LIVRE III. — De Timor aux MarIannes inclusivement, i 5 t
d’énvoyer à l’avance élaguer les branches qui auroient gêné le passage. On iln-Marunnn. trouvoit à chaque pas des vestiges d'anciens villages qui, indépendant- 1819. ment de tous documens historiques, donnoient une haute idée de la population de l île antérieurement à la conquête des Espagnols. Les ruines les plus considérables étoient celles de Fagto, Tng.-.n, Pwtned, Tinaka et Agaan. Un heis non interrompu de vacouas s’étend de ce dernier point jusqu’à Pago. sv . • >
Là- de nouveaux honneurs nous étoient préparés t nous passâmes sous uq arc de triomphe en feuillage, au son des cloches de l’église, ét ne tardâmes pas à entrer dans le palais dd gouverneur,- maison propre et jolie,, dont la femme de D. Luis fit (es honneurs avec la bienveillance et la boitte qui forment l’essence de son caractère.
Dès que la forte chaleur du jour fut tombée, nous visitâmes la ville et les environs, et reconnûmes d’antiques vestiges de l’opulence et des étabiissemens utiles de ce lieu charmant. A côté de l’église est l’ancien couvent des Jésuites , aujourd’hui fort délabré , et à peu de distance l’école des garçons, •
■ En revenant à Agagna, nous reprîmes jusqu’à Tagon lechemin que nous avions. suivi le matin; mais tirant ensuite ver# la droite, nous longeâmes les ruines du village de Ponhod pour repasser par Afamé et Sinahagna :
Il étpit nuit quand on entra dans la oapitale.
La longue convalescence de nos malades avoit prolongé notre relâche bien au-deià du terme que pavois fixé ; il «toit temps désormais de penser sérieusement au départ. Je donnai donc, le 2 y , l’ordre de transporter à bord tes hommes qui restoient à l’hôpital, les rnstrumens de notre observatoire, ainsi que les nombreux objets d’histoire naturelle , et les autres richesses quiattestoient.com bien l’état-major de F Uranie avoit profité de ce- long séjour. Le remplacement de nos provisions de campagne étoit achevé; et quant à celui' de ma table particulière, D. Médinilla avoit voulu veiller lui- même à ce que rien n’y manquât. Il étoit difficile assurément de montrer plus de grâce et d’attentions.
Le j r , ou le 30, d’après la manière de compter à Goarn , on célébra une double solennité, la Pentecôte et la fête du roi d’Espagne, Ferdinand VIL Toute la ville étoit en joie; le gouverneur réunit ; en l’honneur Vwp A rO'nmi* — Hùtoriquc. T. IL V
rj4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Ile» MarUnoi». île son souverain, les officiers de sa nation et de la nôtre , dans un dîner de •tjy. 50 personnes. A Tune des galerie-, du palais qui donne sur la place, on avoit exposé le portrait de Sa Majesté , autour duquel des soldats -montèrent la garde. L Uranie prit part à la cérémonie; elle fut pavoisée, et fit les salves d’usage. • ; .
Uns chose plus extraordinaire et plus rare que toutes les fêtes du monde, c'est la conduite du gouverneur de Goam à notre égard. Nonseulêment il refusa de recevoir nos remerciemens pour un séjour de plus de deux mois chez lui, les attentions et les facilités de toute espèce dont il avoit secondé nos travaux ; mais lorsqu'il s’agit de lui tenir compte des fournitures journalières faites à l’cquipage de -la corvette depuis -notre arrivée, et de tout ce qu’il, avoit dépensé pour assurer le ravitaillement du vaisseau, il ne voulut pas qu’il en fût question. Notre commissaire aux revues, M. Requin, étant allé, suivant la coutume, pour acquitter cette dette, revint m’annoncer cette générosité inouiè. En vain insistai- je par écrit, en adressant à D. Médinilla l’expression de notre vive reconnoissance et de mon étonnement; cet homme incomparable me répondit par une lettre touchante, où il s’excusoit sur la rareté des denrées, causée •par une sécheresse qui affligeort l’île depuis six mois,. de n’avoir pu faire autant qu'il l’eût désiré. Il y joignait les témoignages les plus aimables de l’intérêt que lui inspiroit l'expédition, de l’estime particulière qu’il vouloit bien m’accorder, et me remercioit en termes modestes de l’assurance que je lui donnois de rendre compte au ministre de la marine de France d’une conduite aussi généreuse et aussi mile à l’expédition de ï Litanie, conduite dont Son Excellence s'empresseroit sans doute d’instruire le gouvernement espagnol (1). C’est un besoin pour mon cœur de consigner ici ma profonde gratitude, et de renouveler, à -cet homme bienfaisant l'expression des sentimens affectueux que je lui ai voués pour la vie. On conviendra que ce n’est pas trop de faire le tourdu monde- pour trouver un M. Smith et- un D. Médinilla; ■ • .• .
(1 ) VUranit n’est pu- le seul bâtiment de guerre Ira oca ir qui, depuis tient, ait eu occasion de profiter de fa généreuse sollicitude de D. .Médinilla. Tous ces traits d‘un noble dévouement ayant été mis sous les yeux du Roi, Sa Majesté a daigné accorder à notre respectable anti la décoration de fa Légion d'honneur; cômnre un témoignage de reconnoi>saace nationale.