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LIVRE III. — De Timor au* Mariannes inclusivement. -6r

. - Cette fièvre paiudtuse sannonçoit par une turgescence du système sanguin , simulant un caractère inflammatoire, qui, si l'on s’en fût trop préoccupé, eût. pu induire à des erreurs de traitement : la faceétoit rouge , le pouls développé. Chez quelques-uns il y avôit céphalalgie avec anxiété , ou bien , aux. articulations et dans" les lombes . des douleurs vives

qui, à l’approche des accès, devenoient parfois intolérables. Dans deux personnes elles se portèrent sur la poitrine, et y causèrent des oppressions au pointde nécessitez l'emploi de la saignée, seul cas où elle fut pratiquée;

•> Après le troisième ou le quatrième jour, tous les signes d'inflammation et de philogose disparurent, pour faire place à une foi blesse et à une débilité, extrêmes; la physionomie , de colorée quelle étoif, devint pâle comme dans les fièvres intermittentes simples. /

' •> Celle-ci fut rémittente, avec le type tierce , et c’est sohs cette forme quelle présenta un caractère plus ou moins pernicieux. Un petit nombre de malades eurent des accès de double tierce intermittente; elle ne fut tierce simple que chez un seul. Après l’adminisffiition du quinquina, qui en fit disparohre la malignité, elle prit une manche régulière, et persista avec le type tierce des intermittentes simples : c’est ce qui m-’a déterminé à lui donner cette dénomination.

■ ■ » A • l'invasion aussi brusque de cette maladie, nous ne pûmes mé- * .connoître l’action morbiftre du sol que nous venions de quitter ; et notre ' certitude fut complète, lorsque nous vîmes qu’il n’y avoit que. ceux qui avoieht passé-la nuit ou une partie desnuits à terre qui fussent indisposés. Chèz quelques-uns, , l'intensité dés symptômes fût en rapport avec la durée dé ce temps. T ous ceux-là , ou presque tous (car il n’y eut que deux ou trois personnes qui , eJtposées comme les autres, conservèrent la santé); contractèrent le germe fébrile qui se développa, comme nous venons de le voir, .peu de jours après notre sortie; . •

* Habitué à de semblables affections sous le .dimat de Rochefdrt, qtii approche de celui-ci, je tins peu compte, dans te traitement; du caractère inflammatoire qui se manifesta d’abord, et l’administrai le quinquina de suite, sans aucune préparation. La moitié des malades furent guéris. dans quelques jours; la( fièvre cessa méme chez les autres; et à l'exception de quelques hommes plus âgés , quiavoient beaucoup depèine

Janvier.

De Kawak aux Mariannes»

ittip* à sd rétablir, j’espérois que bientôt nous jouirions tous d'une santé par-

l>* k " k ^*re- Mais notre longue navigation sous la ligne équinoxiale, où l'on aui Marianne*, eut des pluies continuelles , occasionna beaucoup de rechutes; deux hommes succombèrent : l’un , le maître maçon , âgé de ans , d'une santé frêle et délicate, chez qiîi la fièvre se joignit à un catarrhe pulmonaire, tomba dans l’adynamie et mourut lé dixième jour; l'autre, matelot de 50 ans, usé par de longues campagnes et de fréquentes affections vénériennes , dont il subissdit encore les suites, atteint d'une pneumonie lorsque l’épidémie le frappa, ne put résister à cette double attaque , et ’* t mourut d’une manière qu’on pourrait dire accidentelle; Son poumon gauche étoit' rempli d’une sérosité purulente, et carnifié dans quelques points ( 1 ). » ,* • ’

De nouvelles contrariétés ne tardèrent pas à nous assaillir dans cette.

