‹ Voyage Autour du MondeChapitre 23 sur 165 · LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, ioo · texte numérisé non relu

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, ioo

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excepte celui qui tenoit la corde. Olifad, après s’eu être amusé quelques instans, le lui rendit, et lui dit de continuer à jouer sans craindre que le poisson lui fit de mal; mais il venoit de maudire le requin, et cet animal, dcs-lors armé de ses terribles dents, mordit tous les enfans, saut' le seul qui avoit fait preuve de complaisance.

-* C’est ainsi que, sur sa route, if distribuoit ses malédictions pour Je semblables refus. Personne ne le connoissdnt avant qu’il fût arrivé près de son père, qui le pouvoit seul connoitre, on chercha les moyens de le faire périr.

» Devant une grande maison encore en construction, Olifud demanda un instrument pour couper les feuilles de cocotier destinées à la toiture; on dédaigna su demande : l’un des travailleurs céda cependant à ses instances; sur-le-champ tous les autres furent changés, en statues.

•> Loughéling et Alouilap savoient qu’OIifad se rendoit dans le ciel. Lorsqu’on leur apprit la métamorphose des travailleurs, ils demandèrent à celui qui avoit conservé sa première forme s'il o’avoit rencontré personne; il répondit qu’il n'avoit vu qu’un kandoura (espèce d'oiseau sous la ligure duquel Olifad s’étoit changé). Ils lui ordonnèrent de l’appeler; il obéit : mais le kandoura s'effraya en entendant cette voix, et s’enfuit. Lougltelîng lui dit de l’appeler de nouveau, sans lui crier de Venir, comme il l’avoit fait, et de lui détendre d'approcher, parce que sa présence importuneroit les chefs. Le travailleur exécuta cet ordre, en recommandant au kandoura de ne point entrer dans la maison des supérieurs, et de ne point s'asseoir à leur place; mais celui-ci lit tout de suite le. contraire. . Dès qu'il fut assis, Loughéling ordonna à l’un de ses gens d’aller chercher les ouvriers changés en statues. Ils arrivèrent tous , au grand s étonnement de.ceux qui éloient préseos, car il n’y avoit qu’Alouilap et Loughéling qui sussent que cet enfant étoit Olifad.

» On poursuivit la construction du la maison.; et lorsqu'il fallut faire des trous en terre pour planter les unghes (troncs d’arbres servant de ' ? •; «t« " ;-’v-- r'-'ri'itt '•'W '» c.

. • rapporte cAmmc il mit, et provient de la même source Pour tenter inconnu, il prétendit être • » fépretix; les enfant en conséquence sc tinrent étorpnvVi-t ne voulurent pas le toucher. Oirl. d . . alors le letlr demanda ; mais dcc. „ Ts il ï • » * .

Iles Caroline*.

De l’homme en société.

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ll*< Ciivlhwj. supports), Olifad s’en chargea, ce qui fit beaucoup Je plaisir à ceux

Dr l'homme qui travailioient , parce qu’ils espérèrent trouver moyen Je le tuer et en (oeiétc. .

de se venger du mai quil avoit dcja cause et qu il pouvoit causer encore. Mais lui, devinant leur projet, se pourvut Je terre rouge, de charbon . ; ■- et Je côtes de fcjiilles de cocotier, qu’il eut soin de cacher; ensuite il

commença à faire les trous, se réservant d'un côté l’espace nécessaire . pour s’échapper. Lorsque tout fut préparé, il les en avertit; aussitôt iis - jetèrent sur lui un des. poteaux, et le couvrirent de terre pour i’étouflèr.

Olifad se retira dans le trou quil s'étoit ménagé, et se mit à mâcher la terre rouge, qu’il jeta dehors; ses meurtriers crurent que c'étoit son sang: puis, quand ils virent sortir le charbon qu’il avait également mâché , ils pensèrent que c’étoit son fiel , et en conclurent qu’il étoit mort. .Cependant , avec la côte d'une feuille de cocotier, il perça le poteau dans sa longueur, et étant sorti par-là, il s’assit sur le haut sans être aperçu. Depuis ce temps, les arbres ont un coeur. - '

L’oovrage terminé,. les travailleurs se rassemblèrent pour manger. Olifad commanda à une fourmi de lui donner un petit morceau de coco; la fourmi lui en apporta ce qu'elle put. Par son pouvoir divin, il changea cette fraction en un fruit entier, et dit ensuite à haute voix ': «• Soyez » attentifs, je. vais partager mon coco. » A ces mots, les autres se retournèrent, et, surpris de ne l’avoir point tué, ils pensèrent qu’il n’étoit autre qu ’Altui, c’est-à-dire^ le diable. Ils n’en persistèrent pas moins dans leur dessein de le faire périr, et lui dirent d’aller porter le dîner au. tonnerre. Olifad partit avec joie; mais, par prévoyance, se munit, d’une canne. En entrant dans la maison du tonnerre, « Tiens, lui dit-il. «•je suis fatigué d’avoir apporté cette nourriture pour ta bouche dif- .

>. forme. ** Le tonnerre voulut se jeter sur lui ; mais il se mit dans la , canne, et se sauva. C’est ainsi qu’il remplit sa mission sans qu’il lui en >

mésarrivât , au grand ctonnement de ses compagnons.

>■ Ceux-ci l’envovcrent de nouveau avec le diner d’un poisson nommé- * par les Espagnols bot etc de cspiikù. Olifad partit , n’ayant qu’une coquille pour sa défense". Une fois entré dans la 'demeure du poisyig, celui-ci' • s'empara de la porte, et- voulut l’empêcher den sortir; mais, à l’approche; de la nuit , il posa sa coquille sur la mâchoire supérieure Je l’animai, .

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LIVRE III. — De Timor aujç Mariannes inclusivement, i i r et s’enfuit en passant par-Jessus. C’est pour cela, disent les Carolinois, que ce poisson a sur cette partie un enfoncement.

» Enfin on le chargea du dîner d'un poisson à longue bouche appelé fêla dans le pays. N'ayant point trouvé ce poisson chez lut, il donna les vivres i ceux qu’il y rencontra, et partit. Le fêla, à son arrivée, demanda qui avoit apporté le dîner; et comme sa famille lui répondit • quelle n’en savoir rien, il prit un hameçon avec une longue ligne,’, et se mit à le jeter selon tons les rumbs de vent; l'ayant enfin tiré du côté du Nord, il enleva Oiifad et le mit à mort.

