LIVRE III. — De Timor aux Mariannes Inclusiveme&t. 4ï
i. Beau jaspe rouge, avec quelques veines peu distinctes de quartz blanc. Ile* des Papou* /. Jaspe brun, avec des veines de chalcddoine laiteuse. • Géologie.
M. Duperrey, qui a exploré, dans les environs de notre mouillage, les côtés de Vaigiou, y a découvert un nombre considérable de grottes, et entre autres quelques-unes assez grandes pour que les canots pussent y pénétrer; elles étoient remplies de stalactites, et quelquefois de colonnes ou de piliers , fort curieux qui en soutenoient la charpente et prévenolent les éboulemens : dans celles qui étoient les plus exposées à la houle , la mer s'engouffrait en se brisant avec un bruit épouvantable. On peut dire, avec cet officier, que, sur toutes les côtes rocailleuses de file, les bords sont déchiquetés de la sorte ou minés à d'assez grandes profondeurs : quelquefois, comme au cap des Grottes (i), ceè enfoncémens communiquent entre eux , et présentent à l’œil des espèces de labyrinthes dont il est impossible de démêler les ramifications. Ce sont toujours, comme nous l’avons dit, les roches d’un schiste noirâtre qui sont mi- • * • nées dç la sorte. ^ .
Telle est ht composition de la pointé Nord-Est de la baie de Kabaréi , située à l’E. S. E. de Rawak, et sous laquelle par cônséquetfL la mer exerce la même action. Au Sud-Ouest, et très-près de cette pointe,
M. Duperrey a visité une grotte dont la voûte n’a pas moins de cent pieds de hauteur au-dessus du niveau des eaux; l’entrée en est petite, mais se ' développe beaucoup à l’intérieiir, dans le sens même de la côte. Cet officier y a pénétré en canot : la mer étoit on ne peut pas plus belle; et vers le milieu de la largeur, le long des parois , il trouva 7 brasses, d’eau sur un fond de sable gris foncé. - . '
A l’extrémité opposée, c’est-à-dire à droite en entrant, de petites plages de sable s'inclinent vers fa mer par une pente très-rapide.
Dans cet antre solitaire régnoit le plus grand silence, qu’interrompoit seulement la chute de quelques gouttes d’eau qui' s’échappoient de la voûte par. irÿervalles. • ; - . .. ■ • . .
. Ainsi qu’il f’avoit déjà remarqué dans un des enfoncemens de la côte , de Vaigiou, à l’Ouêst de Rawak, un banc ou trottoir naturel en corail et
-> {l ) Voyez Ja planche n.® j de notre Atlas nautique. Le cap des Grottes glt, *ur Vaigiou, directement au Sud de l'extrémité Sud-Ouest de Pile Manouaran. •
Voyaft dt l'Urnniti — Historique. T. II. . ' ' p •
Iles des Papous, en madrépores , large de dix pieds , s’élevant de deux pieds environ au- Géologte. dessus du niveau.de là basse mer, et taillé à pic dur les bords avec une régularité étonnante, régnoit en forme dé ceinture autour de ia grotte, sans qu’il parût en pénétrer les parois; il sembloit aussi être tout-à-fait indépendant d’un banc de corail sous-marin qui s’étend à une encablure an large en face de la plupart des plages de sable.
Boni. L’ile Boni est petite, basse, formée de calcaires grossiers très-durs,
unis, près du village, à une couche de craie blanche : son sol est, en . grande partie, marécageux ; les hautes forêts et les plantes qui la couvrent ne permettent d’en étudier la contexture que sur les rivages , minés,; comme à’Vaigiou, par la mer.
La côte Sud offre une falaise abrupte, quoique peu élevée, dont les flots ont découpé et sillonné la surface. Sur quelques points règne on* grande confusion dans les couches des rochers; on voit, en effet, à côté d'une espèce de brèche caJcaréo-siliceuse , des fragmens d’un grès rougeâtre affectant uhe forme cubique. ». •.>
. , ' . • ' Les échantillons qu’on y a recueillis sont :
' k, Calcaire grossier à grains -fins,' d’un blanc jaunâtre, d’une teinte quelquefois
• .. ' . uh peu rouge, très-dur, ressemblant plutôt h certains calcaires des ter*
• rains zoolithiquei d’Europe qu’il ceux des environs de Paris. > .
