‹ Voyage Autour du MondeChapitre 39 sur 165 · LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement · texte numérisé non relu

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement

A cet instant les rebelles , apprenant que le gouverneur n’a point succombé, éprouvent un sentiment de crainte : mais leur découragement est au comble , quand ils ne peuvent douter que Djoda a payé de sa vie le sang qu’il a versé par trahison. En effet, deux soldats espagnols avoient tout-à-coup abattu le meurtrier à côté de sa victime, qu’ils transportèrent ensuite dans la citadelle. Là, on s’occupa en toute hâte des moyens d’opposer une vigoureuse résistance; le danger paroissoit d’autant plus imminent, qu’on avoit reçu l’avis qu’un nombre considérable d’insulaires descendoient des montagnes et s’avançoient en armes vers la ville: mars bientôt l’espoir et la confiance redoublèrent , lorsqu’on sut que cette troupe étoit dirigée par le' major Hineti, fidèle Mariannais, qui, indigné de la conduite de ses compatriotes rebelles , accouroit à la défense des Espagnols.

A la mort de Djoda, un chef de Ritidian s’étoit mis à la tète des conjurés; ses premiers actes furent d’égorger un missionnaire, le P. de Angelis, et d’envoyer des émissaires à Rota pour faire soulever la population de cette île. Il s’avança ensuite avec un corps imposant de Goamois pour attaquer la forteresse. D. Hineti gardoit, il est vrai, les dehors, et défendoit l’église avec ses troupes ; mais ayant été obligé de se replier sous le canon de la forteresse, il eut bientôt le chagrin de voir brûler l’église, les deux séminaires., et la maison des missionnaires. Désespéré d'une telle perte, et soutenu d'un renfort de jeunes gens venus d’Anigoa, il parvint à battre l'ennemi et à le mettre en fuite. Les barbares revinrent plusieurs fois à ia charge, mais furent constamment vaincus et obligés de se retirer en désordre. Diverses tentatives qu’ils firent pour attirer D. Hineti dans leurs intérêts , ainsi que pour faire assassiner le gouverneur , 'n’eurent aucun succès. -

Cependant les Espagnols de Goam étoient fort inquiets sur le sort de Quiroga, quand le P. Strobach , désirant concourir à la défense commune, se chargea de porter à cet officier la lettre par laquelle le gouverneur lui peignoit les dangers de sa position, et le rappeloit auprès de lui. Ce courageux missionnaire ne s’attendoit pas à être tué à Senharom.dès son arrivée àTinian, non plus que. le P. Boranga, qui eut le même sort à Rpta , où tout étoit porté à la révolte. Soixante pirogues ,

Vo/agt de l' Uranie. — Historique. T. D. C C

Iles Marianne*.

Histoire.

1684 (suite).

Iles Mirâmes, s’étant rendues de cette dernière île à Gaam , y firent eourir le bruit de Histoire. la mort de Quiroga et de ses compagnons; cette nouvelle consterna le 1684 (suite), gouverneur et toute sa troupe, qui, se voyant pressés de tous côtés par un ennemi nombreux, et sans aucune espérance de secours, crurent que tout étoit perdu.

Quiroga vivoit à Saypàn dans une ignorance complète de ce qui se passoit ; mais il ne tarda pas à se trouver attaqué lui-même , et à voir le feu de l’insurrection couvrir tout le pays. Déjà , à Tinian , la corvette qui i’avoit apporté venoit d’être réduite en cendres , et les dix-huit hommes qui la montoient massacrés; deux autres personnes le furent aussi à Saypan : pour lui, poursuivi à l'improviste, il se vit obligé de se retirer dans une redoute avec trente-sept hommes seulement, presque sans vivres et sans munitions de guerre , tandis que les assaillant étoient au nombre de huit cents. Cette position, quoique critique, ne le découragea pas : il connoissoit le naturel des Mariannais , qui , insolens dès qu’ôn leur montrait de l’hésitation, se laissoient facilement intimider par une attitude 'audacieuse. Il jugea donc à propos de ne pas les attendre dans ses foibles retranchemens et d’aller à leur rencontre. Il ne tarda pas à les mettre en fuite; et , chose vraiment étonnante! durant toute cette suite d’actions longues et opiniâtres , aucun soldat espagnol ne fut même blessé.

Par une circonstance non moins heureuse qu’imprévue, une femme étant venue au camp de Quiroga pour y -vendre quelques rafraîchissemens , ce générai la fit arrêter, et' l’obligea de le conduire la nuit chez quelques chefs de file : s’étant emparé de cinq d’entre eux pendant leur sommeil, il. enjoignit à celui qui étoit le plus considérable de porter une lettre au gouverneur de Geam , déclarant à cet homme qu’il garderait jusqu’à son retour ses quatre amis en otage, et les ferait mourir s’il ne" lui apportoit pas une réponse à sa lettre. Ce moyen réussit , et le retour du Saypanais ayant appris à Quiroga la position critique dans laquelle se trouvoit D. Damian de Esplana, il profita de la paix que l’ennemi venoit d 'être forcé, de lui demander pour retourner à Gaam et voler au secours d’Agagna. S’étant mis en route pour s’y rendre le 2 1 novembre, lui et ses gens, après bien des difficultés, y débarquèrent le 23,

LIVRE III. « — De Timor aux Mariannes inclusivement. 203 et furent reçus de leurs compagnons avec une joie difficile à décrire. 4I« Mariannes.

Les troupes envoyées à la conquête des îles Gani n'eurent pas un Histoire, sort si heureux. Revenant à Saypan, les Mariannais qui avoient ia 1684 (suite), conduite des pirogues, et qui connoissoient les dispositions de leurs compatriotes , imaginèrent de faire chavirer ces embarcations toutes à-la-fois à un signal convenu. Sur vingt-cinq soldats espagnols , cinq ou six purent à peine se sauver à terre : le P. Commans parvint aussi à dérober sa vie aux. flots, mais ce ne fut que pour se la voir arracher, quelques mois plus tard , par les féroces insulaires de Saypan.

