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LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement

Un des compagnons de ce célèbre navigateur, Pigafetta, a écrit la Il“» Marianne», relation du voyage ; et les détails dans lesquels il entre nous portent à Hinoire. croire que les seules îles qu’on aperçut alors furent Saypan, Tinian et >5*' (*“"*)• Ageigan (1).

L’amiral voulut s’arrêter quelques jours à la première de ces îles, dans l’intention d’y prendre des provisions fraîches; mais ri renonça à cette idée, à cause de l’importunité des insulaires , qui , étant venus à son bord, prenoient tout ce qui étoit à leur portée, vouloient serrer les voiles pour amener le navire à terre, et enfin se montroient sur le pont eh si grand nombre qu’il fallut se débarrasser par la force de tant d’incommodes visiteurs. Indignés de ce traitement, les Indiens attaquèrent les Espagnols à coups de pierres et de lances ; on fit feu sur eux , et l’on en tua quelquesuns. Cependant les vaisseaux de Magellan continuèrent à louvoyer dans le voisinagej et les naturels, malgré ce qui setoit passé, étant venus encore pour faire des échanges, parvinrent à enlever la chaloupe, amarrée à la poupe d’un des navires. Le commandant, irrité de cette audace ,' descendit à terre avec 40 hommes annés , et “fit mettre le feu aux habitations ei aux pirogues qu’on, trouva près de la plage : sept insulaires y périrent. La chaloupe fut reprise, et bientôt les vaisseaux dé Magellan s’éloignèrent. A leur départ, les insulaires les suivirent avec plus de cent pirogues pendant l'espace au moins d’une lieue. Ils s’approchoient des vaisseaux,- montroient du poisson en faisant semblant de vouloir le donner ; mais arrivés plus près , Us jetoient des pierres à l’équipage , et prenoient aussitôt la fuite. On fut obligé, pour s’en délivrer tout-à-fait, dépasser à pleines voiles sur leurs pirogues , mais ils les retournoient avec beaucoup d’adresse. . .

Le P. le Gobien, dans soit Histoire des Mariannes, affirme qu’alors ces insulaires ne connoissoient pas le feu. Jamais, selon lui, ils ne furent plus surpris que quand ils en virent pour la première fois à la descente de

{ 1 ) « Nous découvrîmes au Nord-Ouest* dit-il, une-petite Ile, et deux autres au Sud- » Ouest : U première est plu* grande et plus élevée qnp les deux autres, n.

il est évident que la latitude et la longitude que cet historien indique, de 12° N. et de 146° E. , ne méritent aucune confiance; la première est en défaut d’au moins 3% quantité si exorbitante, même pour cette époque, qu’fl est à présumer qu’il y a là erreur d’tmpresston.

Ilm Mariannn. Magellan sur leur ile, où l’on brûla une cinquantaine de maisons. « Hs.re- HisioifK gardèrent le feu, ajoute-t-il, comme un animal qui s’attachoit au bois et ijü (suite;. s’en nQUrriSSoit; s’e'tant brûlés, il n'osoient plus s’en approcher, de peurd’être mordus ou blessés par la violente respiration de ce terrible animal.» Raynal (t) a, sans examen, adopté cette anecdote fabuleuse, qui sert de texte à ses déclamations; et l’auteur de l’Histoire générale des voyages fait dire la meme chose à Pigafetta, qui pourtant n’en dit pas un mot.

Pour peu- qu’on se donne la peine d’examiner le fait , on demeurera convaincu de son invraisemblance. En effet, malgré l’assertion contraire de Raynal, il' se trouve aux Mariannes plusieurs volcans en activité : or, comment concevoir que des hommes qui naviguoient sans cesse de l’une à l’autre de ces îles, n’aient jamais vu de feu, lorsque les navigateurs qui passent dans le voisinage aperçoivent fort bien les flammes et la fumée qui sortent des cratères! Mais ce n’est pas tout : les insulaires chez qui on assure que le feu étoit inconnu, avoîent dans leurs langues, les mots feu , brûler , charbon , brais*, four, griller, bouillir, &c. , et fabriquoient , avant l’arrivée des Européens dans leurs îles, des poteries évidemment soumises a l’action du feu. Ces circonstances militent assez fortement, ce me semble, contre l’assertion dû P. le Gobien, pour faire croire qu’un auteur aussi estimable, qui d’ailleurs ne raconte pas la chose de visu, a été induit. en erreur.

ijj6. Ce . n’est que cinq ans après leur découverte que les Mariannes furent

visitées une seconde fois. L’Espagnol Loyasa parut en effet , le 4 septembre 1 526, en vue- de ces îles. 11 n’avoit pas encore jeté l’ancre que les insulaires s’avancèrent sur leurs pirogues , en lui offrant de l’eau dans des calebasses, du poisson et des fruits, pour lesquels ils ne vouloient recevoir que du fer. Pendant ces échanges , les Espagnols furent trèssurpris devoir venir à eux, d’une ile que la relation nomme Borta et dit être située vers l’extrémité Nord du groupe, un de leurs compatriotes, Gonçalo de Vigo. Cet homme leur apprit que ldi et deux autres matelots avoient quitté le vaiseau la Santa-Trinidad, lorsque Espinosa, un des capitaines de Magellan, revenant aux Moluques après avoir vainement

( » ) Histoire philosophique et politique.

