‹ Voyage Autour du MondeChapitre 37 sur 165 · suite · texte numérisé non relu

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Pleins de confiance dans leur nombre, deux mille Mariannais attaquèrent enfin , le 11 septembre, les retranchemens des Espagnols. Animés par Choco, qui combatroit à leur tète , ils soutinrent d'abord , sans se rebuter, la résistance des assiégés; depuis huit jouïs consécutifs ils renouveloienl leurs assauts sans pouvoir emporter la place , quand , effrayés des pertes nombreuses que ces combats à découvert leur faisoient éprouver, ils se ralentirent un instant pour chercher les moyens de se garantir de l'effet destructeur des armes à feu. A cet effet, Choco fit construire des espèces de grands boucliers emboîtés sur un socle mobile, à l’abri desquels ils pouvoient lancer leurs traits : mais ce qui déconcerta toutes leurs mesures, ce furent les sorties vigoureuses durant lesquelles les assiégés leur détruisoient beaucoup de monde. Persuadés par les makafinas que leurs antis les rendroient invulnérables, ils placèrent devant eux les tètes et les autres ossemens de leurs ancêtres , puis s'avancèrent avec une nouvelle ardeur; malheureusement, et à leur grande surprise, une décharge de mousqueterie vint leur prouver que de tels préservatifs éfoient impuissans pour arrêter les balles.

Tous ces avantages n'empêchoient pas la situation des Espagnols d’étre extrêmement critique. Enfermés par une palissade construite à la hâte, obligés de se tenir constamment sur pied pour résister aux assauts de nuit et de jour que leur livrait un ennemi actif et nombreux, il&étoient horriblement fatigués : leur courage cependant et leur constance se soutenaient encore! : •

• Un des principaux désirs des assiégeans étoit d’arriver à détruire l’église, renfermée dans les retranchemens; et c’est pour cela que de toute part ils lançoienf, quoique inutilement, des brandons enflammés. Ce que n’avoient pu accomplir leurs efforts réunis , un ouragan en vint à bout en un din d’œil : if renversa, non-seuiement i’église et la maison des missionnaires, mais encore toutes les maisons de l’île. Cet événement ranima les espérances de l'ennemi, et lui fit prendre la résolution de donner un assaut général; les Espagnols, toujours sur leurs gardes, les reçurent avec tant de résolution et tant d’ordre, qu'ils leur tuèrent un grand nombre d’hommes ; échec qui les détermina à envoyer dès le lendemain deux députés pour offrir leur soumission. Ces hommes étoient des créatures

Digitizcd b'y Confie

LIVRE III- — Pe Timor aux Marianne* inclusivement. 179 d'Horao, qui acceptèrent toutes tes conditions qu’on voulut leur près- lies Mariamm. crire, n’insistant que sur la mise en liberté de leur ami. Celte extrême Histoire, condescendance inspira des doutes au gouverneur sur la sincérité de leurs 1671 (,u'w)promesses, et, sans les pressantes sollicitations du P. Sanvitores, il eu» refusé de conclure sur-le-champ. En effet , ses pressenthnens ne le trompoient point; car à peine la paix étoit rétablie, qu'Horao se remit à la. tête de la conjuration et excita de nouveau ses compagnons à la révolte'.

On- ne tarda pas à voir reparoître une armée ennemie, non-seulement plus nombreuse qu’auparavant , mais encore animée de plus' de rage et de fureur. Résolus d’emporter le retranchement de vive force, les Mariannais continuèrent leur attaque pendant treize jours et jreize nuits, en.poussant des cris épouvantables. Les Espagnols ne pouvant qu’à peine résister au service continuel et pénible qu'il leur falloir faire, pensèrent devoir mettre fin à cette guerre par un coup d’éclat. Ils préparèrent en conséquence une sortie générale contre les assiégeans : elle fut si bien combinée et conduite avec tant d’intrépidité, qu’ils mirent l’ennemi 'en déroute, lui tuèrent beaucoup de monde , et le forcèrent enfin £ se soumettre. Dès le jour même, 21 octobre, un certain Kipoha, parent dn Mariannais de ce nom qui avoit si favorablement accueilli (es -Espagnols à leur arrivée, fut envoyé* pour écouter les conditions du vainqueur: elles furent modérées; la seule obligation à laquelle on voulut astreindre ses compatriotes, ce fut d’assister tous les dimanches et fêtes à la messe; ainsi qu'à l’explication de ia doctrine chrétienne, et d’envoyer exactement leurs enfirns au catéchisme.

La tranquillité ainsi rétablie, le P. Sanvitores travailla à réparer les maux causés par la guerre, à raffermir fa foi ébranlée, à exciter enfin, autant par son exemple que par ses exhortations , les autres religieux à redoubler d’activité et de zèle.

Le P. Lopez partit pour les îles Ageigan, Saypan et Tinian, qui • n’avoient pas été visitées depuis le martyre du P. Médina, et eut la satisfaction d’établir sans empêchement à Sonharom, capitale de cette derJ nière île, un séminaire de garçons, semblable à celui d’Agagna. Diverse* permutations eurent lieu entre les missionnaires pour la direction des nouvelles églises, et le P. Sanvitores continua à se réserver la paroisse de

IIm Marianne». Nigsihan, que la légèreté et la turbulence des habitaus rendoient la plus Hmoire. difficile à administrer.