L’arrivée inattendue de Quiroga épouvanta tellement les rebelles, qu’ils 1 68 j.

abandonnèrent Agagna, et s’enfuirent de toute part dans leurs montagnes. Quiroga les y poursuivit , à dessein de les assujettir ou de les détruire; mais ils ne l'attendirent pas : un grand nombre émigrèrent dans les îles voisines , d'autres se retirèrent dans des cavernes d’un accès difficile , où l’on ne put de long -temps faire parvenir des paroles de paix.

L’insurrection , quoique privée ainsi d’un centre commun , étoit toujours flagrante sur plusieurs points de l'île, lorsque le capitaine John Eaton, chef de boucaniers, aborda à Guam. Les habitans crurent d’abord que son vaisseau étoit le galion qui se rend annuellement du jyiexique à Manille, et craignirent qu'apportant de nouvelles troupes, il ne fournit au gouverneur les moyens de les punir de leur révolte. Bientôt détrompés à cet égard, ils ne furent cependant pas traités avec moins de cruauté par les Anglais qu’ils n'eussent pu l’être par l’ennemi le plus acharné et le plus impitoyable; on en jugera par le récit même de Cowley, compagnon d’Eaton.

. « Le dimanche. 15 mars, dit-il (1), étant à l’ancre devant Goam , nous descendîmes à terre, et nous abattîmes des cocotiers pour en avoir plus facilement les fruits. Nous commerçâmes librement avec les Indiens jusqu'au 17- au matin, où quelques gens de l’équipage étant allés dans file basse à l’Ouest de Graam [file Daneono, pl. 59], furent assaillis à Coups.de. pierres et de lances. Les nôtres firent quelques décharges , tuèrent

( I ) Voyez Bunicy'» a Çknnegkal Hittçry , Ùi.X. H1 et IV.

ce*

io4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE,

ilw Marianne*, ou blessèrent plusieurs Indiens, mais n’eurent aucun mal. Deux jours Hiitoire. après , le gouverneur de l’île [D. Datnian de Esplana ] vint sur une pointe ift8; (mite), basse près du vaisseau, et envoya son embarcation avec une lettre pour notre commandant, écrite en différentes langues. Nous répondîmes en français que nous étions envoyés par des personnes de cette nation à la découverte de pays inconnus. Le messager revint peu après prier notre capitaine d’aller à terre, ce qu’il fit. II dit au gouverneur que ce n’étoit qu’en nous défendant que nous avions tué quelques Indiens : mais il nous donna la liberté de les tuer tous si nous le voulions ; nous reçûmes de lui en présent trente porcs , des légumes et des fruits , et nous lui donnâmes six petits canons et quelques barils de poudre.

" Nous emmenâmes à bord quatre de ces infidèles, les mains liées derrière les dos; mais à peine y étoient-ils que trois d’entre eux se jetèrent à la mer et- s’éloignèrent, en nageant les mains ainsi amarrées. L'embarcation les poursuivit, et nous pûmes nous convaincre qu'un homme fort n'étoit pas capable de pénétrer leur peau d’un premier coup de sabre. L'un d’eux reçut quarante coups de feu sur le corps avant de mourir, et le dernier des trois qui fut tué avoit nagé un bon mille de distance , ayant non-seulement les mains liées comme auparavant, mais encore les bras enchaînés. Alors nous fîmes la guerre à ces insulaires, et nous descendîmes chaque jour à terre, tirant sur tous ceux que nous apercevions, au point que la plupart abandonnèrent l’île. Ils envoyèrent deux de leurs chefs pour faire la paix, mais nous refusâmes de traiter avec eux.

» Peu après, comme on étoit allé à terre pour pêcher, des indiens qui se trouvoient près de là, parurent suspects à nos gens de l’embarcation, qui les tuèrent : un grand nombre de naturels accoururent de tout côté au secours de leurs compagnons; mais nous les saluâmes en faisant feu sur leur peau. >•

Il est difficile de ne pas être révolté par le détail de telles cruautés , et par le sang-froid avec lequel on les raconte ! •

Les excursions fréquentes , mais passagères , de quelques séditieux opiniâtres , étoient les moindres maux dont avoient alors à souffrir les colons espagnols. Autant D. Damian de Esplana avoit montré de crainte pendant le siège, autant il faisoit paroître d’orgueil depuis que la tranquillité

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 205 était à-peu-près rétablie. Jaloux de la gloire que Quiroga avoit acquise par ses importans services, et forcé de s’avouer qu’il lui devoit son propre salut , il crut se dégager de toute obligation en affectant de blâmer la conduite de cet officier; il contrarioit tous ses desseins, et le tournoit en ridicule, tant auprès des soldats qn’auprès des naturels : conduite déloyale et imprudente à-te-fois, qui, relâchant ainsi les liens de l’obéissance, préparoit l’événement qui faillit causer la ruine de la colonie.

Le 30 mars de l'année suivante, D. Damian, qui jusque-là n’avoit remplacé D. Antonio de Saravia que provisoirement , reçut du roi d’Espagne sa nomination de gouverneur, avec*le titre de capitaine général des Mariannes.

Le célèbre Dampier mouilla, le 21 mai, sur la côte occidentale de Gaam, où les naturels lui procurèrent divers rafraichissemens; mais le navire d’Acapulco étant venu peu après en vue de cette île, l'obligea, dans la crainte d’une attaque qui eût pu n’étre pas à son avantage , de reprendre promptement la mer.