” Les travailleurs ne le voyant pas reparaître, commencèrent à se féliciter de sa perte. Cependant Lougheling se mit à chercher son fils;' et l’ayant rencontré sans vie et rempli de vers, il le ressuscita et lui demanda qui l’avoit tué. Oiifad répondit qu’il n avoit point été tué, mais qu’il dormoit. Toutefois Lougheling fit venir le fêla, et lut donna un coup, de bâton sur la mâchoire supérieure ; aussi ce poisson a-t-il cette mâchoire plus courte que l’autre, ‘ . : -

- Ce fut alors qu’AIôueiap , Lougheling et Oiifad passèrent à la gloire çt s'occupèrent à rendre la justice au genre humain.

•> Quelques insulaires, d’accord avec les autres sur tout le reste, ad-.mettent sept personnes dans la famille de leurs dieux, savoir : Ligopoup,

K datai, Aloui/ap, Litefeo, Houlagouf, Lougheling et Oiifad.

• » La coutume de leur offrir des cocos, des fruits de rima,&c. , est générale. L offrande est posée en plein champ ou en tout autre endroit, . pour le bonheur de celui qui la fait ou de celui qu’il a en vue. ‘

M. Bérard, qui a eu occasion de naviguer pendant quelques jours avec les insulaires de Satahoual, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant, a remarqué la fréquence des prières qu'ils font en mer pour obtenir du beau temps, détourner un orage et calmer un vent tempétueux ou contraire. ' • -

; Lorsque (atmosphère est i grain, dit cet officier, et qu’un nuage uoir paroît h l'horizon , les Carolinois , Jusqu a ce que le nuage ait dépassé le zénith , prient à voix basse avec une profonde ferveur et une infinité de gestes. Ordinairement deux hommes seuls se chargent de ce soin; maisquund Je grain a une apparence menaçante, personne n'en est exempt;

De

en

Carolmei.

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société.

rii .. VOYAGE AUTOUR DU MONDE. \ .<

Des Caroline*. ceux marnes qui sont placés à l’écoute de la voile ne manœuvrent qu’avec. De l’homme une main , afin de pouvoir gesticuler de l'autre. Dans de semblables circonstances, il nous est arrivé quelquefois de les contrefaire; tous alors s’arrêtoient pour rire aux éclats de notre maladresse, et nous rendoient la pareille en faisant des signes de croix; puis, comme si de rien n'étoit;,. ils reprenoient leurs chants et leurs gestes. Malgré toute l'opiniâtreté ‘ ■' . avec laquelle nous les avons pressés de nous expliquer le sens des pa-

f rôles qu’ils articuloient ; malgré le soin que nous avons mis à rechercher

l’objet de- leurs pratiques singulières, nous n’avons pu parvenir ni à nous faire bien entendre, ni à saisir parfaitement nous-mêmes ce qu’ils nous * répondoient. Seulement , après les plus vives instances , j’ai été assez

( ^ /■ heureux pour obtenir qu’ils me dictassent une des prières qui , selon

eux, doivent infailliblement écarter le mauvais temps. Je la donne écrite avec autant d’exactitude que notre alphabet le permet :

Léga - chédrgas li gai ch c ldi,

Ltga - chédrgas léga- chédrgas légat chcJdi; Léga- chédrgas léga-chédegas mottou. ' Oghcurcnhcnni chéri - péri -péi,

Oghcurcnhcnni chéri -péri -péi.

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»* » C’est en vain encore que plus tard nous avons fait de nouvelles tentatives pour découvrir fe sens de ces mots à l’aide d’un interprète; aucun insulaire n’a su l’expliquer : ils se bornoient à dire qu’ils en ignoraient la signification ; que ces prières leur avoient été transmises par leurs ancêtres, et qu’aujourd’hui il n’y avoit parmi eux que de vieux prêtres qui fussent en état de les entendre. Qu’on ne s’étonne pas de voir ces hommes adresser au cjel des prières dont le sens leur est inconnu; c’est une coutume qui n’est pas rare chez des peuples plus civilisés. »

Ce rapprochement ne manque pas de justesse, et ramène l’esprit sur Ufte singularité dont il ne saisit d’abord que le côté ridicule (x). Mais l’homme qui récite une prière dont il ignore le sens littéral, sait au moins quelle renferme l'expression de ses vebux; et d’ailleurs ne doit-on

rTJ .« Dans les Pjrvncfs, séteo Mxrdrangjr, les femmes, durant 1rs ceremonie» tunebn-l, chantent des élégies rjmccs que personne ne comprend. » { Tristan le Voyageur, t. VI. )

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LIVIŒ III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, i i J pas croire que celui qui lit dans le cœur des hommes juge les intentions • Iles Carolincs. plutôt que les paroles! Certainement, à nos yeux memes, il n’étoit pas Ue ITiqmmc douteux que ce* Carolinois desiroient d’échapper aux fureurs de l'orage , et que, par rémission de mots qu'on leur avoit dit être efficaces , ils avoient l'espoir d'obtenir l’assistance de l’être suprême, donr ils croient loin sans doute de connoitre comme nous les attributs, défigurés par leur ignorance, mais non cependant rendus méconnoissables à l'observateur attentif.

« Ils chantent presque tout le long du jour, dit encore M. Bérard : au coucher du soleil, ils se rassemblent tous, et exécutent en chœur un concert religieux d’une heure au moins de durée. A terre , les équipages des pirogues ou proj font cette prière en commun. Dans tous ces chants-, il y a une quantité prodigieuse de voyelles i l'a et l’a y sont, sans comparaison , le plus souvent répétés. •»

A leurs croyances se mêle beaucoup de superstitions. Ils pensent, par exemple, que ) lorsqu’ils possèdent la queue d’une certaine raie dans leur pirogue, ils ne peuvent s'égarer en naviguant. Un vent contraire les empêche-t-il de se diriger vers le point où ils tendent, ils emploient un instrument singulier ( royrj pl. 58, fig. 16) pour faire une sorte de conjuration : cet instrument , nommé assoliftï, consiste en un manche en bois au bout duquel est fixée, avec du mastic, l'extrémité d’use ou de deux queues de raie , et que décorent des feuilles de latanier découpées en rubans; l’un d’entre eux agite dans l’air cette espèce de bâton augurai pendant que l'équipage est en prière, et ils croient de la sorte se rendre les élémens plus favorables. ' -

C’est chez eux une opinion reçue, nous a-t-on dit, qu’une navigation ne saurait être .heureuse s'il se trouvoit des bananes dans leur barque. L’influence de ce fruit leur parait même si funeste, qu’ils croiraient courir risque de mourir.en chemin s’ils en mangeoient avant le départ.