/, Calcaire jaunâtre, en partie compacte, en partie à grains spathiques , semblant annoncer, par la disposition de ses differentes parties , une ' . , origine madreporique, dctigurte par la spathisation. 11 a l’apparence de
certaines massejs du calcaire zoobihique ordinaire, dans lesquelles le tissu - animal » entièrement disparu. ■
m. Grès argtlîfére, d'un rouge de brique très-clair, i grains fins, produisant-,
. une'vive effervescence avez l’acide nitrique, et se cassant en fragmens * rhomhoîdaux. ■ ' " U-
n. Grès quartzeux, d’un jaune dair, à grains lins, contenant une petite
. •' , » quantité de ciment calcaire. a*
». Calcaire crétacé , tachant et friable comme la. craie ordinaire sans fossiles,
.. 1 de même que tti pierres calcaires ci-dessus. • •
.'•.'Pierres ponces ordinaires, de couleur grise, -. -
Les port ces -roulées trouvées sur le rivage de Boni attestent l'existence d’anciens' vojcans , peut-être meme l'activité- actuelle de quelques-uns;
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inClUsivemext. 4 \ malt nous ne lavons reconnue sur aucune îles lies voisines, et toutes Itndei Papou» nos questions adressées aux Papous qui nous visitoient n’ont pu nous Osnlogïî. éclairer. sur ce:point... i A£Vt- • " '
L'ile boni est entourée, sur-tout du côté du Nord et de l’Est, derécifs très-étendus, sur lesquels la mer brise avec violence, et qui laissent apercevoir çà- et là quelques tètes de rochers.
M. Duperrey seul a visité Manouaran. Il y a- retrouvé les schistes , Maoovran. hoirs et verts qu’ii avoit observés déjà sur Vaigiou. Les rochers de la première sorte présentent des pitons aigus, beaucoup Je cavités', et s’étendent peu au large; les seconds, au contraire, garnissent les pointes les plus avancées, et se prolongent sous l’eau à une grande distance. Leur surface est tellement polie , qu’on ne peut y marcher sans être en danger de glisser à chèque instant. Une remarque analogue a été faite sur les côtes de Rawak et de Vaigiou.
A la pointe Sud-Ouest de Manouaran, ainsi qu’au cap des Grottes, qui gît sur Vaigiou, avons-nous dit, directement au Sud de cette première île, est une autre espèce de roche qui paroit schisteuse. D’une couleur rouge blanchâtre, elle est disposée par couches en apparence verticales , • - . . -,
et taillées à pic, qui s'élèvent de 300 à 400 -pieds [97 à 130 mètres}; sa partie supérieure, dégarnie de végétation, est hérissée de pointes très-aiguës déchirées dans tous les sens. •* ' , ■ .
il n’y a que la côte Sud de Manouaran qui , abritée contre la houle et le vent du large, soit dépourvue de brisans et abordable; néanmoins le rivage y est très-abrnpte. M, Duperrey a rapporté dç cette île : * »
q. Des morceaux de serpentine, paraissant appartenir .4 un terrain analogue aux
.roches; serpentinèuses de Rawak. . . ■ - * : ■
Fertilité du sol; Productions.
La vigueur de la végétation dans ces parages présente au voyageur un Fertâhê du sol.