D. Esplana quitta les Mariannes au commencement de 1688, et se rendit aux Philippines sous prétexte de rétablir sa santé, mais réellement , dit - on , pour mettre en sûreté l’argent qu’il avoit amassé , laissant le gouvernement par intérim de la colonie à D. Quiroga. Dès qu’il fut parti , l’esprit d’insubordination éclata parmi les soldats. Habitués depuis quelques années à une vie licencieuse , ils trouvèrent fort mauvais que Quiroga voulût les ramener aux lois sévères de la discipline; et passent bientôt des menaces à la révolte, ils prirent les armes, s’emparèrent de la citadelle, et y constituèrent Quiroga prisonnier. Tout ce que les missionnaires purent obtenir des mutins, fut qu’ils n’attenteroient pas à sa vie. La nouvelle de cette sédition se répandit sur-lechamp dans l’île : déjà les naturels concertoient entre eux les moyens de. ressaisir leur indépendance, et c’en éloit fait de la colonie, quand le principal moteur de la défection, touché par les remontrances des missionnaires, revint à résipiscence, et alla se jeter aux pieds de Quiroga, qui lui accorda son pardon : pour prouver la sincérité de son repentir, il travailla sur-le-champ à ramener à leur devoir ses camarades égarés. Le gouverneur , remis en liberté, fit arrêter le petit nombre de récalcitrans

lies Mariannes.

Histoire.

1685 (suite).

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Iles Mariann«. qui persistaient encore dans leur révolte; les plus coupables furent exé- Hîstoirt. cutés, et les autres renvoyés aux Philippines. • . ■

■ MS ()uii«). Dès que l’ordre eut été rétabli parmi les troupes, Quiroga se mit à * déployer sa vigilance et son habileté accoutumées , pour faire rentrer les Mariannais rurbulens dans le devoir, empêcher les chrétiens d’être troublés , et réparer les maux produits par la guerre. Ces>soins furent interrompus par l’arrivée du vaisseau annuel de la Nouvelle-Espagne , qui , avec un secours considérable d’hommes et d’effets , apporta dans l’île une épidémie terrible. C’étoit un rhume violent mêlé de fièvre et de flux de sang, qui se propagea par mie contagion tellement active, que personne n'en fut exempt. Les secours que les missionnaires prodiguèrent avec un zèle infatigable aux malades, diminuèrent l'intensité et la durée du mal, mais ne purent empêcher qu’il ne fit un nombre considérable de victimps.

1689. Depuis quelques années on n'avoit pu s’occuper des îles du Nord.

Quiroga , voyant la tranquillité régner à Goam sans entraves , reprit son projet de reconquérir ces îles, devenues la retraite des rebelles et un foyer permanent d’insurrection. Ii s’embarqua donc au mois de juillet avec ses meilleures troupes; mais ie temps devint tout-à-coup si mauvais, qu’il lui fallut remettre à une autre époque l'exécution de son entreprise. On ne fut pas plus heureux du côté du Midi dans la recherche de l’ile Carolina [Faroïlep], découverte en 1686 par Lascano; car ie Mariannais D. Alonzo Soon , qui était ailé pour établir des relations amicales avec les habitans, ne. put parvenir à la voir.. .

1690. D. Damian de Esplana revint des Philippines, en 1 6po, fort mécontent du.voyage qu'il y avoit fait : son absence des Mariannes sans autorisation spéciale, y fut considérés comme une. faute grave;. on le mit en prison, et il se vit obligé de dépenser, pour se tirer de ce mauvais pas, tout l’argent fruit de ses exactions et de ses rapines. Revenu à Goam avec le projet de se dédommager de tant de pertes , il ordonna la construction d'un vaisseau qui , armé ensuite aux frais de l’état, fut vendu pour son compte et envoyé aux Philippines avec un équipage de quatre-vingts soldats; affaiblissant ainsi la garnison pour satisfaire à une honteuse avarice.

Au mois de juin suivant * deux navires de la Nouvelle -Espagne, voulant entrer dans le port de Mérizo , se perdirent sur la petite île

LIVRE III. — De Timor au* Mariannes inclusivement. 207 Danéono , qui est à l'entrée , circonstance qui augmenta les forces coloniales d’un personnel de plus de cent hommes, er ajouta "au nombre des missionnaires une vingtaine de religieux franciscains. Ces naufragés eussent pu être, sans douté, utilement employés à poursuivre la conquête des îles du Nord; mais D. TDamian, excité par l’appât sordide du gain , préféra le» faire travailler pour son compte à la construction d’un autre vaisseau. Parmi ces nouveaux débarqués, se trouvoient un assez grand nombre de forçats quron déportoit de la Nouvelle-Espagne aux Philippines : impatiens du joug auquel ils étoient soumis, et désirant s’affranchir de toute contrainte, ces misérables formèrent l’horrible projet d’égorger le gouverneur, ses principaux officiers, et les missionnaires, ne voulant, par un scrupule fort remarquable, se réserver' qu'un seul de ceux-ci pour être leur aumônier ; ils dévoient s’emparer en même temps du vaisseau qu’on attendoit dans le courant du mois d’août, et, après s’être rendus maîtres des richesses qu’il contenoit, piller l’îlé, et se retirer dans des pays éloignés : l’exécution fut fixée au jour de S.,c Rose, fête qui devoit attirer beaucoup de monde au village d’Agat ; mais le bâtiment attendu ne paroissanl point à l’époqtle dite, les mesures concertées en éprouvèrent quelque dérangement. Sur ces entrefaites, un des conjurés, effrayé par l’énormité de son crime , vint en découvrir toute la trame au gouverneur. D. Damian , en cette circonstance, agit avec tant d’activité et de prudence, que, dès le lendemain, vingt des coupables furent arrêtés; et les trois autres quatre jours plus tard ; on leur fit leur procès; et ces scélérats, condamnés À être passés par les armes, moururent après avoir fait l’aveu de leur crime. • • • •

La tranquillité étoif â peine rétablie , après tant de révoltes et de séditions dues à la méchanceté deshommes, qu’on eut à lutter contre la fureur des élémens. Un ouragan , plus terrible qu’aucun de ceux que fileeûtéprouvés jusqu’alors, éclatai l’entrée de la nuit du 2onovembre 1 693. Le vent souffioit avec une violence inouïe, les coups de tonnerre se succédoient avec un épouvantable fracas, la pluie tomboit par torrens, les flots de la mer soulevés envahissoient les terres de toute part ; enfin , file ébranlée sembloit près de s’abîmer sous les pieds des malheureux habitans, qui, dans leur effroi, n’entrevirent d’autre espoir de aalut que

Iles Marianne*. 4 Histoire.

