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LIVRE III. — De Timor aux Marianne®, inclusivement

Rima. — Le fruit du rima- se préparait de cinq manières differentes. lto M»ri*nn«.

1.° On ie coupoit en rouelles 'et on le faisoit simplement cuire au Ul' rhorame four; on avoit ainsi le liméi-tchinahan, analogue à notre biscuit de mer, et pouvant comme lui se conserver assez long-temps, pourvu qull fût Ji l’abri de l’humidité.

a.* II étoit mis tout entier à cuire sous la cendre chaude; puis on l’aplatissoit avec ia main ; ce mets , d’un goût différent du précédent , se servoit. ordinairement froid, et portoit le nom de mapanas.

3 .* Après avoir cueilli le rima un peu avant sa maturité parfaite , et l’avoir gardé pendant deux ou trois jours à l’ombre, pour le laisser se ramollir, on le faisoit cuire au four ou sous ia cendre, et on le tnangeoit avec du coco. Il étoit plus ordinaire néanmoins de le dépouiller préalablement de sa peau raboteuse et de le piler ensuite dans un mortier avec de l’eau de coco , jusqu’à ce qu’il fût arrivé à là consistance de bouillie un peu claire : c’est ainsi que se préparoit le laolao-Hméi., mets analogue à 1 ’atolé mexicain , dont nous parlerons bientôt.

4.0 Cette quatrième manipulation est d’uh haut intérêt, en ce quelle permet la conservation prolongée du rima , circonstance précieuse surtout pour les besoins de 1a navigation. Le fruit récemment cueilli est pelé et coupé par quartiers : on fait ensuite dans la terre un trou circulaire , que l’on garnit de feuilles de l’arbre lui- même ou de celles du bananier ; on y plate le* quartiers de rima , après les avoir préalablement fait macérer pendant cinq heures dans de l’eau de mer. La fosse étant entièrement remplie, on -la couvre de fenitles et de terre; on la visite ensuite quatre ou cinq jours après, pour en retirer les' vers qui s’y sont formés ou introduits, et renouveler les feuilles; on place de nouveau le rima par dessus, et on le foule aux pieds de manière à en former une pâte compacte; 1* tout est, comme précédemment, recouvert de feuilles et de terre, qu’on n’enlève enfin définitivement qu’aptès quatre ou cinq autres jours. Le rima, retiré alors de la fosse, exhale une odeur assez puante, mais qui ne déplaît pas aux naturels; on le pétrit avec les mains, et l’on en forme des boulettes de la grosseur du poing, qu’on laisse sécher à l’ombre , pour servir au besoin. Telle est la préparation nommée bolao.

Il*» Maria n nés.

De l’homme en famille.

5.0 A'*on issue de la fosse, quelque* personnes méloient cette pâte de • rima avec du coco Tâpé , et en fonnpient des boulette* qu'elles faisoient cuire au four : c’étoit Xapïghighi.,

Gapgap. — Ce nom à'/ipighigki s’applique aujourd'hui à un mélange de râpure de coco et de farine de gapgap ou de fédériko, également cuit au four. Les anciens connoissoient aussi l’apighighi de gapgap , en sorte qu’ils étoient obligés de distinguer Yapighighi-balao de Yapighighi-gapgap.

Le pain dans lequel on ne mettoit que de la farine de gapgap, sans coco, portoit le nom d ’agata.

Degdag. — Cette variété du fruit à pain , quoique moins estimée que le rima, servoit cependant aussi pour faire du bolao. La chair du fruit et ses pépins se plaçoient alors tout ensemble dans la fosse ; du reste , les manipulations n’offroient aucune différence avec celles que nous venons de décrire. Quand les pépins sont bien mûrs, on peut les manger cruè , quoiqu’on général oh les préfère cuits .au four ; leur saveur se rapproche beaucoup’ alors de celle de nos châtaignes, ainsi quç nous en avons fait ailleurs la remarque.

Fédériko. — La fécule du fédériko ne comptoit point autrefois parmi les comestibles , même pendant les disettes : c’est aux Espagnols que les naturels ont dû L’art de séparer cette substance du suc vénéneux quelle renferme. On raconte", à ce sujet , que lors de l’érection de l’église d’Agat, il y eut une affreuse sécheresse suivie de famine, pendant laquelle nul ne pensa au fédériko, qui eût pu être d’un si grand secours. A cette époque désastreuse , on vit des hommes travailler pendant toute la journée pour le très-mince salaire d’une tranche d’igname ; tandis qu’aujourd’hui nombre d’habitans tirent leur principale nourriture de. la bouillie faite avec la fécule de ce précieux palmier. Nous avons dit qu’on en fait aussi une sorte de pain.

Racines féculentes. — Les nombreuses variétés de racihes féculentes qui abondent aux Mariannes et ont été de tout temps l’objet d’une grande consommation, se mangent cuites, soit sous la cendre, soit au four. Le piga , l’une d’elles , servoit jadis à préparer une sorte de bouillie liquide , à l’instar de Celle de rima ou de dogdog, et que par cette raison on nommoit laalaa-piga. . -

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