. spectacle surprenant. .. A Rawak., en particulier, elle n’est pas moins ‘
IIm d« Papoos. active sur les montagnes que dans la plaine; et toutefois les roches qui Fertilité do «ol. composent les premières, sont, ainsi que nous lavons déjà dit, totalement - - dénuées de terreau. Au Nord de l’ile, où cette particularité est sur-tout
sensible, on ne voit guère, il est vrai, de plantes herbacées, mais il y croît des arbres de dimensions colossales. Aussi ne peut-on se défendre d'admirer ces géans du règne végétal cramponnés sur un sol durci et ra- % boteux, et dont les racines, pour puiser dans son sein comme à sa sur-
face l'humidité dont ils se nourrissent, serpentent çà et là, s'enfoncent dans tous les interstices, et quelquefois se fraient un passage en perçant , Fenveloppe encroûtée. » (M. Gaudichaud) ' ; ' ■
Le littoral de Vaigiou est garni de beaux arbres qui , quoique baignés par l'eau salée lorsque la marée est haute, semblent rivaliser de force avec ceux de l’intérieur : les parties que la mèr ne recouvre pas, offrent sur-tout l’image de la plus riche .fertilité.
La végétation de Manouaran, dit M. Düperrey, diffère de celle de Vaigiou, en ce sens qu’elle permet à l’homme de pénétrer au moins jusqu’au pied des montagnes centrales.
Production! «■ Les espèces d’arbres qui bordent le littoral sont en grand nombre à J5™*”’ Rawak. On y remarque le barringmnia , dont le tronc -volumineux est toujours incliné vers la mer, au point d’y baigner les. extrémités de ses branches; le sc/rvola lobelia, beaucoup plus petit, qui reste souvent arbrisseau , et dont les rameaux verts et succuiens affectent la même inclinaison ;• plusieurs figuiers, dont quelques-uns sont d’une hauteur immense, et développent une masse considérable de rameaux ; une foule d’arbres portant le nom vulgaire de palétuviers; des casuarinas, dont les tiges droites et déliées s’élèvent à plus de quarante pieds, &c, Daqs l’intérieur de l’îlej on rencontre le rima , dont les racines verticalement aplaties et cloisonnées forment autour de lui, à la surface du sol, un cercle de plusieurs toises; le takamahaka, qui acquiert plus de 20 pieds de circonférence; le cynomètre, arbfe singulier de la famille des légumineuses, dont le tronc, aussi très-droit, est garni du sommet à la base de. fleurs . ' rosées .et de fruits roux-doré,' d’un fort joli aspect; deux espèces de
mimosas, arbres de 100 à 1 20 pieds de hauteur; plusieurs palmiers, entre autres le cocotier, le cycas , le vacoua , &c. Le muscadier aussi y
Diqitized b
Produ crions.
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 4î vient naturellement, mais porte des noix plus petites que celui qu’on ll«drs Papous, cultive. D'immenses jambosiers A fruits rouges et blattes, et un grand nombre de bananiers fort recherchés des naturels , se plaisent dans les lieux bas et humides. ■> (M. Caudïchaud.)
Nos matelots rapportèrent de Manouaran l'amande d’une espèce de ximénie, qui est agréable au goût ; plusieurs d’entre eux en mangèrent , et même en assez grande quantité, sans en être incommodés : cependant quelques personnes à bord ayant voulu goûter aussi à ce qu’ils appeloient des pistaches, furent prises de vomissemens réitérés , suivis d’une diarrhée abondante; les acides et les caïmans n’arrêtèrent' pas cette superpurgation, qui cessa d'elle-même le second jour. Les habitans de Guébé nomment ce fruit fofolrioul, et prétendent qu’il n’est bon à manger que lorsqu’il est mûr, On n’a point vu à Manouaran de cocotiers ; les arbres les plus communs sont le rima ou arbre à pain , le sagoutier, les palétuviers et le muscadier sur-tout.
Nous achetâmes de nos insulaires de petites mangues; mais nous n’avons pas vu à Vaigiou les arbres qui les portent, non plus qiie lés sagoutiers, quoiqu’ils y soient très-multipliés , au rapport des naturels, Les cocotiers , les bananiers , les papayers , les pimens , les cannes à sucre , les ananas', les ognons et les giraumons, paroissent être les seuls végétaux cultivés par les habitans.