1671 (suite). Qudi qu’il en fut, les Mariannais étoient plutôt comprimés par la force que retenus par la conviction. Humiliés d'avoir été vaincus , ils n’observoient que par nécessité les conditions du traité de paix, tandis que, sans cesse excités par Choco, Hwao et leurs makahnas, ils méditoient sour- 1 dement des projets de vengeance. Cinq mois se passèrent dans un calme

trompeur, jusqu’à ce qu’enfin de nouvelles circonstances vinrent faire encore éclater la révolte.

Diégo Bazan, jeune catéchiste attaché au village d'Apurgaan , où habitoit aussi Kipoha, médiateur de la dernière paix, voyant ce noble Mariannais, avec lequel il étoit lié, déshonorer la religion par son libertinage, lui en lit des reproches, et l’invita à marcher dans de meilleures voies. Malheureusement sous l’empire d'une passion trop forte pour écouter de telles représentations, celui-ci s'en offensa, et résolut de se défaire de l'ami qui n’étoit pour lui qu’un censeur incommode.

Les Mariannais célibataires a voient l’usage, ainsi que nous le dirons ailleurs, de se rassembler dans des maisons communes pour se livrer an plus honteux libertinage avec de jeunes filles qui s’y rendoient de leur côté , du consentement et souvent même d’après levexhortations de leurs mères : ces maisons, nommées goma alüào [maisons des célibataires], étoient jadis extrêmement répandues; il s’en trouvoit une alors très-renommée à Chechogo (pl. 59), village devenu la retraite d’un grand nombre de jeunes débauchés. C'est principalement à eux que s’adressa Kipoha, sûr de trouver là des exécuteurs zélés de ses criminels desseins : deux hommes »67»- allèrent en effet, le 3 1 mars 1672 , à la rencontre de Bazan; et après lui avoir parlé quelque temps avec amitié, ils saisirent l’instant où il y pensoit le moins pour le poignarder et le percer de leurs lances.

A la nouvelle de ce meurtre, le P. Sanvitores envoya sans delai aux autres missionnaires, des avis pour qu’ils se missent sur leurs gardes; et cependant plusieurs d’entre eux, tant à Chechoge qu’à Ipao, furent tués dans des embuscades avec une horrible cruauté. Pour lui, s’étant , mi* en route pour Temon le 1.“ avril, il y arriva le lendemain. Appre-

nant là qu’une fille venoit de naître, il s'empressa de se rendre à l’ha-

LIVRE IIL t— Dé. Timor aux Mariannes inclusivement. 181 bitation du père , nommé Matapang, qu’il avoit baptisé autrefois et guéri tin Marianne», d'une dangereuse blessure ; mais cet homme fougueux avoit abandonné Histoire, depuis une religion qui ne pouvoit être en harmonie avec ses passions. i«7*(t'"te}.

A la vuerdu vénérable prêtre , oubliant ses bienfaits, il ne chercha qu’à se défaire d’un témoin de son apostasie et d’un juge incommode; furieux , il l'accabla d'injures et de menaces, refusa d’écouter ses exhortations, et sortit pour engager Hirao, un de ses voisins, à seconder ses projets homicides. Quoique idolâtre, Hirao ne consentit pas sans difficulté à le suivre. En rentrant avec lui, Matapang s’aperçut qu’on venoit de baptiser sa fille, ce qui le mit si fort en colère, qu’il lança plusieurs traits aussitôt à Calangsor, Philippinois, compagnon du P. Sanvitores, qui s’offrit lè premier à ses regards et n’esquiva une aussi brusque attaque , que pour tomber sous les coups d’Hirao ; celui-ci l’abattit à ses pieds en le frappant de sa luitana ( t ). Les meurtriers s’élancèrent alors de concert sur le P. Sanvitores, qui, n’ayant à la main pour toute défense qu’un crucifix , se borna à le leur opposer ; sur le point d’être mortèllement frappé, • ^

il dit à Matapang : Que Dieu te fasse miséricorde! et tomba aussitôt sous la katana d'Hirao et la lance de Matapang. Ce dernier se jetant ensuite sur le cadavre, arracha le cilice dont il étoit couvert, écrasa entre deux pierres , en proférant d'abominables blasphèmes , un petit crucifix que le missionnaire portoit à son cou, s’empara d’un grand crucifix d'ivoire que, comme un nouveau Judas, il vendit dans la suite trente sacs de riz, et partagea enfin avec Hirao le reste des dépouilles. Ces vengeances n’assoùvirent pas leur rage : pour ravir à ces martyrs les honneurs de la sépulture, iis firent disparoitre attentivement jusqu’aux moindres traces du ' .

sang répandu sur le sol : et après avoir attaché de grosses pierres aux pieds- ; »

des deux cadavres, ils les mirent dans une pirogue, et, s'étant éloignés de la côte, les précipitèrent dans les flots.