Nous avons vu i .Guam quelques Carolinois consulter le destin au moment de partir, pour savoir quel temps ils auraient pendant la traversée. «• Cette cérémonie est très compliquée ^et ressemble assez à ce qui se fait chez nous lorsqu’on tire les cartes , excepté qu’on se sert ici des folioles du cocotier arrangées de diverses manières. ■■ ( M . Quoy.)

Ycjétgi dt VU ruait. — Historique. T. II. p

ji4 U . VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

H« Caroline!. Kotzebue (pp, cit.) décrit, ainsi cette opération : « Rs enlèvenr deux De l'homme rubans, de part et d’autre, de la côte d’une feuille de cocotier, et répètent successivement les syllabes poué voué pour. Alors ils font à la hâte de» noeuds à chacun de ces rubans ou bandes, tout en exprimant plusieurs fois leur vœu 4 haute et intelligible voix. La première bandp est posée entre le petit doigt et l’annulaire, avec quatre noeuds en dedans de la main ; la seconde , 'avec -un nombre de nœuds décroissant, entre le doigt du milieu et l’index et entre celui-ci et le pouce. Selon que le nombre des noeuds qui pendent en dehors -de la main coïncide ou diflère avec celui des doigts , d’un, deux, trois ou quatre, l’évenement sera heureuxou malheureux, » \ -

Les- habitans des îles Palaos ont un usage analogue. « Ifs n’entreprennent rien , dit l’auteur de la Relation des îles Pekw, sans avoir- fendu auparavant les feuilles d’une certaine plante assez semblable à notre jonc de marais , et sans en avoir mesuré les parties- sur le dos de leur doigt du milieu, pour savoir, si leur entreprise doit réussir ou non, » -

m Lorsque les naturels de Farroïlep vont à la pêche, Us ne portent pus de provisions dans leurs barques , dit Cantova ( i ). .Leurs tamors- s’assemblent dans une maison au mois de février, et là iis jugent, par la voie du sort, si la navigation doit être heureuse ex la pêche abondante. Pour découvrir ce sort, ils font des nœuds à des feuilles de palmier, les comptent l’un après l’autre , et leur nombre pair ou impair pronostique le bon ou le mauvais succès de l’entreprise. » •

Pour en revenir à tfps pilotes carolinois, les nœuds qu’ils firent. leur ayant annoncé que, s’ils demeuraient plus long-temps à terre, ils s’exposoient à avoir un temps défavorable, ils mirent aussitôt à la voile, sans attendre deux autres barques qui étaient allées à Rota. Mais comme il se trouvoit là des pirogues de diverses îles aux ordres de chefs didérens, il y eut un instant scission entre eux; je crois même;que deux de leurs pros cto i en t résolus à rester : lorsqu’ils virerfj cependant que- leur plus fameux pilote prenoit la mes, ils partirent tous.

M. Lamarche a obs'ervé.qne ces insulaires croient aux maléfices, aux influences des astres, aux jours heureux où malheureux. « Le moindre

(i) Lettres édifiantes, ■ , - - - ,

LIVRE fil. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 115 présage, dit-il , les fait changer de détermination; et leurs part-ns s’abs- 1I« Caroline, tiennent, pendant leur absence, de manger des bananes et d’autres fruits; De l'homme dans la vue d'intéresser davantage la divinité à la conservation des voyageurs qui leursont chers. ■> . . „

Le père Oantcrva (1) retrace-, sans différences notables; ce que nous avons dit précédemment sur ies idées très-imparfaites des habilans dt-cette même troisième province (2) sur la religion. « Ils reconnoissent néanmoins, dit ce célèbre missionnaire, de bons et de mauvais esprits ; mais, par une manière de penser toute matérielle, ils donnent à ces prétendus esprits un corps et jusqu’à deux ou trois femmes : ce sont, disent-ils, des subs- • tances célestes d'un espèce differente de celles qui habitent la teri'e.

•• Voici en peu de mots le ridicule système que leurs pères leurbnt transmis par tradition. Le plus ancien de ces esprits est Saboukour (3), et sa femme Halmcloul; de ce couple naquit un fils auquel ils donnèrent le nom A' Elioulep (.f), qui signifie en leur langue le grand esprit , et une fille nommée Ugobaund (5). Le premier épousa ■Leteuhieul, née dans l’ile Gouliay (6); elle mourut à la fleur de l’âge, et aussitôt son ame s'envola au séjour des autres dieux. Elioulep avoir eu d’elle Lougbeileng [ 7), c’està-dire, le milieu du ciel; on le révère comme un prince du royaume céleste , dont il est l’héritier présomptif.

•• Cependant Elioulep, peu satisfait de n’*voir eu pour tout fruit de son mariage qu’un seul enfant, adopta, pour s’attirer plus de considération et de respect dans les îles circonvoisines, Resckaliouileng, jeune homme très-accompli, originaire de Lamoursek.

** Ligobound , sœur d’Eliouiep , se trouvant enceinte dans les régions aériennes, descendit sur la terFe-, où elle mit au monde- trois enfans.

( I ) Lettres édifiantes.

■ (1) CVst la seconde province de Gintova,

(3) J’ai substitué 1», comme dans les jmob qui «uivent, Yen français à fujespagnol.

(4) CTesi bien évidemment YAlouilap dç D. Luis de Terrés. il paroît que le* syllabes lep et top sont parfaitement synoymes , et que l’une et l'autre signifientgr*ïfl</. Rien n est plu» îrréguüer, aa feste, que la prononciation des Carolînoîs.

(5) Ceit le LigopouJde D. Luis.

{6) Captova dit Ulét t mot équivalent de Coultay, ainsi que nous l'ayons dit plus haut.