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Histoire.

169} (suite).

dans une prompte fuite vers les montagnes. Tout ce qui toit dans ia plaine, arbres, villages, églises, la forteresse même d’Agagna, rien ne put résister à ia tourmente ou à l’inondation; beaucoup de personnes, de ia capitale sur-tout et du bourg d’Qmata, périrent dans ce commun désastre. Aussi le lendemain, quand le jour permit de voir les. violens déchiremens que l'ile avoit subis , la désolation fut générale; pas une maison n’étoit restée debout, et l’on n’apercevoit plus aucune trace de culture. Ce qui doit le plus surprendre, c’est que les îles voisines ne furent presque pas endommagées : ia violence de l'ouragan s’étoit concentrée principalement sur Goam.

Toutes les haines se turent devant une si funeste calamité, dont les insulaires et (es Espagnols s’empressèrent de concert à faire disparoitre les traces. Tandis que les uns ensemençoient de nouveau les champs , reconstruisoient les maisons, les riches se disputoient l’honneur de réédifier les églises. Ayihi se chargea de celle d’Agagna, Alonso Soon en fit autant à Agat, P-hogon à Fogna, Djao à Pago; enfin le gouverneur réserva pour sa tâche particulière les églises de Mérizo et d ©mata. Ce ■fut même dans cette dernière place qu’il crut devoir établir alors le siège de son gouvernement, et celui de la garnison, qui, jusqu a cette époque, avoit été fixé à Agagna. Ce changement ne fut malheureusement pas favorable à D. Damian ; sa santé , déjà atfoiblie , s’altéra de plus en plus , et il succomba enfin à une cruelle hydropisie, le 1 6 août i6p^, laissant D. Quiroga à la tète du gouvernement.

. On avoit besoin d’un homme de ce caractère pour ramener l’ordre et ia prospérité dans la colonie. En faisant revenir les troupes à Agagna, il satisfit aux désirs des soldats , et fit renaître , par sa fermeté et sa justice, une discipline depuis trop long-temps relâchée.

Le plus cher désir de ce célèbre gouverneur étoit de voir le christianisme solidement établi dans l’archipel des Mariannes. Ayant donc tout préparé pour un voyage a l’ile Rota, il s’y rendit dans les premiers jours du mois d’octobre. Les insulaires , dont il étoit fort aimé , le reçurent à bras ouverts, et furent les premiers à présenter leurs enfans , au nombre de cent cinquante , pour qu’on leur administrât le baptême. Satisfait d’une expédition si heureuse, Quiroga revint à Agagna, où il fit, pendant

Digiti

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. »oi> l’hiver, toutes les dispositions nécessaires à la conquête des fies qulil n’av.oit pu encore soumettre, et sur lesquelles s’étoient retirés les principaux rebelles.

Ce fut le i r juillet de l'année suivante qu'il se mit en mer , avec une frégate et vingt pirogues suffisamment équipées de marins et de soldats. A son arrivée , les Saypanois s’avancèrent pour l'empécher de débarquer; mais quelques décharges de mousqueterie les ayant promptement mis en fuite , les Espagnols s’avancèrent sans obstacle jusqu’au centre de l’ile , et ne tardèrent pas à en soumettre entièrement les habitant. Je ne viens point pour vous faire la guerre, leur dit Quiroga, mais pour vous demander d'écouter tes prédicateurs de t évangile , et d'étre dociles- à leurs instructions. Ils lui protnirent ce qu’il voulut.

■ Tout étant réglé de ce côté, Quiroga, avec son escadrille , se rendit à Tinian , où à peine troùva-t-il quelques individus, les naturels s'étant retirés sur la petite île Agoigan. Cette île , haute et escarpée , située au Sud- Ouest de la première , dont elle n’est séparée que par un espace d’une lieue et demie (pl. 59), s’élève au milieu de la mer comme un rempart : au premier aspect on la croiroit inaccessible , et elle le seroit en effet , s’il ne s'y trouvoit deux ravines, praticables à la rigueur, mais d'un accès fort épineux. C’est là que les Tinianais, décidés à se défendre jusqu’à la mort, s’étoient fortifiés. Ni menaces ni promesses 11e purent les amener à soumission; Quiroga se vit donc obligé de tenter, pour les y réduire, les moyens de contrainte dont ildisposoit, entreprise non moins téméraire que difficile. Il divise en conséquence ses forces en deux corps , qui d’abord' sla van cent chacun vers une dés ravines ; voyant ensuite que celle de l’Est était trop rude à gravir , il dirige une attaque générale de l’autre côté. Là, il anime les troupes par son exemple, et ordonne l’assaut , qui commence aussitôt avec intrépidité. Cependant'ies insulaires font pleuvoir une énorme quantité de pierres et de quartiers dé roché sur les assaiilans , qui, pour ne pas ctre ensevelis sous leur masse, prennent le parti de se replier vers une pointe voisine. Cette inactiorf ne pouvant convenir au courage bouillant du sergent Juan Perrez Vello et du capitaine Pablo de la Cruz, ils s’avancent pour escalader les rochers, et s’y cramponnent avec les mains , sans calculer le péril auquel -ils

lies Marianne:

Histoire.

1691) (suite).

l eyagt de l'UranU, — Historique. T. II.

