‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 139 sur 355 · CLÉODORE A QUATRE POINTES · texte numérisé non relu

CLÉODORE A QUATRE POINTES

Cleodora quadrispinosa , Rae, Monog. ms., pl. V, f. 6.

Cette espèce que nous avons découverte dans les mers des Moluques, par 26 degrés de latitude S. et 92 de longitude E. , était longue de 8 lignes, l'animal compris. Celui-ci était oblong, arrondi, ayant deux ailes ou lobes membraneux ovalaires, échancrés à leur bord externe, peu développés, et soudés en avant par un petit lobule arrondi. La couleur de ce ptéropode estun rose frais. Son test un peu comprimé, présente quatre angles, et par conséquent quatre faces, qui distants à leur base et très-ouverts, finissent en une pointe aiguë et un peu Contournée. Chaque arête anguleuse s'allonge aussi supérieurement, en une pointe libre, aiguë, et déjetée en dehors. Les deux faces antérieures sont plus courtes et plus étroites, les deux dorsales sont plus dilatées. Le test est blanc nacré, trèsfragile , couvert de petites stries régulières.

ZOOLOGIE. 29 7. FIROLE ADAMASTOR.

Pterotrachea adamastor , Less.

GEL NT eur, son.)

Aet B, mandibules cornées.

Forskal, le premier, décrivit sous le nom de pterotrachea des animaux marins qu'après lui Bruguière et Péron appelèrent firoles, firola , et que M. Cuvier regarda d'abord comme des carinaires mutilées (Reg. an., t. 2, p. 450, 1817 ). Les travaux de Lesueur contribuèrent pour beaucoup à fixer l’opinion des naturalistes sur ce genre, pris par M. de Lamarck pour base de son ordre des hetéropodes , tandis que M. de Blainville créa pour le recevoir sa famille des rectopodes, et M. de Férussac celle des ptérotrachees.

Lesueur sectionna les firoles en trois genres, les firoles, les firoloides et les sagittelles. On doit ajouter à cette famille les carinaires, les t#mortennes de MM. Quoy et Gaimard, qui y sont intimement unies, et sans doute notre nouveau genre plerosoma.

Les firoles sont des animaux gélatineux, transparents , entiérement libres, et à ce qu'il parait sans coquilles. Leur corps est cylindrique, atténué en avant en un long rostre, muni d'une bouche terminale, à màâchoires cornées, et à lamelles dentées en scie et mobiles. Leurs yeux sont sessiles et placés à une assez grande distance de la bouche. Des éminences coniques, charnues, les protègent et les abritent en dessus et en dessous. Une nageoire mince, arrondie, surmonte la région dorsale et postérieure du corps ; au-dessous et un peu en arrière, saille une partie conique , ventrale, nue, renfermant les branchies et le cœur. Suivant les auteurs , le tube digestif est disposé en

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. II. Partie 1. 32

canal, d’abord étroit, puis renflé et très-dilaté vers le milieu du corps, se rétrécissant de nouveau pour aboutir au nucléus. Une longue queue, plus épaisse en dessus, mince et en lame coupante en dessous, de nature gélatineuse, dense, est souvent terminée par une pétite nageoïre à deux lobes et horizontale, ou par un chapelet comme articulé.

Notre dessin représente la firole renversée, d'après l'opinion de M. de Blainville, qui ne doute pas que le nucléus ne soit supérieur. Les firoles , en effet, ne different des carinaires que par le manque de coquilles , et l’on sait que ces dernières ont pour pied la nageoire que nous avons indiquée comme dorsale. Il est vrai que nous avons toujours vu nager les firoles sur le côté, mais comment se pourrait-il faire que le rectum placé aussi dans le nucléus se trouvât supérieur au tube digestif ? puis comment concevoir la coupe de la terminaison caudiforme du corps, dont le bord large serait inférieur, et le bord mince et en rame supérieur? Disposition opposée à ce qui se remarque chez tous les animaux organisés pour nager. D'un autre côté, la tête qui se termine en une longue trompe peu mobile, paraitrait beaucoup mieux placée dirigée en bas que s'élevant verticalement. Lesueur qui a vu un grand nombre de ces animaux, les représente comme nous, le nucléus complètement inférieur. Il nous suffira de répéter que toujours nous les avons vus nager dans une position oblique.