(7) C’est le Lougheling de D. Luis.

ii 6 VOVACE AUTOUR DU MONDE.

Iki Caroline». Étonnée de voir ie sol aride et infertile, elle le couvrit sur-le-champ, par De l'homme l'effet de sa-voix puissante, d’herbes, de fleurs, d'arbres fruitiers; elle l’enrichit de toute sorte de verdure et- d’hommes raisonnables.

>> Dans ces premiers temps, on ne connoissoit point Ja mort-, c’étoit un court et doux repos : les hommes quittoient la vie le dernier jour du déclin de la lune; et dès qu’elle commentait à. reparoftre sur l’horizon , ils ressuscitoient comme s'ils se fussent-réveillés après un sommeil paisible. Mais Erigircgers, esprit du maJ, pour qui le bonheur des humains étoit un supplice, les frappa d’une mort nouvelle, d’une mort éternelle; aussi l’appellent-ils Elous-malabout , mauvais esprit, esprit ' malfaisant , par opposition aux Eh'us--malafrs , boas esprits , esprits bienfaisant. Sur le même «• rang qu Erifregers ils mettent Morogrog, qui , chassé du ciel pour ses manières grossières et inciviles, apporta sur la terre le feu, inconnu jusqu’alors. Cette fable se rapproche d'une manière frappante de celle de Prométhée.

» Lougheileng, fils d’EliouIep, eut deux femmes, l’nne de nature divine, qui lui donna deux enfans, Karrer et Meliliaou; l’autre, née à file l'alaloa, dans la province d'Hogoleu (i). Il eut de celle-ci un fils appelé. Oulefat (a). Dès que ce jeune dieu eut appris quel étoit son père, il prit, dahs l’impatience de le Voir, son vol vers les cieux comme un nouvel Icare; mais à peine se fut- il élevé dans l’espace, qu’il retomba sur la terre. Désespéré de cette chute, il pleura amèrement sa malheureuse destinée t mais n’abandonna pas pour cela son- premier dessein. 11 alluma un grand feu, et à l’aide de la fumée fut porté une seconde fois dans les airs (3), jusqu'aux embrassemens de son père céleste. .

» Les mêmes Indiens (4) m’ont dit que, dans l’ile Falalou , est un petit ; étang d'eau douce où leurs dieux viennent se baigner, et que, par res-

pect pour ce bain sacré, il n’est point d’insulaire qui ose en approcher, de crainte d’encourir l'indignation de ces divinités; croyance qui rappelle la fable d'Actéon profanant de ses regards le bain de Diane. Ils donnent

(1) C’est notre seconde province, et la première de Cantova.

(l) C’est évidemment TOlifadd? D. Luis.

( \ ) AI on t go l fier, par une idée analogue* a été conduit à l’invention des aérostats.

{,$} Les liabitaos de Farroïlep.’ . ,

LfVRE HI. ■ — De T mon aux MaRiannes inclusivement. 1 1 7 une. âme raisonnable au soleil, à la lune et aux çtoilçs, où ils croient Il« Carçlinn. qu'habite une nombreuse nation de génies. ’ - . Ue I nomma

» Telle est "la doctrine des habitons des îles Carolines (1), dont néanmoins ils ne paraissent pas fort engoués ; car, bien qu'ils recotinoissent toutes ces fabuleuses divinités , on ne voit parmi eux ni temples, ni idoles, ni sacrifices, ni offrandes, ni aucun autre culte extérieur (2}: ce n'est qu’à quelques-uns de leurs morts qu’ils rendent un culte superstitieux.

Sépultures. — » Leur coutume est de jeter les corps privés de vie le plus foin qu'ils peuvent dans la mer, pour y servir de pâture aux tiburons ( requins ) et aux baleines ; mais lorsqu’il meurt quelque personne d’un rang distingué ou qui leur est chère, les obsèques se font avec pompe et de grandes démonstrations de douleur.

» Au moment où le malade expire, on lui peint tout le corps dé couleur jaune: ses parens et ses amis s’assemblent autour de ses restes, pour pleurer de concert la perte commune. Leurs regrets s’exhalent en cris aigus; on n’entend plus- que lamentations et gémissement. A ces cris succède-nn morne et profond silence, et une iemme, élevant une voix entre-coupée de sanglots et de soupirs, prononce l’éloge funèbre.

File vante, dans les termes les ptas pompeux, la beauté, la noblesse de celui qui n’est plus, son- agilité à la danse, son adresse à la pèche, et toutes les autres qualités qui l’ont rendu recommandable. Ceux qui veulent donner des marques plus sensibles de leur affliction , se coupent les cheveux et la barbe (3), et les jettent sur le cadavre. Ils observent 1

( 1 ) 1T est' probable que cette doctrine s’étend pour le moins dans nos seconde, troisième et quatrième provinces. D’après le P. Cantova, les flnfman* de fîle Yap auroient un eufte plus grossier et plus barbare eocore, puisque un crocodile seroit lobjet de leur vénération. Nous sommes moins instruits de la religion qui règne aux Palaos. Quant à la religion de la première pmvtncé, c’est-à-dire des îles Radak ec Ralik, il paroilroit, d’après Kotzebue, qu’elle a au moins beaucoup d’analogie avec celle des Carolinois de Gouliay. ( Voyez, a Voyag<-of Jisco\rryt &c., in the years iSij— i$iS, by Kotzebûé. ) . • .

(a)1 Les faits dont M. Bcrard a été le témoin, et ceux que D. Luis a observés lui-même, paroissent ctre en opposition avec ce que rapports ici Cauiov.1, relativejneut du moins aux tjf.uncifs in au cyltt extérieur. . •' ,

(3) L’ Écriture veut qu’on se rase La tétc.et la baibe au temps de.fafiliciioD. ( Veye* Isaïe, ch. *v; Ezéehiel , ch. T et Yl| ; Job, ch. I.) Les Ming rélien s , au rapport de Chardin, se rasent là bàrbe et même les sourcils quand ils pleurent leurs morts. { Veye* Chardin, l'orage en

Caroline*.

rftomme

société.

i iS VOYAGE AUTOUR DU MONDE. ' -

tout ce jour- (à un jtûhc rigoureux, mais ils ne manquent pas de s’en ■dédommager la nuit suivante. • •

' » Quelques-uns renferment le corps du défunt dans un petit édifice de pierre (i) que l’on garde dans l’intérieur de la maison; d’autres l’enterrent loin de leurs Habitations, et environnent fa sépulture d’un mOr de pierre : Ils déposent auprès diverses sortes d’alifnens , dans la persuasion où ils sont que l’ame s'en nourrit (1).