.ïlw Mariannei. s'exposent : électrisés par l'exemple , leurs compagnons s’empressent à Histoire. l’envi de les suivre , et tous ensemble montent avec intrépidité jusqu’aux 1695 (tuiie). retranchemens ennemis, dont ils parviennent enfin à s’emparer. Cette action hardie intimida tellement les assiégés , que sur-le-champ ils ren- , • dirent les armes et demandèrent quartier. On y consentit, à condition

qu’ils viendraient avec leurs familles habiter file Goam , pour y accomplir les devoirs de vassaux du roi d’Espagne, mesure qui fut exécutée dès le lendemain.

La victoire d’Agoigan , remarquable comme fait d’armes , eut des conséquences très - importantes. La nouvelle en étant parvenue bientôt jusqu'aux iles Gani ( 1), engagea les habitans à se soumettre sans coup férir. Et comment eussent-ils conservé quelque espoir d'une résistance efficace, après la prise d’un retranchement qu’ils regardoient comme inexpugnable! Un aussi brillant avantage ne satisfit cependant pas toütà-fait Quiroga , qui voulut encore forcer les insulaires à quitter leurs iles natales pour venir habiter Saypan et s’y faire instruire dans la religion catholique : beaucoup obéirent; et depuis cet instant , on vit les Mariannes jouir d’une paix parfaite et non interrompue. Ces succès furent dus uniquement à l’habileté et à la conduite mesurée autant que courageuse du général : Tanto haie un hombre, si es hombre! dit fauteur espagnol de qui nous empruntons celte réflexion.

169A. Content de la campagne qu’il venoit de terminer, Quiroga revint à

A gagna entouré d’une réputation justement acquise , et remit , faimée suivante, les rênes du gouvernement 4 D. José Madrazo. Ce dernier, ayant appris que quelques insulaires des îles Gani , ne voulant pas se rendre à Saypan , étoient parvenus à gagner du temps sous divers prétextes, et qu’à ces mécontens s’étoient réunis plusieurs hommes des autres iles, se détermina, pour en finir, à envoyer contre eux une escadrille de cent douze pros , aux ordres du capitaine Sébastian Luis Katnon , homme plein de valeur et d’expérience. L’expédition quitta Goam en 1698. septembre tdj>8 , accompagnée du P. Gérardo Bovens , supérieur de Saypan, de douze soldats espagnols, et d’un grand nombre de guerriers

( 1) C’est le nom qu’on donne, avons-nous dit déjà, à celles des Iles Mariannes qui sont au Nord de Saypan. *

LIVRE III. — De Timor aux Marianne* inclusivement. *i i indigènes. Six mois lurent employés * cette tournée, qui eut tout le Ile> MaiMnnn. succès qu’on s’en ctoit propose. Depuis lors , le christianisme fut établi aux Hâtait*. Marianne* d’une manière stable, et Ja conversion des insulaires se con- 1(5,9 tinua jusqu’à ce qu'il n’y eût plus un seul idolâtre dans les trois Iles peuplées , Qaam, Rota et Saypan. ■ i

Depuis r entier assujettissement des Marianne s par Us Espagnols , jusqu 'au départ de la corvette l’Uranie de Geam (1699— 1819).

Après la conquête des Ile* Gain , les Espagnols étendirent sans résistance leur pouvoir sur la population de l'archipel , entièrement agglomérée alors. Mais , se croyant désormais dégagés d’inquiétudes , ils dédaignèrent de suivre cet esprit de justice que le besoin de ménager des hommes entreprenait* et redoutables avoit jusque-là forcé d'observer : d’énormes vexations furent la conséquence de ce malheureux système, dont nous allons avoir bientôt occasion de signaler plus particulièrement les abus.

D. Madrazo eut pour successeur , en 1700 , D. José Francisco Médrano y Asiain , qui, après une administration de quatre ans, fut remplacé lui-même par D. Antonio Viliamor y Vadillo. Ce fût sous le gouvernement de ce dernier que mourut , à Goam , en avril 1701 , le maréchal -de-camp D. Antonio Ayihi , l’un des Mariannais les phis fidèles et les plus dévoués. Avant sa conversion au christianisme, sa force extraordinaire et sa valeur le rendirent un objet de terreur poules habitans ; mais il ne fnt pas moins respecté par sa bonté que par la générosité de son ame. Depuis l’instant où il eut reçu le baptême, on ne le vit jamais manquer ni à la foi qu’il professoit , ni aux obligations quelle lui avoit fait contracter. Parmi tous les actes de vertu qu’il s’honorait de pratiquer, celui qui lui coûta le plus peut-être, ce fut de pardonner à la personne qui , mariée avec lui en face de l’église , l’avoit quitté pour vivre avec un antre; conduite d’autant plus remarquable, que, parmi les insulaires , l'opinion couvroit de honte ceux qui revenoient avec leurs femmes après urt semblable délaissement. Le* obsèques d'Ayihi se firent

Dd*

11m Marianne*.

H moire.

1704 (suite).

avec une grande solennité : plusieurs capitaines espagnols portèrent le corps ; et le reste de la garnison, ayant à sa tête D. Quiroga, alors simple commandant des troupes, l'accompagna jusqu’au lieu de la sépulture.

Datnpier, capitaine du corsaire U Saint-Georges ( 1 ) , jeta l’ancre un instant, en avril 1705 , à l’extrémité méridionale de Rota, et lut bien accueilli des .indigènes , qui lui apportèrent , dans leurs pirogues , divers rafraichissemens , en échange desquels ils reçurent du tabac et quelques morceaux de toile.

Cependant , les plaintes élevées par les insulaires trouvèrent dans le jésuite José de-Texada, procureur général de la vice-province des Mariannes , un éloquent et courageux interprète. Dans un mémoire adressé au gouverneur des Philippines, il énumère les excès dont tant d’insulaires sont les victimes , et présente le tableau de leurs misères , espérant qu'il sera mis sous les yeux du Roi.