Cependant les Chochogais, liés d'intérêt avec Matapang et Hirao, cherchèrent àanimer, par de nouveaux efforts, leurs compatriotes contre les Espagnols, dans la crainte que ceux-ci ne voulussent tirer vengeance des meurtres récemment commis. En peu de temps tous les peuples de

( I ) Sorte de casse-tête tranchant, en pierre.

Marianne*, la portion septentrionale de Goam , alors plus sauvages et plus indocile Hiiioire. que les autres, furent sous les armes ; ceux de la partie méridionale, plus 67* (lutta). (Joux et plus attachés aux missionnaires, résolurent de rester neutres et d’attendre l'événement, qui sans doute aurait pu être funeste aux Espagnols, si un. renfort ne leur fût arrivé.

Te galion qui alloit tous les ans de la Nouvelle-Espagne aux Philippines , jeta heureusement l’ancre , le 1 mai , au port iKOmata, et laissa aux colonies un renfort de soldats et de munitions; ce. qui n’empêcha pas cependant que des rixes n’eussent lieu encore entre les nouveaux venus et les insulaires; la mort d’un Mariannais et d’une jeune fille , qui fut la suite d’une de ces rixes , excita dans le pays un grand mécontentement. Pour se mettre à l’abri des tentatives des naturels , qui avoient couru aux armes, le gouverneur résolût de bâtir un fort à Agagna; il en poussa les travaux avec activité : mais quelques uns des travailleurs étant allés chercher du bois sur une montagne voisine, tombèrent dans une embuscade, et ne parvinrent qu'avec peine à s’en dégager. ,

Ce commencement d'hostilités détermina D. Juan de Santiago à intimider les coupables par quelque coup hardi. Accompagné de vingt soldats, il se porta à Tomon , lieu près duquel , ainsi que nous l'avons dit , le P. Sanvitores avoit reçu le martyre : tous les habitans avoient foi à son approche; il se contenta d’y brûler une douzaine de maisons, dont celle de Matapang faisoit partie. Deux routes conduisoient alors d’Agagna à Totnion : pour se venger de l’incendie de leurs maisons, les insulaires imaginèrent d’emharrâsser. l'un de ces chemins avec des abattis d’arbres , et semèrent dans l’autre, plus voisin. du rivage, une multitude de pointes d'os empoisonpés. D. Juan ne tarda pas à s'apercevoir- du piège, et , pour l’éviter, il ordonna à ses gens d’entrer dans l’eau jusqu'au génou, et de marcher ainsi dans la mer en prolongeant la.côte. Un peu déconcertés par cette tactique, les Tomunais se bornèrent à harceler les Espagnols de dessus les hauteurs; de son côté, Matapang eut la hardiesse de s'avancer vers ceux-ci dans sa pirogue , en les narguant par des chants outrageux : une première décharge de mousqueterie ne l'atteignit point; mais ayant voulu par bravade s'approcher plus près encore, une balle lui perça le bras. Les Espagnols continuèrent leur retraite, malgré les efforts et les

LIVRE III. — De Timor aux Mariantes inccusivement. 183 rases Je l’ennemi : néanmoins Ils eurent quelques-uns Jes leurs de blessés; Ile» Marium». le gouverneur le fut légèrement, et trois de ses soldats moururent de la Hiuoire. suite des coups qu’ils avoient reçus. Anigaa, Assan et Tépangan, villages qui seraient ligués pour intercepter la marche des Espagnols, voyant leurs tentatives sans succès, vinrent, le 18 mai, implorer leur pardon et demander la paix : elle fut accordée, à condition qu’ils détruiraient chez eux les maisons des tilitaos.

Cette paix né fut que partielle, et l’esprit de rébellion continua de régner avec force chez un grand nombre d’habitans. Ces derniers , à la vérité, comprimés par la crainte des armes i feu, avoient cessé leurs attaques directes ; mais ils tenoienr les Espagnols investis , pour ainsi dire, dans Agagna, et, remplissant les environs de pièges et d’embuscades, gênoieht beaucoup les communications des missionnaires.

Tant d’obstacles ne ralentirent pas le zèle pieux du nouveau supérieur de la mission, le P. Solano. Animé par la reconnoissance qu’il croyoit devoir à la mémoire de Kipeha, le premier insulaire qui s’étoit déclaré l’ami des ministres de la foi, il entreprit, mais sans succès, de ramener au bercail un de ses descendans, qui, baptisé et marié selon les rites de î’église, -avoit abandonné sa femme pour vivre avec une concubine. Une maladie mortelle vint surprendre le. digne P. Solano au milieu de ses travaux apostoliques , et il y succomba le 1 3 juin , malgré tous les secours qui lui furent prodigués, laissant la direction spirituelle de la colonie au P. Esquerra.

Bravant l’espèce de blocus auquel on étoit soumis, le nouveau supérieur voulut aller fonder un établissement à Ffflgna ( 1 ), bourgade située à côté d’un rocher fameux par la superstition des insulaires. Les naturels «

acceptèrent avec joie cette proposition; et un terrain ayant été aussitôt désigné, ils se mirent à l’ouvrage pour aider à la construction d’une église.