' Pour augmenter sur ces bords le nombre des plantes utiles à l’homme, et nous acquitter, en quelque sorte, envers les légitimes propriétaires des fruits que nous avions enlevés, M; Gaudichand crut devoir y semer, avant notre départ, une partie des graines potagères qui.nous avoient été fournies parie gouvernement, «j’y joignis, dit-il , quelques-unes de celles que je devois à l’extrême complaisance de M. Robert, l’estimable directeur . du jardin de la marine à" Toulon. Du cresson, du cresson-alénois, du cochléaria, des radis, des carottes, .des choux., du pourpier, du persil, du cerfeuil , de la chicorée sauvage, du céleri, &c. , composent la collection des graines que j’âi déposées autour-des habitations, et notamment près des petites sources ou mares situées derrière les maisons de Rawak. »
•« Nous n’avons trouvé, snr cette dernière île, aucun quadrupède, à l’exception des phalangers, èt de quelques chiens de la race dès chiens de -> berger, qui y mènent une vie à demi sauvage- A Vaigiou, il y- a, outre
Productions
animales.
Iles de» Papous.
Productions.
le babi-roussa, que l’on dit y exister, une petite espèce de sanglier oa de cochon sauvage. ' • •; . ",
» Les oiseaux sont tous de la grande espèce ; on en voit très-rarement de petits, sur tout parmi les granivores. La nature,' en multipliant dans ces lieux les ombrages, a empêché ou du moins diminué la multiplication des plantes à graines, et éloigné, par conséquent, les nombreuses tribus d'oiseaux qui s’en nourrissent. Les forêts ne sont donc peuplées que de calaos, dont les ailes, garnies de grandes plumes séparées aux extrémités, font, lorsqu’ils, voient, entendre au loin un bruit très-fort; ils se plaisent sur les muscadiers, dont ils mangent les fruits, ainsi que ceux d'un autre arbre qui- nous est inconnu, ■/ -,
» La famille des perroquets est beaucoup plus nombreuse; celle des loris, la plus jolie et la plus brillante. Tous, pendant leur vol , poussent des cri»’ perçans.; si on fes chasse de l'arbre qui fournit i leur nourriture, iis y reviennent en troupe peu d’instans après. Les kakatoès hoirs et blancs, qui peuplent les sommités des arbres, nous ctourdissoient par leur voix criarde : bien différons des ioris, iis sont d’une telle défiance, que nos meilleurs tireurs n’ont jamais pu en tuer. ■
■ *> Des martins-pêcheurs à gros bec, qui habitent les rivages et les bois; des cassicans., dont les chants sont extrêmement variés; d’énormes tourterelles; des éperviers fauves à ventre blanc, d’autres dont tout de plumage est gffs; divers Corbeaux; une sorte de gallinacée (mégapode) entièrement noire, et qui ne vole presque pas : tels sont les oiseaux les plus multipliés, sur-touf à Rawak. Peut-être les oiseaux de paradis y viennent-ils quelquefois ; mais nous n'en avons aperçu que sur Valgiou,où se rehdent aussi de préférence les magnifiques pigeons couronnés, précieux à-la-fois par four grosseur et par la bonté d« leur chair.
» Je n'énumérerai point tous les genres de poissons que nous nous procurâmes; ils sont en grand nombre et excellens; plusieurs offrent des formes singulières et les couleurs les plus variées.
» La mer fournissoit encore à nos tables divers beaux crustacés,
quelques coquillages ( 1 ) , et des tortues. ' ■„
{ I ) L’huitre perlière se trouve aussi dans cesi parages; mais parmi les perles que les naturels nota oni apportées , H en avoir que de médiocres. ' • • • ' ’
Digitizèd
LlÿRE MU — De TiMdr Aux Mabianwes inclusivement, 47 « N tfus primes à terre plusieurs gros lézards noirs, pointillés de Iles Je» Papous, jaune; ils ont la tête assez semblable à celle du lévrier, nies ongles rt- Productions, courbés et très-longs. M. fiérard tut cruellement mordu par un de çes animaux, sans qu'il soit résulté de sa blessure aucun symptôme alarmant.
» Dès le lendemain de notre installation à Rawak , on tua cinq serpens, tous d'une petite çapèce ; je ne les crois pas dangereux. Les jours suivant iis devinrent très-rares, et disparurent peu à peu, eftrayés sans doute jàlà notre présence. ■« (M. Quoy.) ■'