Ces infortunés, dit-il, gémissent sous l’oppression et l'injustice-. Accablés par les travaux pénibles auxquels on les contraint , ils ne reçoivent ni salaire, ni dédommagement, sous prétexte qu’ils sont commandés pour le service du Roi et pour le bien public; le tout, sans égard aux ordonnances et aux privilèges promulgués par Sa Majesté en faveur des Indiens : car aucun de ces actes augustes n’est observé aux Mariannes , où l’on force à-la-fois les hommes et les femmes à cultiver la terre et à donner gratuitement les denrées qui leur appartiennent, pour la nourriture des soldats et des autres Européens de la colonie. 11 en est de même des contributions en bestiaux, du transport de lourds fardeaux, de -la construction des maisons, de la filature des cordes, &c. , occupations qu’on leur impose , sans nulle autre compensation que quelques feuille* de tabac qui leur sont distribuées de loin en loin.

Les principales causes de ces injustices sont, poursuit le défenseur des insulaires, le défautde numéraire, et sur-tout depetitemonnoie;le manque de mesures fixes et d'un tarif juste et constant du prix des choses (2) ; l'abus

( r) Funnel, embarqué avec Dampier, d’abord én qualité de maitre d’hôtel , puis d’élève de la marine, a écrit l’histoire de ce voyage avec un défaut choquant de véracité, que Buraey a fait remarquer. ( Voyez Burney's Chronological History , Ce. t. TV.)

(a) Selon leur caprice , les gouverneurs se permettoient, soit de baiser le prix des denrées.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 21 3 introduit par les gouverneurs , d'augmenter le nombre des salaries de i’iie , au détriment des pauvres Indiens; l'interdiction dont les naturels sont frappés, de se livrer à certaines cultures, et particulièrement à celle dn tabac ; enfin , l’imposition tout-à-fait arbitraire des charges les plus onéreuses. r x*r • vv y

Après avoir signalé les vices administratifs, le P. Texada indique les voies qui lui semblent propres à y remédier ; et il le fait avec tant de lucidité et de sagesse , qu’après en avoir délibéré dans son conseil , le gouverneur des Philippines crut devoir envoyer cef écrit à la cour d’Espagne. Sa Majesté fit droit à d’aussi justes plaintes , en rappelant les dispositions législatives précédentes, et en ordonnant la mise eh jugement des autorités prévaricatrices.

Ces mesures, qui probablement ne furent point mises à exécution , n’effrayèrent pas D. Juan Antonio Pimentel, qui Succéda, en 170p. à Viilamor, et signala son gouvernement par les plus cruelles vexations et des dilapidations de toute espèce. • •

Ainsi, lorsque Woodes Rogers eut jeté l’ancreà Gaam, leiomars 1710, Pimentel lui fournit des vivres de journalier et des provisions de campagne , qu’il se fit payer très-chèrement. Mais si cet homme avide entendoit à merveille ce qui touchoit à ses propres intérêts, il se montra moins habile à défendre la colonie contre une agression étrangère. En effet, trots frégates anglaises s’étant présentées, le sommèrent de les ravitailler ; aussi imprévoyant qu’intéressé , il né s'étoit entouré d’aucun moyen de défense, et force lui fut de souscrire à tout ce qu'on voulut exiger. Dans cette circonstance, les pauvres insulaires furent encore obligés de se dépouiller, et de se laisser ravir le fruit de leurs sueurs, pour éviter les violences dont les menaçoit le commandant anglais. Cet événement malheureux produisit néanmoins un elfet utile , en engageant plus tard le gouverneur des Philippines à envoyer aux Mariannes la quantité d’armes à feu et de poudre de guerre nécessaire à la sûreté du. pays.

Nous serions entraînés trop loin , si nous cherchions à énumérer toutes

soit- de le hausser parfois au double et au quadruple de la valeur ordinaire , ce qu'ils faisoient eo général pour s'assurer d'énormes bénéfices dans leurs illicites spéculations commerciales.

Iles Marianne*.

Historié.

1705 (lune).

.■âLjf.

Iles Garnîmes H'woire.

I7ld{«»ite).

114 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. {• : , îv'

les concussions , tous les abus de pouvoir, dont Pimente! se rendit coupable par son insatiable rapacité; il suffira de dire quelles déterminèrent les officiers de la garnison , les ecclésiastiques et autres principaux habitans de l'He , à se réunir et à porter contre lui, en 1711, des plaintes plus amères encore que celles dont le P. Texada s'étoit déjà rendu l'interprète. Cependant, nous le répétons, les ordonnances royales étoient remplies de dispositions généreuses prises en faveur des Indiens , et contrastoient de la manière la plus frappante avec la grande sévérité, le raffinement de 'fiscalité , de barbarie et de despotisme du gouverneur. Ainsi gémissoient sous -un régime vexatotre la plupart des colonies espagnoles ; soumises en apparence aux régiemens les plus doux et les plus paternels!

Les soldats eux-mêmes n'avoient pas moins à souffrir des excès de D. Pimentcl ; iis i’aceusoient d'avoir vendu pour son compte particulier; non-seulement ies vivres et les vêtemens qui leur appartenoient , mais encore Un grand nombre d’objets destinés à ia défense de file, tels que fusils, carabines, sabres, épées et autres armes ;• d’avoir, à ('occasion de la fête de ia Conception , pour laquelle il n’avoit fait aucune dépense, porté sur ses comptes une somme de 4 00 piastres ; d’avoir retenu une partie de leur solde , en renvoyant de vieux soldats , pour mettre à leur place ses domestiques ; enfm , de devoir à ia garnison 30 000 piastres ; &c. & c.