Sur la demande qu’en avoit faite le P. Sanvitores, en 1 669 , la reine d'Espagne venoit enfin d’autoriser la fondation, sous son patronage, de deux séminaires aux Mariannes, et d’envoyer ordre au vice-roi de la

( i ) Le nom de Fegna, rocher situé près des bords de la mer, dans les environs des tles Peiadgi, au Nord-Ouest d’Agat, n’a pas été écrit sur notre carte (pl. 59), parce qu’il nous reste encore quelques doutes sur son gisement exact. ( Voytz le S !.•' du chapitre suivant.)

j les Marianne». Nouvelle-Espagne de faire parvenir à Geam un corps armé de 200 Phi- Histoire. lippinois, un petit vaisseau pour faciliter les communications d'une île à •671 (suite), ('autre , et généralement tout ce qui pouvoit être utile à la mission. Ces ordres furent transmis au gouverneur des Philippines, qui, sous divers prétextes, refusa les 200 Philippinois; mais ne pouvant se dispenser d’envoyer le vaisseau pour lequel il avoit reçu des fonds, il se contenta de fournir une chaloupe non pontée , sans mâts et sans voiles , aussi Incommode que peu convenable au service pour lequel elle étoit destinée. i6tj Ce léger secours arriva le 22 mai 1673 sur le navire U Sant- Antonio ,

à bord duquel D. Durand de Montfort se trouvoit comme passager : ce général fit aux missionnaires un cadeau précieux en leur laissant un cheval pour la commodité de leurs voyages. La surprise que causa l’arrivée de cet animal s’étendit à toutes les îles ; de toute part les insulaires accoururent pour le voir; la grandeur et la noblesse de sa taille, son hennissement, ses bonds subits, ses ruades et sa vitesse à la course, excitèrent en eux l’admiration et la terreur. Prenant son mors pour sa nourriture , ils ne pouvoient comprendre qu’il mâchât et digérât du fer. Plusieurs s’en approchoient , lui parioient comme s’il eût pu les comprendre, le flattoient, et lui faisoient des présens de cocos et d’autres fruits pour qu’il leur permît d'arracher quelques crins de sa longue queue : c’étoit un ornement que les alitaos sur -tout recherchoient pour parer leurs tiiuts ( 1 ), bâtons peints et garnis par le haut de filamens de plantes et de rubans en feuilles de palmier, analogues au phallus de l’antique paganisme, et qu’Hs portoient dans leurs fêtes comme un symbole de leurs débauches.

Fatigués d’être toujours sur leurs gardes pour surprendre les Espagnols ou se défendre de leurs attaques, les insulaires dissidens vinrent d’euxmêmes offrir leur soumission, apportant, non des écailles de tortues , selon leur usage, mois leurs enfans, qu’ils prièrent les missionnaires de baptiser. Les conditions qu’on leur imposa furent simples et faciles à suivre, et l’on vit enfin la tranquillité renaître dans ce beau pays. Le P. Esquerra et les autres missionnaires profitèrent de ces momens de paix pour travailler

( 1 ) Le P. le Cobien du limas ou plutôt imnas, mot qui offre une idée toute différente.

LIVRE III. — De' Timor aux Mariannes inclusivement, i 85 à ramener dans le sein de legifse plusieurs néophytes qui , encore mal ai- Ilw Marwmw». fermis dans là foi, s'ctoient laisses aller aux sollicitations des idolâtres ; à Histoire, encourager ceux qui y avoient résisté; baptiser les enfans, enfin visiter l’île Goam dans ses divers quartiers, pour y abolir les usages superstitieux et les remplacer par de saintes, pratiques.

. Au commencement de l'année 1674» le P. Esquerra alla' visiter la >674. • nouvelle mission de Fagna et le village d'Han (i) , pour y développer et y expliquer ia doctrine chrétienne. A son retour, il rencontra. Je 1 février, une femme dans un état déplorable, qui, souffrant depuis plusieurs jours les douleurs de l’enfantement, «toit sur le point de périr; cette infortunée lui demanda le sacrement da l’extrême onction : il aHoh- le lui administrer, lorsque quatre Mpriannais s'y opposèrent-, persuadés que l’huile sainte ôtoit ia vie, Esquerra voulut leur prouver le contraire; mais sans l’éçôuter, ils appelèrent leurs amis et fondirent ensemble sur le missionnaire et les six catéchistes qui l'acconipagnoient. Deux de ces derniers tombèrent bientôt sous les coups de la multitude accourue aux cris ; deux autres prirent la fuite : poursuivis par les insulaires, l’un de ceux-ci ne tarda pas à devenir aussi une de leurs victimes ; l'autre , Francisco Gonçalez, se cacha dans les broussailles, et l'on ne put le découvrir. Le P.

Esquerra , ainsi que les deux compagnons qui restaient près de lui , voyant approcher, l'instant du martyre , se préparèrent à ia: mort , et ne tardèrent pas à . être accablés sous une grêle de pierres et de traits. Pendant que les furieux s’achamoient sur le corps du vénérable ecclésiastique., la dernière personne qui i'accompagnoit se sauva dans fes montagnes voisines; mais les meurtriers s’en étant aperçus, sp mirent àsa poursuite, et la traquèrent bientôt. comme une bête; fauve.

