‹ Voyage Autour du MondeChapitre 28 sur 165 · LIVRE III. -*r- De Timor aux Mariannes inclusivement, i · texte numérisé non relu

LIVRE III. -*r- De Timor aux Mariannes inclusivement, i

Après le départ de ces hôtes , le gouverneur nous mena voir les pro- lia Marianne».

cédés qu’on emploie pour extraire la sève des cocotiers, qui, suivant differentes préparations, fournit de l'eau-de-vie , dn vinaigre ou dit sucre.

De là nous dirigeâmes nos pas vers le rivage pour assister à la petite du magtmhak, petit poisson d’un goût exquis, dont les Mariannais font une prodigieuse consommation. A une époque fixe, le magnahak ne manque pas d’arriver, et les habitaits se portent alors en foule au bord de la mer pour y faire leur provision (pl. 63 ). Au nombre des pécheurs je trouvèrent les gens qui étoient venus complimenter ü. Médinilla. Cherchant des yeux nos deux jolies filles, nous les aperçûmes dans l’eau jusqu’à la ceinture, occupées, comme les autres, à cette précieuse capture; elles avoient ôté leur chemisette, et se letoient nouée en cravate autour du cou ; leur jupe relevée ne les couvroit pas plus qu’un Lingouti, ce qui les laissoit presque nues : aussi , en sortant de l’eau, semblcrent-elles extrêmement embarrassées de leur personne; mais le plus plaisant, c’est que, tout en se hâtant de voiler leurs charmes, elles faisoient tout le contraire de la Vénus pudique , et leur premier soin fut de se couvrir le dos-(t).

11 étoit nuit close lorsque nous reprîmes la route d’Agagna, de la même manière que nous en étions partis : seulement, unepiroguealloit devant le canot, portant de grosses torches allumées pour que le patron évitât plus aisément les récifs. A leur clarté, on distinguoit trèsrbien, et mieux qu’en plein jour, le fond de la mer, et plusieurs d’entre- nous s’amusèrent à considérer , entre les coraux , une grande quantité de poissons de tonte grosseur dans l’immobilité du sommeil.

Au milieu des distractions dupe journée si bien employée, rien ne

(ï) Pagès, après avoir remarqué que les Kabirans de Lut,- on , aux environs de Manille, laissent aller leurs enfans presque nus jusqu'à Tige de toi la ans, témoigne sa surprise de ce que, dans un pays chaud, on ait cette négligence pour les Hiles, dont tes chemisettes ne descendent que jusqu’au nombril, et raconte l’anecdote suivante : « Un jour que je me promenoti dans un bois à une lieue de Manille, le hasard me ne approcher d’une maison devant laquelle je trouvai nne Indienne d’environ toaà tt ans, assise au grand soletl; elle étoit nue et accroupie, ayant sa çhemisc pliée auprès d’elle. Liés qu’elle me vit, elle se leva promptement, et la remit : quoiqu'elle ne lut pas vêtue décemment, elle croyoit être bien mise, parce qti'eiie avoit les épaules couvertes; elle n’êtoit plus embarrassée de paraître devant moi. » ( Voyait! autour du mcndttt yen ks druxjyôlts, c-i.) • . 1 . * •

lii VOYAGE AUTOUR DU MONDE..

H.'. Mari«nrt«. nous charma autant que t’air de satisfaction du gouverneur. FaÎTe plaisir M»* CSt e" *U' une Pass‘on : sa ligure s’épanouissoit dès qu’il jugeoit que quelque chose intcressoit ou amusoit quelqu’un de nous ; on peut dire exactement qu'H jouit du bonheur des autres.

Cependant ('époque où devoit finir notre se’jour à Goam approchoit, et je desirois vivement, pour compléter divers renseignemens, de visiter la ferme royale de Tachogna, au centre de file, dans un des sites les plus fertiles, les plus salubres et les plus pittoresques. JD. Médinilla, MM.- Lamarche , Pellion et moi, nous Urnes, à cheval, le 12 mai, cette petite course, qui fut prolongée jusqu’à Pago , bourg de la côte orientale de l'île.

Le premier village qui s’offrit à nos regards fut celui de Sinahagna, que nous connoissions déjà (pi. 59); puis celui d’Afamé, dont il ne reste plus que des ruines. Presque toujours nous marchions au milieu des bois, et sur un sol très-propre à l'agriculture; nous rencontrions çà et là des indices de sources qu’il seroit bien utile d’exploiter dans un pays où le manque d’eau se lait si souvent sentir. La ferme de Tachogna fut fondée jadis par les Jésuites comme importante exploitation agricole; un village du même nom étoit adjacent aux bâtimens de la ferme, construits sur un plateau élevé. Tous les environs sont entrecoupés de vallées remarquables par la vigueur de la végétation : dans l'une d'elles , la rivière poissonneuse de Cascas prend naissance; et après s'être réunie à la Sigaa , toutes deux coulent jusqu’à la petite ville de Pago, dont elles prennent le nom, et où elles ont leur embouchure.

Un ouragan détruisit autrefois cette ferme, qui étoit alors très- vaste; on la rétablit telle qu’on- la voit aujourd'hui (pl. 71 et 81 ). Près des maisons restent des traces des anciens défrichés; mais les riches cultures ont disparu ; la seule industrie qui y subsiste est l’éducation du bétail • pour les besoins du gouvernement colonial.

Le major D. Luis, et une de ses filles, aussi aimable que jolie, nous attendoient dans cette résidence. Nous n’y restitues que peu de temps, afin de profiter encore de la fraicheur du matin pour gagner Pago. il fallut presque continuellement suivre, à travers la forêt, un sentier étroit et peu fréquenté : heureusement le bon gouverneur a.voit eu la précaution

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