• On sera peu étonné, d’après ce qui précède, qu'une' aussi vicieuse administration ait donné ies déplorables résultats consignés dans ia relation du voyage de le Gentil de la Barbinais , premier Français qui ait abordé à Goam. Ce navigateur alla y rejoindre, au mois de mai 1716 , trois vaisseaux partis avec lui de France pour le Pérou. H nous peint ia colonie dans un état pénible de- souffrance , en proie aux vois , aux assassinats , maux qui proclament -une absence totale de police ; les naturels gémissant sous- ia plus dure oppression, abattus au physique et au moral , rongés par la lèpre , et succombant de jour en jour sous les mauvais traitemens : « au point , dit-ii ( 1 ) , que leur nombre , qui,

• lors de ia conquête entière des îles, étoh de 13 000 à 10000, se

( 1 ) Voyage autour du monde , par le Gentil delà Barbtnaif , « Histoire générale tkt voyage».

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, x»i 5 » trouvoit réduit , en 1716, c'est-à-dire dix-huit ans après , à 1 506 habi- ik< Matnnn«. » tans ( I ). » Histoire.

La cour d’Espagne ne put refuser la justice que rcdamoient si haute- '* 16 (,ïiw)lement les doléances des principaux colons des Mariannes , et elle ordonna la mise en jugement de l’indigne gouverneur; mais Pimente! s’étoit procuré des richesses par ses rapines, et ses rapines furent rachetées par ses richesses. Tout ce que les Mariannais y gagnèrent , et c’étoit beaucoup, fut d’en être débarrassés; D, Luis Antonio Sanchez y Tagie i720. lui succéda en 17*0. .. . •

Il gouvernoit depuis un an, lorsque l’Anglais Glipperton (a), fai- 1711. tant route pour la Chine, toucha à Gtnarn , le 13 mai : il avoit à bord un Espagnol, le marquis de la VieiHe- Roche, qu’il avoil fait son prisonnier , et qui , sur la promesse que fit D. T agle de payer sa rançon , eut ia liberté d’aller à terre ; mais quand il y fut , le gouverneur , pour éluder sa parole, réclama deCJipperton des bijoux et d’autres objets précieux, volés, prétend oit- ii , au marquis. Comprenant bien qu'il n’obtiendroit rien par la douceur, le capitaine anglais leva l’ancre, résolu de se rendre maître d’un navire espagnol mouillé près de ia côte. Mais son vaisseau échoua sur un banc; et lorsque, après plusieurs heures de travail, pendant lesquelles l’artillerie ennemie lui tua quelques hommes, ii fut parvenu à se tirer de cette position fâcheuse, il jugea àt propos de continuer sa route. . - . , ■■■.. .

> Cette même année , deux pirogues dftoiinoises, les premières qu’on eût vues aux Mariannes depuis que les Européens y ctoient établis, arrivèrent à Goam , l’une à Tarofofo , l’autre à Oroté. Les détails intéressons qu’elles fournirent aux missionnaires sur file Farroïlep , d’où elles étaient parties ,

( i ) Les états officiels de population, que Je rapporterai ailleurs , ne sont point entièrement d’accord avec ce 'qué la Barbinais dît Ici. A la vérité, nous ne savons pas à combien le nombre de» habitait* « montoit lors de la conquête complète de ce* Iles par le* Espagnols, et je veux bien admettre qu’elle ait cté de 15 000 âmes, ainsi que cet auteur l'indique; mais nous ayons deiones raisons de croire qu’en 1 7 r6 elle étoit déplus de 1 500, En effet, le premier recensement régulier des Indigènes , fait e» 1710, donne pour Goam 3 07a âmes, çt 467 pour Rota, formant un tout 3 $39; car alors Tinian étoit aussi déjà dépeuplée, En 1722, la population générale des insulaires se trouvoit réduite à I 936 âmes ; or il n’est pas probable quelle eût été moindre en 1716, c’est-à-dire sept ans auparavant.

(2) Voyage de Clippertort et de Shekocke , dans Buntey, t. IV. •

Ile* Marianne*.

Histoire.

îyu.

'7 JO- , '7)9-

2*tf - VOYAGE AUTOUR DU MONDE,

engagèrent l'un d’eux, le P. Cantova, à s'y rendre. On a vu plus haut, dans l'esquisse de l'histoire des Carolines, qu’il chercha vainement cette île depuis le 11 mai jusqu'au 6 juin 1722.

Les désordres que nous avons signalés continuèrent long-temps encore sous divers gouverneurs, au mépris des ordres réitérés de la cour d'Espagne pour les faire cesser et des lois protectrices des malheureux indigènes. La diminution du nombre des habitans suivit une progression rapide; et quoique la sollicitude royale demandât souvent des renseignemens à ce sujet , il est fort douteux que les véritables causes'en aient jamais été exposées , et très-certain , du moins, qu’on n’y apporta aucun remède.

Le 1 1 février de l’année 1731, le P. Cantova partit une seconde fois de Gsam pour aller à la recherche des Carolines, et arriva heureusement cette fois-ci à Mogmog, puis à Fatalep. Il reçut, péu de temps après, la couronne du martyre, sur la première de ces iles.

D après les -représentations faites en 1735 , P41 le gouverneur, sur la décroissance progressive de la population , le roi crut ne pouvoir mieux remédier au mal qu'en prescrivant d’envoyer tous les deux ans, de Manille aux Mariànnes , cinq ou six familles philippinoises , pour les y faire jouir de tous les privilèges accordés jusque-là aux colons. Cette cédule royale , quoique datée de 174t. ne parvint à Geam qu’en juin 1743; aussi est-ce alors seulement que le développement de la population coloniale a commencé à devenir sensibje.

L'année 174* est remarquable par l’arrivée à Tinian du commodore Ansén , dont les aventures sont généralement connues. D. Miguel Fernandez de Cardenas gouvernoit en ce moment les Mariannes.