Après avoir traversé d'affreux précipices , et parcouru un espace de deux lieues, Francisco Gonçatez , se croyant fan sûreté, se rapprocha du, rivage.; ■ malheureusement 11 y rencontra un des meurtriers, qui; i’ayant aperçu, le frappa de ses armes et le laissa pour mort. Horriblement blessé, Gonçalez eut cependant encore assez de force pour se traîner jusqu'à un village ami - là il reçut les premiers secours , et , *

' (1) Village situé SU Norè, et à an mille reglement é’©mat a., ( Voy.

Voyage Je l' Uranie. — Hiitoriquc. T- II.

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Hixoirei iSjt («H*)-

1 8<î VOYAGE AUTOUR DU MONDE. *

après quelques iustans de repos, il fut conduit & A gagna , où iL raconta cette triste aventure. .• .. . . * '

La perte d u n aussi infatigable «1 /clé directeur fut vivement sentie par les missionnaires. Ils espéraient a la vérité de recevoir bientôt quelques secours; mais , le 6 juin , le vaisseau Natstra Sehora dit Buta Sotorro, qpi les apportent, étant parvenu en vue d'Agagita, n’eut pas plutôt envoyé sa chaloupe à terre avec une .petite partie des objets dotu ii éloit chargé., qtMHMSejDt violent l'entraîna loin des Mariannes , et le força de continuer sa route vers les Philippines. Ainsi fut emmené. bien malgré lui Je- P. Baril io, qui, devenu supérieur -de la mission à 1» mort du B.(Est|tterra , s’étoit rendu a bord pouç recevoir les ecclésiastiques qui venoient d’arriver. Ce conire-lemps.. laissai a G coin les bons pères dans une disette extrême de bien des choses indispensables aux besoins de- la vie. .

Cependant iis s'estimèrent heureux que le capitaine D. Damian de Esplana, le nouveau gouverneur, eut pu descendre à terre. Cet officier actif et vefaweux se mit a la tète «les soldats ; et pour les tirer de l’oisiveté dans laquelle il craignoh de les voir croupir, il les occupa au défrichement d'une forêt, voisine, où les Mariamiais, en temps de guerre, venoient souvent s’embusquer. Ceux-ci , inquiets d’une opération doue ils ne.devj noient .pas le but , et poussés peut-être aussi par leur inconstance et leur légèreté ordinaires, parurent s'ennuyer de fa paix ,• et. recommencèrent à dresser des embûches aux Espagnols. D. Damian après avoir inutilement fait sommer les dé&nquans d'observer les traités f prjt la- r.é solution de les intimider par ia destruction coqiplète,de--CJhafif«p|t4jv presque inaccessible, sù.Mretttoient tou» les débauchés eties séditieux de Guvtm. Il partit, eu conséquence, d’Agaguadaos la nuit du 3.6. jujtiet , avec une troupe de 30 hommes choisis. Après mie marche laborieuse, se» gens et lui entrèrent dan» le seui.défilé qui pût conduire à ce v 1 liage , et qoe dominent de tous cotés des hauteur»donti’eitneiBiVdl0i*4NapaFéa4-pêilK s’y furent-ils engagés, qu’on lés assaillit d'une grêlç de traits et de pierres, à laquelle ils répondirent par une décharge dot anunaqueteàe ; mais le* soldats tirant de bas en. hauts et combattant d’ailfeurs clans un ■»]<“* resserre où ils se gênoient les uns le» autres,- ne savoient comment se dérober aux coups qui tomboienl constamment sur eux, quand le P. Alonzo

LIVRE RI. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 187 Lopès , après avoir imploré lr secours du ciel , les excita par son exemple à gravir les rochers. Effrayés autant que surpris de cette résolution intrépide, les barbares prirent ta fuite, et abandonnèrent Chochog» -aux ns «aiilans, qui le rcdulsirent en cendres.

Revenu à Agagna , et sans laisser aux Mariannais te temps de se reconnoitre. D. Damian lit une’excursion du côte de Fogna, .où l'esprit de révolte- commençoit à fermenter encore : il brûla quelques villages mutinés qui aVoient refusé’de se- soumettre; dans le nombre on compta ceux de Felopo, Saga, Sidia, Hati, et deux antres de moindre importance des environ*. Abattus par cesexécutlcbs cruelles, mais qu’on jugeort necessaires', portés d’ailleurs à la soumission par Agearin, un de leurs chef», et l'un des plus nobles et' des plus fidèles amis des Espagnol», ils demandèrent et obtinrent de nouveau la,paix. Elle fut consacrée à établir à Agagna deux nouvelles écoles pour les enlans des deux sexes, à finir une église commencée à Ritidian, et à en construire une nouvelle à Taragay.