( 1 ) Voici quelques Üb^vations de M. le docteur Quoy sur une Jübrt pernicieuse compliquée de vers, u François Huguesj^une homme âge de dix-huit ans, et bien constitué, üvoit depuis peu de temps une diarrhée accompagnée de douleurs abdominales Assez fortes. Les anodins et . émoi lie ns firent diminuer les détections : les douleurs persistèrent encore deux jours, jusqu'à l’époque de ftavasloo de la fièvre.- Le malade rendit un ver par la bouche. Le lendemain, 10 janvier, survint une difficulté de prononciation avec resserrement des mâchoires; il ne' ponvoit se venir debout; ses pupilles étoient dilatées, et Ton remarquent chez lui commencement d’hébéiudeec sentiment de douleurs à U tête. Les 12 et 13, lej symptômes éloient dqp leur maximum d’intensité ; Jes mâchoires» du plus en plus resserrées, rendoient pénible i’admi-’ oistratiôn drt médtcatuens. Le malade étoit sans connaissance , etpouss6it.de temps à autre des gémissemens. Cet état. dura six jours j après lesquels la connoissance commença à revenir. Pendant tout ce temps, l'affection vermineuse modifia tellement le caractère dç la fièvre épidémique régnante , qu’ôn ne- put observer aucune régularité dans sa marche. Les indication* du pouU offroientie* anomaliès les plus singulières; tantôt vif) Agité, fébrile, d’autres foi* Tranquille ou lent, selon que l’un ou l’autre des-deux élément qui cumposoient la maladie, èfenoit à dominer.. • • , " ; • ., * . "... * V

»» Le 30 janvier, Hugues étoit convalescent ; mais, chose singulière , il avoit perdu l’usage de la parole. Nous crûmes d’abord que cela pouvoir tenir i sa fpihlesse générale et un peu à sa nonchalance; mais *ious ne tardâmes pa» à reconnoitre que le# muscles de la langue et du larynx avoient rté frappes d’atonie, et qu’ils se fefiwoieni, non-ieulement à rarticulauon , mais encore à l’émision des son#. 4 - * ....

i> Force cependant , au tfo-ut de deux mois, de s’essayer â parieV, ir ne réussit qu'avec beaucoup d’efforts à. se faire entendre. Depuis, ses progrès vers une meilleure prononciation ont été peu rapide* ; et une année après, i| falloît encore être habitué à sa manière de /exprimer, pour qu’op putcorapfendre, de prime ahord, ce qu’il vouloir dire. . q

n Dam cette maladie compliquée, qûi mir- pendant qaelques jours la vie du malade en dahger, on joignit ies^anthdminthiqufï aux antiseptiques Jes plus forts. » . -.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannet inclusivement. .69 traversée, que la foîblesse îles vents et l'action des courans prolongèrent beaucoup. Bientôt nous fûmes privés de vivres frais; tout ce que pouvoient offrir nos tables particulières avoit été épuisé en faveur des malades; et cependant leur état ne faisoit qu’empirer. La fièvre, qu’avoient encore plusieurs personnes, résistoit aux moyens mis en usage pour la iombatrre, ou, si elle cédoit, c étoit pour reparoître peu dé temps après. L’humidité, la chaleur et l’ennui, dont l’action prolongée est toujours si débilitante, déterminèrent le scorbut chez quatre individus , parmi lesquels étoit notre aumônier, le respectable abbé de Quélen. On employa les bains dé sable chaud contre cette affection secondaire; mais plus malheureux ’ que d’autres. navigateurs, nous ne vîmes pas le succès répondre à notre attente. ’

Cependant les torrens de pluie dont nous étions assaillis avoient leur utilité ; ils suppléoient à l’épuisement de notre provision d’eau douce: on en recevoir le produit sur des tentes dressées à cet effet; puis il étoit aussitôt versé dans nos futailles; en deux jours seulement nous obtînmes ainsi environ cinq jnilles litres de ce précieux liquider

La longueur et la monotonie de cette-navigation furent peu interrompues par la rencontre que nous fîmes, le 1 2 février, des Mes des Anachorètes r et , le lendemain , dé celles de l'Amirauté. Les premières, ne furent aperçues qu'à fort grande distance. Il n'en est pas de même des secondes, dont la principale n’étoit qu’à trois. lieues de nous. .Le petit nombre de remarques que nous y fîmes ne pouvant intéresser que les marins, nous les avons consignées dans la partie Hydrographique de ce voyage.

