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LIVRE IIL — De Timor aux Marianne# inclusivement

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T* I i* '■/ S. III. ■ "•* t

Géologie et minéralogie.- • . , *

Nous avons donné, dans notre avant-dernier paragraphe, les dimen. «ions de quelques-unes des îles Mariannes, et fait connaître les principales hauteurs qui se montrent sur leur surface; nous allons les montrer maintenant sous leur point de vue géologique, en commençant par la plus considérable d'entre elles.

Goam. — « La constitution propre de G «sam , dit M, Quoy« doit naturellement faire diviser cette île en deux sections, qui présentent entre elles de grandes différences géologiques. Depuis l'étranglement signalé à son milieu , jusqu'à su limite du Sud , l’îie est très-montueuse et presque entièrement volcanique, tandis qu’elle se compose, vers le Nord, d’un plateau de calcaires madréporiques. ■ .

» Les montagnes de cette première division forment un petit système qui, voisin du bord de la mer, circonscrit presque en totalité la surface de cette partie de i’ile; souvent, séparées les unes des autres, leurs pentes les plus roides sont dirigées vers le rivage , tandis que celles qui regardent l’intérieur se montrent beaucoup plus adoucies, Toutes ces éminences ont subi faction des feux souterrains, et quelques-unes même ne sont formées que de .laves ou de tuffas. Mais pour exposer méthodi. quement ce que chaque localité présente de plus remarquable, nous commencerons notre examen à partir de la ville capitale {voyei pl. 59).

. •» Agagna est bâti au pied d’un rocher qui , faisant face à ia mer, s’étend dans une direction Est et Ouest, sur une lieue de longueur à-peu-près, et cène pieds d’élévation. Coupé à pic du côté du Nord, ce rocher est formé de calcaires presque entièrement madréporiques. Les polypiers qu’on; y rencontre, et dont quelques-uns sont fort bien conservés, ont été spathiaés. La plupart, roulés et atténués, ne conservent nullement la position naturelle qu'ils avoieat sous les flots ( 1 )t v -

( 1 ) « Cette remarque Ht importante , parte qu'tl y a île» polypes, comme Ici aînées, qui élevant leurs demeure) d'iuw manière régulière et «outiaue , lundis que nous pensons qpe tes

*4* - VOYAGE AUTOUR DU MONDE. ' i V '

Ile* Marianne*. a A un mille de la ville, sur le bord de la mer, est un rocher sem- Géologîe. btable à celui que nous venons de décrire. En l’examinant sur plusieurs .points, on voit insensiblement les madrépores disparoitre et se transformer en calcaire salin, d’un beau blanc, et ressemblant au marbre; ce qui pourroit faire supposer, avec raison , que tout le calcaire de cette lie est le produit des polypes. .

» Plus au Sud, las montagnes moins déprimées, mais de peu d’étendue, ne forment pas une chaîne suivie, ni régulière dans sa direc* tion ; leur plus grande masse cependant court à-peu-près de l’Est à l’Ouest. Elles sont formées de nombreux pitons séparés entre eux par des vallées profondes, dont les ouvertures se dirigent du côté de la mer, soit en ligne droite, soit par des détours. Par-tout on retrouve Faction du feu ; ce sont des. tufias rougeâtres , sur lesquels gisent des blocs et des boules de lave dure, variables en grosseur, ou bien des couches de marne calcaire qui ont été brûlées , soulevées et jetées dans toutes les directions. Sur quelques surfaces aplanies, on remarque de petits cônes terreux, rougeâtres , de quelques pieds d’élévation seulement. La dégradation de leurs sommets ne permet plus de distinguer si autrefois ils Servirent d’issue aux vapeurs volcaniques. C’est là que je recueillis des rognons de silex , contenant de petits oursins et' des fragmensde calcaire madréporkjue brûlé. -q •

La pointe Adeiep (nommée aussi panta de! Diablo), et celle Acahi- Fanîhi , voisines d’une et l’autre du village d'A^san , sont formées de couches très-minces d’un tu fia friable gris foncé, avec des points d'une substance noire. De ce lieu jusqu’à Agat , en côtoyant la mer au pied des montagnes , on trouve des bancs plus ou moins puissans de calcaire madréporique. * -b

•> En face du" mouiHage de Santa-Cruz, dans le port San- Luis, se voit la montagne de Tmkio , en partie composée d’une pierre argileuse dont les couches paraissent avoir été portées dans toutes les directions, depuis l'horizontale jusqu’à la verticale. Sur quelques points sont entassés des tuffas en boule , à moitié décomposés , ainsi que dés blocs- de ' ;• \ ■

mun ont été formé* tou» le* eau», de débite fi de dépouille* de madrépore* agglutine» ensemble *ans ordre et par dépôt. Aloea tes animaux n’p «raient plu».»