Ces établissemens propagèrent la foi -dans ia partie septentrionale dé l'île, plus rapidement qu'on n 'avoit eu lieu de l’espérer; le zèle religieux s’alluma même à un tel point dans les bourgades de Ritidian et de Taragav, qu'il v eut des-défis à qui répondrait ie mieux, dans des conférences publiques , sur des matières religieuses : ces conférences avoient iieu alternativement dans l'un de ces villages où se rendoient.processionnellement, en chantant des cantiques et couronnés de fleurs-, les garçons et les filles de l'autre village.-Les missionnaires, juges de cette lutte mystique , décernoient les prix à ceux qui avoient le mieux répondu. Ces exercices., et l’espèce de pompe dont on avoit soin de les entourer, attirèrent tant de monde, et rallumèrent tellement l'amour de la religion dans- cette portion de l’île, qu’on résolut d’en établir de semblables dans les autres paroisses.

D. Damian de Esplana, a qui onétoit redevable de ces succès, ne put, à cotise d'une nouvelle sédition dotjt Gaam fut encore le théâtre, continuer l'exécution du projet qu'il avoit formé de passer aux autres lies.

Le* Chocfiogaist et quelqnes villages des montagnes voisines, complotèrent de massacrer tes religieux et - le peu d’Espagnols qui dévoient rester après le départ du gouverneur. Malheureusement pour les rebelles, ce projet fut découvert par des avis secrets, et sur-tout par ie meurtre

Ai*

i tes Marianne».

Histoire.

1674 (suite).

Histoire.

167$ (sufc#).

11»S Marunnft. trop précipité qiüis firent d'un' chrétien mariannais qui s'étoit toujours montré ami des Espagnols. On marcha contre les conjures 1 et l’un de leurs principaux -chefs ayant été rué à la première décharge , le reste prit la fuite, et abandonna* aux Espagnols un poste qui eût été imprenable s’il eût été bien détendu. Plusieurs autres séditieux turent arrêtés et punis; en sorte que rien. 11e s'opposa à ce que l’on conclût une paix solide avec cet montagnards, qui jusqu'alors s'etoient montrés si indociles et si opposés aux missionnaires. • . 4» .•*’

. > Ces - succès , en multipliant le nombre des fidèle», forcèrent aussi A bâtir de» églises plus vastes; à Ritidian, on établit même des séminaires pour l’instruction de la jeunesse, et l’on en confia la direction A trois missionnaires nouvellement arrivés à (dmata, avec le supérieur de la mission et un renlort de 20 soldats, jjur le galion le Seuitelmo. -

Peu s'en fallut que des établissemens si brillons ne fussent détruits dès leur naissance parles «litaos. En efièt, vers la fin de 1675 , douze de ces libertins s'introduisirent dans Je séminaire des filles de Ritidian, et y commirent les plus grands excès. Le frère Dias, qui en étoit le directeur, instruit de.ee scandale/ se transporta. sur les lieux avec le sous- UeutenatuD.Isidoro de Léon; mais, loin de pouvoir ramener les coupables à la raison., ils furent l'un et l'autre massacrés par eux. Dans leur délire, les alitaos courent à l'église, la dévastent, en pillent et en emportent les qmemens et les vases sacrés, ment un Espagnol qui vouloit leur résister, et mettent le comble à leurs crimes par l'incendie de l’église, du presbytère, et de» deux séminaires de ce village. Les habitans de Taragay, guidé» par le fidèle Monsongsog , accoururent à Ritidian à dessein de se saisir des coupables, et de les punir de leur sacrilège; mais ceux-ci s’étoient liâtes de partir pour l’îie Rota, asile nouveau de tous les rebelles. < A ces troubles, qui réveillèrent parmi les naturels l’esprit d’insurrection et-de désordre, se joignit ta triste situation des missionnaires eux-mêmes, privés des choses les plus utiles à ta vie. Leur supérieur, Antonio Mafia de San-Bazilio, se vit obligé de faire un marché avec Je G siamois Kémado , pour qu'il lui fournît une certaine quantité de nika, sorte d'igname qui se mange ici en guise.de pain. Ne le voyant pas arriver au jour marqué, quoiqu’il en eût payé d'avance le prix , il serendit , Je 5 janvier

H moire.

1676 (suite).

LIVRE III. . — De Timor aux .Mawannes inclusivement. 189 1676, au village d'topi , où demeurort «jet homme, et y passa la nuit. Ue.Xurimne». Le lendemain Kémado , avec une insigne mauvaise loi , apporta des racine» à demi gâtées; et -comme le P. Ëazilio , apres lui en avoir lait l’observation , se baissoit pour les compter, le perfide Mariannais l'assomma sur la place. Les chrétiens les plu» zélés de Taragay accoururent encore pour veltger ce meurtre; -mais Ücinado ayant pris la fuite, ils se contentèrent de- brûler sa maison et d'emporter le corps du missionnaire, pour luirendre les honneurs de la sépulture.