>* Ils croient ' qu’il y a un paradis où' tés gens de bien sont récompensés, et un enfer où les mcchans sont punis. Ils disent que les âmes qui' vont au ciel reviennent le quatrième jour sur la terre, et demeurent invisibles au milieu de leurs parens.

Prêtres. — <« Il y a parmi eux des prêtres qui prétendent avoir commerce avec les âmes des morts. Ce sont' eux qui , de leur propre autorité , déclarent ceux qui vont au ciel', ou- ceux dont' l’enfer est le partage : on honore les premiers comme des esprits biénfâfsans, et on leur donne le nom de Tahoutaups, ou saints patrons {}). Chaque famille a sort Tahoutoup, auquel elle s’adresse dans ses besoins ; si quelques-uns de ses membres tombent malades-, s’ils entreprennenturî voyage, s'ils vont à lapêche, s’ils travaillent à là culture de leurs terres, Ms invoquent leur Tahoutoup : ils lui font des présens qu’ils suspendent dans la màison de leur tamor (4) , soit par intérêt, pour obtenir de hir les grâces qu’ils lui demandent, soit par gratitude, pour le remercier tferfavetirs-qu’ils ont reçues de sa main libérale.

' Al a ranges, — "e La pluralité des femmes est non-seulement permise à tous ces insulaires, c'est encore une marque d'honneur et de distinction. Us. disent que le tamor de file Hogoieu en a neuf. Ils ont horreur de l’adultère comme d'un grand péché; mais celui qui s’en est rendu cou-

Persr. ) Cet usage de se tondre les cheveu* dans de pareilles circonstances, esistoit chei presque tons les peoples del’anriquité. Dans Homère, Achille dépose sa Monde chevelure sur le tombeau de Palroclr , et , à son exemple, tous ses autres amis le couvrent de la leur, [/liait, ch. XXIII.J ( I ) Ce meme fait nous a été attesté par 1). Luis. Quelquefois , d’après le même auteur , on ensevelit le corps dans une pirogue qui' reste dans la maison mortuaire'.

(a ) Cette crojintee se trouve dans la religion de* Chinois, 'avec laquelle on remarque Ici quelque similitude. D. Luis St cru qu’on offroit des mets à Dieu en faveur dirnioct; mais je pense que l'opinion de Ciintova esté cet égardia plus esta Ad trb plus Vraisemblable.

' (q) Où bien esprits ttsQfhtires : on le* retrouve par tout à la Chine. ’■

' On dh' indifféremment ici ramer, «me/, tamert « tamour.

LIVRE III. >- De Tint» aux Marianne» INCLUSIVEMENT. I I j) pafoie, obtient aisément la rémission de sa- faute; il lui suffit de faire il*/ Carolmer. quelque riche présent a lVpoux de celle avec laquelle il a eu un commerce De Ihpnsme illicite. .. • ... ^ .. «Okhtkk.

• w Le mari peut répudier sa famine lorsqu’elle a violé la foi conjugale, et-ia femme a le. même pouvoir de répudier sou mari lorsqu’il cessçde lui plaire : dans ce cas , certaines lois sont établies pour ja disposig'on de la dot (i). Quand l’un d’eux meurt- sans postérité, la veuve épouse. le frère de son mari défunt. »

* Lorsque, à Gouliay , un ami réclame de son Ami l’Iiosphalité , dit Divers mages. Kçtzebue (»), il doit lui céder «a femme pendant la durée de la visite, ce-qui n’a pas lieu à Feis ni aux jles situées plus à l'Ouest. -»

..D’après M. Duperrey, le baisçr, ou signe dp .salut entre deux personnes qui se rencontrent, -consiste à se flairer mutuellement la main ou le nez : cet usage est fort répandu , non-seuiemeot dans la Polynésie, mais aussi dans, le' grand archipel d’Asie^ •. ^ .

« Le» Insulaires de Gouiiay et de Fatrojlep -sont accoutumés à sé Wgner trois fais le jour » fa matin , à.midi et sur le :soir { 3 }. Ils, prennent leur repos dès que fa soleil est couché , -et sedevent avec l.’aurore. Le chef ou t amortie l’ifa ne s'endort qu’au bruit d'un concert que forment une troupe de jeunes gens réunis 1e soir autour de sa maison, et qui chantent à leur manière certaines composition» poétiques, jusqu'à ce qu’on les avertisse de

oeSser. .... ....

» Pendant la nuit, au clair de lune, il» s'assemblent de temps «11 temps Amusemen».

pour chanter et .danser devant la demeure de leur tamor. Le son de le voix seule, car Us n’ont point d'instrument de musique, règle leur danse; dont la beauté consiste dans l’exacte uniformité des mouvemens du corps»

nrcées fa-cSpstaïnéïEotrelme à-Railat1, numssne, en amarrant, fa ! : ,

I un présent consistant en fruits,, poissons et .uiuvs.ihosi s semblable». I a ■aitps, du rang -qu'occupe Je pète de ia mariée, car les mariage» peuvent I personnes de fing» inégaux. Si le père, ou la mère leiilentent, est de ans répssK-, appartenir» «H^:qlà*ii«t Dam te second tas, le enta ns toutes les dcwonnrarouj «juérieitccs tfe*

respect ducs . à sa naiesMçë. (KotiL'huefcôi^ rk^IJ^f ï. - '

(2) ch. *>:*»*>'* v.; - ‘

{jJCantova, Léttntt •«fp . t* •*r> , A *\ . ‘y , ^ . ^ , ,

no VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

11« Carolliwi. Les homme*, sépares des femmes, s'avancent vis-à-vis les un* des autres; l>e Khomoi* -puis ils remuent la tête, les bras, les mains et les piqds -en cadence. Les ornement dont ils ont soin de se parer, donnent, selon eux, un nouvel agrément à -cet exercice : leur tête est couverte de plumes ou de fleurs ; des herbes aromatiques leur pendent aux narines ; et l’on Voit attachées A leurs oreilles des feuilles de palmier arrangées avec assez d’an t aux bras, aux mains, aux pieds, ils portent d'autres parures propre* A ces parties. ' '

*■ Les femmes, de leur côté, se livrent A un divertissement ptua convenable A leur sexe. Assises, et sé regardant les unes les autres, elles commencent un chant pathétique et langoureux, accompagnant le son de leur voix du mouvement cadencé des bras et de la. tête : ce citant s’appelle en leur langue Songer faïfil [la plainte Jrs feaunesp- > . <

» A fa fin de la danse, le tamor, quand il- se pique de libéralité, élève en Tair-une pièce de toile qui devient le prix de celui des danseurs qui peut s’en saisir le premier. - *\.