LIVRE HL — De Timor auxMariaNNes TNcujsivekïnt. *47 lave basaltique. A la surface sont des fragment Je silex cl de schiste il» Msrniint ç coticule i ces derniers paroissent assez rares. Dans ce lieu se rencontrent Uwkiiie^ encore des morceaux de tuflàs verdâtres, à grains fais, très -recherchée des anciens Maxiannais , qui les eniployoient dans la construction de leurs édifices. On trouve également ça et là sur le sol des demi-sphèrei fa- , /

çonuées pour cet usage.

D'Agat à (dmata , les montagnes, moin* éfevé»s , of&ent par tout un tuffa rougeâtre diversement décofuposé, et parsemé de morceaux isolée de laves dures. A partir cependant de la pointe Facpi , formée ellemême d’une coulée de lave , on en aperçoit plusieurs autres qui se sotjt projetées vers la mer. Sur un de ces rochers isolés et battus par -les flots à l'époque de ia marée haute, je détachai, plusieurs cristaux cubiques et d’autres aciculaires de mésotype : ce n'est que ià, et seulement sur celle des faces du rocher qui est exposée à la mer, que j’en trouvai sou» cette dernière forme. Les plus beaux. échantillons étoient renfermés dans des géodes de la grosseur du poing et à parois extrêmement minces. .

» Les fissures qu’on remarque sous les eaux, dans la coulée 4e laves de la pointe Facpi, sont remplies d'agates blanches, blondes et verdâtres, auxquelles sc joignent quelques boules de stéatite verte. Les sables de plusieurs petits ruisseaux des environs contiennent beaucoup de grains depéridot oiivine, ce qui les rend verdâtres. , - ,

» Tout le sol d’fflmata , au bord de la mer, et jusque sous les eaux, est formé de coulées de laves noires compactes amygdaloïdes, tellement remplies de petites boules de mésotype grosses comme des pois , que cette substance constitue à elle seule plus de ia.moitié de la roche: cela se voit bien sur-tout au bas du village, eu allant à une espèce de bel- * véder ( i ) taillé dans le roc. - > • -

■* A la pointe Tegoène , qui forme l’extrémité Sud de la baie d'ûim&ta/ on distingue les débris d'un mur basaltique qui a dit avoir So pieds de hauteur, et. fort peu d’épaisseur. Les retraits prismatiques en sont très- * irréguiieto et se sont faits en travers : c’est ie seul- lieu où la lave ait affecté de prendre cette forme. Le bas du rocher est tapissé fie fragrnens de

(l)Oa »• éubU 09 fortin sur ce rocher, fitec a b pointe Nord de il bile d’©out.i ; il «e nomme fort Sant- Angel. {Voy* nom? Alias hydrograpt^uç.) .fa * ■ . .

Iles MaHjnnn. mésotype d'une assez belle blancheur , mais non cristallisée. Pour en Géologie. trouver dans ce dernier état, il faut aller les chercher dans les anfractuosités que baigne la mer.

» » Le mont Ilikio, ou vigie d’ômata, est, avons-nous dit, le point le

v plus élevé de Geam , et un de ceux aussi qu'il est le plus difficile de gravir, à cause de la roideur de ta' pente. Cette montagne est formée de trois pitons distincts, auxquels se rattachent d'autres aspérités secondaires donr les séparations donnent lieu à de petites vallées très-fertiles : les plus remarquables sont celles d’Cdmata et de Mérizo; c'est 1à qu'a dû être le foyer des éruptions les plus considérables de ce système; car plusieurs des embranchemens qui en partent à angle droit se dirigent vers le rivage en coulées plus ou moins puissantes qui vont se perdre . dans la mer. La décomposition au sommet paroit cependant si ancienne,

qu’il n’y reste plus de vestiges de cratère ; tout a été recouvert et aplani par une argile rougeâtre. Du milieu de ce petit plateau s’élève un cône de tuffa surmonté d’une boule irrégulière d’agglomérats , de même substance, et de plus de 15 pieds de diamètre. Parmi les morceaux de laves dures ét friables qui la composent, on distingue du calcaire, des coquilles, des madrépores, et quelques cristaux très-courts d'amphibole.