• Ces tristes évcnemens, au commencement de l'année, furent comme l’annonce des contrariété» qui suivirent. -En effet , les insulaires, devenus de jour en jour plus entrcprenans , insultaient les missionnaires , et en blessèrent quelques-uns ; le petit navire enfui qui servoit à contenir les Mariannais du Nord dans le respect, étant en mer avec le.P. Gayozo et une partie de la garnison, fut emporté par un coup de vent jusqu’aux Phi-, tippines , où il se brisa, Le gouverneur de Goam , alarmé de la fâcheuse situation des choses , et craignant de ne pouvoir , avec le peu de soldats qui lui restaient , -faire face aux attaques, dont on était journellement menacé, desiroit vivement l'arrivée de son successeur : elle eut lieu le 10 juin suivant, sur un navire -d’Acapulco aux ordres, du capitaine D. Antonio Nietta, qui laissa en outre-aux Mariannes un loi bit renfort de 14 soldats. D. Francisco d’irrisari y Vivar , investi du suprême commandement , ne manquent pas d’expérience ; mais , n’ayant point assez- de fermeté ,■ loin de relever les atiaires des Espagnols , il ne fit souvent qu’enhardir les rebelles par. sa douceur et ses menagemens.

Dans le dessein de mieux faire sentir aux naturels l’importance • du sacrement de mariage, les missionnaires eurent l’idée de célébrer à Oroté, avec toux l’appareil possible, l’union d’un Espagnol et d-’une fille chrétienne de ce.village. Mais au.moment convenu pour la solennité, ie père de la future vint y mettre des entraves par une opposition opiniâtre. Il sétoit engagé,- selon la coutume, à vendre aux olitaos les prémices de cette jeune personne. Le P. Sébastian de Mauroy, pensant qu’il regrettoit le prix de ce honteux marché , lui offrit un dédommagement capable Je contenter son avarice ; rien ne put lui faire entendre raison ; exaspéré même par les contrariétés qu’on lui faijoit éprouver , et soutenu de

Ile* Marianne*-

Histoire, i 676 (suite).

quelques amis, il tenta de se porter aux derniers excès contre le- missionnaire et le futur époux : mais le gouverneur , de retour d’une expédition , arriva à temps pour rétablir ta tranquillité ; les habitans témoigjiorent même aux Espagnols des dispositions pacifiques., quand un soldat qui s'étoit un peu écarté de ses camarades ( ayant , été tué par quelques récaicitrans, le gouverneur en fut si courroucé qu'il fit pendre aussitôt le père de la mariée. Ce châtiment irrita-vivement les naturels: Agoario, l'un de leurs chefs les plus considérables, poussé par l'esprit de vengeance , forma -une ligue dans laquelle entrèrent les . villages de Talisay, Oroté, Sumaye , Agofen , Pogna et Tépongan, et dont le but était de massacrer les Espagnols , et de s'affranchir de leur joug.

Le 20 août, jour de S-.u Rose, patrone de la paroisse de Tépongan , les conjurés «e rendirent en grand- nombre dans ce- village ; on n’en •conçut d'abord aucune inquiétude , puisque-les fêtes de ee genre attiroient toujours un concours considérable d’insulaires. Agoarin cependant avoit recommandé à ses affidés d'agir -avec beaucoup -de dissimulation ér de prudence; et même d’assister avec -un respect apparent aux exercices religieux, jusqu'à cé- qu’ils reçussent d’un chef aposté à cet effet le signal d’agir : craignant néanmoins que les Espagnol» ne fussent trop nombreux à Tépongan, il- imagina de détacher quelques personnes pour aller incendier l'église et les deux séminaires d'Hiiahan (1), Ainsi qu’il l'avoit prévu , la plupart des soldats de ia garnison coururent au feu. : croyant dôs-lors la forteresse d’Agagna abandonnée, fl-s’avança pour s'en rendre maitre; heureusement ia ferme contenance du peu d’hommes qui y- étoioni restés l’obligea de se retirer Ces deux événemens donnèrent i’éveil au gouverneur, et lui firent craindre que les Mariannais'qui s’étoient réunis, sa foule à Tépongan n'euisent des projets hostiles r U s’yrendit, -etL-eonsé? quence , avec une escorte respectable, : sa prétenae inopinée imposa Jan conjurés, sans leur faire abandonner leurs projets, • --•*»-•. * -1*

Peu dé temps après , le- P. Sébastian de Mauroy, et les soldats qui-ré-

( 1) Le (iobieq dit Ajrran et non pas Hilahan , ce qoi je pensp psi k tort. Au reste , par le dyingement, qui est familier aux Ma ruina es , de r en l, le premier de ces mots deviendroit Aylan , et ne differeroit plus alors de^ l'autre que par une nuance de pronondation dont on y voit de fréquens exemples.’ « ,* J • • / • ‘ r* » ^

LIVRE III. Dfi Timqk aux Mari annes incvwivement. ipi sidoienl avec loi au village de Somaye ( 1 ) , ayant etc' vivement- assaillis Iles Maritnoes. par les barbares , cherchèrent, pour leur sûreté, à se replier.sur Agagna: Histoire,

la multitude les enveloppa au sortir-de ce village; mab, repoussée d'abord ,<>r6 (,a,leIpar une décharge de inousqueterie, elle eut recours à la trahison. Chéref,

