peut y armer cinq ou six avirons en pointe , que l’on dAliTe , si l’on veut, en les disposant par couples ( yoy. pi. 80. fig. p. et q). A bâbord, elles ‘portent un balancier énorme , d’une longueur égale à celle du bateau lui-méme, et pouvant indistinctement se mettre au vent ou sous le vent. Une voile trapézoïde, en toile.de coton, et quelquefois un foc, sont des moyens accessoires de locomotion qu’on n’emploie que lorsque les vents sont de l'arrière ou grand largue. Le* Mariannais n’oseroient tenir le plus près avec des barques aussi lourdes et ayant d'aussi mauvaises qualités : il résulte de laque leurs courses maritimes se bornent à parcourir, sur la côte, les lieux les plus abrités, «oit pour -la -pèche; soit, plus rarement , pour le transport de passagers d’un point a un autre. »

Pour le service de la colonie, le gouverneur garde à sa disposition trois vastes et excellentes chaloupes espagnoles, ainsi qu’un grand canot et une yole, bien faits et bien armés, destinés -à sort usage particulier. Ces embarcations vont indistinctement à rame et à voile.

Un brigantin, d’une quarantaine de tonneaux, servoit ordinairement aux communications de Goanv, soit avec les autres parties de l’archipel, soit avec Manille; il étoit-armé de quatre petits canons, et gréé à l’européenne. Lorsque nous visitâmes les Marianne*, *ep 1819, ce navire avoit depuis peu été capturé par une frégate des provinces insurgées de l’Amérique espagnole ( i ), et D. Médinilla faisoit construire une goélette pour le remplacer : un charpentier anglais, fixé à Gaam après avoir lia-

(l) Voytt plus hilut, p. 126. * *

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