«Ils ont en outre plusieurs autres jeux où Us. donnent des preuves de leur adresse et de leur force, en s’exerçant à manier la lance, à jeter des pierres ou des balles dans les airs. Chaque saison a son genre d'amusement particulier. « •

Nous avons été plusieurs fiais témoins .des. danses caroünoists : j'ai parlé (page 71) de celle qu’ils exécutèrent sur le vaisseau pendant que nous naviguions près de leurs Iles ; mais c’est aux Marianne* sur-tout que' nous en avons vu- de* plus variées er des plus agréables. Dans l’une de ces danses , les acteurs , en assei grand nombre , se rangent sur deux-lignes et en face lésons de* autres; tous sont armés. dam bâton pareil à celui qui est figuré pl. ç8 , fig. 13.U11 cri" général se fait entendre : à l'instant,

- chaque danseur frappe adroitement avec sou bâton , tantôt celui delà per

sonne qui est vis-à-vis de lui, et tantôt, «1 sautant et faisant un quart de conversion, celui de son voisin sur la même ligne, soit adroite, soit A gauche. Bientôt ils changent de place, s'entremêlent- en formant diverses figures parfois très-compliquées, et de manière à toujours heurter en cadence )é bâton d’un de leurs voisins. Il est à remarquer que ce n'est pas avec le milieu de. cette arme qu’ils frappent, mais avec ses extrémités.

LIVRE III. — De Timor aux Marianne* inclusivement, ij-i et qu’à chaque coup elle doit toucher par un bout celle d’un des danseurs, et par le bout opposé celle d’un autre. Notre planche 5 5 donnera une idée de ce genre d’exercice, dont deux combinaisons seulement ont pu être représentées, quoiqu'elles soient à l’exécution très-multipliées. Un chant général règle tous ces mouvemens, qui charment par leur précision et leur grâce. Voici les paroles d’une de ces chansons que M. Gaimard a transcrites; les acteurs appartenoient à file Satahoual; l’air étoit peu

harmonieux.

Touka poiii atta la/a ouaké , Touka poui atta ta ta ouaké , Touka p oui & t.

Nous n’avons pu nous faire expliquer le sens de ce jargon. Dans une autre circonstance , ayant interrogé, sur un pareil sujet, la personne qui nous servoit d’interprète , elle nous dit de même n’étre pas capable de nous donner la traduction des paroles chantées , mais savoir que leur objet étoit ordinairement de peindre les peines de l’absence, les craintes d’une femme dont le mari est en mer, &c.

Les danses n’ont pas toutes le même caractère ; souvent les acteurs , sur une seule ligne , se frappent les cuisses avec leurs mains , lèvent ensuite les bras, et recommencent en chantant ce jeu monotone. D’autres fois, rangés en rond, ils se tiennent par le poignet et sautent sur la jambe gauche en appuyant la droite sur la cuisse de leur voisin ( pl.- 5 6); enfin on les voit également former un rond, au milieu duquel un homme fait diverses contorsions que tous les autres sont tenus d’imiter. Nous avons en France une danse analogue , connue sous le nom de branle des capucins : aux Carolines, comme chez nous, toutes ces folies excitent une vive hilarité. Y,; ... ... -,

La musique a presque toujours la monotonie de la danse; on peut en juger par l’échantillon suivant ;

Voyait dt l'U nuit. — Historique. T. IL

Iles Carolines.

De l'homme •a société.

lies Caroline*.

De i'hotnrrvt an société.

.j fi

Pèche.

• s. VI. ... . V: • •

Industrit.

■ *’ . * . • • • i *’ . • * ’tS ,

<• La principale occupation des hommes , dit Camova ( i ) , est de construire des barques-, de pêcher et de cultiver la terre. Le partage des femmes est de faire la cuisine,. d’aider leurs maris lorsqu’ils ensemencent les champs, et de mettre en œuvre une espèce de plante sauvage (2) et un arbre nommé baUbago (3), pour en faire de la toile (4)- Comme ils manquent de fer, ils se servent de cognées et de haches de pierre pour couper le bois. Si par hasard un vaisseau étranger laisse dans leurs îles quelques vieux morceaux de fer, ils appartiennent de droit aux tamors : ceux-ci- en font faire, du mieux qu'ils peuvent, des outils dont ils tirent un profit considérable , car ils les louent un prix assez élevé. »

La pêche , à cause de son importance pour la nourriture des habitons, est un art auquel les Carotinois se livrent avec beaucoup de succès ; c’est ordinairement de la ligne et de l’hameçon qu'iis se servent.

<■ Autant que j’ai pu le comprendre, ils pêchent les poissons voians à la ligne, avec des morceaux de ceux qu'ils ont pris précédemment en guise d'appât; et ce qui rend ce fait hors de doute, c’est qu'à tous les poissons qu’ils nous ont vendus , on avoit ôté sur le dos une petite lèche absolument pareilie-à celle que nous enlevons quand nous faisons servir le poisson de boitte. Leurs hameçons sont en arêtes , en nacre de perle,

( I ) Lettres édifiantes. % . " * *

(a) C’est l’aé<jc<s, ou -bananier sauvage. a

(3 ) On l'appelle ilifa k Lamourstsk, baiïbago à Manille , et page aux Marianne» : c’est Y hibiscus tiliaceus des botanistes.