LIVRE III.' — De Timor aux Mariannes inclusivement. \6n tenté de foire voile vers la Nouvelle-Espagne., s’étoit arrêté à une des îles les plus septentrionales de l’archipel des Mariannes; que , peu après, ses compagnons ayant été tués par les naturels, il- n'avoit lui- même évité la mort qu’en prenant la fuite. Cédant à ses prières , on le reçut à bord , et on lui pardonna sa désertion.

Loyosa resta devant les Mariannes jusqu’au 10 septembre, et y embarqua quelques provisions. Les indigènes, que l'historien du Voyage de Magellan peint avec des couleurs si défavorables, ne témoignèrent alors que des dispositions amicales. Les Espagnols en furent toutefois peu touchés ; car , avant de partir, ils attirèrent à bord onze insulaires, et les emmenèrent, dans le dessein de les mettre aux pompes. L’équipage et le vaisseau étoient , jl est vrai , dans une triste situation ; mais ce motif est-il assez puissant pour justifier un tel acte de barbarie!

Alvaro de Saavedra, parti, deux années après, de la Nouvelle-Espagne, et séparé par les vents de deux vaisseaux avec lesquels il. alloit de conserve, arriva à Goam le 6 janvier, et prit possession de tout l’archipel au nom du roi d’Espagne. Mais une prise de possession plus authentique eut lieu, le 25 janvier 15 65, par Miguel Lopez de Legaspi, lors de son trajet-d’ Acapulco aux Philippines. Les vaisseaux de ce dernier étoient encore à deux lieues des Mariannes, quand les naturels s’avancèrent vers lui daus leurs pirogues, répétant fréquemment le. nom de Gonçalo, cet Espagnol, déserteur de fa flotte de Magellan, qui, quarante ans auparavant, étoit reparti avec Loyosa; cependant ils se tinrent. à la distance d’un jet de pierre, tes plus hardis se bornant à venir à-la nage se saisir de couteaux , de ciseaux et d’autres objets placés sur une planche qu’on a voit mise à la mer. Les invitations répétées- des insulaires engagèrent d’abord les Espagnol» à s'approcher davantage de terre. Dos provisions leur furent offertes en échange du fer que ces . Indiens préféroient à toute autre chose; mais plusieurs vols auxquels ils se livrèrent ensuite, confirmèrent l’idée qu’avoit donnée d’eux Magellan.

Dans un conseil tenu par les religieux passagers et les principaux officiers de la flotte, le P. Urdaneta ouvrit l’avis de former un établissement dans ces îles : eiles pamissoient en effet fournir en abondance tout ce qui est nécessaire à la vie, et tes relations annuelles avec la Nouvelle-

lies Marianne*.

Histoire.

1526 (suite).

'JS*-

Histoire, i 565 (suite).

lin Marianne!. Espagne dévoient y être plus faciles qu'avec l'ile Luçon. Legaspi rejeta cet avis comme contraire aux ordres du roi , qui lui enjoignoiejit positivement d’aller, sans s’arrêter, aux Philippines.

Malgré la défense formelle du commandant de toucher aux arbres, aux cultures , d’aller à terre et même de trafiquer avec les insulaires sans sa permission , on ne put éviter plusieurs querelles entre ceux-ci et les matelots. Les vaisseaux étoient prêts à mettre sous voile, quand au retour d’unç embarcation envoyée pour faire aiguade, on s’aperçut qu’un matelot avoit.été laissé à terre; on alla sur-le-champ à sa recherche, mais on ne trouva que son cadavre. Aussitôt , cent soldats armés descendent sur la plage pour venger ce meurtre. Les Espagnols s’avancent vers un village situé à une .lieue de la mer ; les maisons étant désertes, iis reviennent sur leurs pas, mettent le feu à quelques pirogues, s’embarquent ensuite comme s’ils avoient l'intention de s’éloigner, mais laissent- réellement un détachement embusqué parmi les arbres : trompés par cette ruse, les habitans descendent des collines, mais sont bientôt obligés de reprendre la fuite pour se soustraire à la mousqueterie des Espagnols. ■< En sorte, dit le narrateur, qu’on ne put obtenir toute la ■» satisfaction désirée, quoique plusieurs indigènes eussent été tués ou » blessés à coups d’arquebuse, que d’autres eussent été faits prisonniers , » et que, sur la place où le meurtre avoit.été commis, on eût pendu •> trois insulaires déjà blessés mortellement. ■> Le, commandant ordonna de brûler en outre toutes les maisons et toutes les pirogues qui se trouvoient-sur les plages, voisines.

■ Dix-sept ans après cette expédition de Legaspi, Francisco Galii, parti cf Acapulco, relâcha aux Mariannes, pour de là se rendre aux Philippines. Thomas. Cavendish s’en approcha lui-même en janvier 1588. Des pirogues , chargées de végétaux et de fruits, sortirent de Geam et échangèrent avec lui ces denrées contre des morceaux de fer. Les insulaires suivirent les vaisseaux au large plus loin que ne l’auroit désiré le général ; car l’avidité qu'ils montrèrent lui fut tellement importune , qu’il les fit chasser à coups de canon.

Mendana vint aussi en vue de ces îles, en 159 6, et obtint des naturels quelques poissons et quelques fruits.

ijfii.

ij»6.

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