■> Si l'on continue de prolonger i’île vers le Sud et vers l'Est, on voit lès montagnes diminuer insensiblement de hauteur, à mesure qu'elles s'avancent davantage vers le centre. La plaine de Mérizo, qu'on traverse, est parsemée de débris de laves très-dures; plus loin, en approchant du village d’Ynarahan, les coulées forment des caps avancés que vient battre la mer. La matière a pris ici un singulier aspect : ce sont des ' boules irrégulières , hétérogènes, de la grosseur d'une noix, et réunies- en forme de poudingue ; j'ai remarqué , dans quelques-unes , des morceaux d’obsidienne.

>■ En laissant à l'Est le village d'Ynarahan, on s’élève sur les collines de ’ Dandan (1), qui terminent à-peu-près le système volcanique que nous venons de parcourir : elles présentent divers phénomènes de l'action des feux souterrains. D’abord ( à gauche (an Sud) du chemin •qui va d.e Pago

• (1) Ce nom de Dandtin provient , dit-on, d'ui)e forte de pierre qui se trouve sur et point, et qui, étant frappée, rend un son assez semblable i celui d’une cloche, '

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 249 à la maison de l'alcade ( 1 ) [ pl. 5 9 ] , on voit de gros blocs rhomboïdaux, Iles Mariannes. ou en boule, d’une lave pesante, répandus çà et là sur des tiifiàs. Un Géologie, grand nombre de ces boules sont placées au sommet d’un pédicule calciné, et il suffit de toucher ces monticules du bout du doigt pour les fifre écrouler en fragmens, bien qu’ils aient jusqu a cinq pieds de haut et plus. Ces sphères basaltiques, en tombant, se séparaient par enveloppes concentriques, mais le centre en étoit toujours très-dur.

" A quelques pas de là se trouve un banc de marne blanche , tellement altérée par le feu, que cette substance a perdu la moitié de sa pesanteur ; les couches en sont régulières , peu inclinées , et épaisses de 6 à 8 pouces.

>• Toujours à gauche du même chemin, en allant à la seule source qui existe sur cette hauteur, on parcourt des enfoncemens considérables.

L'un d’eux, creusé en entonnoir, étayant à son centre un petit piton de laves dures, ressemble assez bien à un cratère déformé; seul endroit où la configuration du sol m'ait offert une telle apparence : c’est aussi là que j’ai rencontré les plus belles couches de tuffas argiloïdes , formées d’une multitude de petites boules très-friables, dont les couleurs variées . étoient fort agréables à l’œil.

■> Il existe , aux alentours et sous terre , des couches de lignite que je n’ai pas vues en place. Parmi les nombreux échantillons que nous nous sommes procurés, quelques-uns étoient de la grosseur de la jambe, et tous d'une couleur brune très-foncée à l’extérieur; la cassure, noire, conchoïde; le grain, très-fin et très-serré. Tous appartenoient à des arbres dicotylédones, et l’on pouvoit encore distinguer la direction longitudinale des ^ fibres du bois.

» En allant de Dandan au village d’Ynarahan , je recueillis sur le sol, à plus de cent toises au-dessus du niveau de la mer, des morceaux de calcaire madréporique intacts, et, un peu plus loin, d’autres semblables qui avoient été brûlés. J’y joignis un fragment calciné de pocillopore bleu, en tout semblable à ceux qui vivent dans la mer. Il’ en étoit de même d’une valve de spondyle remplie d'autres coquilles toutes spathisées.

(1) C'est l’alcade d’Ynaralun qui,* par des motifs d'agrément et de salubrité, a établi sa demeuré sur le sommet d’une des collines de Dandan.

Voyag< dt l' U nuit. — Historique. T. IL

i5o . VOYAGE AUTOUR DU MONDE. .

