S. II
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Géologie <ùs îles des Papous : Rawak, V ai ff ou , Boni et Manouaran.
La plupart des naturalistes admettent que les îles du grand Océan équatorial et de l'Archipel d’Asie reposent toutes sur une base de roches raadréporiques. Sans rechercher jusqu’à quel point on pourrait contester la généralité de ce fait, il semble quelle doit du moins être restreinte, d’après les observations de M. Quoy à Timor , et celles que nous avons faites avec un soin particulier à Kawak.
Sans doute les rivages de cette dernière île sont en grande partie entourés de madrépores ; mais c’est seulement aux endroits où le fond est de sable et le brassiage foible, et jamais près des côtes de roches, qui, plus abruptes, sont baignées par une mer profonde.
Passons à l’examen détaillé du sol. Nous avons dit que celte ile se compose de deux parties distinctes , montueuses et réunies par un isthme fort lias : une des chaînes occupe la partie septentrionale, et se. dirige de l’Est à l'Ouest; l'autre a moins d’étendue. Le cap voisin, au Sud-Est du lieu où nous avions notre observatoire, est entouré de brisans qui s'avancent assez loin au large, et que les basses eaux laissent presque partout à découvert. On ne rencontre en général sur la côte qu’une .roche extérieurement verdâtre , espèce de cyanite , sans aucun mélange de coraux, mais disposée par couches parallèles, dont je n’ai pu mesurer alors l’inclinaison avec exactitude, à cause de la difficulté de les pénétrer assez avant; toutefois on pouvait voir déjà quelles plongeoient vers
le s. s: O. '*
Lorsque la mer est haute, elle arrive au pied. d’une petite montagne escarpée ( i ), composée de roches de différentes sortes, recouvertes par intervalles d’un terreau végétal , et, sur tous les points , d’une riche végé •
( t ) Nous Pavons communément désignée sons te nom de Ptlîti montagne, pour ta distinguer <T une autre plus septentrionale et plus élevée. J'estime |p hauteur de la première à environ 150 toises [19 3 mètres] et pas davantage; la seconde poustflit bien avoir 100 toises [ 390 mètres] : ces estimations , tjui n’ont pas été faites sur les Lieux, ne sont appuyées sur Aucune mesure exacte.
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j6 •• VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
Il«dei Papous, talion. Il est difficile d’y monter de ce côté, les roches étant fort tendres Géologie. et sé brisant sous un léger effort. .
Après en avoir contourné la base pour nous diriger vers le Sud , nous les vîmes s’élever verticalement en plusieurs endroits , et former des falaises qu’on essaierait en vain de gravir. Diverses tentatives pour mettre en évidence l’inclinaison des couches, furent d’abord sans succès; mais nous parvînmes enfin à l’apercevoir sous deux aspects à-peu-près perpendiculaires entre eux, et l'on reconnut quelles plongeoient de 75° vers
le s. s. o. ■; , ' " "
Je ne réussis A me rendre au sommet de la montagne, qu’en suivant, le long de sa pente Nord-Ouest, le lit étroit d’un torrent desséché; encore . ~ cette route étoit-elle obstruée par une multitude de roches que les eaux avoient roulées , et par une végétation très-forte. Cependant le roc se montroit souvent à nu; mais les arbres croissoient entre ses fentes, comme . . sur une terre fertile. Au sommet , l'absence du terreau étoit presque complète, et les plantes n’en avoient pas moins de vigueur.
Les roches fendillées dans une multitude de sens nous laissèrent d’abord quelque incertitude sur la direction véritable de leurs couches; sans pouvoir en mesurer la pente , on s’assura que l'angle plongeoit ici • ' à-peu-près vers le S. O. * • *
Cette excursion nous procura un assez grand nombre d'échantillons que M. le professeur Cordier, de l’Académie royale des sciences, a jugé • , convenable de classer ainsi qu’il suit:-
a. Argiles savonneuses endurcies , à grains tantôt très-fins , tantôt grossiers ,
• d'un gris verdâtre ou jaunâtre , disposées par couches massives ou par
couches feuilletées.
, b. Argiles semblables aux précédentes, contenant des fragmens disséminés et
de lout'volume, d'une serpentine brune, rougeâtre ou verdâtre, plus ou moins décomposée , et faisant corps avec le ciment qui l'enveloppe. •
c. Roches de même nature, mais extrêmement endurcies, et oflrant l'aspect d'une masse silicée.
i. Poudingue â fragmens souvent très-volumineux de serpentine commune
• d’un vert sombre gt quelquefois brunâtre : le ciment et l’argile endurcis analogues à la rocüfc»a. On voit de plus, dans les interstices qui séparent les blocs , les galets et les fragmens , des nids et des veines de
. carbonate de chaux, blanches et laminaires, â très-grandes lames.
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... . LIVRE IU. — De Timor aux Mariannes iNcuisrvEMENT. 37
Ces matières sont mélangées dans^un ordre de succession variable, lia d« l’apous. mais en sorte cependant que les substances b et J sont infiniment plus t*otogir. abondantes que lés autres, - • .