Sous son administration et celle de ses successeurs , les naturels continuent de traîner une existence que l’excès du malheur rend quelquefois criminelle. Les uns s’arrachent la vie, qu’ils ne peuvent plus supporter; d’autres se procurent, par- l’assassinat , une justice que l’autorité leur refuse. Mais jamais ces crimes ne furent plus nombreux que sous l'administration de D. José de Soroa, qui arriva au gouvernement des Mariannes e/i 1759. On doit cependant à cet officier ie rétablissement * de la ferme royale de San-José de Dandan, et un recensement des terrés cultivables des environs. • 1 . •

LIVRE III. — De Timor aux Mariannks inclusivement. *«•7 Dans le cours de son voyage amour du monde, le commodore Bvron II*» relâcha, en 1765 , quelques jours a Tinian : sa relation est universellement connue. >

' Deux ans apres , on enjoignit de nouveau aux ecclesiastiques de ne plus enseigner la doctrine chrétienne aux naturels en-employanr la langue mariannaise, dont on s'étoit servi jusqu'alors; on craignait que celle-ci se confondant avec (espagnol , il ne résultât de ce mélange, un langage inintelligible : ce dernier idiome étoit le seul qu'on devoir suivre désormais.' • • . j»vs- , . - a» • va •

Cette même année, "le capitaine anglais Wallis s’arrêta A Tinian, et l’année suivante on vit arriver Pagès àGaanr: D. Hcnrique de Olavide y Michelaua en étoit gouverneur -à cette époque; Üon administration, sous laquelle continuèrent les anciens désordres . n’offre de remarquable que je départ des Jésuites missionnaires, expulsés en 1 769 îles Mariannes, Comme ils lavoient été déjà de. mutes, les autres colonies espagnoles. Cinq religieux Augustin; remplacèrent ces /étés et spvans propagateurs de la religion chrétienne; l'un fui destiné à Rota, le deuxième à Agagtut,

« les trois antres s’établirent ailleurs sur divers points de G rotin.

Un nouvel abus d’autorité étoit venu .couronner tous lés antres ; au mépris des droits légitimes des colons, le gouverneur, les corrégidors, les alca'des, avoient usurpé -le monopole du commerce; un ordre, du roi, du moi* de juillet 177b , en rendit le libre exercice » toutes les classas

tfhahitàns. V - V ;»• •

Après tant de commandait* avides et cruels, on ne peut voir sans plaisir l'administration de -tes «les .confiée, en 177», à D. Mariano Tobias, homme instruit, généreux. et plein de zèle pour la mission dont il étoit charge. Sans lui attribuer, comme le tait Raynai l’importation du ri/ et dii sucre aux Marianne»; ce qui est formellement démenti par les faits, nous le louerons d’y avoir, dès son arrivée, introduit le mars et favorisé l'agriculture eh se montrant lui-méme agriculteur. Non content de relever, autant qu'il le pouypit sans trop blesser* l'orgueil de se$ compatriotes, la condition des naturels, et de faire, par une équitable répartition de droits, disparoitre d'injurieux privilèges , il sollicita cOHtHluelieineni, en laveur de ses administres, des otdomiaricès royales; puis I \ page At i'Uumk. — Huioritjue. T. H. . { g

MaiilnMS.

Hiwofre,

lin Mariannn. afin d'ouvrir un débouché facile aux produit» indigènes, il obtint que ce» >t»ioire. matières seroient à l’avenir transportées aux Philippines sur les galions qui 1771 (luiie). aillent annuellement d'Acapulco à Manille, en passant par Gaam..

• Le capitaine 'Crozet, commandant les navire»' français le Mnscnrm et le Marquis de Castries, expédiés de l’Ile-de-France pour reconduira à Taïti l'Indien qu’avojt emmené à Paris M. de Bougainville, relâcha 177»- à Gaam en septembre 1772, et fut comblé d’attentions et d'égards par D. Tobias (1), •

Les fonctions de ce- gouverneur durèrent trop peu de -temps pour le 177-1- bonheur de* insulaires; il fut remplacé en 1774 par D. Antonio Apodaca, qui , au iieu de l’imiter , aima mieux suivre la voie des vexations et de . l’arbitraire que ses autres prédécesseurs lui avoient tracée. * - ■ ■

L’agricultUre étoit encore si peu développée , que les Mariannes-ét oient presque hors d’étar <le fourpir au-delà' de la subsistance des habitant. ■ 77;. Aussi, lorsqu’en 1775 la frégate de guerre la Conception, chargée de troupes de débarquement, eut le malheur d’échouer sar la côte "de Somave dans le port San-Luis, le grand nombre de bouches qu'elle jeta dans File y produisit ta disette. L'équipage, et ce qu’on avoit pu sauver du matériel de ce bâtiment, ne purent être .transportés à Manille que l’année suivante. 4» .1

il fut enjoint de nouveau aux ecclésiastiques de ne se servir auprès des naturels que de la langue castillane ; pour rendre cet ordre d’une exécution plus facile, on prescrivit l'établissement d’écoles où cette langue seroir enseignée, 'et il fut résolu de confier de préférence a ceux qui ia connoitroient divers emplois subalternes dans les villages. La construction d’un hôpital militaire à Gaam fut aussi résolue; et l’autorité supérieure des Philippines blâma hautement le gouverneur d’avoir, soit dans la puuition des délits militaires, soit dans sa conduite avec les Indiens, suivi plutôt son caprice que les réglemens.

i 1 ) Cm vaisseaux Jaissérvnt à Gaam beaucoup de soufre et de pierres à fusiJ. En 181 $

. M" 18^6, mburur le dernier Françaïsde» cinq qirt quittèrent sur cette Me V capitaine Crozet: Pim* Gouwieau, ce* ainsi qu’il se nommoit, avoit été tambour sur une dès corvettes , et, 4 apsc» quelques années de séjour à Gaam , Jl s’y étoit marié et avoit entièrement oublie sa . " . langue maternelle ; sa. veuve et sa fille, bien vieille* routas deux, exisioient encore a

eh t'B • 9- tes matelots fa F Uranie forent reçus cbe* éHèt en amis' et en compâtéfoté»;

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