Mariannais puissant , qui s’etoit montré jusqu’à lors dévoué aux Espagnols , sort des rangs, adresse des reproches à ses compatriotes, et persuade au missionnaire , avec de feintes démonstrations d’amitié , de se laisser conduire par mer à Agagnn : mais le perfide Gaamois n’a pas plutôt reçu dans sa pirogue le P. de Mauroy et ses sept compagnons, qu'il s’éloigne un peu du rivage-, fait chavirer sa barque, et armé d’un mousquet dont il s’étoit emparé, cherche à assommer les malheureux Européensqui, ayant leurs fusils et leur poudre mouillés , restoient absolument sans de'fense : vainement tâchèrent-ils de sauver leur vie en regagnant le rivage; de nombreux insulaires qui s’yvtrouvoient les massacrèrent avec la dernière barbarie ( 1 ) ; puis, afin que rien ne manquât -a leur féroce triomphe, ils retournèrent à Orotc -en poussant des cris de victoire , et y détruisirent l’église et les deux séminaires.que les missionnaires y avoiènt établis.

Agearin et ses partisans s’empressèrent de répandre la nouvelle de cet événement; il parcourut lui-même toute file pour exciter la population à frapper le coup décisif: Plusieurs chais cependant réinsèrent de prendre part & la révolte •: mab nul ne se montre, plus fidèle à la foi jurée que D. Antonio Ayihi, qui, ies armes à de main, empêcha les séditieux de passer sur son territoire t ce respectable Mariannais donna souvent cotvnoissanceaox gouverneurs de» moùvetnensde ces 'hommes exaltés, et fournit, autant qu'ii fut -en lui, des vivres à la garnison espagnole. Averti qu’AgMrin méditoit une attaque contre la forteresse d’ Agagna, D. Jrrisâri en fit réparer et consolider l’enceinte : cette mesure ralentit l’ardeur du premier corps ennemi qui parut devant ta place ; if attendit dans l’inaction i'«srhréa dlAgBarin,-q«ii s y montra en personne, le 15 octobre, avec son r. arasée. L'attaque commença pat- une grêle de pierres et de traits; mai*

(1) -Sut la presqu’île Orotc. . .

(2) Le* Espagnole plantèrent, Peu ée temps après, -une croix au lieu de ce massacre; et

une forteresse ayant été bâtie plus tard sur le meme théâtre , on lui .donna par ce motif lu nom de Sania-Cntz. .t . , . , . .i ,

Ilei Marianner. les assiégé» ayant choisi un instant favorable, firent une sortie qui obligea Histoire. Jes insulaires à prendre la fuite : ralliés par Agoarin, ils reparurent le 1676 (suite), jour -suivant. I.e gouverneur, qui vouloir les surprendre , ordonna à ses gens* de rester immobiles et sans foire de bruit derrière les batteries : ce profond silence déconcerta les assailians, qui, redoutant de donner dans un piège, se retirèrent sans rien entreprendre. Agoarin envoyai la nuit uo détachement de ses gens, dont quelques-uns eurent assez d’audace pour’escalader les retranchemens : ils y virent les sentinelles endormies; mais au lieu de foire main-basse sur elles, et d'avertir au plus vite leurs compagnons, ils se bornèrent à arracher quelques, pieux des palissades, qu’ils emportèrent comme des trophées de leur- bravoure , laissant ainsi aux Espagnols le temps Je. réparer je foible dégât causé par Leur négligence, et de se mettre mieux en garde.

Agnarin, jugeant que le moment opportun d’agir avoit été manqué, prit le parti d’attendre de nouveaux renforts, et, bloquant ainsi les Espagnols ,' de les réduire par la famine, s’il me pouvoit les vaincre par là force. Enfin , après six mois de persévérance-, les insurgés mariannais , convaincus de l'impuissance de leurs efforts et découragés par les échecs journaliers qu’ils essuyoient , se décidèrent à battre en retraite. D. Irrisari pensa sérieusement alors' à consolider ses moyens de défense; il voulut mfme qu’on travaillât sans relâche à reconstruire en pierre l’église d'Agagna, ainsi que les principales maisons de la ville, afin qu'à l'avenir on put y ■vivre avec plus de sécurité. - - . • • ...

,6,8. Le 18 juin i6j9, D. Juan de Vargas Hurtado, qui alloit du Mexique

aux Philippines pour en prendre le gouvernement-, toucha aXsam , et y laissa, par ordre du roi, trente- nouveaux soldats, et pour gouverneur D. Juan de Salas. Celui-ci, voulant, sans perd re-de temps, marcher à la poursuite des rebelles , partit d’Agagna le 37 juin, et se dirigea .d'abord ,3 vers Taragay, dont il châtia les habitans; portant ensuite, ses forces sur ApAt®, où croit la demeure d'Agoarin, il saccagea et brûla encore cette bourgade, malgré Içs efforts des mutins qui s’y étoiènt retirés : bientôt après, les villages de Fegna, Tipalao, O roté, Sramaye, Talefoc , Agfayan,

• Paikpwk et •J’arofofo , ainsi qu’un petit nonfbre d’autres de moindre importance, subirent le même sort.

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