Une particularité remarquable du gisement de ces roches, c’est qu’elles sont "formées de couches réglées , et qui présentent toujours des inclinai-, sons très-rapides. A l’appui des mesures que j’ai rapportées, M. le docteur Quoy a observé lui-même que les couches mises à nu par les éboulemens sont sensiblement verticales , de même qu» celles sur lesquelles la mer vient briser. Et en effet , cette apparence de verticalité diffère peu de l’angle que j’ai mesure.
La terre végétale, dont nous avons rapporté aussi des échantillons, se compose d'une argile tenace de couleur brun verdâtre, mêlée de fragmens de la roche inférieure, dont elle-même paroît provenir.
Le bord de la mer est couvert d’un sable blanc formé de débris de coraux et' de quelques coquilles bivalves et univalves, lequel contient environ un tiers de son Volume en petits galets et ep gravier serpentineux de la même nature que les roches qui forment lai charpente de tette partie de l’île : le sable du fond de la rade , rapporté par la sondé, est excessivement fin, bleuâtre, et serpentineux comme le premier; il est mêlé de petites coquilles fossiles polythalames, très -aplati es , d’autres aiongées et enroulées sur elles-mêmes, ainsi que de légères concrétions étoilées à trois ou cinq pointes, ayant sans doute appartenu à quelques > '
mollusques. ’ • ’ •; .— . -
Les montagnes du Nord , à Ratvak , sont beaucoup plus boisées que Celles du Sud : eût-on pu s’imaginer, d’après cela, que l'œil y chercheroit en vain la moindre trace de terre végétale. Sur leurs. flancs rocheux et à ,
nu, croissent pourtant des arbres assez remarquables par leur élévation • •
et leur grosseur , dont les racines , rampant en tout sens à la surface , vont pénétrer dans les fissures et les traits que le temps ou les eaux pluviales y ont ^creusés. Enfin , je ne saurois «lieux comparer cette végétation sin- \ '•
gulière qu’à celle du lierre qui tapisse les murailles de nos jardins.
Au premier aspect, des roches qui constituent ces montagnes’ ne paroissent point être une masse compacte, mais une agglomération de blocs irréguliers et de grandeur variable, hérissés d’aspérités nombreuses et
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ll« des Papous, de lames tranchantes, dont fa surdité est criblée de petits trous par i'ac- Géoiogie. lion des eaux pluviales ; mais un examen plus attentif démontre que cette apparente solution de continuité n’est que superficielle. Nous avons constaté qu’au sommet de la colline située au bJord-Est de l'observatoire, les couches plongent de .75* vers le N. -j N. E. (1).
En parcourant l’ile dans le sens de sa largeur , la roche se montra toujours identique, et rendit constamment notre marche très-difficile. L’impossibilité *de poser le pied à plat sur ses lames aigues et fragiles, occasionnoit souvent des chutes douloureuses. Par-tout cependant la • végétation étoit si belle, que de loin on n’auroit pu s’empêcher de croire que le sol étoit fort riche et très-substantiel.
Parvenus enfin aux limites de la côte septentrionale, nous nous assîmes un instant sur le sommet escarpé de quelques rochers qui se projettent au-dessus d’une petite anse sablonneuse. La mer se développoit devant nous; et quoiqu'il fît à-peu-près calme, la houle, près du bord, étoit si forte, les lames s’y brisoient avec tant de fracas, que la base de ces rochers, minée par des chocs répétés sans cesse, n'offroit pas une voûte de moins de a 5 pieds de profondeur horizontale, sur une hauteur per* pendictilaire de 1 5 pieds environ au-dessus du niveau moyen de la mer. On conçoit que de telles excavations donnent lieu à d’horribles cboiviemens. A l'exception de quelques coraux qui , sur la limite de la plage de sable, s’avancent à peine à une ou deux encablures , on peut dire que la partie septentrionale de Rawak est fort escarpée. Malheur aux vaisseaux qui seroient jetés sur cette côte.!' tout y périroit, corps et biens.
En quittant ce lieu , nous nous acheminâmes vers un mamelon qui sélevoit dans le voisinage, et sur lequel nous avions dessein de monter. Des roches de la même nature que celles qui avoient déjà attiré notre attention , et dont l'apparente disjonction étoit peut-être plus prononcée encore, se montrpient par-tout sur la route. Frappées doucement avec un marteau , leurs lames tranchantes cendoient un son semblable à celui d’un vase de faïence. Là aussi, malgré l'absence totale d’humus, des arbres de toute grandeur formoient une forêt aussi belle que singulière."
