CESTRACION DE PHILIPP
Cestracion Philippt, Less.
(PI. IT; dessiné au 1/3 de g.n.)
Port-Jackson Shark, Pairirrs, Foy. pl. et pag. 283.
Ce squale qui porte le nom du fondateur dela colonie australienne de la Nouvelle-Galles du Sud, a été très-médiocrement figuré dans l'ouvrage publié sous le nom de Sir Philipp. L'individu représenté et décrit dans la relation anglaise avait deux pieds de longueur sur cinq pouces à peu près de diamètre ; sa peau rude est dite être plus colorée en dessus qu’en dessous, bien que généralement brunûtre.
L'individu que nous avons rapporté au Muséum , et qui a servi de type à notre deuxième planche, avait également deux pieds de longueur totale, sur 10 ou 11 pouces de circonférence à l'endroit le plus épais du corps, en avant des pectorales. L'in-
tervalle des deux dorsales est de 6 pouces, et celui de la der- Voyage de la Coquille. — Z.Tom. II, Part. 1. 13
nière dorsale et de la queue de cinq. La pectorale très-largement lobée est longue de 5 pouces et demi sur près de 4 de largeur à sa base. Les ventrales sont à 4 pouces de l'insertion des pectorales. Elles sont irrégulièrement quadrilatères, terminées en dedans et en arrière par deux longs tentacules de l'appareil génitale mâle, cylindracés , longs de 3 pouces, munis en dehors d'une épine tranchante, aiguë, très-acérée et très-robuste. La queue est à deux lobes larges, presque triangulaires , le supérieur déjeté et le plus haut, tous les deux obtusement arrondis à leur sommet. Les deux nageoires dorsales sont aussi remarquables par une puissante épine qui est placée en avant de chacune d'elles, et qui y est engagée dans les deux tiers de son étendue à peu près. Ces deux épines sont triangulaires , trèsrobustes, droites, aiguës, arrondies en avant, planes sur leur bord postérieur, et plus large à la base qui s'amincit successivement.
Muis ce que ce squale a surtout de remarquable est la tête. Celle-ci grosse, courte et obtuse, a son museau conique et garni de deux replis roulés en dedans sur eux-mêmes. L'œil est élevé, mais au-dessus s'étend une crête osseuse qui le recouvre et l'abrite, en se continuant en avant et en arrière de la fosse orbitaire , et s'abaissant assez brusquement sur l'occiput. Un trou arrondi , percé sous l'œil, indique probablement un évent. Les branchies s'ouvrent par cinq fentes d'autant plus longues , qu'elles sont plus antérieures et les dernières rapprochées. Ces ouvertures branchiales sont percées au-dessus , et commencent un peu en avant de la pectorale.
La bouche est placée près l'extrémité du museau. Elle est assez ample et accompagnée d'une sorte d'appareil buccal très-singulier. C'est ainsi que les deux maxillaires sont étroits, et présentent leurs branches disposées en fer à cheval, et hérissées de dents placées par rangées de sept toutes coniques et den-
ticulées à leur corps, se terminant en lame triangulaire, lisse, très-coupante sur les bords, et aiguë au sommet. Toutes ces dents, épaisses et serrées, ainsi qu'on peut s'en faire une juste idée par la fig. À de notre planche IT, sont petites, tranchantes en avant, mais deviennent épaisses, arrondies en arrière, et forment un tout continu, cylindrique et simplement mamelonné. Les dernières dents au fond du palais sont fort grosses, rhomboïdales et semi-coniques. Les deux branches du maxillaire se rapprochent au point que les molaires se touchent à l'endroit où cessent les dents aiguës, et en avant chaque maxillaire forme une sorte d'entonnoir. La bouche est ample et très-susceptible de dilatation, elle est bordée et munie à sa commissure de festons qui lui donnent une plus grande amplitude. M. Bourdet de la Nièvre, dans un mémoire inséré dans les Annales de la Société linnéenne de Paris (septembre 1825, p. 361), indique dans le mont de la Molière des palais avec leurs dents de cestracion. C'est la première fois, ajoute ce géologue , qu'on ait trouvé fossiles en Europe les dents si caractéristiques de ce squale de la Nouvelle-Hoilande.
Les cestracions ont, comme les aiguillats et leshumantins, de fortes épines aux nageoires dorsales, et aussi quelques points d'analogie avec certaines raies, par la nature de leur derme. Tout le corps en dessus, y compris la face supérieure des nageoires pectorales et des anales, est revêtu d’une peau dure, trèssolide , très-accrochante ou tres-rugueuse , tant sont serrées les petites éminences chagrinées qui la hérissent. Mais en dessous, et principalement sur le museau et le dessous de la tête, du cou et le bord externe des pectorales , la peau est revêtue de grains durs, quadrilatères , d’une grande petitesse, et rangés comme des pavés. Ceux des côtés du cou sont taillés en tête de clou, et souvent étoilés à leur sommet.
Le cestracion est partout d'un fauve brun, dont les teintes
sont plus foncées en brunätre sur le corps, et sont sillonnées de taches confuses et par plaques d’un brunâtre tirant parfois au noir, Le dessous du corps est plus clair, ainsi que l'extrémité des nageoires. La partie visible des épines est blanche. C’est dans la vaste baie de Port-Jackson , à l'entrée de la rade de Sydney, que nous pêéchàämes l'individu que nous venons de décrire. Sa chair est analogue à celle des autres squales.