Les firoles se composaient primitivement des quatre espèces décrites par Forskal, et qui sont les p. coronata, hyalina, pulmonata et aculeata (Fauna, p. 117, sp. 41). Lesueur y ajouta ( Journ. ac. de Philadelphie, 1817), les ftrola mutica, gibbosa , Forskaliu, Cuviera, Frederica, Peronta, et les ftroloides Desmarestia, Blaïnvilliana, et aculeata. MM. Quoy et Gaimard figurèrent, pl. LXXX VIT, fig. 2 et 3 de la Zoologie de l'Urante, la firole rousse, pterotrachea rufa. À côté de ces espèces viendront prendre place nos firoles adamastor et placenta.

La firole adamastor que nous avons représentée d’après un individu long de 10 pouces, acquiert parfois jusqu'à 15 pouces et plus de dimension totale. C'est une des plus grandes espèces connues du genre, et comme elle vit dans les parages tempétueux du Cap des Tourmentes, plus tard nommé de Bonne- Espérance , son nom rappellera celui du puissant et mauvais génie si poétiquement mis en scene par le Camoëns.

C'est le 19 décembre 1824 que nous primes cette firole, que nous conservames plusieurs jours en vie dans un réservoir plein d'eau de mer fréquemment renouvelée. Son corps fusiforme , assez épais, se termine en avant par un rostre long de près de deux pouces, cylindrique , perforé au sommet, et garni d'un tube court, corné, composé de deux lames mobiles, striées, fortement dentées sur leur bord. Le devant de cette sorte de trompe est dentelé sur sa ligne moyenne. Les yeux occupent le devant de la tête, à l'endroit où se coude le corps pour donner naissance au rostre, [ls sont enfoncés, d'un bleu céleste , assez mobiles. Sur le front est une éminence garnie de petits cônes charnus, denses , que M. de Blainville regarde comme des vestiges de tentacules. La bouche est le plus ordinairement fermée, mais les mâchoires sont contractiles et s'avancent au-delà de la fente ovalaire close par les replis de la peau. Le corps est de substance gélatineuse, assez analogue au blanc manger, rénittente, dense, enveloppé d'une tunique lâche, nuageuse , translucide, sous laquelle apparaissent des rangées d'éminences coniques qui s'élèvent sur la substance blanc mat. Cette tunique, dans l'eau, forme au corps une sorte de sac ou de gaine boursouflée qui l'enveloppe en totalité, à partir de la tête, jusqu'au nucléus. Celui-ci est mamelonné, conique et dense. Au centre apparait une cavité claviforme , remplie d'une substance trèsnoire. Le tube digestif était gorgé d'un chyme rosé, et qui dessinait avec beaucoup de netteté

les proportions et les formes des diverses parties qui le constituent. La nageoïire que nous regardons comme dorsale s’insère à l'extrémité du tronc. Elle est très-mince, blanche, à bord hémisphérique rosé , et muni de chaque côté à sa base d'une rainure. À l'extrémité du corps et au niveau du nucléus, l'animal semble être tronqué, et une large portion taillée en forme de rame y parait soudée. Cette rame, dense et blanc mat, est de la substance des méduses et des salpas, c'est-à-dire qu'elle est rénittente , mucilagineuse, et couverte de ces éminences à facettes, qui simulent des formes cristallines. Le bord supérieur ( d'après notre dessin ) est donc élargi, garni sur les angles d'éminences coniques, semblables à celles de trois lignes longitudinales qui en marquent les côtés, et de celle qui circonscrit le biseau mince et convexe du bord inférieur. Une nageoire horizontale , fourchue, privée de cordon moniliforme, à deux lobes courts, pointus, termine cette partie annexée, qui nous parait devoir se briser dans bien des cas, sans occasionner la mort de l'animal, et cest peut-être sur cette particularité qu'est fondé le genre firoloide de Lesueur.

Cette firole nageait par un beau jour de calme sur le banc des Aiguilles, non loin du cap de Bonne-Espérance. Son nucléus était gonflé et rempli par un petit poisson volant et un calmar.

La pterotrachea adamastor, bien différente des espèces de Lesueur et de celle de MM. Quoy et Gaimard , se rapproche toutefois des coronata et aculeata de Forskal, telles que les donnent les figures un peu grossières copiées dans l'Encyclopédie, pl. EXXX VIIL, fig. 1 et 4. Cependant il semble y avoir des différences notables.

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