» De là à Pago , qui se trouve précisément à l'étranglement de fîie ,. et au point où finit notre première . division géologique , le terrain s’abaisse insensiblement , et l'on ne rencontre plus de montagnes. Dans quelques endroits seulement, le calcaire forme de hautes falaises.’ A Hypane est une caverne ( i ) où il n’y a rien de bien remarquable; ce qui l’est davantage, c’est le sable du rivage voisin, qui est volcanique, tandis que les rochers dont on est entouré sont de calcaire madréporique ; preuve qu’il existe une couche de laves sur laquelle ce calcaire aura été déposé à des époques où le niveau de la mer étoit plus élevé.

» La petite île Apapa , et une presqu’île assez considérable de . calcaire madréporique ( la presqu’île Oroté, pl. jp), appartiennent encore à la partie de Guam que nous venons de décrire ; elles ne présentent rien de bien essentiel sous le rapport géologique.

» Nous avons dit que (a division septentrionale de cette dernière île est calcaire , et en général uniformément plane. Cette ressemblance dans tous les points fait que nous passerons légèrement sur sa description particulière. Les bords de la mer, très-élevés et escarpés, sont souvent sans plage. Un seul fieu, vers l’extrémité Nord, a été brûlé; c’est Santa- Rosa, où se trouve un monticule dominant la contrée, et dont le cône semble avoir sailli brusquement au travers du calcaire dont il a soulevé les couches et entraîné des fragmens jusqu’à son sommet, où se trouvent aussi des madrépores entiers. Rien n’indique que cette petite montagne ait jeté des flammes ; l’éruption se sera préparée sous les eaux , sans qu’il y ait eu des coulées de laves solides. Ce sont des bancs entiers de marne schisteuse qui ont été brûlés, calcinés, soulevés et bouleversés dans plusieurs sens diffirrens. Un seul de ces bancs, assez puissant, se dirigeant N. E. et S. O., paroîtroit se rendre à la mer sous la terre.végétaJe ; les autres n'ont pas un ensemble de direction qu'on puisse indiquer : les feuillets des couches sont excessivement minces , friables et légers ; fis ne présentent pas moins de différences dans leur couleur, qui est rouge, jaune ou verJâtre. Tout à côté sont des amas de jets terreux et pul-

( I ) On trouve dent cette caverne une source d'eau assez bonne à boire t ainsi que des stalactites. . -

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 251 véruiens , et çà et là des boules de laves compactes en décotnposi- lies Marianne».

ll°n* ... Cjéologie.

h En parcourant cette partie de l’île , nous rencontrions quelquefois de très-gros blocs isolés de basalte, posés sur le calcaire, loin de . tout * centre d éruption ( t ). Comme ils sont précieux pour les habitant, qui s'en servent à faire des mortiers à piler le riz, plusieurs ont été creusés sur place à cet eflet; mais la difficulté de Les emporter ensuite au travers des bois les y a fait abandonner. Si Ton vouloir admettre l'existence tTès-ancienne d'habitations aux alentours de' ces lieux, on pourrait d&e »

que ces pierres y ont été transportées; mais la privation totale d'eau potable éloigne cette conjecture , et il faut nécessairement croire qu’elles ont été lancées là par des éruptions.

» Dans les enfoncemens de la côte abrités des vents et préservés de l’action des flots, se trouvent des madrépores vivans qui tendent à en diminuer la surface. Ces petits animaux ont déjà comblé, pour ainsi dire, la vaste enceinte du port San-Luis , où les vaisseaux ne trouvent guère maintenant que d’étroites issues pour se rendre au mouillage.

Rota et Saypan. — n Quoique nous n'ayons fait qu’entrevoir quelquesunes des îles mariannaises situées au Nord de Gaant , nous avons cependant passé assez près de leurs côtes , pour distinguer quelles ont beaucoup de rapports de constitution avec cette dernière, c'est-à-dire qu’elles sont tout simplement formées de calcaire madréporique, ou bien de calcaire avec des montagnes volcaniques. Rota est dans le premier cas, et Saypan *

dans le second. Ceux de nos observateurs qui ont visité la premièrede ces îles, en ont rapporté des branches de madrépores proprement dits qu’ils ont détachées du calcaire à une grande élévation au-dessus de la mer.

/fgaigan et Tinian. — •• Les îles Ageigan et Tinktn ont entre elles de grandes similitudes , tant pour le sol , qui est .tout calcaire , que pour’

■ la végétation , qui est maigre et pauvre en général. Ces deux îles,

'de formation analogue , sembleroient -n'en avoir fait autrefois quune seule d'une égale élévation, il faudrait supposer, dans ce cas, que toute

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