En naviguant par une aussi toible latitude, nous-avions principalement pour objet la recherche du ntxud,que l’équateur magnétique poüvoit avoir dans ces parages ; mais l’état de notr malades, la rareté de nos provisions, m’empèchèreni de persister dans ce premier dessein ; j'ordonnai de faire roule au Nord-, dès le 25, avec l’intention de traverser (archipel des ’ Caroline;,, pour me rendre ensuite aux Mariannes . qui alloient devenir pour nous ie théâtre de nombreuses et d’intéressantes observations. -

Le 12 , après avoir perdu de vue les îles de l’Amirauté, la premièretetre que nous aperçûmes portoit sur nos carres ie nom de Siw-Bartholomé; les naturels lui donnent celui de Poutou souk, que nous lui conser-

Janvier.

D< Jtawak aux Manants.

Février.

Iles

de* Anachorète*.

Ile*

de l'Amirauté.

Man.

lies Caroline*.

CT

mon* : elle .ippariient-aux Carolines. A deux heures après midi, dès qué 1) r * i nous ^“mes * Port^e d’être Vus ■, plusieurs pirogues partirent de terre , er «inc AtSriann«r SC dirigèrent vers nous; on en compta d'abord sept, puis neuf, enfin douze; Courant à- contre-bord , elles- nous eurent bientôt joints, et la . plupart vinrent se mettre à notre remorque : dès-lors un commerce trèsactif, et surtout fort bruyant, s’établit avec les insulaires qui les motiroient, sans qu’aucun d’eux cependant se décidât à venir sur notre vaisseau.

Nous fiâmes long-temps à admirer la beauté de ces hommes, la perfection étonnante de leurs embarcations et l'habileté avec laquelle ils les mantcuvrent , preuves irrécusables de leur adresse, de leur intelH- • gence; toutefot! nous n’avons pas reconnu cette incroyable célérité des

• • pirogues cafolinoises , si vantée par d’autres navigateurs. Secondés- par un vent modéré et une très-belle mer, nous filions trois noeuds, tandis que la plupart de ces pirogues ne pouvoient nous suivre qu’en joignant à la voile, les efforts de la pagaie. Il y en avoit de plusieurs ditnènsions, cependant toutes étoient construites sur le même modèle.

. Les naturels nous invitèrent par signes à nous approcher de leur île {

. • mais lorsqu’ils virent que tel n’étoit pas notre dessein, ils furent les pre-

miers a nous proposer quelques échanges. Ce qu iis vouloient. sur-tout , c’étoit du fer, qu'ils désignoient en nous répétant sans cesse loulou, loulou ,

„ ' mot mariannats que nous n’entendions point encore mais que nous dq» vinâmes bientôt à leurs gestes. Ils nous offrirent des nattes fort bien tissées en fil de bananier, dont les pfus'estimées par eux étaient teintes -en jaune; * ellesdifFéroient en forme et en grandeur-, dès chapeaux coniques en feuilles , * de palmier , des coffrets et des vases en' bois ; et , ce. qui éloit d’un plus

grand prix pour nous, des' poissons, récemment péchés, et quelques cocos qui, aptes nos misères, furent aussi agréables qu’utiles à nos malades. * ■ '•

Bien diflcrens des peuples-que nous venions de visiter, les Carolinois melfoient dans leurs'échanges une bonne foi vraiment touchante.: jamais ils ne fàisoient difficulté d'envoyer les premiers à bord les objets qu’Hs ». nous proposoienf, et -si, priur un couteau que nous leur offrions, nous rie trouvions pas qu’ils nous eussent donné assez, ils S’empressoient d’y ajouter quelque chose. -Nous ne nom sommes point aperçus qu'aucun

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