(4) Les fflamens avec lesquels on tisse ces étoffe ne soat point tordus ou blés; ce sont des libres déliées de l’abaca ou du balibago, ayant à- peu -près an millimétré de largeur. Les plus grandes ctobcs que j’aie vues avoient environ x pieds de large et 6 pieds de long : il y en a de teintes en jaune; quelques-unes ont des bordures tissées, de couleur noirâtre, ce qui tranche agréablement avec le fond. Le jaune, chez les Carolinois comme à la Chine, est la couleur réservée aux chef*. On fait aussi des cordes de balibago; mais il parole que celles de bair ou de filasse de coco sont préférées. Nous nous en sommes procuré plusieurs qui toutes ctoiem commises à trois torons avec beaucoup de soin. En général, elles avoient depuis un pouce jusqu'à 1 5 lignes de circonférence , et de 20 à 50 brasses de longueur.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, i *3 en écaille de tortue, et même en ccales de noix de cocos; on en verra plusieurs figurés sur notre planche 58 (fig. 9, 1.0, 1 1 et 1 a). Quelquesuns , au lieu d'être courbés comme les nôtres , sont fourchus et attachés' à la ligne de la même manière que nous y fixons nos épigneux, auxquels ils ressemblent parfaitement, à la fourche près. » (M. Lamarche.)

D'autres fois ils emploient une sorte de nasse ( 1 ), ou bien un petit filet garni d’un cerceau et d’un manche. Les mailles de ceux que nous avons vus avoient à-peu-près cinq lignes d’ouverture; le fil nous parut être d'abaca, et très -solide. Le noeud de ce filet étoit le même que celui de nos seines'.

Ils osent même attaquer la baleine (2), et le combat qu’ils lui livrent est pour ces peuples un spectacle fort recherché. « Dix ou douze de leurs îles, disposées en forme de cercle, dit Cantova (3), forment une espèce de port où les eaux sont dans un calme perpétuel. Quand une baleine paroît dans ce golfe, les insulaires montent aussitôt sur leurs canots : se tenant du côté de la mer, ils avancent peu à peu en effrayant l'animal, et- le poussent devant eux jusque sur des hauts-fonds non loin de terre. Alors les plus adroits se jettent à l'eau ; quelques - uns dardent l’animal de leur lance, et les autres l’amarrent avec de gros câbles dont les bouts sont fixés au rivage. Aussitôt s'élève un grand cri de joie parmi les spectateurs nombreux que la curiosité a attirés sur la côte. On traîne sur le sable: la baleine, et un grand festin est la suite de cette victoire. » Mais l'industrie dans laquelle les Carolinois déploient le plus il'habileté et d'adresse, est, sans contredit, la construction de leurs pirogues

(1) Le P. Panl Clain , dam les Lettres édifiantes , parle ainsi de ces nasses ou casiers des habitons de Lamouisek : * Voici comment ils ont yen en mer. Ils ietoient à l'eau une espèce de nasse , laite de .plusieurs petites branches d'arbre , liées ensemble. Elle avoit une grande ouverture pour laisser entrer te poisson, et te termine» en pointe de manière i l'empêcher de sortir. «

Quoiqu'il paroisse singulier que des poissons puissent ainsi êtte pêchés en pleine mer, une circonstance. dont j'ai oublié de parier tend à me faire croire que la chose n'est pas impossible. Lorsque nous traversâmes le détroit de Bourou , nous découvrîmes une pirogue coulée et . flottant à la surface des dots; nos gens la conduisirent 'le long du bord : elle ctoit remplie de petits poissons que, malheureusement, nous ne pûmes prendre, parce qu’on les aperçut trop tard, et seulement quand la pirogue Bit retournée.

(a) Les auteurs du Voyage de Kotaebuc pensent que. c'est du dauphin et non de la baleine qu’il doit être ici question. ’ • ‘ * W

()) Lettre s édifiantes. .

Iles Caroline*.

De l’homme en société.

Construction

navale.

lk-< Caroline! ou pros. On conviendra, si l'on jette ies yeux sur notre planche 50 , qu’il De l’homme est difficile de-leur donner une coupe plus agréable, plus gracieuse; toutes, en on.tr. oa peu s*en faut , sont exactement faites sur le même modèle, et ne diffèrent guère que par les dimensions. Les plus grandes que nous ayons vues avoient 3 6 pieds de tongueur ( 1 ); d’autres n’excèdent pas 1 1 pieds ; ceHe sur laquelle M. Bérard a pris les mesures que nous transcrirons bientôt , tênoit le milieu entre ces deux termes.

» D'après l’examen d’un grand nombre de pros, lorsque nous traversions le& Garolines ou que nous étions aux Mariannes, il a été facile de juger qu’ils avoient en général un faux côté , c’est-à-diré, que l'un des bords éttfit plat, et l’autre arrondi; cependant il s’en est rencontré plusieurs qui étoient symétriques.» {M. Bérard.)

Dans un pays où le fer est une production exotique aussi rare, on ne doit pas s’attendre qu’il soit employé dans' la construction navale. Néanmoins les pirogues, à l’exception peut-être des plus petites, qui ne s'éloignent pas de la côte, sont composées de diverses pièces dont la jointure offre un caractère particulier. En effet, elles ne sont pas réunies par des chevilles en bois ou par des ligatures intérieures comme à Guébé et à Timor, mais par de simples coutures en tresses de kaîr. Cette méthode de cohésion est singulière, ér, ce qui surprend encore "davantage , c’est sa grande solidité-: elle ia doit en partie , il est vrai , à un mastic fort dur, dont on recouvre les jointures , les trous par où les tresses ont passé , etles tresses elles-mêmes; qui, sans cela, seroient vite détruites par le frottement des vagues. • *

. Un vernis , rouge dans quelques parties , noir dans d’autres , recouvre la totalité de la pirogue , ainsi qu’on peut le voir sur la planche citée : il est a-la-fois brûlant, solide, et les insulaires font preuve d’intelligence et de goût par ia manière dont ils l’appliquent (a).

« Passons, avec M. Bérard , à la nomenclature des parties qui constituent

( i )* Je crois qu'il y en a d’unè longueur presque double.