( I J M. Gaudichaud a estime l'inclinaison des couches de roches vers cette partie de nie dé 7 J à 80 degré*. - -, " . *
LIVRE III. — De Tjmor aux Mari anses inclusivement. 39 On eût pu croire qu’entre leur* troncs , des pierres avoient été amoncelées 11» de* Papou» sur le sol le plus fertile, si la disposition des racin'es n’eût tait assez Uéotogie. apercevoir que ces végétaux tiraient leur nourriture du settr de la roche
même,.. • *."• . -,
Cependant nous cherchions à fixer d’une manière précise l'inclinaison des couches ; mais nous n’avions encore devant les yeux que des blocs entassés sans ordre : peut-être sont-ce les racines des arbres elles mêmes ■
: qui, eh grossissant, contribuent à ce bouleversement. Arrivé sur la crête
• de fa montagne , on put enfin reconnoître. la direction ' que ces couches affectent: l’inclinaison nous parut être de 80”; mais cette détermination n’est pas très-exacte. L’angle plongeoit au reste vers le N. O. - O.
M. Gabert ayant examiné particulièrement le cap Sud-Ouest de Rawak , jugea que les excavations du littoral ne pénètrent pas dans l’inté- . ■ rieur de la roche au-delà de douze pieds dans le sens horizontal : la diflé- • t rence entre ce résultat et celui de nos observations sur la côte septen- * trionale, provient sans doute de ce qu’ici les terres, en partie abritées j»ar les iles voisines, ne reçoivent pas des flots urt choc aussi impétueujA Le piton le plus élevé gît dans |a partie Nord-Ouest de file; ses flancs sont fort escarpés. Je ne pus y monter moi-même; mais M. Gaudichaud qui parvint avec beaucoup de peine à en atteindre le sommet , n’y découvrit rien qui le dédommageât de ses fatigues. Par tout la roche se montrait couverte d’arhres vigoureux , sans aucune trace de terre végétale.
Les échantillons qu’il a rapportés de cette course , sont d’une pâte moins blanche, mais présentent les mêmes caractères que ceux des roches déjà
- -observées dans Le Nord-Est de file.
•• Vers son extrémité Nord-Ouest, les rivages sont très-abruptes, presque
tous minés par le pied, et d’une couleur sombre. M. Duperrey, dans son canot, les a vus de fort près, et y a reconnu plusieurs grottes creusées par les eaux , quoique beaucoup plus petites et moins pittoresques que celles qu’on rencontre sur tant de points de file Vaigiou.
Voici ce que nos échantillons des montagnes Nord de Rasvak ont offert de plus remarquable : „ " ' ' •-
e, Calcaires parfaitement compactes, sonores sou» ie marteau, à cassures çondioHe» ou esqoileuses, tantôfbianchâtre» et tantôt d'un Matvc gri-
J le* des Papou».
(»cologit?.
sâtre , translucides sur les bords , semés quelquefois de cavités tubulaires , d'où l’on pourrait conclure que les masses qui offrent cette particularité auraient été des madrépores très -volumineux, dont la contexture animale a tout-i-fait disparu t i ).
f. Calcaires évidemment madréporiques , dans lesquels le tissu animal , quoique
presque effacé , est encore reconnoïssable. Ils sont blancs ou d'un blanc grisâtre, en partie composés de masses fréquemment cellulaires, d’une cassure inégale et . raboteuse , ou il grains apathiques , dont l’éclat contraste avec le fond terne de la roche. -
g. Calcaires compactes différemment imprégnés de fer hydraté rougeâtre,.’
figurant des agglomérations remplies de cellulosités , qui la fendent,
! l'extérieur, semblable il une scorie volcanique: ce n’est , au fond , . qu’une variété accidentelle entre les échantillons t et /
V aigroo.
Ces calcaires renferment quelquefois des amas ou des veines de carbonate de chaux fibro-larhinaire , d'un blanc jaunâtre, parfaitement cristallin, et épaisses de plus ’d’un décimètre.
Cette ile, dont nous avons mentionné plus haut l’étendue, étant à peine séparée de Rawak., il est à présumer que ses hautes montagnes sont aussi de même nature.
Notre opinion à cet égard est confirmée par les remarques de M. Duperrey, qui n'a vu, sur tous les points , où il a pu débarquer, que des roches schisteuses d’une couleur tantôt noire et tantôt verdâtre ; les pre-’ mières étoient toujours rongées par la mer, tandis que les secondes opposoient aux plus fortes lames une barrière pour ainsi dire indes- ' tructible. ■ .
il résulte des observations faites par h}. Quoy , pendant sa course dans le havre Boni, que les lieux qu’il a, visités ont pour base un schiste de première formation, bleuâtre, mélangé de nombreuses portions ferrugi. neuses qui se sont arrondies; que l’inclinaison des couches s'approche de la verticale, et que leurs parties les plus exposées à l’air tendent évidemment à la décomposition. .Le même naturaliste y a trouvé encore des veines de feld-spath considérables ; et dans le lit de (a rivière qui coule en face de l’ile Boni, des 'cailloux roulés dont voici les échantillons :
( i ) Ces calcaires rappellent, plus ou moins parfaitement , certains calcaires compactes des terrains zoolithiques d’Europe. *V