(a) Voici comment fauteur de fa Relation des tles Pelew décrit la maniéré dont celte peinture extraordinaire est appliquée t » Les ’ .couleurs sont broyées,* dit- il, et jetées dans l'eait , qu’on fait bouillir ensuite. Les naturels enlèvent soigneusement l’écume qui surnage b ia ^ surface t puis, quand ils trouvent la liqueur suffisamment épaissie, ils ('étendent toute chaude

sur le bois et la laissent sécher. Le jour suivant, on frotte la peinture avec fhuile de coco, -et

LIVRE UI. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 125 un pros, et des manctttvm et autres objets, necessaires A la navigation. .

Les Carolinofe ( 1 ) désignent sous le nom de poulo-hua ia pièce qui (ait le fond de la barque et sert comme de quille. ( V oy. n.“ 1 des lig. 8 et ' 9 de nos planches y ■ ef 5 2. ) Papa -loua désigné les autres.pièces latérales n." 2 , et mtckaliba les deux saillies symétriques n.° 3 , qui s’élèvent au-des«*usde ia pirogue A chaque extrémité. On voit, figure 1 3, le mérita- . tiktr plus en détail , et la manière dont il s’assemble avec le teste du pros.

Éléght'cha s’entend de la première pièce du plat-bord n.° 3', qui supporte les deux tiges boutantes du balancier. Les deux autres pièces .du plat-bord, qui vont de ïélégjiécha au méchalila . se nomment 'palebalusia, Fcranbài, n.° 6, est le plat-bord du ptraf; maloua ,.n.“ 7, une traverse placée Intérieurement à chacune des extrémités de ia pirogue, et percée d’un trou dans lequel vient s’encastrer, quand oit est sous voile, l’extrémité inférieure de la vergue. Le-n.” 8 représente l’espèce de cheville fade/ouboubou , qui sert, d’un côté a , pour fixer le gouvernail, et de l’autre b , pour amarrer I* cheldéghtl. Le psemier banc, n." 9 , est appelé tioutdtib; te second, n.° ta ,aùïm, et le troisième , n.” 11 , ckadagkioi c’est sus ces bancs que s’asieyent les rameurs lorsqu'on emploie la pagaie fadjtal (a). Le ptraf, n.° 12, tantôt d'une seule pièce, tantôt de deux, est le plancher où se tiennent ordinairement les gens de l'équipage; aptung, n.” 13, la planche de i’a/chipompe, et folap, il’ 14, l’archipompe elle-même, c’est-4- dire, la partie la plus basse de l'embarcation où se réunit l’eau que les lames jettent A bord; deux bancs élevés. n.“ 1.5 , maragheii; les supports de ces bancs, oiiboii, il.". -16. (lig. 6 et 7); la batayole, n.” 17 (fig; 2}, laganou ; la pièce n.° 18, où l'on amarre l’écoate, ouotimel; la plate-forme centrale du balancier, n.° 19, tinemaL puis, les tiges boutantes, n.’ 20, à iexlrcmité desquelles est attaché le flotteur, ghia, ... • •

La figure 3 montre la manière dont te flotteur, tamr n.° ai, tient

en répétant cette operation pendant «n tt-mpf convenable, avec de* écalea do même fruit, on parvient à Ini donner un poli et une ténacité capable* de résister à la mér. » '

d’ajout vrai <jj!5 « verni» est extrait de l'arbre 1 pain ; c’est ce que noua verrons plus «n deparlant da» ile* Marianne». On le colore -ensuite diveneiueot.

(t ) Ce OS t toujours ceui de la troisième province dont*! s'agit ici.

11m Car 01 inet.

De (homme eti société.

ir

t2« VOYAGE AUTOUR DU MONDE. .< ■ ,U>

lie» Cir»lin«. au balancier; deux trous, n.* 22 , chôchô, ouvrent passage aux ligatures

Us l'homme nUi consolident cette jonction; n.* 23, eam , sont les fourches du flotteur; en société. , , , , , - ,

n.” 24 , ouedjeou , la traverse de ces fourches. - .

Passant aux figures ï et 2, nous verrons, n.° 25, les ctançons nutavdram du balancier ; sur les figures 2 et 5, B." 26 , la disposition de deux espèces de. paniers ou cages, dimet, destinés à loger les effets que l'on transporte., et où peuvent, au besoin , se mettre à l’abri une portion de» \ hommes de l’équipage : l’un des. ces* paniers est établi sur le balancier,

; . l’autre sur une charpente particulière , dont la claie , yépeb , n.° 27 (fig. 1 ),

- est supportée par deux’ traverses , choua, n.° 28, auxquelles sont fixées,

en les croisant, trois autres pièces, oualiau.

Entre la partie-centrale du balancier (fig. t et 2) et les étançons la- . tcraux qui le maintiennent , se trouve une sorte de caiilebotis ou de grillage- en bois sur lequel on étend souvent des nattes en feuilles de palmier (fig. 2 ), pour faciliter la marche. ... • -

Le gouvernail ( fig. 12), nommé fadclauboUbou , ainsi que les barre* sur’lesquelles on l’appuie, se compose de deux pièces, dont la principale, n." 30 , a une petite coche qui doit porter sur la cheville a ( fig. 1 1 ) dont il a été fait mentjon plus. haut; l’autre est comme une queue liée à la pre- * njière par des points de couture ; c’est proprement la barre du gouvernail; la tête de celui-ci est assujettie par la corde i A- à l’un des bancs- de la pirogue; son extrémité inférieure est maintenue par le pied du timonnier, ainsi qu’on le voit fig. 1 o , qui lui-même siège sur un bâton cb m( fig. 1 1 ) saillant en dehors de l’embarcation. -

Le» Carolinois donnent à leurs pros ou pirogues le nom d’oïa ou de chakeman; au mit, celui d'aboa .- il. est dessiné, fig. 4 > Je manière â en montrer les détails. A sa partie supérieure est liée une pièce additionnelle dg, garnie en g, soit d’un trou, soit d’une fourche où passe la drisse. Sur le bord, et non au milieu de la barque, le pied h du mât entre dans l’emplanture c (fig. 1 et 2), mais ne s’y enfonce que fort peu; l’espèce de bourrelet laissé nu mât (fig. 4). au-dessus de cette emplamure, sert à tourner l’extrémité inférieure de ia drisse lorsque la voile est hissée. Celle-ci, oaa, composée de différens Jés tissés en feuilles de palmier, ? , est tendue sur une vergue , chtdé, n.° 4 1 (fig. 6 et 7), suspendue au mât

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